‹ Henry Beck de la Compagnie de JésusChapitre 63 sur 82 · CHAPITRE ONZIÈME. — DÉPART · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME. — DÉPART

quelques instants à tous ceux qui désiraient le revoir. « Nous l’avons vu revenir à la veille de son départ, disent les Frères qui avaient été ses maîtres. Il entra en classe, et quand, sur la carte, il nous expliqua son voyage, nous retrouvions Henry bon et simple comme quand il était enfant. »

Avant de quitter Courtrai, il voulut aller revoir les vieux serviteurs de ses parents et quelques-unes au moins des familles pauvres, qu'autrefois il visitait avec sa mère. Plus d’une larme coula quand on apprit que le cher petit bienfaiteur allait partir et qu'on ne le reverrait plus. |

Les malheureux et les humbles avaient comme un droit à ses préférences. À Arlon, les novices l'attendaient pour lui faire leurs adieux; à l'heure marquée le Frère Beck ne paraissait point. On le trouva enfin au milieu des gamins du patronage annexé à la maison de retraite.

[I nous fut donné de le revoir encore une fois, presque à la veille de son embarquement. Au cours de ses derniers entretiens, son cœur magnanime éclata tout entier. Une douleur poignante, mais contenue, perçait dans son enthousiasme légèrement fébrile. On sentail qu'il lui en coûtait un effort indicible d’abandonner sa généreuse mère, tous les siens, tous ceux qui l’aimaient. Visiblement, il était poursuivi du pressentiment que la séparation serait sans retour ici-bas. « Je dois revenir dans trois ans nous disait-il; mais » ma pauvre mère craint de ne plus me revoir, et » à cela je ne puis rien répondre. » Cette pensée était

trop pénible. « Vous reviendrez, lui disions-nous; seulement, pour l'amour du ciel, ne commettez pas d’imprudence. » Le

Il resta silencieux, mais sur son ferme visage et dans son sourire, une:-tristesse sereine disait: « Comme Dieu voudra!» La résignation des suprêmes adieux voilait l'accent de sa parole et le long regard attentif qu'il promenait autour de lui. Pures impressions sans doute: pareilles impressions ont trop souvent suffi à glacer de fiers courages, et plus d’un caractère qui se croyait fort, a reculé, aux heures décisives, devant de moins sérieuses appréhensions.

Trois jours après, le lundi 5 juillet, il s'embarquait sur lAlbertville. Mme Beck était venue rejoindre à Anvers son noble fils. Elle assista aux derniers préparatifs du départ. Refoulant sa douleur et ses larmes, Henry s’ingéniait à l’intéresser et lui prodiguait ses plus affectueux encouragements. Enfin, il fallut se séparer. Elle lui donna sa bénédiction; puis doucement, il la congédia et l’envoya passer à Namur la triste journée qui allait suivre.

« Que le bon Dieu t’assiste demain, écrivait-il à sa » Sœur, pour que tu puisses consoler maman comme » tu le désires... » À elle-même, il donnait encore des conseils de force et d'espérance. La lettre contenait quelques fleurs séchées, symbole et souvenir du cher : passé disparu.

L’Albertville, qui devait partir le lendemain de grand matin, ne quitta le port qu'à trois heures de relevée, par un temps affreux.

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