‹ Herculanum et Pompéi (volume 2)Chapitre 3 sur 7 · a', V. 23iet suiv. (j;\oiû\xs,lnsUt. Poet.,U, 11 et · texte numérisé non relu

a', V. 23iet suiv. (j;\oiû\xs,lnsUt. Poet.,U, 11 et

3^ Série. — Peintures. 3

auteurs tragiques devaient être considérés en raison des personnages qu'ils créent et qu'ils font mouvoir, combien l'art moderne serait en droit de jeter un regard de mépris sur l'art antique; mais aujourd'hui l'on est généralement trop éclairé et trop juste pour ne pas reconnaître le génie de deux hommes qui, avec de si faibles moyens, se sont élevés à ce que le drame a de pins intéressant, de plus vrai et de plus sublime. A Rome, la tragédie jeta une lueur bien faible, qui pâlit et s'éclipsa devant l'éclat plus soutenu que Plante et Térence donnèrent à la comédie. Il paraît que ses premiers pas furent guidés par Livius Andronicus , et puis , avec quelque succès , par Ovide et Varus. Le Thyeste de ce dernier est d'autant plus regretté que Servius nous raconte à ce sujet une anecdote qui ne manque pas d'intérêt. Virgile était trèsassidu auprès de la femme de Varus, qui s'occupait de l'étude des belles-lettres, et pour lui témoigner sa reconnaissance des faveurs qu'elle lui avait accordées, il écrivit à son intention une ti*agédie dont il lui donna le manuscrit. Cette dame romaine, qui, malgré son infidélité, tenait à l'estime de son mari, lui communiqua la tragédie de Virgile et s'en déclara l'auteur. Varus, persuadé qu'il pouvait, en sa qualité de mari, s'approprier le bien de sa femme, publia l'ouvrage sous son nom (i).

(1) Servius, fe>/. RI, 20.

rEINTFTlES (. 4(wr/t'f'cc^

d JSc'ucJi^lJUct .

L'inscription 0AAEIA . KQMOAIAN, (jiii est au-dessous de cette Muse, nous révèle son nom et celui de l'art auquel elle préside. Thalie, à qui l'on attribuait l'invention de la comédie, avait été ainsi nommée du mot grec OaXXsiv, fleurir, parce que, selon Diodore (i), ceux qui étaient célébrés par les poètes tlorissaient longtemps ; mais l'étymologie du nom de cette Muse s'explique d'une manière bien plus naturelle, si l'on admet, avecle scoliaste d'Apollonius (2), que Thalie présidait aussi à la culture des champs. D'ailleurs, la comédie, y.(orj.co^ia (de w(^7), chant, et y.cotr/1, bourg) semble devoir son origine aux fêtes et aux chansons qui égayaient les travauxde la campagne (3). Et l'on comprend alors sans peine que la Muse sous la protection de laquelle on a placé la comédie eiitquelque rapport avec la culture des champs. Plusieurs auteurs de l'antiquité ont cependant refusé de donner à cet art une origine aussi simple et aussi commune. Le plus grand nombre, plein de vénération pour le Poète grec, a voulu trouver dans son Iliade les principes de la tragédie, et dans son Odyssée un essai dans le genre comique (4). Aristote luimême croit qu'Homère a donné le modèle du genre dans

(1) IV, 7 ; Fornutus, ch. 14.; Plu- (3) Horace, U,Epist. I; Athénée,

tarque, Symp., IX, 14. II, p. 40.

(2)111, V. 1. (4) Donatus, Proleg. in Terent.

le poëme en vers , iambiqiies connu sous le titre de Margitès{\)^c\\\\ ad'ailleurs été attribué à d'autres qu'à lui (2). Ces idées étaient si généralement répandues que, sur le marbre de V Apothéose d Homère , la Tragédie et la Comédie figurent comme filles du chantre d'Achille. Parmi les inventeurs de la comédie, ona nommé encoreSusarion, Mullus et Magnes (3), Phormus, Epicharme etCratès (4). Ne serait-on pas plus près de la vérité en privant la naissance de la comédie du patronage de noms historiques et en disant qu'après avoir eu, comme toutes les grandes choses, un commencement tout» fait obscur, elle a grandi petit à petit pour s'élever à la hauteur oii l'ont portée ^lénandre et Arsitophane chez les Grecs, Plante et Térence chez les Romains, et Molière chez les Français? Notre Muse est caractérisée par le masque comique, qu'elle porte de la main gauche, et qui semble convenir à un rôle de vieux esclave que l'on retrouve dans toutes lescomédiesanciennes. Ce personnage, appelé vîy£[/.c6v, était un des principaux de la pièce. 11 guidait par ses conseils son jeune maître, et tenait en main tous les fils de l'intrigue. « Il était toujours vieux, et sa large face, entourée de (( cheveux fauves en forme de couronne, montrait, sous (( un front ridé, des sourcils relevés (5). » Le masque, comme on le voit, était fait de manière à exprimer le ca-

(1) Poet., chap. 2. {^) Clément d'Alexandrie, Strom.

(2) Saint Basile, de Leg. Gentil. \, p. 308 ; Aristote, Poet., ch. 4.

(3) Diomède, liv. III, de Poem. (5) Pollux, livre 14, sect. 144gêner. 1^9; Scaliger, Poet., i, 14.

ractère du personnage. C'était aussi un voile derrière lequel tous les historious, quels qu'ils fussent, avaient le droit de cacher leur visage ; mais que le peuple pouvait leur faire oter quand ils s'étaient acquittés par trop mal de leurs rôles (i).

La comédie, quand elle eut atteint son apogée de grandeur, se garda bien de rougir de son origine, et elle fît toujours monter sur la scène, avec des patriciens et des habitants de la ville, quelques-uns de ces bons villageois chez qui elle avait reçu le jour. Aussi le bâton pastoral (pedum) était très-connu sur la scène antique, et il ne faut pas s'étonner si Thalie en tient un de la main droite ('2). Cette jMuse, couronnée de laurier, comme Clio et IMelpomène, a sur la tète un voile vert, ([ui est une mitra ou un cccryphalus (îc5y.pii(pa);oç) (3). Thalie et^Ielpomène étant les deux seules Muses dont la tête soit ainsi enveloppée, on peut en conclure, avec assez déraison, que cet ajustement était consacré d'une manière toute spéciale aux costumes de la scène. Notre Muse est vêtue d'une tunique à longues manches, de couleur verte, et ornée d'une bordure rouge, que les Romains appelaient cJdridota ou carpota, et qui n'était guère portée que par les femmes et leshommesefféminés (4) . Ony pourra voir aussi une espèce

(1) Festus in verbo Personata (3) Aristophane, 0£c., v. ^64; fabula. PoUux, IV, sect. lai ; Juvenal,5a^.,

(2) PoUux, IV, sect. 119; Festus III, v. 66.

in verbo Peclum; Plutarque, tome (1) Ferrari, de Revest., p, I, liv.

11, p. 2. D. de Puer. inst. III, c. 8.

devêtementscénique,connusouslenomdejj'/7i/??e^ria(i). Cette triiiique est recouverte par une rolje rouge à manches courtes , sur laquelle est une draperie à franges, chlamys laciniosa. On doit remarquer avec une attention toute particulière, sur cette partie du vêtement, le morceau barlong d'étoffe rouge, qui a été superposé et sans doute cousu à la hauteur de la cuisse. Cette particularité de notre peinture a d'autant plus de valeur qu'elle rend superflus les longs commentaires des érudits sur la forme du clavus chez les Romains. Le claviis était un petit morceau de pourpre tissu ou cousu sur les habits des anciens, et qui indiquait, selon qu'il était plus ou moins large, la qualité ou le rang des personnes. Ainsi les chevaliers étaient reconnus au clavus angustus, et les sénateurs au latus clavus. Cette marque de distinction existait aussi chez les Grecs, qui l'appelaient ariiJ.eiov (^2).

L'origine et le nom de l'inventeur de la poésie lyrique se perdent dans la nuit des temps (3), et tout ce que l'on peut se permettre d'affirmer, c'est que l'Hymne, fille du sentiment religieux, a devancé, dans l'ordre des inventions, tous les autres genres de poésie. Le reste ne sera que des conjectures. Ce qui paraît assez probable pour-

(1) PoUux, IV, sect. 120. IV, M8, et VII, 53.

(2) Ferrari, de Re vest.; PoUux, (i)Barnes,npoX£Y. ad Anacr.,%S.

