CHAPITRE HUITIÈME. — ÉTUDES
homme qui va se ruer sur un obstacle. Quelle chance pour lui, il allait avoir à lutter!
S’il est des formes de la vertu exposées à des contrefacons, celle-ci est inimitable. Lorsque létude n'offre pas d'intérêt par elle-même, il faut une résolution singulièrement énergique pour continuer de s’y appliquer parmi tant d’autres assujétissements, dont elle est aggravée dans la vie religieuse. Essayer d'apprendre ce que l'on ne tient pas à savoir, cest bien la plus stérile des occupations. À mesure qu’on y réussit moins, on se sent plus disposé à la regarder comme une sorte de distraction profane, sinon comme une vanité préjudiciable à d’autres devoirs plus sacrés. On prétexte pour la négliger, quand elle pèse, le danger qu’elle peut créer, quand elle devient trop passionnante. La nonchalance intellectuelle seglisse sous le couvert de la piété. Il s'opère ainsi, à la longue, on ne sait quel dédoublement de la personne morale, le religieux et l’étudiant faisant leurs affaires chacun à part, à leur détriment commun. Autre fait d'expérience, sur lequel on pourrait interroger, aux heures sincères, bien des âmes honnêtes.
Et voilà comment, en retenant de force sur des livres maussades, son esprit hanté de lointaines et fascinantes visions, en s’acharnant avec une opiniâtreté ardente sur une besogne qu'il lui était impossible d'aimer, ce futur missionnaire d'Afrique pratiquait l’héroisme obscur et quotidien, le plus difficile et le plus méritoire de tous.
Mais aussi quand, aux heures libres, après les lon-
gues soirées d'études, sa pensée pouvait enfin secouer la fatigue et l'ennui de ce docte fatras, quelle joyeuse envolée l’emportait au pays de ses rêves, s il faut appeler rêve cette pensée généreuse et agissante, entretenue avec un esprit de suite et de prévoyance réfléchie. ; |
Le zèle d'Henry à se pourvoir de connaissances pratiques avait des inspirations de plus en plus charmantes. Pendant les vacances de Pâques, contraint par la fatigue de fausser compagnie à ses livres, il chaussa une paire de sabots et s’en fut au verger apprendre à tailler les arbres. C'est-à-dire qu'il y demeura de longues heures, sur une échelle, à gagner force courbatures, en pure perte probablement. Mais il croyait faire œuvre utile, et c'était pour ses chères MISSIONS.
Ses missions! à quoi ne se méêlait pas leur souvenir? Un soir de vacances, à la campagne, passant au bord de l'étang, il perd pied et va s’étaler dans l’eau ou plutôt dans la vase. Là, tout en se débattant de son mieux, il philosophe: « Au Congo, sans doute, cela m'arrivera plus d’une fois. » Le Congo venait là bien à propos; il était pourtant des considérations plus urgentes, au moment d'un plongeon subit dans une mare bourbeuse, en pleine obseurité. On peut juger par ce trait, quel chemin prenaient les pensées d'Henry, lorsque les circonstances favorisaient davantage la réflexion. Ses prières suivaient ses pensées. Et non content de toutes celles qu'il offrait lui-même pour la conversion des noirs, avec force mortifica-