‹ Henry Esmond mémoires d'un officier de MarlboroughChapitre 10 sur 64 · Jeu de cartes. (Note du tr · texte numérisé non relu

Jeu de cartes. (Note du tr

page, témoignant une satisfaction particulière, si le P. Holt jfaisoit de lui un bon rapport, lui donnant de petites tapes sur la jtéte, efpromettant de pourvoir à son avenir. Mais, en présence » de milaay , milord ne lui donnoit plus de ces marques de bien* jveillance; il affectoit de le traiter rudement, et le réprimandoit ?avec sévérité pour de petites fautes : ce dont il demandoit •en quelque sorte pardon au jeune Esmond, lorsqu'ils étoient seuls, disant que, s'il ne lui parloit pas durement, elle le feroit, et qu'il n'avoit pas la langue aussi rude qu'elle ; assertion dont l'enfant, tout jeune qu'il étoit, connoissoit parfaitement la vérité.

y II se passoit, pendant tout ce temps, de grands événements publics , dont l'innocent jeune page tenoit peu de compte. Mais un jour qu'il se rendoit à la ville voisine sur le marchepied du carrosse de milady, où elle étoit avec milord et le P. Holt, un gros rassemblement vint autour du carrosse , avec des huées et des moqueries , criant : c Vivent les évêques l A bas le pape ! Pas de papisme 1 Pas de papisme t Jézabel 1 Jézabel 1 » si bien que milord commença k rire, milady à rouler" les yeux de colère , car elle étoit aussi hardie qu'une lionne et ne craignoit rien, tandis que M. Holt, à ce que vit Esmifrid du marchepied, se renfonça en arrière, d'un air passablement alarmé, en disant à milady : « Pour l'amour de Dieu, madame, ne parlez pas, ne regardez pas par la portière , tenez-vous tranquille. a Mais elle n'obéit point a cette prudente injonction du Père ; elle passa la tête par la vitre du carrosse, et cria au cocher : x Faites-vous jour à travers ces brutes , James , et jouez du fouet I j>

Le rassemblement répondit par un formidable éclat de rire et par de nouveaux cris de : « Jézabel ! Jézabel I » Milord n'en rit que davantage. Il étoit d'un tempérament languissant ; d'ordinaire, rien ne sembloit l'exciter, quoique je l'aie entendu encourager les chiens de ses cris, que j'aie vu son visage (qui étoit généralement très-jaune et calme} devenir tout rouge et fort animé , lors d'une course sur les dunes après un lièvre, et qu'il lui soit arrivé de rire , et de jurer et de pousser des hourras à un combat de coqs, divertissement dont il étoit fort amateur. Lorsque le rassemblement commença à huer sa femme, il se prit à rire d'un air de malignité, comme s'il s'attendoit à quelque chose de semblable , et pensoit que la foule et elle étoient d'égale force.

James, le cocher, avoit probablement plus peur de sa maîtresse que du rassemblement , car il fouetta ses chevaux , comme il en avoit reçu l'ordre, et le postillon qui montoit la paire de devant (milady ji'alloit jamais qu'à six chevaux) donna un coup de sa lanière sur les épaules d'un homme qui avançoit la main vers la bride du cheval de volée.

C'étoit un jour de marché, et les paysans étoient tous assemblés, avec leurs paniers de volaille, d'œufs'et autres denrées. Le

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postillon n'eut pas plutôt frappé l'homme qui avoit voulu arrêter le cheval, qu'un gros chou vint tomber, en tournoyant comme une bombe , dans le carrosse , ce. qui fit rire encore plus milord, car le chou fit sauter l'éventail que tenoit milady, et atteignit le P. Holt en plein dans l'estomac. Puis survint une grêle de carottes et de pommes de terre.

r € Pour l'amour du ciel, restez tranquille, dit M. Holt ; nous ne sommes qu'à dix pas de l'auberge de la Cloche, où l'on pourra fermer les portes sur nous , et arrêter ainsi cette canaille. »