ÏROISIÈ.ME SÉRIE. 23

tant , c'est que la lyre , quelle que t'ùt son orii^ine ( i ) , soit ([u'elle fût sortie des mains industrieuses d'Apollon , soit que ce dieu l'eût reçue en conq^ensation des bœufs que Mercure lui avait volés (-à) , soit enfin qu'elle eût été inventée par Jubal , arrière-petit-lîls d'Adam (3) , sechari^ea d'aider, par ses accords, les premiers pas de l'Hymne naissante , dont elle éleva la voix faible et timide jusqu'au sommet de l'Olympe. Elle a beaucoup occupé les antiquaires et les archéologues, et l'on peut induire de leurs savantes recherches que, malgré sa noblesse, elle n'exista jamais par elle-même, et n'eut pas des allures franches et indépendantes. Elle s'appuyait d'un côté sur le Chant, de l'autre sur la Danse (4); aussi, peut-être, ne faudra-t-il pas voir, dans la Muse qui fait le sujet de cette planche , malgré l'inscription deTEPTIXOPH. VTPAN, seulement le génie tutélaire de la Lyre. Et cela avec d'autant plus de raison, que les auteurs anciens ne se sont pas accordés sur l'instrument auquel Terpsichore demandait ses accords harmonieux; qu'ils lui ont prêté tantôt la lyre et tantôt la flûte (5) , et que le nom de Terpsichore lui-même (de TspTTw, se réjouir, et yopo; danse) , indique d'une manière suffisante que les attributions de la 3ïuse de ce nom n'étaient pas restreintes dans un rayon aussi étroit ([ue

{i) Le Antichità ai Ercolano, Aristophane, 0£au.oj>., 772.

t. I, pi. YII, n. [t2]. (5) Épigr. de l'Anthologie; Ho-

(5)Eustache, //., c', V. 570. race, Odes XXIY , XII, liv. I;

(3) La Vulgate, Gen., IV, ±[. Pindare, Isfhm., II, v. 1-2. {i) Pindare , Olymp. , ode II;

l'inscription de notre figure porte à le croire. L'épithète de Terpsichove avait été donnée aussi à Apollon , par allusion sans doute au mouvement de rotation des corps célestes autour du soleil. Les chœurs sacrés exécutaient leurs danses autour des autels des dieux, de droite à gauche, pour indiquer le mouvement de l'univers d'orient en occident; et puis ils revenaient de gauche à droite, pour imiter la révolution des planètes d'occident en orient. Les noms de strophes et à' aiitlstrophes furent employés pour désigner ces deux mouvements en sens contraire ; et on les appliqua dans la suite aux diverses parties des hymnes et des odes, selon qu'on les chantait pendant les strophes ou pendant les antistrophes (i).

Comme on le voit , la Lyre, les Hymnes et la Danse réunirent leurs charmes et leurs séductions pour célébrer les dieux. ÎMais cette Trinité païenne se rompit aussitôt que la civilisation eut relâché les liens de la croyance; et chacun de ses membres, jaloux l'uu de l'autre, voulut avoir les coudées franches et suivre tout seul son chemin. La Lyre garda la poésie , sans laque Ile elle ne pouvait vivre, mais elle se passade la Danse (a); l'Hymne, ingrate et capricieuse, remercia quelquefois l'instrument qui lui avait prêté son nom : elle dédaigna sa touchante harmonie (3) ; et des temples des dieux elle passa dans les palais

(1) Lucien, f7e Saltat.; les Sco- (3) /4(7a>ncwrt., v. 999; Euripide, liastesdePindare.Vossius,Poe/.,in, Phœn., v. 1035; Spanheim, Hijmn. i-i; Henri Estienne, in ^Tpocpr. in ApolL, v. 12, et Hymn. in Del.,

(2) Eschyle, SuppL, v. 089. v. 304, 30i, 312.

des rois, et dans rimmble demeure des simples citoyens. Il n'y eut pas une joie et pas une douleur qui n'obtînt l'honneur d'inspirer cette fdle des dieux, avide de popularité (i).

L'invention des hymnes sacrés fut attribuée à Linus (a), et celle des chansons à boire à Anacréon (3). Les noms des lyriques grecs nous ont été conservés avec plus de bonheur que leurs ouvrages. iNous connaissons Pindare, Simonide, Stésichore, Ibycus , Alcman, Bacchylide , Anacréon et Alcée ; et les neuf poétesses : Sapho , Praxille, Myro, Anyté , Érinne , Télésille, Corinne, Nossis et Myrtis. Les Latins sont à peu près réduits, en fait de poésie lyrique, à concentrer toute leur admiration sur un seul homme ; ils ne prononcent guère qu'un nom , celui d'Horace. Cette admiration s'est changée , chez Jules Scaliger, en une espèce d'idolâtrie , et cet érudit s'écrie dans un accès d'enthousiasme (4) : c( J'aimerais mieux avoir écrit seulement deux odes pa- (c reillesà celles-là (la 3™^ du livre IV : Qiiem tu , Melpocc mene^ et la S*"*" du livre III, Doriec gratus eram) qu'être « roi de tout l 'Aragon. »

Terpsichore, la Muse de la lyre, fait donc le sujet de cette planche. Les détails dans lesquels nous sommes entré auront donné une idée satisfaisante de ses attributs. On la voit ici revêtue d'une tunique de couleur

(1) Genèse, XXXI, 27; livre de (3) Athénée, IV, p. 175; Barnes, yo6, XXI, 11. V, 12; XXIV, 8.

(2) Pausanias, IX, 27. (4) Poet.,y\, 7.

•S*^ Série. — Peintures. 4

changeante , entre le rouge et le bleu clair, qui laisse à découvert son bras droit. Les tuniques à une seule manche portaient le nom d'éTepo(xaV/aXo<;, hétliéromascaios , et convenaient aux esclaves, dont les occupations réclamaient des vêtements simples et peu embarrassants (i). Ce n'est pas à dire cependant que cette tunique ne fût portée que par les esclaves. On l'a donnée à Uraniedans le marbre de l'Apothéose d*Homère , et à Diane sur plusieurs médailles antiques. On pourrait penser encore qu'elle avait été adoptée par les joueurs de lyre (2) , si l'on ne voyait sur plusieurs médailles Néron, et dans le marbre cité ci-dessus , Apollon , occupés à toucher les cordes de la lyre et revêtus d'une tunique à deux manches (3). Une draperie bleue couvre en partie la tunique de Terpsichore. Elle tient à la main une lyre ou une cithare. Ces deux instruments , nous avons eu déjà occasion de le dire, n'ont pas été distingués l'un de l'autre d'une manière positive par les antiquaires et les savants. Tout ce qu'ils ont pu établir avec quelque apparence de raison , c'est que la cithare était moins compliquée que la lyre , qui , entre autres choses , avait de plus que sa rivale une cavité pareille à celle que l'on observe dans la lyre de Terpsichore. C'est sans doute à cette cavité que les Romains avaient donné le nom de testudo (4)-

(l)Hesychius, Pollux. 3 de la 2° séné des Peintures. Le

(2)Spon,M5C.,p.2l;8panheiinad Antichilà di Ercolano , pi. VIII,

Callimach.,////;/meà/l;9o//o»,v.33. t. I,n. 12. pl.XXVlII, 1. 1; Scaliger

(3) Apulée, floricL, la. dans Manilius, in Zyr«;Boulenger,

(i) V. l'explication de la planche de Theatr.) 11, 37.

'. / /• ni^lift ,iel ft ji

{ >,fA

rROISFÉMI': SKIUK.

Deux étymoloi^ies ont été proposées pour le nom de la muse F.rato. Ou l'a fait cléi'iver du mot ^rec elpecôai {eirestha'i)^ interroger. L'interrogation amène la réponse ; l'interrogation et la réponse, el'psGÔai xal àxo/piverrOai, font la controverse cpii convient aux lettres et à toutes les Muses en général (t). Érato doit plutôt avoir emprunté son nom à l'Amour, en grec Éoco; (*.i), et nous avouons que cette étymologie nous semble mériter plus de crédit que la première. Apollonius H) invoque Erato avant de chanter les amours de Jason et de Médée; c'est, dit-il, parce que cette Muse porte un nom plein d'amour :

Tco xa( TOI £7rv^po(TOv ouvou. àvrJTTTat. ]

Ovide a dit aussi :

Nunc mihi, si quando puer et Cytherea, favete. Nunc Erato; nam tu nomen Amon's habes (4).

Si, pour justifier cette communauté d'appellation, on cherche à établir quelque rapport entre les attributions de l'Amour et d'Erato, il faudra s'adresser à Platon

(1) Phurnutus, cap. U. (3) Arg., III.

