‹ Henry Beck de la Compagnie de JésusChapitre 66 sur 82 · CHAPITRE ONZIÈME. — DÉPART · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME. — DÉPART

» charité envers tous les hommes », et le mot tous est quatre fois souligné (13 juillet).

Le journal se poursuit; à mesure que le terme du voyage approche, la pensée d'Henry s'élève et s’attendril.

« 19 juillet: Aujourd'hui nous fêtons également (il » vient de rappeler la fête de S. Henri, son patron) » le B: [Ignace d’Azévédo et ses trente-neuf compa- » gnons. Nous naviguons à l'endroit même où le mas- » sacre de ces quarante jésuites a eu lieu. Parmi ces » martyrs, plusieurs n'avaient pas vingt ans; et voilà » trois siècles qu ils jouissent d’un bonheur infini pour » quelques instants de douleur supportée héroique- » ment. El nous aussi nous serons si vite dans l’au-delà. Y — IF y a à peine dix jours que lAfbertville quittait » la Belgique; nous sommes à la hauteur du Sahara

central. Depuis que je me sens si près de ce continent noir, si longtemps inconnu, le prestige que l'Afrique

> avait sur moi, fond peu à peu! Une terre sur la- » quelle des montagnes de livres ont fait planer lant de » mystère et, après tout, à quelque distance de l'Eu- » ropei — Je relis cette phrase et elle me paraît si va- » poreuse, que vous croirez sans doute que je ne suis » pas encore tout à fait éveillé. Et c’est un peu vrai,

» car cette pensée m'est venue au moment où, par

» une pleine lune, je sommeillais sur mon pliant. EE en voyant briller les étoiles, je me disais: «A côté

» de ce seul point brillant, mon Afrique nest pas

» une motte de terre...»

Les nouvelles de sa santé sont mauvaises. Une ou deux

dates sont laissées en blanc dans le journal, la seconde avec cette note: «Je suis trop fatigué pour écrire lon- » guement. » Le lendemain il se reproche son silence et décrit la fête nationale (21 juillet) célébrée la veille à bord de l’Albertville. Puis cest le traditionnel baptême des passagers qui franchissent la ligne pour la première fois... Que ne pouvons-nous multiplier les extraits de ces pages, où, dans le négligé de la forme, se joue le plus aimable esprit! Mais des iragments isolés et incomplets, comme nous les devrions citer, laisseraient une impression fausse. Quand le gai conteur narre avec force détails plaisants la leçon de fiote donnée le matin par le Frère Van H., ou crayonne de verve la caricature des gentlemen noirs de Sierra-Leone, ne vous trompez pas à ce ton alerte, el remontez de quelques lignes, jusqu’au bulletin sanitaire: ces amusantes fantaisies ont été tracées d’une main défaillante, au prix d’un effort douloureux. Regardez-y de plus près encore; quelque discret mais sûr indice vous révélera leur intention véritable:ce badinage veut faire rire pour empêcher

de pleurer.

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