CHAPITRE SEPTIÈME. — NOVICIAT
L'année suivante quand revint la Saint-Nicolas, le Frère Beck n'était plus là; mais il n'avait pas oublié ses protégés et fut encore une fois leur bonne pro- Vidence. |
Au prix de cette charité qui, à vrai dire, se donnait sans même songer à gagner la confiance, Henry s'acquérait le pouvoir de parler de la religion à son pauvre monde, avec la certitude d’être compris des cœurs autant que des esprits. De toutes les attributions de sa charge, celles de catéchiste étaient les plus aimées. Avec quel soin il préparait sa leçon quotidienne, et de quel cœur il la donnait! Aux jours où il cédait la parole à quelqu'un de ses assistants, il demeurait à côté de l’orateur pour intervenir au besoin dans les moments critiques, et remettre en mouvement l’improvisation interrompue.
Sur ce modeste théâtre, son éloquence obtint de vrais triomphes. Nous aimons à citer ici les paroles d’un compagnon qui le vit à l’œuvre, avant d’hériter à son tour de l’apostolat qui fut, pour lui aussi, une préparation à la vie du missionnaire. Il nous écrit de l'Inde anglaise : « Toute ma vie, je remercierai le bon Dieu de m'avoir fait pendant près d’un an le collaborateur du Frère Beck dans son ministère auprès des indigents d'Arlon... Je me rappelle encore avec émotion une instruction qu'il leur fit sur la multiplication des pains. En quels termes touchants il leur dépeignait la bonté du Sauveur pour les pauvres et les malheureux! Son auditoire écoutait dans le silence et l'admiration: jamais personne ne leur avait ainsi parlé de l’amour de Notre-Seigneur. »
Sa foi ardente semblait passer dans ces cœurs simples et leur communiquer le sens de ces réalités invisibles, que la misère hélas! voile aux regards, tout comme la jouissance et le plaisir. C'est ainsi qu'il réussit à faire de l'imposition du scapulaire une vraie fête pour ses protégés. Il les y prépara avec soin, puis leur donna rendez-vous dans l’église du noviciat pour un jour et une heure qu’il indiquait. Tous parents et enfants, répondirent à l’appel. Rayonnant de bonheur, Henry parcourait les rangs, faisant à chacun une dernière recommandation. Le R. P. Recteur présida la cérémonie; il adressa la parole à ces pauvres gens el leur imposa lui-même le scapulaire. Quand ils sortirent de l’église, tous portaient fièrement le saint emblème sur leur poitrine.
Que de jolis traits nous pourrions rapporter de ce zèle persuasif et envahissant, auquel toutes les importunités étaient permises. Mais une parole d'Henry Sera plus significative que tout le reste; il la répétait souvent. « Si je réussis à empêcher une seule faute, je suis assez payé de mes peines. »
Quand il partit d’Arlon, après la séparation d'avec ses frères, rien ne lui coûta tant que de quitter ses chers pauvres. « Je les aimais tant, disait-il. Je n’aurais jamais cru qu'on püût s'attacher ainsi! » Gette fois il pleura, et les pauvres aussi pleurèrent.
L'année suivante, dit encore son successeur, pour mettre la joie parmi ces braves gens, je n'avais qu’à leur parler du « Frère de l’an dernier », surtout si j ajoutais que je lui avais parlé d'eux dans mes let-