(2) Lynocerius, Mijtliol. nuis., {A) ArL, \l, y. lii. cap. 7.

qui consacre à Érato les productions erotiques (i), et à Plutarque ('2), chez qui nous lisons qu'Erato préside à l'amour pudique, à cette union basée sur un attachement et une fidélité réciproques, exclusive des voluptés honteuses et effrénées. Giraldi (3) ne s'éloigne pas de l'opinion de Platon en écrivant que, si Thamyris passait pour le fils d'Erato, c'est parce que le premier il chanta l'amour. Il est vrai que tous ces faits ne résultent pas de l'inscription que porte la base de notre figure : EPATÛ WAA- TPIAX. Mais nous rappelons la distinction que nous avons déjà essayé d'établir entre les croyances mythologiques et les croyances théologiques : les unes professées par le vulgaire, les autres par les philosophes. Qu'on nous permette d'abord d'examiner la forme matérielle de l'inscription de notre figure, et surtout celle deVepsilon et du psi. \J epsilon ainsi fut nous est déjà familier, et ^lontfaucon dans sa Paléograpliie remarque que les manuscrits des VHP et IX* siècles en contiennent de tout pareils. Cette peinture nous est une preuve que le psi'Ainû formé remonte à une antiquité bien plus reculée. Puisque nous sommes amené à effleurer la question assez vivement débattue de la forme des différents caractères grecs et de la date de leur invention, nous croyons devoir rapporter une inscription trouvée aux fouilles de Résine le G mars lyi^, sur wne nuiraille qui formait l'an-

{\)Phœdon. [3] Stjnt. de Mus.

(2) Sijtnp., IX, 4-4.

gle d'une rue conduisant au tlioàtre. Cette inscription, tracée en lettres noii-es et r()uji;es, est de la lorine sui- A^ante :

ili:iiiNiO<K)iNB0VAI<:VIMATA2:nOAAÂ:SXi:iPA2MKA.

On doit la lire ainsi :

Elle est extraite d'Enripide cité par Polyhe (i). Maintenant pourrait-on soutenir, comme on l'a fait, que l'invention des accents date seulement du septième siècle? Non certainement; et il faut se ranger du petit nombre des érudits et des philologues qui en rapportent le premier emploi au temps de Cicéron. L'usage des lettres minuscules grecques est au moins aussi ancien que l'engloutissement d'Herculanum. C'est déjà un jalon jeté au milieu des vastes et obscurs systèmes qui s'offrent aux philologues.

Occupons-nous maintenant du sens de l'inscription qui accompagne la figure d'Érato : EPATO ^AATPIAN. Si elle n'enrichit pas la langue grecque d'un mot nouveau, elle prête du moins à un mot déjà connu nue valeur qui ne lui avait pas encore été donnée. Jusqu'ici le mot '^oà.x^^y. était une qualification attribuée à des joueurs d'instruments. Ainsi Pollux (2), après avoir parlé des différents instruments de musique, dit que les xs/vr-

(i)I,3o. (2)IV, G^2.

30 PEIiMURES.

Tai, les artistes, c'est-à-dire, les gens qui jouent de ces instruments s'appellent i|^a").Ta'., ^ylrpiai. Et Cicéron : Enpiamus huic œgritudinem : quomodoP psaltriam adducamiis^ etc. Enlevons -lui sa maladie : comment?... an\enons une joueuse d'instrument (i). Tite-Live, Juvénal et Macrobe prennent toujours le \\\ol psaltria dans ce même sens. Il est évident que, si telle eut été la signification adoptée par l'auteur de notre figure, il eût écrit : Èparw ^ôCkz^iOL. D'ailleurs on n'a qu'à rapprocher l'inscription de la Muse Érato de celles des autres Muses qui suivent et qui précèdent dans l'ordre de cette collection. On en déduira que l'artiste a bien certainement écrit le nom de la Muse et celui de l'art qu'elle a inventé. Ainsi Êpaxto (ejps) ^J;à);Tpiav, Erato {Inventa) l'art appelé ps ait ria, comme Klnoi (eupe) ÎGTopiav, ©aXeia (sups) -/.to|xiof5tav , ctc. CUo {inventa) t histoire, Thalie {inventa) la comédie. Pourquoi l'artiste aurait-il dérogé pour Erato à une forme qu'il a généralement adoptée pour toutes les compagnes de cette Muse.^ Pourquoi, s'il avait pensé à désigner la figure qui nous occupe par l'inscription à' Erato joueuse d instrument , n'aurait-il pas écrit aussi : Clio historienne^ Thalie comédienne.^ Cette signification nouvelle donnée au mot psaltria est une anomalie dans le système généralement adopté dans la langue grecque pour nommer les arts divers et ceux qui les professent. Ainsi le poète et la poétesse ont bien nom -oir,TY::, r.ùvr,i:oiy.\ et le joueur et la

(1) Tusc, m.

joueuse de cithare, /.-.GapiG-r,; et jtiÔapicTia ; mais la poésie, l'art de tirer des sons des cordes de la cithare, sont appelés 770'//;ti/c-/], •/,iÔap!,'7T'//.r;. INoussavoiis bien qu'on peut prétendre à la rigueur que le mot psaltrla est appli([iié ici non point à l'art lui-niênie, mais à la personne (jiii l'exerce. Mais alors comment explic[uer le sens accusatif du mot (j/aXxpiav ? On ne pourra j^uère proposer que des invraisemblances, sous-entendre, par exemple, le mot 'j-oy.^ivEGÔai, agere, joiicr, et traduire : Erato jouant le rôle dune psaltria; ou bien dire enfin que le mot Èpaxco luimême est à l'accusatif.

Arrivons aux attributions qu'on prêtait à Erato. Si nous en croyons l'Anthologie :

TuLVoùi; àOavocTOJv 'Epaxw 7roXuT£p7T£a^ sGpEv,

cette Muse composa les premiers hymnes sacrés; mais la gloire de cette invention était accordée aussi à Terpsichore. Virgile s'éloigne tout à fait de cette croyance, lorsqu'il demande à notre Muse des révélations sur les premiers temps de l'historien du Latium :

Nunc âge, qui reges, Erato, quœ tempora reruni , Quis Latio antiquo fuerit status. ...

Tu vateni, tu, diva, mone. . . . (l).

Pétrone et Ausone se rapprochent davantage de l'idée qui a présidé à la composition de notre figure.

(1) Mn.^ VII, V. 39»

Fila premens digitis Erato modulamina fingit (1). Plccti a gerens Erato saltat pede, carminé, vultu (2).

Ce dernier vers, remarquable d'ailleurs par son heureuse vivacité et sa richesse d'expression, accorde à Erato des agréments que l'artiste n'a pas cru devoir lui donner ici. L'auteur de notre Muse a été moins généreux que le poëte, qui nous a fait d'Erato une harmonie vivante. D'après Ausone, Erato, c'est le son du plectrum, la mélodie du chant, la volupté de la danse et l'animation du visage; tout en elle se meut dans une mélodie ravissante : le pied, léchant, la physionomie !

Certainement l'éloge le plus délicat qui ait été fait de Virgile a été de lui donner Érato pour Muse (3), c'est-àdire, de le représenter vivant, écrivant, chantant sous l'inspiration de cette; ineffable et attrayante divinité qui séduit et enchante à la fois tous les orijanes.

Nous ne sommes pas certain cependant que l'artiste au pinceau duquel nous devons la Muse qui fait le sujet de cette planche, ait voulu restreindre le rôle d'Erato à celui d'une immortelle excitant l'enthousiasme par la seule harmonie d'un instrument à cordes. Les motst]/al- Xeiv et (J/aXxpta semblent avoir été employés quelquefois pour désigner l'action simultanée du jeu d'un instrumenta cordes, du chant et de la danse. Sidoine Apollinaire a dit :

Ghorda, voce, métro stupende psaltes(4).

(1) Petron. Afran. (3) Averani, diss. XVIII, in Virg.

(2) Ausone, Id., 20. (-4) VIII, £"/?., 0.

TROISIRISIE SËRIK. 33

Plutarqne entend par le mot d;a>.Tp'.a l'art de ehanteren s'accompagnant de la cithare on de la lyre (i). La fennne (jui l'exeree doit, dit Juvénal, avoirassoM])li sesniend^res anx nionvements i^raeienv du eoi-ps; (ul molles corporis gesticnlationes effracta est (*>t).

A la vne d'Erato eniprnntant des sons à nn instrnment à cordes, à la le(^tnre de ce <jne nons avons déjà écrit ponr expliqnei- le rôle de cette .Mnse dans la mythologie, ])ien des gens se seront demandé (pielle différence on peut établir entre elle et sa sœur Terpsichore ; bien des gens auront tremblé pent-être, à l'idée que le chœur céleste des neuf Muses ponvaitêtre, pour cause de double emploi et de sinécure, rédnit au nombre bien moins poétique de liait. Qu'on se rassure, Erato et Terpsichore ont chacune un domaine qui leur est propre; pour être bonnes sœnrs, elles n'en ont pas moins leurs intérêts particuliers. Terpsichore a pris la citlidj^e, Erato s'est réservé \c psalterii/m.