Le petit page, qui étoit sur le marchepied, servit de but à un des hommes de la foule , qui lui lança une pomme de terre sur l'œil , et le pauvre petit malheureux poussa un cri ; l'homme se mit à rire. C étoit un grand et gros apprenti d'un sellier de la ville : « Ah I maudit petit braillard de bâtard papiste l * ditil; et il se baissa pour en ramasser une autre. La foule, en ce moment, s'étoit amassée complètement entre les chevaux et . l'entrée de l'auberge, et le carrosse ne pouvoit plus bouger. Milord sauta, aussi lestement cpi'un jeune garçon, par la portière, au risque d'écraser derrière le petit Harry : U saisit, en un clin d'oeil, le jeteur de pommes de terre au collet, et, l'instant d'après, la trute étoit les quatre fers en l'air et retomboit avec une bosse sur le pavé.

« Grand lâche 1 dit-il ; tas de gueulards et de chenapans f Gomment osez-vous attaquer des enfants et insulter des femmes ? Jette encore quelque chose à cette voiture, plat valet de savetier, et , par le ciel! je te passe ma rapière au travers du corps. »

Quelques voix dans la foule crièrent : c Hourra, milord I » Car on le connoissoit, et on connoissoit aussi l'apprenti sellier pour un boxeur deux fois aussi gros que milord vicomte.

« Faites place, dit celui-ci (U parloit d'une voix perçante, mais avec un grand air d'autorité) ; faites place , et laissez passer le carrosse de Sa Seigneurie. *

Les hommes qui étoient entre la voiture et la porte de la Cloche obéirent, et les chevaux entrèrent, milord marchant après eux, son chapeau sur la tête.

Comme il entroit dans la porte par où la voiture venoit de passer, un autre cri recommença : c Pas de papisme! pas de napistes t * Sur quoi milord se retourne et de nouveau leur fait îace.

c Vive le roi ! dit-il , donnant la note la plus élevée de sa voix. Qui ose outrager la religion du roi ? Vous , vous , damné psalmodieur de savetier, aussi sûr que je suis magistrat de ce comté, je vais vous faire arrêter. »

L'homme battit en retraite , et milord se retira avec tous les v honneurs de la guerre. Mais quand le petit émoi causé par cette scène fut passé, et que la rougeur eut quitté sa joue, U retomba dans sa langueur habituelle, joua avec son petit chien et bâilla lorsque milady lui adressa la parole*

Il y avoit à cette époque dans le pays des milliers de rassemblements comme celui-ci , poussant des hourras pour l'acquittement des sept évêques qu on venoit de juger , et sur le compte desquels le petit Harry Esmond ne savoit pas alors grand'chose. Il se tenoit des assises à Hexton, et il y avoit beaucoup de monde à la Cloche, et les gens de milord avoient leurs livrées neuves , et Harry un petit habit bleu et argent, qu'il portoit dans les grandes occasions ; et les gentilshommes venoient causer avec milord ; et un juge en robe rouge, qui sembloit être un fort grand personnage, le complimenta particulièrement, lui et milady, qui avoit de bien grands airs. Éarry se rappelle que sa queue étoit portée par sa dame d'honneur. Il y eut assemblée et bal dans la grande salle de la Cloche, et d'autres jeunes gentilshommes de famille du comté regardoient danser comme il faisoit. Un d'eux le railla sur son œil poché par la pomme de terre , et un autre l'appela bâtard ; sur quoi Harry et lui en vinrent aux coups de poing. Le cousin de milord, le colonel Esmond de Walcote, étoit la et sépara les deux combattants : c'étoit un grand gentilhomme^ avec une belle et bonne figure. L'enfant ne savoit pas combien, plus tard, il seroit allié de près au colonel Esmond, et de combien de bontés il lui seroit redevable.

