CHAPITRE DOUZIÈME. — MORT
loisirs forcés. Quand sa pauvre tête le lui permet, il étudie la langue du pays. Il surveille, aux heures de classe, le régiment de négrillons qui s’initie aux rudiments de la lecture et du calcul, sous la direction d’un petit camarade. De surveillant, il passe professeur, en fait sinon en titre. — Comment s’y était-il pris? je l’ignore, mais à peine arrivé de quelques jours, il était déjà en mesure de faire sa leçon en Congolais. |
Son expérience d’infirmier, surtout, lui rend de bons services: « Voilà, disait-il gaiement, je débute dans » l’apostolat comme apothicaire! » La vérité est que ces humbles fonctions n'étaient pas sans mérite à ce moment-là. Bon nombre des enfants recueillis à la mission, y apportaient de leur passé misérable, de ces plaies ou sarnes que la vermine et la malpropreté engendrent et enveniment à plaisir sous ce soleil torride. Elles étaient alors, paraît-il, plus fréquentes et aussi plus hideuses que de coutume. Henry Îles lavait et les pansait, sans manifester jamais l'ombre d'une répugnance.
Partout où il fallait faire acte de charité, ajoute le missionnaire à qui nous devons ce détail, le Frère Beck était prêt, toujours gai, toujours vaillant. Un jeune homme tombe atteint d'une pneumonie: Henry, déjà plus souffrant que lui, s’institue son garde-malade, et veille sur lui avec la délicatesse et la sollicitude d'une sœur de charité.
.« Les indigènes et les enfants, dit le Supérieur de -la mission, n’ont guère pu apprécier le trésor de bonté
et de dévouement qu'ils possédaient en lui. » L’apprécier, en effet, eût été difficile, en si peu de temps. Ceux qui croyaient connaître de longue date ce brave cœur, y faisaient encore des découvertes. Pourtant quelque chose de plus qu'un regret banal nous semble p2rcer ans les barbouillages naïfs, dédiés par les petits enfants de la colonie à la mémoire de leur jeune missionnaire, lorsqu'on leur eut appris sa mort. Peutêtre aimera-t-on d'entendre ici un de ces humbles éloges funébres, tel qu'un confrère me le traduit: « Le » missionnaire Beck était très bon, parce qu’il app’e- » nait aux enfants le catéchisme de Dieu et les lettres, » et à cause de cela les enfants le pleurent, et pour » cela je ne l’oublie pas. Le Père Beck est mort, et » moi je le pleure.»
Lorsque tout travail lui est impossible, Henry cherche à rendre son repos utile.” Sa meilleure distraction est d'entendre causer les anciens de la mission et les étrangers de passage à la colonie. Leur expérience complète les leçons de choses qu'il reçoit chaque jour. Avide de n'en manquer aucune, il regarde tout par lui-même, observe, poursuit de près et sur le vif l’étude de la race noire, commencée, pendant la traversée, sur les Sénégalais de l'équipage et une équipe de travailleurs nègres embarqués à Sierra-Leone. Ses constatations me lui apprennent rien de bien engageant. Pour une trace d'humanité qu'il est tout Joyeux d'enregistrer, vingt preuves flagrantes d’avilissemeat. C’est le cortège complet des vices de la barbarie: la paresse, la passion du vol, l’insouciance, la glouton-
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