Le temps a l)ien pu par la suite obscurcir la distinction qui existait entre ces deux arts si différents dans l'origine, il a bien pu confondre les limites de ces deux empires qui relevaient de denx souveraines différentes; mais nous découvrons encore que Terpsichore présidait aux Hymnes et à la poésie sévère, tandis qn'Erato régnait sur les poètes satiriques, légers, frivoles, et qu'elle inspirait les chansons à boire et les stances amoureuses, ce

(1) Symp., II, 10. (!2)Juvénal, Sat., XI, v. 163.

34 PEIKTURKS.

genre de vers non sérieux qui paraît avoir été désigné par le nom de dicterium. Voici quelques vers sur Erato, ils sont conçus dans cet esprit :

Et orthophallica attullt psalteria, Quibus sonant in Grwcia dicteria.

Qui fabularum coliocat exodia, Ut cornici, cinœdici, scaenatici :

Quibus suam delectet ipse amasiam, Et aviditatem speribus lactet suis (1).

Il est vrai que chez les Hébreux l'instrument d'Erato, le psalteriuniy fut élevé à un plus nol)le usage, et qu'il servit à chanter les louanges de Dieu ; mais ce même instrument était introduit, sous le nom de nablinm (2), dans les festins et les fêtes profanes (3).

On a dit aussi que la seule distinction réelle entre Erato et Terpsichore consistait dans la différence des instruments dont elles se servaient. A ce propos il ne sera pas sans intérêt de rechercher quelle fut la véritable forme du psalterlum. Henri Estienne (4) affirme que le psalterium était triangulaire ; il invoque à l'appui de son assertion ces deux mots d'Aristote (5) t^alTvfpia Tpiytova, et il soupçonne que les trigones^ Tpiycova (6), n'étaient autres que des psalterium. Isidore (7) et l'auteur de la lettre de

(4) Varron dansNonius. (4) In Aiîtv|;â>Àw.

(2) Spanheim, H. in Del. , V, 273 ; (5) Probl.

Josèphe, Antiq., VII, 10; Vossius, (0) EupolisdansAtbénée,IV,183.

Etym.inPsallo. (7)111, 21.

(3) Isaïe, cap. a, vers. 12.

TROISIÈME Sl'.RIE. 35

Generibus musicœ donutnitaiipsalter/tn// la foiinc du A. Un autre instrument , appelé sanihiica, paraît aussi s'être beaucoup rapproché de celui cpiavait adopté la Muse Erato ( I ) • S. Jérôme (p) croit que lepsalterluni était carré et avaitdixcordes. S. Isidore (3) entre dansquelques détails, et établit assez clairement la différence qui existait entre

la cithare et \e psalterium Secl psalterii et citharœ est

hœcdifferentla qnod psalterium ligiiiini illud conccwuni , iinde soiius redditiw, superius habet, et deorsuni feriuiitiir cJiordœ etdesuper sonant. Cit/iara etiam contra coiicavitdtem ligniinferius habct . C'est ainsi que S. Augustin et S. Basile ont compris et défini cet instrument. Du reste, l'intérêt qui s'attache à cette question n'est pas d'une telle importance que nous devions parcourir en entier le cercle d'érudition qui s'offre à nous sur cette matière. Nous voulons seulement ajouter un mot sur les mœurs des psaltrles. Leur invention était d'excellent goût dans les réunions joyeuses et dans les festins. Appelées et introduites dans le triclinium pour les plaisirs des convives, elles devaient charmer tous les sens et se prêter à toutes les exigences de la volupté. Les danses lascives, les chansons obscènes et l'abandon le plus complet, étaient les conditions nécessaires de leur présence (4)-

Dum bibiniLiSi duni serta, unguenta, puellas

Poscimus, obrepit non intellecta senectus (o).

(1) Porphyr. (4) Pascalius, de Coron., lib. llj

(2) In Psalm. ' cap. 6i

(3) Loc. cifi (5)Juvénal, SaL, IX.

86 PEIINÏURES.

« Tandis que nous buvons, tandis que nous demandons des couronnes, « des parfums, des jeunes fdles, la vieillesse se ç;lisse inaperçue. »

Soit que le désordre des psaltries allât toujours croissant, soit qu'une réaction commençât à s'opérer dansles mœurs des Romains, Théodose le Grand publia une loi contre

les psaltrue prohihuevit lege mi /liste n'a lasciva,psat-

triasqiic comessationihus adhiberi (1). Aurélius Victor et Paul Diacre ont substitué au moi fidicine, employé dans le texte de la loi lo. C. Th. de Scœii. , le mot psaltrie. lia figure qui a donné lieu à cette trop longue dissertation est délicatement dessinée. L'exécution est digne de la plus gracieuse des Muses. Sa tunique est rose et bordée d'une frange bleue, l'habit de dessus est vert clair. Elle touche, de la main droite avec le plectrum, de la main gaucheavec ses doigts, les cordes d'un instrument qui doit être un psalterin/n , et qui cependant ne se rapporte pas aux descriptions données par les auteurs et reproduites plus haut. Cette manière de jouer d'un instrument à cordes était celle qui présentait le plus de difficultés. Nous la connaissions par Virgile :

Jamque cadens, digitis,]Rm pectine puisât eburno (:2),

et par Liicain :

Sive chelyn digiiis et eburno pectine puisas (3).

(i) Aurélius Victor. Ç.i) Panegyr. ad Pison.

M Bou.-h,t .iil ,t s.-

i /, Pou

ÏROISIKMK SKRIK. 37

PLANCIIK S.

Aucun attribut ne distini^iie cette f)j»ure. La seule indication qu'elle offre , indication d'ailleurs assez explicite pour qu'on doive s'en contenter, c'est l'inscription no- AÏMNIA- MY0OÏ2; Polfinnic, les mythes.

Notre figure est vêtue d'une tunique verte que recouvre en partie un pallium de couleur bleue ; les doigts dirigés vers les lèvres, geste indicatif du silence, conviennent parfaitement à une Muse qui , mystérieuse et peu communicative, avec la seule ressource de formes et d'allégories inventées par elle, enseignait aux hommes la nature de leurs dieux. Les doigts sur les lèvres étaient un geste consacré aussi à la représentation d'Harpocrate, dieu du silence (i).

Numa rapportait toutes ses institutions aux Muses , avec lesquelles il entretenait un commerce régulier. Une d'elles surtoutfutrecommandée parlui à l'adoration desRomains, il l'appela Tacite owSUeiicieuse ou Nouvelle : xalaïav MoOcjav ù^uo; , >cal ^laçpepovTOjç iH'ihyf^z Gi^jt^hai Toù; P(o[xaio'jç , Tax.iTav rpocïayopeucra;, oiTs 2uo7vïi"X7,v , yi Neav (2). Cette même Muse reçoit d'Avercampi le nom de Polymnie ; et une pareille explication rentre tout à fait dans le sens de la forme adoptée ici pour la représentation de la Muse de la Fable. L'idée du silence et celle de Polymnie, Muse de la Fable, se sont présentées sinudtanément à l'esprit de

(l)Cuper, Harpoc. {'2) iMutarque, in ISuma, p. 65.

l'auteur que nous citons comme à celui de Taitiste dont le pinceau a créé la figure qui nous occupe. La qualification de Muse silencieuse convient parfaitement à Polymnie , qui , après avoir créé les mythes , veille à ce que les initiés ne les dévoilent pas aux profanes, à Polymnie qui préside à cette religion mystérieuse dont les prêtres et les philosophes avaient seuls le dernier mot , à Polymnie enfin qui jetait sur la mythologie le voile qu'il était donné à si peu de gens de soulever. Ajoutons que le silence engendre les grandes pensées ; cpi'il est une préparation nécessaire à l'enfantement des synthèses religieuses et philosophiques ; et c'est peut-être ici le cas de rappeler le mot de Pythagore , qui se justifiait de n'avoir encore rien écrit en disant : on oj-co ir^no-wa. ; parce que je n'ai pas encore observé le silence (i).

Le nom de Polymnie a été écrit par les Grecs de trois manières. Ils ont appelé cette muse indistinctement IIo>.u- |j.via, IIoXuavEia, noX'jJavi,a. Les Latins ont écrit plus vo lontiers PolyJiyimiia.

Nam verum fateaniur : aniat Polijlujmnia verum (2). Dissensere dea3, quaruni Polyhymnia cœpit l»nnia(3).

Nec Polyhymnia

Lfisboum refugit tendere barbiton (i).

Signât cuncta manu, loquitur Polyhymnia gestu (5).