Il y avoit peu d'affection entre les deux familles. Milady n^~ pargnoit point le colonel Esmond , en parlant de lui , pour des raisons déjà indiquées , mais dont Henry Esmond n'étoit pas d'âge à rien savoir.

Bientôt après , milord et milady allèrent à Londres avec M. flolt , sans emmener le page. Le petit homme eut la grande maison de Castlewood à lui tout seul, ou, du moins,, entre lui et la femme de charge, mistress Worksop, vieille dame, parente éloignée de 1* famille et protestante , mais excellente tory et royaliste , comme l'étoient tous les Edmond. Il alloit à l'école chez le docteur Tusher , quand il étoit à la maison , quoique le docteur fût fort occupé aussi. Il y avoit partout beaucoup d'agitation et de trouble^ même dans le paisible petit village de Castlewood , où arriva de la ville une troupe de gens qui voulurent briser les fenêtres de la chapelle de Castlewood : mais les habitants les chassèrent ; et même le vieux Sieveright , le forgeron républicain , les y aida ; car milady , quoique papiste et assez étrange dans bien des choses, étoit .bonne pour ses tenanciers, et il y avoit toujours abondancè de bœuf et de couvertures, et de médicaments pour les pauvres, au château de Castlewood.

Un royaume changeoit de mains , pendant l'absence de milord et de milady : le roi Jacques prenoit la fuite ; les Hollandois arrivolent; d'enrayantes histoires sur eux et sur le prince d'Orange étoient racontées par la vieille mistress Worksop à l'oisif petit page.

Il se plaisoit fort bien dans cette grande maison solitaire; il

avoit à sa disposition toutes les pièces de théâtre, pas de P. Holt pour lui donner le fouet, et une centaine d'occupations et d'amusements , au dedans et au dehors , qui lui rendirent ce temps fort agréable.

Mes supérieurs sont engagés dans des complots pour la restauration

du roi Jacques II.

N'ayant pu dormir à force de penser à des lignes à anguilles qu'il avoit posées la veille au soir, l'enfant attendoit dans son petit lit l'heure où s'ouvriroit la grande porte, et où il nourroit aller à l'étang avec son camarade Job Lockwood, le fils du portier, voir ce que leur auroit amené la fortune. Au point du jour, Job devoit l'éveiller ; mais son ardeur pour la pêche lui avoit depuis longtemps servi de réveille-matin.... depuis si longtemps, qu'il lui sembloit que le jour ne paroîtroit jamais.

Il pouvoit être quatre heures lorsqu'il entendit s'ouvrir la porte de la chambre en face, celle du chapelain, et la voix d'un nomme qui toussoit dans le corridor. Harry sauta à bas de son lit, convaincu que c'étoit un voleur, ou espérant peut-être un revenant ; et ayant ouvert précipitamment sa porte , il vit celle du chapelain ouverte et de la lumière dans l'intérieur, et debout à l'entrée une figure au milieu d'une grande fumée qui sortoit de la chambre, c Qui est là? cria l'enfant, qui avoit du courage. — Silentium! répondit-on tout bas ; c'est moi, mon garçon, i Et dans l'homme qui lui tendoit la main, Harry n'eut pas de peine à reconnaître son maître et ami, le P. Holt. Un rideau étoit tiré sur la fenêtre de la chambre du chapelain qui donnoit sur la cour, et Harry vit que la fumée venoit d'une grande quantité de papiers enflammés qui brûloient dans un brasier lorsqu'il étoit entré dans la chambre. Après avoir donné à la hâte une accolade et sa bénédiction à l'enfant charmé de voir son précepteur, le Père continua de brûler ses papiers, les tirant d'un placard pratiqué au-dessus de la cheminée et dont Harry ne soupçonnoit pas l'existence.

Le P. Holt se mit à rire en voyant l'attention de l'enfant se fixer subitement sur ce trou, c C est bien, Harry, dit-il; les petits famuli fidèles voient tout et ne disent rien. Vous êtes

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