‹ Henry Beck de la Compagnie de JésusChapitre 67 sur 82 · MORT · texte numérisé non relu

MORT

É 25 juillet, l’Albertville atteignait la crique de Banana et s’engageait dans le grand fleuve. Une longue semaine encore se passe à patienter sur le navire, qui a buté contre un banc de sable. Enfin, le samedi 7 août, nos voyageurs débarquent à Matadi; vers le soir du mardi suivant, ils étaient dans les bras de leurs confrères de Kisantu.

Quelles actions de grâces durent ce jour-là monter vers le ciel, dans la petite chapelle de la mission! C'était la dernière grande joie du pauvre Henry. Le rêve de son enfance, l'unique désir de sa vie dévouée ne se réalisait un instant que pour lui coûter bientôt un suprême et plus douloureux sacrifice. Pour tout bonheur üici-bas, il n'avait demandé qu'un jour de travail dans la moisson du Maître. Ce jour, il ne le verra point. Au premières clartés de l’aube, emmené défaillant loin du sillon commencé, il ne lui sera pas même donné d'attendre la mort sur la lisière de la plaine tant aimée, avec la douce assurance de reposer du moins dans la patrie de son cœur.

Tout entier à son austère enthousiasme, l’'ardent jeune homme pensait avoir encore des forces à prodiguer. 11 avait tant vécu en esprit dans son Congo, qu'il se croyait déjà acclimaté. « Le jour de l’arrivée de Mgr Van Ronslé avec qui il avait fait route, dit son hôte de Boma, M. le Dr B., je l’ai surpris, dans la matinée, grimpé sur une échelle et en train de placer dans notre église des tentures aux couleurs pontificales et congolaises. »

Henry était destiné à la colonie de Kimwenza. Le P. Supérieur le jugea trop affaibli pour lui permettre de se rendre à son poste. C'était une première déception. Le journal qu'Henry continue pour sa mère, plus fidèlement que jamais, permet de le suivre dans sa journée de malade.

D'abord, pour obéir à la consigne, il essaye consciencieusement de se reposer, non sans beaucoup ronger son frein; entraînement de nature que l'esprit de foi l’aide à contenir. Il se dit, avec beaucoup de raison, qu'en gardant la chambre, « on peut sauver les noirs » comme en courant par monts et par vaux, car ici » comme partout, c'est le bon Dieu qui fait tout en » choisissant les moyens qui lui plaisent. » Mais à d’autres moments, l’impatience le reprend: « Celui » qui nest pas venu ici pour trouver la croix de » Jésus, doit passer par de terribles moments. Autour » de soi, on aperçoit une besogne immense, on vou- » drait se décupler pour avancer d’un pas; mais » non!...» (Lettre à sa sœur). |

En attendant, il essaye d'utiliser de son mieux ses

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