(I) l'hilostrat. in ApolL, I, 14. (-4) Horace, lib. I, O. I, v. 33.

(3) Virgile, Cir., v. 45. (5) Ausone, Id., 20.

(3) Uvide, Fast.,\, \.\).

TROISIÈME SÉRIK. 30

Les Grecs au contraire se sont servis plus souvent du mot HrAuavta, Polymnie. Du reste, chez les uns conune chez les autres, et, si nous nous en rapportons aux deux dénominations plus £>énéralement adoptées , cette Muse était considérée comme la Muse des liyiiines; soit , comme le veut Diodore (i), parce qu'elle rend les hommes illustres en célébrant leuî's louanges, r^ià ro^X?;; Ofxvv-Gew;; soit, àen croire Phurnutns (v.), parce que la vertu est beaucoup louée, -oluyavr.To;. Plutarque s'éloigne tout à fait de l'étymologie proposée par les deux auteurs que nous venons de citer. D'après lui, no>jj;xvia veut dire [j.Yf,u:n ou psia ttoV Xcov, la mémoire de beaucoup de choses (3). Mais alors il faudrait écrire comme l'a fait Lucien (4) : noXuavsia. Fulgence (5) abonde dans le sens de Plutarque; -oX'j|j.v£iav, quasi T.okjuMi'vr.v^ id est multam memoriam dicimus. C'est aussi l'étymologie adoptée par le scoliaste d'Horace commentant le vers que nous avons cité : Polymnein dicta (juasi multœ memoriœ {()). Nous nous sommes arrêté sur les origines différentes qu'on a proposées pour le nom de notre Muse, parce que ces versions sont d'une grande importance pour sa nature elle-même.

Nous pouvons aussi demander d'utiles renseignements auxattributs quel'oji donnaità Polymnie. Levers d'Horace cité plus haut nousapprend que cette Muse jouait du

(1)IV, 7. {o)Mi/tholofj., T, \A.

(2) Cap. 1-4. ■ (6) Les coliaste d'Horace, /oc. c«7.,

(3)5?//wp.,IX, 13. V. 33.

(4) De Salfat,

40 PKINTURES.

harhiton . Le scoliaste (ryVpollonius(i) la représente touchant les cordes de la lyre. L'épigramiiie de l'Anthologie , déjà reproduite dans cet ouvrage, lui attribue l'harmonie du chant :

Ces arts divers se rapportent tous au mot uavo; dont on a dérivé son nom , et à l'invention des hymnes qu'on lui a attril)uée. Mais on a donné à Polymnie un autre rôle dans la mythologie, et nous devons dire que c'est celui quia obtenu le plus de crédit, et auquel les auteurs se sont arrêtés le plus volontiers. Le vers d'Ausone rapporté plus haut a déjà pu faire pressentir le système que nous allons développer.

Signât CLincta manu, loquitur Polyhymnia ge&lu. « Polymnie désigne tout avec sa main , elle parle par le geste. » Pétronius Afranius a dit aussi :

Flectitur in faciles variosque Polymnia motus. « Polymnie se ploie à des mouvements faciles et variés. » Et Nonnus :

Kai TTaXâuLOCi; sXsXiçe HoXufjLVia iJ-rxit yoç,c.ir^^, lMiy.r,Xr|V S'i/apa^îv avauosoç £;xova cpwvr,<;, <l>Ô£yYoa£Vf, 7raXduLy;(Ti ao'^ov tuttov, sucppovi aty^ 'Ot.t.[JiaTa 8iv£uouffa (2).

{i)Arg., Ilf, V. 1. {^) Diomjs., V. v. 10-i et suiv.

TKOISIKMK SERIK. il

« Polymnio, mère dos hyniiK^s. ai^itait ses mains, formant par ses gestes « une figure ingénieuse, et tournant ses yeux à droite et à gauche dans « un silence plein de sagesse; elle représentait des signes qui suppléaient « à sa voix muette. »

T. 'art de s'expliquer par fi,estes était roiiiiu chez les Gi'eessoiis le nom de cJnronomie (i). Dans le prineipe il était lin aeeessoirepeii important de la danse; mais dans la suite il en devint le point prineipal , de telle sorte que y£tpovû|x£îv et y£'.povoa{a signifièrent danser et danse ; et que les noms d'op-/r,GTr;; et opyr,c;Tpi;, danseiLV et danseuse, furent donnés aux gens qui avaient le talent de s'exprimer par gestes (2). Les poètes ont reneontré sur ce sujet des mots très-heureux. On lit dans Pétrone :

Mami puer loquaci.

c( un enï'dïit à la main bavarde, » et l'Anthologie fait l'éloae d'ini pantomime en disant « qu'il avait des mains capahles de tout r//re, yeîpa; -rraaowvo'jç. )) Il est hors de doute que Polymnie a reçn l'honneur de l'invention de la pantomime. Le témoignage de Cassiodore (']) et celui de Lucien (4) , conçus en termes aussi clairs et aussi précis qu'il est permis de le désirer, viennent se joindre à ceux que nous avons fournis plus haut. On comprend alors que le geste indicatif du silence donné par l'artiste à sa

(1) nuintilien, I, J 1. (3) ÎV/r., I, Ep. 20.

(2) Boulenger, de Tlieatr., I, .11. (4) Loc. cit. Z^ Série. — Peintures.

figure , et dont nous avons présenté plus haut une explication, est plus que jamais justifié.

Maintenant est-ce à dire que Polymnie surintendante de la pantomime, Polymnie inventrice du langage par gestes, est renversée dn trône nébuleux où le vulgaire se la représentait , cachant sous les plis des draperies qui la voilent les tables mystérieuses de l'antiquité païenne ? Maintenant faut-il briser le sceptre sacré dont on avait armé son bras? ou bien est-il possible de relier l'une à l'autre ces deux attributions qui paraissent si éloignées , si incompatibles : les mythes et la pantomime? Heureusement les textes viennent à notre secours , et il nous est permis de concilier avec assez de vraisemblance les deux rôles, sévère et gracieux, dont Polymnie s'acquittait simultanément. Les pantomimes choisissaient de préférence pour textes de leurs exercices les fables et les sujets religieux : Super Inditcitiir lionio fractus onmihus inembris et vir ultra niuUitlcin muliebrem dissolutus, cuîarssitYerha. manibusexpedire, ut]ciesaltentur ûihuloux antiquitatis li-

hicUnes ( i ) Plane î'cUgiosiores estis in cavea uhisaltant

dil'vestri, argumenta et histor'ms /lox lis m inistrantes (^'2). Lucien dit expressément que le sujet des pantomimes était l'histoire ancienne, •r^-Koû.y.iy. la^o^icc, et, si nous ne savions d'ailleurs que les premiers temps de l'histoire sont remplis par les faits des dieux ou des héros, qu'ils se confondent avec la mythologie, Lucien nous servirait en

(I) s. Cyprien, Ep., CIII. (!2)Tertullieii, Apoloy., cap. 15.

Pi:iNTijrv K5.

appelant cette histoire aucieniie iajO'.x.'/: aara fy.op^wTc'.: , des métamorphoses mythiques .

Polymnie sera donc pour nous la muse des mythes et des pantomimes, ou phitôt des pantomimes mythiques.

PLAl\CHK 9.

KAAALOnU- noiHMA; CaUiope, /^y;oé"/?7e. Telle est l'inscription qui vient se joindre aux attributs de cette muse pour la distinguer de ses compagnes. Elle est représentée ici vêtue d'une tunique verte et d'un habit de dessus blanc. Ses mains serrent un volume; son front est couronné de lierre ; ses oreilles sont ornées de deux grosses perles.

1 jC nom de CaUiope est synonyme de belle voix, de belles paroles ; àiwo toO y.yAr.v ô'-ûa irpoiacôai (i). C'est la seule étymologie qui s'offre à nous. CaUiope, quoiqu'elle ait été nommée la dernière dans l'énumération des Muses faite par Hésiode, était pourtant la première en dignité, la première par son importance et par la considération qui s'attachait à son nom :

i . . . . n OS TCpo'.p£p£(TTaTr, siTTiv a7ra(7£{i)v' 'HixÈv Y^p SaaiXeuffiv àa' atooioîffiv hrir^ii (2).

(1) Diodore, IV, 6. (2) Hésiode, Théog., v. 79 et 80.

44 ^ ■^-H PEINTURKS.

La science politique lui était attril)uée (i) : ou disait qu'elle présidait aux conseils des rois, nb^ -oï^lixaikeuaiy a'jTr,v xapsivai çaaiv {'â) ; enfin la rhétorique était rangée dans son domaine (3). Plus communément, et c'est l'idée qui a dicté l'inscription par laquelle l'artiste l'a désignée ici, on la considère comme la Muse de la poésie : KaXXioTrr,

-oiViixa (4).

