CHAPITRE SEPTIÈMF. —NOVICIAT
Mais parfois il n’y avait pas de résolution qui tint, et, malgré lui, son âme s'échappait. Alors, comme
pour réparer sa faiblesse, il terminait par cette restriction qui devait lui brûler les lèvres: « Il faut être » prêt à tout; qui sait si nous ne serons pas toute notre » vie professeurs de sixième? N'importe, songeons » quand même au Congo, c’est un coup de fouet qui » fait avancer. »
Il aurait pu ajouter: modérer pour Dieu cet intense désir d'être missionnaire un jour, C'est encore se préparer aux missions; car l’apôtre doit être un saint, et l’'abnégation est le tout de la sainteté.
En attendant le Congo, le zèle du Frère Beck trouva déjà à s'exercer sur un modeste théâtre. Après un an, il fut, sur ses instantes prières, nommé « procureur des pauvres ». Ce nom désignait la modeste fonction de présider à la distribution de secours qui avait lieu chaque jour à la porte du noviciat, et au catéchisme qui l’accompagnait. Dès l’abord, Henry devint l’âme de la petite œuvre. Les murs blanes de la salle des pauvres furent ornés de grandes images voyantes représentant le divin Maître, la sainte Vierge, les saints. Un autre jour, le zèle industrieux du « prccureur » résolut le difficile problème d'installer un poêle dans le modeste local. Le bruit de cet événement se répandit vite dans la capitale du Luxembourg, — c'est un témoin qui parle: — « Quantité de miséreux affluèrent au ehauffoir, et kes rangs des auditeurs grossirent... jusqu'à la belle saison. » Mais dans l’entretemps, la bonne semence avait été jetée
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sur leurs âmes, et quelques graines peut-être y étaient restées.
Chaque jour, à l’heure marquée, le régiment famélique était là, vieillards, invalides, enfants, tous armés de leur bidon, qu'ils déposaient dans une sorte de vestibule attenant à la salle du catéchisme. De quel nom appeler l'accueil que leur fa sait Henry ? Était-ce de l'intérêt et de la bieaveillance? Non, c’éfait une joie, une douceur, une tendresse, qui se répandait à flots intarissables. Le bon novice jouissait au milieu de tous ces malheureux; son âme se fondait de bonheur au contact de cette misère obscure et avilie, qui venait chercher près de lui le secours et ia consolation. Il connaissait jusqu’au dernier de ses clients, savait leurs besoins, devinait leurs travers, s’'amusail, le dimanche, de les voir se pavaner dans les nippes qu'il leur avait procurées, et toujours trouvait dans son bon cœur quelque joyeuse parole appropriée au goût de chacun.
Sa charité fit plus. Pendant l'hiver de 1894-1895, qui fut très rude à Arlon, Henry obtint de pouvoir distribuer à ses amis des quantités considérables de fagots. Une délicatesse de sa bonté est surtout restée mémorable. Quand vint la Saint-Nicolas, dit un témoin, le Frère Beck voulut que ses protégés eussent aussi leur fête. Il écrivit un mot à Courtrai, Saint- Nicolas fut joyeusement fêté chez les pauvres. Étailtil radieux ce jour-là, le brave Henry! Était-il heureux de voir ses chers pauvres embarrassés d’emporter tous leurs petits trésors!