‹ Henry Beck de la Compagnie de JésusChapitre 57 sur 82 · CHAPITRE DIXIÈME. — ÉTUDES · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME. — ÉTUDES

où l’on ne se ménageait pas la vérité. Henry se l’entendait dire volontiers; pour les autres, sa critique était judicieuse et encourageante.

Les occupations à part, la vie du Frère Beck à Louvain fut ce qu’elle avait été à Tronchiennes. Seulcment, plus maître de son temps, il put écouter davantage sa prévenante charité. Jamais il ne refusait un service. Un prédicateur étranger allait donner une retraite dans notre église. Par complaisance pour un Père de la maison, Henry se chargea de lui sténographier les instructions. Rentré dans sa chambre, il passait de longues heures à déchiffrer et à transcrire sa tachygraphie.

Un de ses plus chers compagnons de noviciat, venu avec lui à Louvain, était confiné à l'infirmerie par une maladie cruelle. Renouvelant un trait de charité dont il était déjà coutumier au collège, Henry venait assidûment visiter le pauvre reclus, et le réconforter d'une bonne parole. Pour le distraire, il lui racontait les nouvelles. N’étant pas causeur, il préparait à l’avance sa petite chronique et la débitaït en comptant les numéros: 10... 2°... 39... do. toute la liste repassait en ordre... à moins qu'elle ne s’arrêtât au beau milieu. Le narrateur alors restait quelques instants à se tortiller les cheveux, comme pour ressaisir un souvenir de la plus haute importance: puis avec un franc rire: « Le reste à une autre fois, disait-il; au revoir. » Et il partait comme une flèche.

Secourir les malheureux était un besoin pour lui. Pas une plainte, pas une demande, pas un appel à la

140 ee. HENRY BECK.

commisération n'est tombé en vain dans ce brave cœur. Quand il ne pouvait rien, il priait; mais ce moyen qu'il employait toujours, il ne se résignait pas vite à l’employer uniquement.

La coutume existait parmi les scolastiques de Louvain, de se communiquer mutuellement les lettres recues des trois missions de la Province(t,. Celles qui venaient du Bengale furent bien tristes en 1896-. 1897. La famine et son lugubre satellite, le choléra, s'étaient abattus sur ces indigentes populations, que la peste, en outre, guettait de Bombay. Un jour, de l’une des paroisses du malheureux pays, arriva une plainte particulièrement navrante. Le pauvre missionnaire, à bout de ressources, semblait, par surcroît d épreuve menacé d'une surdité complète; une maladie du larynx pensait le contramdre au silence presque absolu en attendant pire peut-être; et il se demandait avec angoisse de qui lui viendraient les moyens de faire encore quelque bien, avani l'heure où, de toutes les façons à la fois, si Dieu n’y pourvoyait il allaït manquer à son troupeau désolé. | :

La lettre fut lue à la récréation des philosophes. Muet, la poitrine gonflée d'admiration et de douleur, le Frère Beck écoutait.. Quelques jours après, le correspondant du missionnaire le voyait arriver à sa chambre: « Père, voici cent francs que j'ai reçus pour le P. H. » C'était le tribut dont il avait voulu

L Bengale occidental : Archevêché de Calcutta ; — Ceylan : diocèse de Galle et séminaire pontifical de Kandy ; — Congo belge : district du Kwango.

Page 1