‹ Henry Beck de la Compagnie de JésusChapitre 4 sur 82 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

lui et moi, de la campagne, chargés tous deux d’énormes bouquets de lilas. Un petit pauvre de la rue s'écria en nous voyant passer: « Welke schoone bloemen ! »

« Aussitôt, Henry lui met son bouquet dans les mains :

« Tenez, voilà pour vous. »

IL s'imposera de plus sérieux sacrifices, comme il a donné ces simples fleurs, par le même premier mouvement qui fait la grâce de cette menue anecdote.

Pendant les mois de mai et de juin, la prière du soir se disait en commun devant un petit autel dont Henry avait la garde. Elle était suivie d'une quête au profit des pauvres. Quand la somme recueillie sou par sou avait assez grossi, elle servait à procurer un petit régal à quelque famille besoigneuse. Le surplus, s’il restait quelque chose, était distribué en argent; car il fallait vider la caisse jusqu'au dernier centime. Ces projets qu'on exécutait de concert, venaient le plus souvent d'Henry, qui avait la charité industrieuse et inventive.

Désintéressée aussi, comme le montre un autre joli trait raconté par sa sœur. A la saison des fruits, Henry décida un jour que le jardin en produisait trop pour la consommation de la maison. Le soir, au retour de la classe, il fallait donc l'aider à cueillir les grOseilles à grandes poignées ; ensuite avec les corbeilles pleines on allait faire largesse aux habitants des quartiers pauvres. Là, nos deux visiteurs étaient vite as-

Saillis et bousculés par un petit peuple criaillant qui

accourait de partout les mains tendues, puis s’enfuyait sans beaucoup se soucier de dire merci. Lorsque parfois la compagne d'Henry attirait son attention sur le sans-gêne de leurs obligés: « Qu'est-ce que cela fait! » répondait-il simplement.

Au mois de juin de l’année 1885, Henry avait fait sa première communion. « Vers l’approche de cette époque bénie, dit encore le Frère L., on voyait notre jeune adolescent devenir plus pieux et plus recueilli dans ses prières... »

Ce n’est pas qu'il eût beaucoup à changer.

Tout jeune encore, à l’église Saint-Roch, sa paroisse, il priait avec tant de ferveur, que des mères le proposaient comme modèle à leurs enfants. Son attitude devant Dieu devint plus respectueuse encore. Le pieux avertissement qui se répète toutes les demi-heures dans les classes des Frères: « Souvenons-nous que nous sommes en la sainte présence de Dieu », amenait chaque fois sur ses traits une expression de gravité pénétrée. « Les différents sacrifices que cet enfant vertueux s’imposa en préparation à sa première communion. continue le même témoin, ne sont connus que de Dieu seul, car sa vertu était solide et modeste... » Pendant la retraite qui précéda le grand jour, Henry paraissait la ferveur personnifiée. Il reçut son Dieu avec une foi ardente et candide, qui rayonnait d’un éclat céleste sur son visage transfiguré de bonheur.

La dévotion à Marie avait de tout temps été chère à son cœur ‘Elle ut lune des premières où se

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