‹ Henry MonnierChapitre 3 sur 5 · C PORTRAITS APRÈS DÉCÈS. J · texte numérisé non relu

C PORTRAITS APRÈS DÉCÈS. J

11 monte, prend une mine funèbre, et demande au photographe s'il peut le suivre pour faire le portrait d'un de ses parents qui est mort.

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— Je suis à VOS ordres, répond Tartiste.

Chargé de son appareil, îl descend avec Henry Monnier, et, chemin faisant, après quelques mots de condoléance bien sentis :

— Le défunt, monsieur, lui dit-il, était votre proche parent, sans doute?

— Très-proche parent, c'était mon grand-père*

— Il devait être fort âgé.

— Point du tout, il est mort à Tàge de trènte-sii ans.

— Hein?

— Trente-six ansj oui, mgnsieur, à la prise de la Bastille!

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On juge de la colère du photographe.

Monuier n*entend pas qu'on donne le nom d'artiste à ces industriels. Il se moque d'eux toutes les fois que l'occasion s'en présente, et ne craint pas de leur appliquer indistinctement à tous, même à Nadar jeune, le mot cruel de sa jeunesse, au bon temps de Romieu, des furets et des rapins :

I — C'est encore un épicier ! i»

Pourtant lui-même, lui, Honnier, le roi de la charge, trouva son maître un jour, et l'aventure que voici remonte h deux ans tout au plus.

Un Anglais, rose cl blond, l'accoste en pl<>ine rue Yivienno.

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— Meuraîce hôtel? demande-t-il avec un accenl des plus britanniques.

— Âh ! bon ! . .. Vous demandez Thôtel Meurice? Tout droit devant vous, monsieur. Suivez cette rue jusqu'à la rue Neuve-des-Petils-Champs; tournez ensuite à droite, puis à gauche; puis, une fois dans la rue Richelieu.... Eh bien, mais, ajouta-t-il en le regardant, est-ce que vous ne comprenez pas?

L'insulaire ouvrait les yeux, ouvrait la bouche et restait dans l'attitude la plus suspecte d'ininlelligence.

— Il ne trouvera jamais, pensa le charitable artiste; je vais le conduire.

— Allons, dit-il, suivez-moi.

— Haô!... yes! répond Tenfant delà Tamise.

Le long du chemin, Honnier lui montre tous les monuments près desquels on passe, et lui en explique la destination et la nature en homme qui est fier d'être Français.

— Haô!... yes! dit l'Anglais reconnaissant.

On arrive à l'hôtel Heurice. L'étranger salue son conducteur, et, franchissant la porte, lui dit dans le plus pur idiome parisien :

« — Merci, épicierl »

C'était un artiste du Palais-Royal.

Henry lifonnier raconte une autre anec-

dote qui peut servir de pendant à celle qui précède.

On montrait au boulevard Bonne-Nouvelle les Indiens Joways. Il voulut assister à Tune de ces exhibition^;. Quand elte fut terminée, il s'approdia du grand chef, la Phcie qui marche, essayant de lier avec lui un entretien par signes.

La mimique expressive de Monnier fut très-intelligible pour le sauvage, qui s'écria tout à coup :

— C'est mon nom que vous voulez savoir? Je m'appelle Morel.

Henry Monnier continue ses esquisses comiques.. Les Trompettes, — YEspi^it des campagnes, — les Compatriotes, — les Petits Prodiges, — Peintres et Boxir-

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geoiSy e^c, grossissent auJQurdliui 1ère*cueil des Scènes populaires.

De même qu*il nous est impossible de les citer toutes, nous n'en analyserons aucune, par celte simple raison que cela échappe à toute analyse.

On l'a dit cent fois avant nous, et la comparaison devient presque banale :

c C'est de la photographié littéraire. i>

Nonnier devrait alors se montrer plus indulgent pour les photographes.

Après ses tournées en province, notre écrivain -comédien se fit diredeur de troupe et alla donner des représentations en Belgique, en Allemagne et en Russie.

De retour en France, il rqiarut au Yau»

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deville el fut ensuite engagé aux Variétés, il lira de son esquisse intitulée les Compatriotes une pièce dans laquelle il créa le principal rôle, et qui obtint un succès de bon aloi.

Ceci avait lieu en 1848.

En 1852, Honnier,^ prenant Gustave Vaëz pour collaborateur, composa une nouvelle œuvre dramatique, à laquelle rOdéon dut sa fortune.

Quatre mois entiers raffiche aniionçi chaque jour : Grandeur et déca ience de M. Joseph Prvdhomme.

Le type de Télève de Brard et Saiut- Omer semblait toujours nouveau, comme

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tout ce qui ne s'écarte point du vrai comique. Monnier s'y montra réellement prodigieux, et surtout prodigieusement réel*.

Par malheur, il abusa de ce grand sutces pour jouer sur le même théâtre une comédie, tirée d'une longue et belle scène en prose, Peintres et Bourgeois, et qu'il eut rétrange fantaisie de mettre en vers.

Espérons qu'il ne recommencera plus pareil travestissement.

Dans le livre comme au théâtre, ses œuvres doivent rester ce qu'il les a faites.

* Il a écrit les Itimoiret de Prëdhomme et les a vendus à la librairie Moaretle, qui a grand ton, selon noas, d*en retarder la publication.

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Elles n*ont rien à démêler avec le Iy<ristne*.

Henry Monnier occupe aujourd'hui un modeste appartement rue Yentadour.

Ce qu^il y a de remarquable dans son intérieur conâste en un certain nombre de tableaux ou de dessins de lui et de Gharlet. D'innombrables photographies le représentent dans tous ses rôles et tapissent la salle à manger, nouvelle preuve que Tart du photographe est moins digne de mépris qu il veut bien le dire.

* En quittant I^Odéon, Monnier fut engagé aa Palals-Royal, ot il joaa son Roman chez la portière. La brocbare de celte dernière pièce noas apprend qu'il a en poor collaboratenr M. Gabriel. Toutes les fois qac le Palais-Royal vent éveiller les échos du foa rire, on rappelle Fauteur du Roman chez la portière, et la pièce reparaît sur Tafflche.

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Henry Monnier est un parfait galanl homme, un excellent père de famille.

A une époque où il était jeune encore, il s'est marié avec une actrice de mérite, qui joua quelque temps au Gymnase. Elle alla se fixer ensuite au théâtre des Arts, à Rouen, d'où elle est revenue pour accompagner son mari en province.

Ils ont toujours fait, bien que d'un peu loin, délicieux ménage.

Monnier continue ses charges; il entisse chaque jour bons mots sur bons mots. C'est un homme incorrigible et qui mourra dans Timpénitence finale.

L^autrejour, il disait à Gavarni :

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— Âh ! l'ambilion, que de malheurs elle cause ! Elle a perdu Napoléon I*% mon cher. S'il était resté lieutenant d'artillerie, il serait encore sur le trône.

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