CHAPITRE DIXIÈME. — ÉTUDES
reconnaître un exemple d'abnégation et de charité qui le soulevait d'enthousiasme.
Une œuvre durable est restée de son court passage à Louvain. Par hasard, Henry avait appris que personne ne faisait le catéchisme aux indigents qui, le midi, venaient chercher la soupe à la porte du collège. Ne lui permettrait-on pas de combler cette lacune? La demande, bien accueillie, ne fut cependant pas exaucée tout de suite. Il fallait trouver un local pour la petite œuvre, el aucun ne s'y prêtait sans inconvénient. Pendant plusieurs mois, le Frère dut se contenter d'aller, chaque jour, durant la récréation, causer avec ces malheureux et les entendre tandis qu'on remplissait leurs écuelles.
Enfin, l'autorisation fut donnée. Henry pouvait commencer ses petites instructions, dans une sorte de cour de service ouvrant sur la rue. Immédiatement, il se mit à recruter un groupe de catéchistes parmi ses condisciples. Lui-même était, comme de juste, le premier à la besogne. Il parlait avec tant d’âme et de conviction, que plus d’une fois des théologiens, venus en cachette pour l’écouter, ne purent dissimuler leur admiration de voir ce prédicateur improvisé, atteindre du premier coup à la meilleure éloquence populaire. On dit même qu'un murmure de désappointement courait dans le pauvre auditoire, quand la pluie méttait obstacle à ce catéchisme en plein vent.
Détail à noter: pour être sûr que son monde le comprendrait bien, Henry avait dû trouver, dans ses
journées si remplies, le temps de se remettre à l'étude
du flamand, dont il avait peu l’usage. Et voilà ce que le vaillant jeune homme, toujours souffrant de la tête appelait aller « piano », songeant sans doute aux travaux dont il eût voulu se charger encore et à ceux qui l’attendaient un jour. .
Ah! quand viendrait-elle l'heure bénie du sacrifice sans mesure”? Le 14 janvier 1897, il renouvelait pour la cinquième fois, au R. P. Provincial, sa demande d'être envoyé en Afrique. De mauvaises nouvelles étaient arrivées du Kwango. La mort y avait frappé, dans la vaillante poignée des ouvriers de l'Évangile, un de ces coups qu'elle lui à si peu ménagé:. Un des aides laïcs, M. Ch. Petit, venait d’être emporté par une troisième attaque d’hématurie. En montrant le vide encore une fois rouvert dans ses rangs, la Mission rappelait aussi à quel prix était mis l'honneur de le combler. Le Frère Beck n’y vit qu'une raison de plus pour ambitionner cette faveur. « C’est surtout, écri- » vait-il, lorsque les missions nous envoient de tristes » nouvelles, lorsque la mort frappe ceux qui travaillent » là-bas, qu’il convient à ceux qui aspirent à la vie » apostolique de s'offrir à leur supérieur. Et cest ce » que je viens faire bien simplement. » Bien simplement en effet, car la chose lui semblait toute simple.
En formulant ces aspirations généreuses, il avouait lui-même ne pas oser se promettre leur accomplissement immédiat. La réalité allait devancer ses espérances, au moins ce qui en devait jamais être exaucé.