(Jalliope (loctis dat lauroa serta poetis (o).

De quelque façon qu'on l'envisage, soit qu'on lui donne pour fonction la Politique, la Rhétorique, ou la Poésie, elle est toujours la Muse par excellence. Ainsi, lorsque dans les fictions mythologiques on trouve le nom de musa sans autre qualification plus explicite, il faut entendre Calliope. Des neuf Sœurs elle est la seule qui ait droit à s'approprier le nom générique par lequel on les désigne (()). Homère, invoquant en tête de son Iliade la déesse ; Virgile, dans le premier chant de l'Enéide, sollicitant les inspirations de la Muse :

Musa, luihi causas meniora,

s'adressent bien évidemment à Calliope ; c'est à elle qu'appartient en général la poésie, et en particulier l'épopée.

(1) Plutarquc, Synip., IX, li. Arg., III, v. 1.

(2) Id. id. id. \'i. (o) Petron. Atran.

(3) Phurnutus, cap. I i. . (6) Averani, Dissert.. XVIII et (A) Le scoliaste d'Apollonius. XIX.

TROISIKMK SÉRIi:. 45

Nous ferons observer à ce sujet ([ne le mot tAvi.v.^ employé dans l'inseription, peut très-bien indiquer, à Texchision de tout autre ii,enre de poésie, la poésie épique. Si le niot7:oiYi^aa,y>>oe//?rt, désii^iiait le plus souvent de la poésie, il désii^nait aussi ([uelquel'ois la poésie la plus noble, la plus élevée, celle f(ui chantait la i^loire des rois et des héros :

Res gestie recjumque. ducumquc

Calliope avait obtenu l'honneur insigne de passer pour l'inventrice dn genre héroïque :

KaXÀtoTT-/) (70-itV,v ripunoo; £up£v àoioy;; (1). Carmina Calliope libris heroïca mandat (3).

Les deux attributs qu'a reçus notre Muse, le lierre et le volume, ne peuvent donner lieu à une controverse. Ils sont tout à fait dans le caractère du personnage.

Tuni sit neglectos hedera redimita capillo^. Prima sui cœpit Calliope chori (3).

Surgit et immissos hedera collecta capillos Calliope (juerulas pra^tentat pollice chordas (i).

L'expression de la Muse de l'épopée est plus sévère que celle de ses sœurs, Erato, Terpsichore, Thalie et Melpo-

(1) Anthologie. (3; Ovide, Fast., V, 75.

{% Ausone, /r/., -20. (i) Id. Mclam., V, .338.

mène itaiidisque celles-ci s'offi enta nous tenant en main la lyre, la cithare, le masque scénique, Calliope nous montre seulement un volume. Les charmes de l'harmonie et la pompe du théâtre, elle les dédaigne ; elle les abandonne à ses sœurs plus frivoles. Comment aurait-elle pu d'ailleurs employer d'autres moyens que ceux qu'elle avait permis aux poètes épiques, (jui devaient réciter leurs ouvrages en public, debout, un laurier d'une main, un volume de l'autre, sans que l'harmonie des instruments aidât celle de leur voix, sans que les cadences de leurs vers pussent ébranler les cordes de la lyre ou de la cithare (i)?

Le fond de ce tableau est noir. La figure qu'il représente est revêtue d'une tunique blanche, bordée de vert et serrée à la taille par une large ceinture verte aussi. La draperie jetée sur les épaules et couvrant une partie du dos est de couleur changeant du vert au rouge.

Les attributs donnés à cette figure offrent à l'esprit l'image de la Tragédie. En effet, une ceinture serre sa tunique (y.); dans sa main gauche on a placé la massue

(1) Anton. Lib., de Orat., VII, o ; (3) "Winckelmann , Mon. Anf.,

Vossius, InsliLpocf., III. t. il, p. îîiT.

l'KlNT ri{K S

traditionnelle ( i ) : sur sa tête on a jeté sa peau de lion qui, tout à fait inusitée dans les monuments antiques eonsacrés à la Tragédie, donne à cet ouvrage une eouleui- d'originalité. La peau de lion convient parfaitement à la Tragédie, et sur ce point on ne saurait élever aucune espèce de doute. Il est incontestable qu'Hercule fut chez les anciens le type de l'héroïsme, et nous avons appris dans tout le cours de cet ouvrage que la massue et la peau de lion étaient ses attributs fiivoris (i-i). Maintenant, d'Hercule, le premier des héros, à la tragédie, qui fait agir et parler les héros, d'Hercide à la Tragédie, qni emprunta plusieurs sujets de drames, dont l'énvunération serait trop longue ici, à cette fiction hyperbolique qui jette une couleur de merveilleux sur les temps héroïques, V a-t-il loin? on le demande. Ce rapprochement tout naturel avait été deviné ou pressenti par Cuper, qui veut donner le nom d'Hercule tragique au héros barbu et armé d'une massue qu'on voit dans les monuments antiques, conduisant le chœur des Muses. Enfin il serait peut-être vrai de dire que c'est du rapport apparent entre Hercule et Melpomène, que l'on a été amené à ranger les neuf Muses sous la conduite et sous la direction d'Hercule appelé alors Musagète. A l'explication que nous venons de

(1) Spon, Mise. Her. œiit., p. 44 p.al2; Strabon,XV,p.688etl008|; et46;Winckelmann, /oc.c<Y.;Beger, Aristophane, /^aw., -4G et suiv.; Ter- Thes. Br., t. I , p. 576; Anticliiià tullien, de Pallia, cap. A; PoUux, di Ereolano, tav. IV, t. II. IV, 117.

(2) Diodore, I, 24 ; Athénée, XII,

proposer, deux objections cependant, et nous ne nous dissimulons pas qu'elles sont graves et difficiles à résoudre. La première est tirée du masque, qui n'est pas conforme au type adopté pour les masques tragiques. En effet il est privé de cet exhaussement de rigueur en forme de lambda, A, et que nous avons déjà fait remarquer en plusieurs occasions dans d'autres planches de cet ouvrage. Ensuite les cheveux, la barbe grise et la carnation bronzée se rapportent au masque comique. La seconde objection est l'absence du cothurne et la nudité des pieds. A la première objection, prise de la forme du masque, on peut répondre d'une manière assez péremptoire en citant l'exemple d'un masque pareil porté par Melpomène, sur un bas-relief de Spon (ij, et sur un autre bas-relief de la galerie de Justinien (2) ; d'où il faudrait conclure tout naturellement, avec Pollux (3), que tous les masques tragiques n'avaient pas l'exhaussement appelé par les Grecs ô'yxo; (4), et par les \^?i\ms superficies (5). Il paraît même prouvé que les masques d'esclaves ne devaient pas porter cet ornement.

La nudité des pieds de notre figure est plus difficile à justifier. Nous savons bien que les mimes devaient jouer nu-pieds : Quantum disertissimorum versuum inter mimos jacet! quam multa Publii non excalceatis, sed cothurnatis dicenda sunt (G).

(l)Ioc. cit. (4)Pollux, IV, 133.

(2) Montfaucon, t. 1, pi. 00. (5)Cuper, Ap. How., p. 84.

(3) TV, 137. (6) Sénèque, Ep. 8.

TROISiftMF. SÉRIE. 49

« Que de vers éloquents on trouve cliez les mimes! Combien de pro- « ductions, dues à Puhlius, devraient être dites non par des histrions dé->. « chaussés, mais bien par des acteurs r/mî^.sséf.s dacotliurne! »

JMais, ni;ili>ré l'atliiiiratioii de Sénèque pour certains mimes de son temps, ([iic] rapport peul-oii étahlii' entre la tragédie et la pantomime, les deux points extrêmes de l'art scéniqne? Faudra-t-il dire (pie Tai-tiste a voidii personnifier ici le rôle le moins élevé, le moins noble, le moins tragique de la tragédie antique? Ou bien fandra-t-il hasarder en qnelqnes mots, et sans preuves à l'appui, une explication cpii consisterait à dire qu'on doit voir ici la réprésentation en une seule personne des trois genres de l'art théâtral : la ti\agédie, qui réclamerait pour elle la massue et la peau de lion ; la comédie, qui s'attribuerait le masque ; et la pantomime, cpji sei\'\it figurée par les pieds nus de notre figure?

Cette figure est dans le même goût que la précédente. C'est encore une muse peinte sur fond blanc, couronnée de laurier et vêtue d'une di\aperie de couleur foncée changeant du vert au rouge. Ses bras sont ornés de bracelets d'or. Elle appuie sur son épaule et retient avec sa main gauche une large massue, et porte de la main droite un masque surmonté d'une peau de lion. A part la nudité de la tête et la couronne de laurier, cette figure est tout

3*^ Série. — Peintures. "

à fait pareille, pour ses attributs, à celle qui fait le sujet de la plauche précédente. Aussi nous n'aurons rien à en dire ; on n'aura qu'à lui appliquer les observations qui accompagnent notre planche lo.

