‹ Henry Beck de la Compagnie de JésusChapitre 52 sur 82 · CHAPITRE NEUVIÈME. — ÉTUDES · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME. — ÉTUDES

bien des nuances; toutes sont belles et admirables, mais celle qui ressemble à je ne sais quel acharnement farouche contre soi-même n’est pas la plus captivante. Chez notre Henry, l’abnégation même avait la grâce épanouie d’une fleur.

À cette époque où il nous fut donné de le connaître, l’excès de sa fougue juvénile avait achevé de s’amortir, et rien ne peut rendre le charme de cette âme ardente. où une bienveillance fraîche et naïve coulait à pleins bords. Lui qui comptait pour rien sa propre peine, toute souffrance d'autrui l’attristait. Les jours de vacances, il lui suffisait pour gâter sa joie, de voir travailler les ouvriers employés au jardin. « Ces » pauvres gens aiment le repos comme nous», disait-il. Le dénigrement, l'esprit de critique, à n'importe quel degré, le mettaient hors de lui. On voit que le religieux n'avait pas dégénéré de l’enfant dont les regards navrés suffisaient pour tarir la verve salirique de ses camarades moins tendres au prochain.

Était-ce de cette bonté ou d’ailleurs que son modeste courage prenait cet éclat inexprimablement sincère, qui forçait l’admiration? Au plus lointain appel vers les hautes pensées, tous les instincts de sa nature militante partaient en frémissant, comme un ressort avec une spontanéité qui faisait du bien à voir et à entendre. Un mot, un tressaillement, un éclair du regard trahissaient, en dépit de sa réserve modeste, l'émotion qui soulevait son âme; et dans ce rapide indice, d’autant plus significatif qu'il était moins réfléchi, on reconnaissait l’impétuosité prompte et soudaine d’un

penchant de nature tenu en éveil par une résolution toujours tendue.

Tant de générosité ne va pas sans beaucoup d'indulgence. Par là encore, le Frère Henry était bien de la race des véritables apôtres. Au degré où il possédait réunis l’érergie et Le zèle, il y a toujours danger d’être, en paroles ou en actes, un moraliste un peu agressif. Le Frère Beck au contraire n'avait rien d'un ardélion; et ce n’est pas son moindre mérite qu'avec sa trempe de volonté et sa hauteur d’aspirations, il n’ait jamais contristé ni découragé personne.

Tel il s'était montré dès le collège. Son âme restée ignoranie du mal et généreuse dans ses jugements avait compris de bonne heure, au contact de natures moins privilégiées, les luttes que peut coûter à d’autres la poursuite de l'idéal chrétien. Avec les années, cette marque de bonté compatissante était devenue encore plus sensible. Malgré l’ardeur de caractère qui aurait pu l’emporter aux extrêmes, son esprit large et sensé le maintenait presque toujours dans la mesure. Néanmoins cette modération que ses amis ont notée sans dissimuler un peu de surprise, venait du cœur bien plus que de Ia tête.

C’est pour les mêmes causes, sans doute, que sa vertu au-dessus du vulgaire était d’un exemple si éminemment persuasif. À la voir faire, il était clair que sa méthode d’'apostolat était résolument optimiste. f[Isavait que lalutte contre les mauvais penchants n’est pleinement efficace que si elle s'appuie sur les bonnes qualités qui, presque toujours, aîten-

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