‹ Henry Beck de la Compagnie de JésusChapitre 54 sur 82 · CHAPITRE NEUVIÈME. — ÉTUDES · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME. — ÉTUDES

nous avons parcourue, à peine une ombre d’apprêt se montre-t-elle de loin en loin, et encore cela doit-il s'appeler de l’apprêt? Le fond de ces lettres, toujours le même. montre bien de quelles pensées l'âme était remplie: la vanité des choses d’ici-bas, le bonheur de travailler et de souffrir pour Dieu, la beauté de l’apostolat, la nécessité, pour les bons, de se serrer les coudes dans la dure mêlée, et quelques autres pensées du même ton. Là-dessus, l'âme d’'Henry se répand en phrases tumultueuses, bousculant le vocabulaire et la syntaxe: virgules, syllabes et mots entiers parfois sont emportés. Tant pis pour les conventions académiques quand ce torrent passe; mais quel large courant d'affection vraie, sincère, nullement diluée de littérature! D'une cordialité intense, débordante, avec les amis, Henry trouve, quand :l écrit aux siens, des accents d’une tendresse infinie. Nous devons renoncer à citer des exemples de cette éloquence trop mêlée de choses intimes. Voici, à défaut d’un passage plus caractéristique, un fragment de ses lettres à un vieil ami, qu'il continue de traiter avec la familiarité d'autrefois.

: « Je suis si content de te savoir heureux. que je » ne t'en veux pas pour le long silence que tu as » gardé à mon égard. Lorsqu'arrivera le moment où » tu te sentiràs un peu moins d'ardeur, où les ob- » stacles te paraîtront plus grands, écris-moi quelques » mots, dis-moi ta petite peine comme un frère le » fait avec son frère. Si je suis incapable de te consoler, » de te fortifier, au moins les quelques lignes que tu

» m'enverras me rappelleront que, mieux que jamaïi;, » Je dois prier pour mon grand ami. Et le bon Dieu, » qui ne regarde que la bonne volonté, m'écoutera, » cher EF. ef ainsi, cspérons-le, tu resteras toujours » aussi généreux que tu l’es maintenant. » (5 avril 1896.) .

Le plus sûr indice d’un bon cœur et son plus enviable apanage est l’art divin de consoler. Henry le possédait à un degré absolument rare. Sa parole insinuante et attendrie ravive par un inexprimable accent de conviction les fortifiantes pensées de notre foi. C’est, d’après les occasions, le souvenir de Îa paternelle providence de Dieu, l'utilité de l'épreuve, le bonheur du sacrifice, les joies austères de la croix. Et toujours s'y mêle la pensée que les mauvais jours d'ici-bas ne sont jamais bien longs. Dans ses notes spirituelles aussi, la même réflexion revient à tout propos, grave parlois, le plus souvent Joyeuse: momentaneum et leve! Pensait-il dire si vrai? Maintenant qu'il n’est plus, l’insistance de la grâce à lui rappeler l’éphémère durée de nos tristesses, semble une harmonie prophétique des conduites de Dieu sur cette jeune âme. qui mürissait pour le ciel.

Veut-on, avant de clore ces quelques mots sur les lettres d'Henri, entendre la note vibrante ou énergique, la plus fréquente de toutes? IL faut malheureusement, ici encore, omettre le plus caractéristique.

« Que cela fait du bien de pouvoir se retremper dans » le bon Dieu! Après tout: « unum necessarium ».…. » Qu'est-ce que tout le reste? Qu'est-ce que la vie? » (12 octobre 1896.)

Page 1