\]\\e sanibucistria ou sambucina a fourni un sujet fort gracieux au peintre à qui nous devons cette peinture. L'instrument triangulaire porté par la jeune femme qui l'appuie sur son bras gauche et en tire des sons avec ses deux mains à la fois, était désigné parle nom de sambuca, et se rapprochait de la harpe par sa forme. Huit cordes sont attachées aux deux branches peintes en or. Il paraît que cet instrument triangulaire était très-propre à l'accompagnement des chants et des poésies erotiques, et que les sons qu'il rendait convenaient à l'expression des sentiments tendres et mélancoliques. A ce titre il appartenait de droit aux femmes, dont l'amour était la principale affaire. Les courtisanes avaient recours à sa mélodie pour captiver les cœurs; et à l'harmonie du chant et des sons de la sambuca elles joignaient aussi le désordre étudié et le voluptueux abandon d'une toilette qui leur permettait de parler aux sens avec l'empire irrésistible de la beauté des formes, de la langueur de la voix et de la mélancolie du son. Notre figure est très-séduisante ; son attitude est facile et bien sentie; une draperie bleue

PEINT ru K s

AcU.Bsi-ccheJy, se/.

ti\oisip:aie sërik. 51

voile ses jambes et laisse apercevoir le haut de sou corps et la blancheur de ses pieds. Sa chevelure blonde, séparée sur le front, paraît très-courte et coupée eu rond derrière la tête.

PTvANCHE 13,

Sur un fond d'azur se détache une jeune et jolie femme vêtue d'une tunique jaune changeant et d'un manteau rouge clair. Ses cheveux sont blonds, et ses bras ornés de bracelets d'or. L'arc débandé el la flèche c[u'elle tient dans ses mains lui ont été donnés comme attribut caractéristique, et nous devons avouer que, loin de nous aider à découvrir le nom de cette figure, ils ne font cju'augmenter nos suppositions et nos incertitudes.

L'arc était un attribut pour ainsi dire inféodé à la représentation de Diane, qu'on appelait ïoysaipa, rapGsvo? îoyéaipa, la jeune fille aimant les flèches (i). Il est même très-rare de voir dans les monuments antiques cette déesse dépouillée de son arme favorite, et je crois qu'on ne la lui refuse cpie lorsqu'elle se confond avec la Lune ou avec Hécate. L'arc débandé indiquerait le repos de la chasse :

Arcuque remisso

Olia nervus agit (2) ;

(1) Pindare, P. Il, IG. (2)Claud.,f/?/?.,P. 11,31 etsuiv.

52 PEIMURES.

et sa tunique toni])ant jiisrjn';\ ses pieds, vestis non succincta^

Poplite fusa tenus (1),

se rapporterait très-bien à l'idée (|ue nous émettons sur notre figure. C'estainsique, dansBeger (a), Diane Aiicina est représentée se reposant sous \\\\ arbre des fatigues de la chasse. Le bras, l'épaule et le sein droits découverts par la tunique qui tombe négligemment, rentrent aussi dans le sens de Diane chasseresse :

'AtJuÀtOTOl ÛS CplV tO[J.0t

AsçiTepoi, xai yuiji.vbç aei Trotpscpat'vsTO [xa^o; (3).

« Son épaule droite était découverte, et sa mamelle apparaissait tou- « jours toute nue. »

Claudien a dit aussi des suivantes et des compagnes de Diane :

Veniunt humeros et brachia nuda3 (4).

Les plus célèbres, celles qui portaient un nom bien connu, qui avaient leur histoire, leur légende particulière, étaient Dictymna, Opis, Cyrène, Procris, Anticlée et Atalante, à qui l'on attribuait la gloire d'avoir indroduit l'usage des flèches pour chasser les bêtes fauves :

<I>ovov TtTepoevxa cu;j.éo)vO(; EopaTO xoupr, (a).

(1) Claud., de H. (4) Claud., II, Co7is. StiL, v.243.

("2) Th. Br., p. G4. (5) Oppien, de Yemd., lib. II, v.

(;j) Callimaque, H. in Dian. 20.

HSPlea.^

TROISIEME SÉRFF.. 53

Mais c'est en vain qu'on proposerait ponr l'explieation (le notre fiii,nre le nom de Diane on celni d'Atalante, on eelui (leqnelqne antre de ses compagnes. 11 fant reconnaître d'abord qne la jenne iilleqni nonsocciq^e esl loin d'être drapée et vêtne connne nne chasseresse; snrtontil fant remarquer en elle nne attitnde rêvense et mélancoliqne et nne délicatesse excessive de formes f[ne nous ne saurions conq^rendre dans la sœur d'Apollon ni dans nne de ses suivantes.

S'il est vrai, comme le vent l'Anthologie, qne Cythérée ait appris à porter l'arc et le carquois, et à frapper de loin :

'Aà (jlÈv KuôÉpeia cpÉpsiv o£ûâr,/.£ cp7p£Tpïiv, To^ot T£, xai §o)vtyC vi<; ipyov ix-ï]^okir^<i (1);

on pourra voir ici nne image de Vénus, et dans ce cas il y aura quelque apparence de raison à dire que la mère de l'Amour est armée de l'are et des flèches dont elle a dépouillé son fils. Nous avouons même que la physionomie de notre figure nous a fait pencher en faveur de cette dernière interprétation.

Le mo)en le plus éloquent qui pût être employé pour exclure de la planche qui précède toute idée de Diane, c'était bien certainement d'offrir ici une Diane dans toute

(1) IV, 12, Ep. 21.

sa pureté, c'est-à-dire telle qu'on la représentait suivant les traditions de la Fable, vêtue d'une courte tunique, les jambes nues, les pieds chaussés de cothurnes, l'arc et le dard en main, et le carquois sur le dos. On n'a qu'à jeter les yeux sur cette planche pour se convaincre que la même divinité, le même personnage n'a pu inspirer les deux figures si diverses qui se succèdent ici. La première, celle de la planche qui précède, est délicate, pensive, mélancolique; son attitude est timide, incertaine; celle-ci est pleine d'assurance et de fierté; ses membres sont à la fois tendres et robustes, ses traits mâles et gracieux. Son nol)le front est orné d'une couronne formée de rayons d'or ; elle porte un manteavi bleu et une tunique dont la partie supérieure, celle qui couvre la poitrine, est pourpre, et la partie inférieure, tombant jusqu'au genou, jaune avec une bordure pourpre. Les cothurnes sont jaunes aussi; la base ou piédestal est marbrée, et le tout se détache sur un fond rouge.

Après Diane nous rencontrons Apollon. Il est ici presque entièrement nu et couronné de laurier. Le manteau, dont les plis s'attachent à son bras gauche, et qui couvre en partie ses jambes et ses cuisses, est rougeâtre ; la lyre sur laquelle s'appuie le bras gauche, est jaune. Le dieu est chaussé de sandales jaunes aussi ; il tient de la main droite une branche de laurier, à laquelle sont attachées

PEINTUUKS

A.^oit.cA*i^.d£^ cà^i/'C'

3^ Série

)3 Pouces

des bandelette tressées. 11 faut remarquer dans cette planche un attribut qui est donné souvent à Apollon sur les médailles : c'est la cortina , le couvercle du trépied ; elle est rouge, et ceinte, en tous les sens, d'une guirlande de laurier.

PLAXCHE 16.

Némésis, appelée quelquefois Rliamnusieet Adrastée, était fille de la Nuit (i) et de l'Océan (2); on lui donnait aussi pour père Jupiter (3) et pour mère la Justice (4). Elle avait pour mission d'abaisser les puissants et de relever les opprimés; son cœur était rempli d'une haine impitoyable pour les méchants que la fortune aveugle comblait de ses faveurs, et d'une affection compatissante pour les bons, en butte aux rigueurs du sort (5). Il était juste qu'une divinité sévère se chargeât de corriger les caprices du Hasard. Grâce à Némésis , la Fatalité désespérante ne régnait pas en souveraine absolue sur les destinées des mortels. C'était à elle que les infortunés adressaient leurs plaintes et leurs prières, c'était à elle qu'ils en appelaient des arrêts du Destin; c'était elle encore qui troublait le sommeil des puissants et qui recevait leurs invocations , pour qu'elle voulut bien ne pas troubler, par son intervention , le bonheur que la Fortune avait laissé tom^

(1) Hésiode , 0£oy„ ^223. (i) Amm. Marcell., lib, U.

