‹ Henry Beck de la Compagnie de JésusChapitre 50 sur 82 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

ÉTUDES (Suite).

ANS la puissante diversion causée par toute oc- D) cupation absorbante et continue, une chose qui ne tarde pas à se révéler ou à se trahir, c’est le degré de solidité des bonnes résolutions et habitudes. Rien ne branla dans celles du Frère Beck; la nature en lui conspirait avec la grâce pour les rendre indéfectibles.

Des pratiques surérogatoires de piété qu’il s'était prescrites au noviciat, Henry conserva tout ce qui était compatible avec ses nouvelles obligations. Chaque jour il disait le rosaire entier. Il en récitait le premier chapelet aux pieds du Saint-Sacrement, qu’il était toujours un des plus prompts à venir saluer, quelques minutes après quatre heures du matin.

On aimerait à connaître quelles furent les formes préférées de sa piété, une fois fixée dans sa pratique définitive. celle qui marche de pair avec de sérieux devoirs d'état. Mais peu de traces en ont survécu.

Après le culte du Sacré-Cœur de Jésus, et le culte de

la Ste Vierge auxquels revient ia première place dans toute vie chrétienne, faut-il dire que les saints missionnaires occupaient un rang de faveur dans la dévotion d'Henry? Héritier de leur vocation et de leurs devoirs, avait-il des modèles mieux appropriés et de plus sûrs protecteurs? Il leur empruntait leurs prières, où sa propre pensée se trouvait plus à l'aise que dans aucune autre formule. En voici une qu’il a dû réciter souvent; elle est d'un pieux missionnaire de Chine, le P. Verbiest (). Le petit feuillet où Henry l'avait transcrite, en sa sténographie microscopique, a été retrouvé dans un livre de piété qui lui servit aux derniers jours de sa vie: « Mettez-moi, Seigneur, en » la place de ceux qui ont voulu et qui ont pu ré- » pandre leur sang pour vous. Je n’ai ni leur inno- » cence, ni leurs vertus, ni leur courage; mais Vous » pouvez m'appliquer leurs mérites, et ce qui est in- » finiment plus, me revêtir de tous les vôtres. C’est » sous le voile de votre miséricorde infinie que j'ose » Vous offrir ma vie en sacrifice. »

Toujours, comme on voit, la même note et la même inspiration. Sa conduite et sa piété ne formaient qu'un ensemble unique où tout se tenait. Si par ailleurs la fatigue et les distractions de l'étude ont diminué en lui les douceurs de la dévotion sensible,

1. Le P. Ferd. Verbiest, S. J. (1623-1688), originaire de Pithem (près Courtrai), confessa la foi dans les hideux cachots de Péking pendant la minorité de l’empereur Kang-hi, dont il conquit ensuite la faveur par ses rares Connaissances mathématiques. Cet homme de cœur et de savoir n’a pas laissé une moins noble renommée dans l’histoire des sciences que dans celle de lapostolat catholique.

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