CHAPITRE ONZIÈME. — DÉPART
pagnon l’entendit étouffer un sanglot, au moment où il serrait la main d'un pauvre moribond.
Tout habitués qu'ils étaient à voir le dévouement et à le pratiquer, les médecins de l'hôpital se sentaient gagner par un charme inconnu devant ce jeune missionnaire à l’âme héroïque. Il ne tarda pas à se voir entouré d’une déférence respectueuse, qui devint vite une sorte d’admiration.
Un jour quelqu'un lui dit: « Comment avez-vous le courage d'aller au Congo, où l’on est presque certain d’abréger sa vie? » La réponse jaillit aussitôt, avec un accent de fermeté souriante: « Ce n’est pas » pour vivre longtemps que l’on va au Congo. Ceux » qui craignent la mort, feraient mieux de rester chez » EUX. »
La mort! elle était déjà là pour lui. Après coup, l’on s'étonne que tous ne l’aient pas aperçue. Différents médecins, consultés à plusieurs reprises, donnèrent un diagnostic à peu près concordant. Tous accusaient une laryngite profonde, mais non dangereuse. L'un d'eux aurait même pensé que Pair des climats chauds avancerait la guérison. La fatigue et la prosiration des forces se mettaient sur le compte du surmenage et de l’agitation inséparables d'une période comme celle qu'il traversait.
Cette fois du moins, il n’était pas en son pouvoir de se ménager davantage. Pendant les courtes semaines qui lui restaient, il fallait pourvoir aux mille soins d’un missionnaire en partance pour une mission qui s'organise à peine, demander des renseignements à des
adresses inconnues, écrire des lettres, songer en même temps aux détails les plus disparates, prendre à la hâte des arrangements que, tout aussitôt, un contretemps imprévu remettait en question. Puis venaient les adieux avec leurs émotions. Ses amis, attristés et un peu inquiets, l’accablaient de leurs recommandations. Chacun sait qu'il faut compter parmi les épreuves redoutables des jours difficiles, le zèle officieux des conseillers, qui ne cessent de répéter les autres que pour commencer à se contredire eux-mémes. Henry, qui savait à quoi s’en tenir sur l'utilité de ces avis. les recevait tous avec une égale reconnaissance pour leur intention bienveillante. Dans les maisons où il était de passage, les supérieurs prenaient pour lui des précautions qui parfois ne laïssaient pas de contrarier ses projets. Il se prêtait de bonne grâce à leurs exigences et les en remerciait comme du plus agréable service.
Tant que dura ce tourbillon énervant, Henry déploya des prodiges d'énergie pour y tenir tête, galvanisé par la pensée de la date qui approchait. Atteindrait-il cette date? Ah! s’il parvenait seulement à dissimuler son mal jusqu'au jour de l’embarquement. Une fois parti, à la garde de Dieu! Mais il avait beau se raidir, ses forces le trahissaient. On n’a connu que trop tard les épisodes de cette lutte héroïque de la volonté contre la nature défaillante. Qui aurait soupçonné son état de souffrance à le voir ainsi braver la fatigue, comme à plaisir? Forcé de se refuser à bien des demandes, il essayait pourtant de donner