‹ Henry Beck de la Compagnie de JésusChapitre 5 sur 82 · CHAPITRE PREMIER. — ENFANCE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — ENFANCE

marqua le progrès qui, dès lors, tournait la piété de l'enfant à l’'abnégation et au sacrifice. Une ancienne pratique, chère à la foi des Courtraisiens, est d'aller chaque jour du mois de mai en pèlerinage à deux sanctuaires de la Vierge, honorés d’un culte local. Henry, passé dans la division supérieure, devait être plus tôt en classe que les autres années: « Il tenait, remarque le Frère L., à être toujours des premiers arrivés ». Afin de jpouvoir satisfaire à sa dévotion quotidienne, il quittait la maison paternelle dès cinq heures du matin, après avoir déjeuné vaille que vaille, pour ne pas déranger les domestiques.

Une fois initié aux joies de la piété et du dévouement, Henry ne devait pas s'arrêter là. Un jour, dans ce cœur chevaleresque, une pensée se présenta: « Si je devenais missionnaire! »— Henry se rappela toujours que cette première inspiration l’arrêta, immobile et songeur, sur le seuil d’une porte qu'il allait ouvrir, Pendant quelques instants il demeura eloué sur place, la main sur la serrure, comme fasciné par cet avenir qui lui apparaissit tout à coup, dans la lueur d’un éclair lointain.

Quel âge avait-il alors? On ne saurait le dire avec exactitude. Dans la brève histoire de sa vocation à la Compagnie, qu'il écrivit suivant l'usage, Henry plaçait à l’époque de sa première communion, l'origine de son attrait vers les missions étrangères. D’autres indications en chiffres ronds, assez nombreuses dans sa correspondance, inclineraient vers une date plus ancienne. Nous en concluons seulement que des

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mouvements passagers, et aussi — pourquoi non? — quelques rêves d'enfant durent précéder le premier appel sérieux de la grâce, auquel l'âme aussitôt se rendit — Henry ne l’entendit point seul de sa famille; l’histoire de sa vocation apostolique est écrite avec une autre, sur la même page du Livre de vie, où nous en dirons la suite quand nous seront révélés les consolants mystères de la Communion des Saints.

Toutefois nulle poésie ne se mêlait à ces héroïques projets, qu'embellissait une communauté fraternelle d’espérances et de saints désirs. Le sacrifice était demandé par Dieu; son exécution fut résolue d’une volonté pratique, agissante, indéfectible, dont nous désespérons de rendre la saisissante beauté. II faut chercher bien haut dans l’histoire des saints, pour trouver pareil exemple d’une vie dominée tout entière par une grande pensée. Études, lectures, jeux, distractions, exercices, tout, et jusqu'au dernier détail, finit par être enveloppé dans les conséquences d'une décision prise un jour devant Dieu, et pour jamais. Jeunes gens, qui dans vos rêves d'avenir mesurez si étroitement la place au devoir, instruisezvous à ce spectacle. Il est d'autant plus éloquent que, dans ce modèle de volonté généreuse, force nous est bien de reconnaître une nature comme la nôtre, où auraient pu s'étaler toutes nos faiblesses.

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