‹ Henry Beck de la Compagnie de JésusChapitre 53 sur 82 · CHAPITRE NEUVIÈME. — ÉTUDES · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME. — ÉTUDES

dent leur emploi au fond des natures les plus ingrates. Et il possédait au même degré l’art de discerner ces ressources latentes et le secret de les stimuler par sympathie.

De préférence, il faisait opel aux sentiments Virils. Peu de ces effusions de piété attendrie, auxquelles bien des tempéraments deviennent réfractaires, si peu qu'elles sortent du ton juste, assez difficile à garder. Mais lorsque, dans l'intimité, avec pleine certitude d’être comprise, sa piété parlait, elle avait un accent inimitable. Tous ceux qui ont eu avec lui une de ces conversations, où s’entrevoyait le fond de son cœur, se la rappelleront toujours. .

L'un d’entre eux nous a raconté qu’un soir de vacances, à Luchteren, se promenant seul avec Henry, à proximité de la maison, celui-ci tout à coup s’interrompit et regardant la chapelle: « Ou bonheur, » s’écria-t-il, de posséder Notre-Seigneur près de soi, » et comine la campagne a un autre aspect, depuis » que Jésus y est. Nous n’apprécions pas suffisamment » le bonheur d’habiter sous le même toit que notre » Dieu. La dévotion à l’Eucharistie, c'est la première » de mes dévotions. Et n’ai-je pas raison? Ah! si l’on » songeait que Jésus est là présent, qu on peui lui con- » lier ses peines, comme toutes les contrariétés nous » sembleraient légères. Mais n'est-ce pas au tabernacle » qu'on recourt en second lieu, après avoir confié ».ses peines aux hommes? » — Et, continue le narrateur, il ajouta, lui qui n'avait jamais une parole de blâme à la bouche: « Il me semble qu’il y en a parfois

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» ‘qui n'ont pas la dévotion à l'Eucharistie en si haute » estime qu'il convient. »

Quelques jours après, se séparant de ce même ami qu'il ne devait plus revoir « N'oublions pas.…, lui » dit-il. Aïmons Notre-Seigneur au Saint-Sacrement. > Ce doit être la première de nos dévotions. Recom- »-mandez-moi là au bon Dieu, et demandez cette dé: 5 votion pour moi. »

Mais les dernières profondeurs de son âme n'étaient que rarement traversées de ces lueurs qui conduisaient le regard aux racines mêmes de la vertu et de la piété. Ni ses pensées intimes, ni ses véritables peines n’aimaient à se montrer.

- À cette discrétion suprême, s’ajoutait, pendant les conversations communes son désir persistant de passer inaperçu. Une vraie détente ne se produisait dans sa réserve que durant les longues promenades, où le futur missionnaire, la soutane relevée et son vieux chapeau pendu à la boutonnière, s’endurecissait à la fatigue en arpentant, à défaut de mieux, les plaines sablonneuses des environs. Alors, le petit nombre des -auditeurs, et sans doute aussi l’espace, le niouvement, la joie de sentir le vent dans ses cheveux. lui déliaient la langue, et le cœur parlait.

Aujourd'hui ses lettres seules peuvent encore nous donner une idée de ce que devait être sa conversation.

- Tel ou tel extrait qu’on en a lu au début de ce récit, risquerait de donner le change sur leur caractère général. Dans la volumineuse correspondance que

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