CHAPITRE DOUZIÈME. — MORT
nerie, une brutalité bestiale, y compris un penchant à la férocité qu'il note avec tristesse jusque chez ses petiis élèves baptisés. Un jour il doit cautériser les plaies d’un jeune Mongo. « Pendant que le pauvre » garçon, dit-il, pleurait et se débattait en criant, tous » ses compagnons prenaient le plus grand plaisir à » cette scène... ils éclataient de rire. Ce n’est pas très » beau, n'est-ce pas? pour des chrétiens » (21 août).
En plus d’un endroit, au frémissement qui passe dans le récit, on sent que la déception est cruelle. Ainsi, au moment de s’évanouir à jamais, le sévère mirage de ses projets héroïques s’assombrissait en une perspective de sacrifices inconsolés. Mais le véritable zèle réside dans la volonté, où il s'échaulfe de tout ce qui refroidit les illusions. Tels qu'ils étaient, ces pauvres noirs, dans leur abrutissement et leur dégradation, Henry leur avait donné son cœur sans repentance. « Que le bon Dieu est bon, écrivait-il, de me » permettre de souffrir quelque chose pour eux » (28 septembre). Le regret de les quitter sera la pire douleur de sa vie. |
EL les forces déclinaient toujours; cependant il ne s’en alarmait pas. Le docteur, interrogé, dénonçait une laryngite, comme ses collègues de Belgique. Henry en attendait la fin avec d'autant plus d’impatience qu'il lui était deux fois pénible de se croire paralysé par un bobo. Une lettre écrite à son ancien maître des novices, pendant cette période de douloureuse inaction, nous révèle l’état de son âme, sous. l'épreuve qui se prolonge.
« Mission de Bergeyck St-Ignace, 22 octobre 1897.
« Moi qui ai tant soupiré après le Congo qu'y
fais-je? Je dirai volontiers que j y recommence mon
TY
noviciat. J’ai tous mes loisirs pour faire tranquille- » ment [a méditation, la réflexion et tous les autres » exercices spirituels: je puis même, si la dévotion » my pousse, méditer le soir comme à Arlon. Et » pourquoi cela? parce que ma première occupation,
m a dit le P. Supérieur, c'est de me reposer. » Vous aviez bien deviné, mon Révérend Père, en » n'augurant rien de bon de la toux que j'avais durant
NA
ma retraite. Actuellement elle est toujours là, me
LA
rendant incapable de tout travail. C’est une bron-
DA
chite chronique, d’après le médecin de l’Inkissi.. » Ce bulletin de santé vous fera comprendre ce qui ÿ a dû se passer à l’intérieur.
» Pendant mon noviciat, au juvénat et à Louvain,
quand je songeais aux plus grands sacrifices que
» le bon Dieu pourrait me demander, ces deux choses
DA
se présentaient à mon esprit: ne jamais aller en
DA
» mission, ou bien y être de fait, mais empêché par
» la maladie de m'y dépenser. Je suis envoyé au
NP
Congo plus tôt que je ne le croyais, et j'y débute
» en devant, comme première occupation, me soigner ! » Mais le bon Dieu est si bon! C’est lui qui prend le gros 'poids de la croix, et avec sa grâce on reste
» bien content... Durant ces longs jours d'inaction