(-2) Pausanias, 1,33 et VII, 5. (0) Anthol., IV, Ep. LXX; Ma-

(3) Euripide ; Rh., v. 342. crobe, Sat., L 32*

bersur eux (i). Considérée sous ce point de vue , Némésis représente, daus la Mytholoiiie, la justice divine. Au milieu du chaos des passions diverses quis'abritent sous l'aile protectrice des divinités vicieuses adorées par le polythéisme, nous découvrons enfin le véritable et le sublime caractère de l'Être souverain, la rémunération de la vertu, et le châtiment du vice {-2).

Cette grande et consolante idée se trouve mêlée, sous des noms divers , à toutes les religions anciennes (3) . Hésiode (4) la présente sous le dualisme d'une Némésis compagne de la Pudeur, et d'une Némésis vengeresse et inexorable qui poursuit les coupables par la crainte du châtiment. L'une empêche les fautes par sa seuleprésence , l'autre se charge de les venger; la première rend le vice et le crime haïssables, la seconde impose la condition nécessaire de l'expiation. On a ajouté que dans les premiers âges du monde, les deux Némésis , c'est-à-dire l'Horreur du vice et la Vengeance divine , exerçaient sur les hommes leur action bienfaisante , mais que, dans la suite des temps, l'horreur du vice ayant abandonné le monde, il ne resta plus aux mortels que la divinité vengeresse (5) :

'AOavaTWv j/Exà 9'jX' I'tov, TrpoXirrovt' avOpeoirouc; Aîowç, xoà NÉiAETti; ((>).

(1) Averani,diss. XVIlI,m Eurip.; (i) kxevixm, citât. dissert.; Rodig. , Barnr's ad Eurip. , lihes., v. 34^2. lil). VT, 41 ; Ilésiodo, B^oy., v. 223.

(2) Buonarotti, MedafjL, p. 220 (o) Hcsiod., Kpy., 200. et suiv. (0) Id. kl.

(3) Buonarotti, id. id.

Le nom de fc; à'-yslo;, ange de justice , lui a été donné à juste titre (i).

Nous voudrions, ])our l'honnenr de l'artiste dont le pinceau il créé la fîi»nre qui fait le sujet de cette planche , qu'on adoptâtl'explication, assez hardie peut-être, qui s'est présentée à notre esprit. Alors la conceptioji du peintre antique serait iui^éniense, large, noljle etéloquente. Alors notre figure serait la représentation du dualisme d'Hésiode. Sous les traits d'une seule figure, et avec une simplicité de moyens vraiment remarquable, il aurait indiqué l'horreur du vice et la vengeance céleste, la conscience et le remords ; \epudoret /«e^wj.- dont parle Ovide :

Proque metu populo, sine vi pudor ipse regobat {T).

Notre figure , sur fond bleu , soulève son voile et détourne la tête, c'est là l'expression de l'horreur que lui inspire le mal ; elle porte une épée , c'est l'instrument du supplice réservé au coupable.

Il est bien rare que dans cet ouvrage l'objection ne vienne pas prendre sa place à côté de l'assertion ; nous sommes destiné à voyager au milieu d'un nuage d'incertitude. Ainsi, à l'explication que nous venons de développer, on pourra objecter que l'épée est un attribut tout à fait inusité entre les mains de Némésis représentée ordinairement avec une roue sous les pieds, une fronde ou une mesure dans une main, et une bride dans l'autre;

(1) Le Clerc. (2) F«s;., I, 250.

S^'Série. — Peintures. 8

'H NÉasdiç 7rpo).£Y£i tw Trr'yît. twts /aXivw

« Némésis avertit , par la mesure et par le frein, de ne rien faire sans « mesure et de ne pas parler sans frein. »

Il est vrai de dire aussi qu'on s'est très-peu accordé sur les attributs de Némésis. Aux signes caractéristiques déjà indiqués, on ajoute quelquefois les ailes, qui paraissent mieux convenir cependant à la Fortune, un simple rameau, une verge ou un bâton. On comprend que l'artiste a bien pu remplacer la verge ou le rameau par une épée; bien plus, nous devons dire que l'épée dans le fourreau nous semble ici une ingénieuse allégorie. Némésis était la fille de la Justice; Némésis précédait sa mère à qui elle abandonnait l'acte même du châtiment, se réservant d'effrayer par ses menaces, et de déchirer les cœurs par la crainte du supplice.

Si l'on élève des difficultés de détail sur rintention que nous donnons à cette peinture , on reconnaîtra toujours Némésis dans l'ensemble et dans le mouvement de la figure. La draperie blanche dont elle est vêtue est donnée par Hésiode à la Pudeur :

Aeuy.oïciv cpapssffdt xa)>u'|iO[X£voj xpo* xaXo'v (ÎJ).

Enfin la tête couverte est le synd)ole de la profondeur des conseils des dieux, et du secret inviolable qui règne

(I) Anthol., IV, 1^2, Ép., 72. (-2) Hésiode, 'Epy, v. 198.

-ZIÎTT-

ff :' M/#*.

I^./Ui'.i.'Z' .uru: ■

TROisiÈMi: sr.niK. 59

sur losactesde la providence divine. Ammien Marcellin a dit de Némésis : Ultrix facinoriun impiorani, hoiiovumqne prœmiatvix . . . tradltitr ex ahdita quadam œtcrnitatcomniadespectarc[\).'S\u^\u\e\\\itd-,\\\\eàL''s':^i\m\e\\'>. dans lîuonarotti (2) , on voit Némésis avec la tête voilée , et le savant explicatenren donne ponr raison ces vers de Dante adressés à la Fortune :

Lo giudizio di costei

Che sta occulto, corne in erba Tangue (3). « Son jugement se tient caché, comme le serpent sous l'herhe. »

Cette composition est d'nne grâce exqnise. Snr nn fond vert est une jeune femme vêtue d'une draperie jaune bordée de pourpre, dont les plis , négligemment dessinés, laissent apercevoir la nudité des épaules et des bras ; des cheveux l)londs noués et tressés sans art sont retenns par un diadème. La figure est vue de dos, et découvre seulement une partie de la joue droite. Elle va nu-pieds, tenant de la main droite une fleurqu'elle vient de cueillir à une tige. Des fleurs de couleurs variées remplissent une corne d'abondance de couleur verte , portée sur le bras gauche.

(l)Lib. 14. (3) Inferno,c.\n.

(2) MedagL, p. 309.

60 PETNTURES.

Les plus suaves créatious de la ^lythologie rattaclieut leur souvenir à la composition qui nous occupe. On se rappelle , en la voyant , l'épouse de Zéphire, soit qu'on l'appelle Cliloris, soit qu'on lui donne le nom de Flore. L'Aurore, une des Heures, et la Fortune peuvent aussi bien revendiquer l'image si attrayante que nous offrons ici à l'admiration des artistes.

Nous aurons bien de la peine à résister à la tentation qui nous prend de faire suivre cette figure des citations qui se présentent en foule à la mémoire. Il n'y a rien dans ce tableau simple, Jiaif, vrai de couleur et de dessin, qui ne respire un parfum d'antiquité. C'est la tunique jaune, crocota vestis, V habit de couleur safran que s'arrogeait l'Aurore,

nie crocum simulât : croceo velatur amictn, Rosclda luciferos quum dea jungit equos (1),

et que les Heures, compagnes de l'Aurore,

Jungere equos Titan velocibus imperat Horis (2),

aimient à porter aussi ; ce sont les fleurs chéries de l'Aurore, non moins chéries des Heures ; les fleurs que Lactance appelle le vêtement de Flore ; les fleurs enfin , safran, jacinthes, roses, violettes, dans le suc desquelles les Grâces trempaient leurs voiles pour leur donner la

(i) Ovide, A. A., III, 11'.). (2) Ovide, 3Jéf., II, 118.

couleur et Féclat des draperies qui eiiveloppaieut les formes vaporeuses des Heures :

"Fu-ata [jLsv /poia(; xoxc a'î XapiTs'i; te xai Aopai noîv,(7av, xai soa'J/av sv àvôsatv sîapivoTdtv, Ola coopoûi' '^iîpai, £v xs xûoy.ti), sv 0' GaxîvOto, ■'Ev x' 10) OaXî'Oovxi, pô'^ou x' £vi àvOiV xaXf~) 'l).

« (]liloris, la i)lan('lR' épouse de Jupiter, Chloris, dont « les Romains ont fait Flora,

Chloris orain, qu;t^ Flora vocor : corrupta latiiio Noiiiinis ost iiostri littera gr*ca sono (2),

<c parcourt son jardin ([ue la brise rafraîchit, (prunefbui( laine .arrose, et que son mari i>,t^néreuK a rempli de (( fleurs en lui disant : Déesse, sois la reine des fleurs. »

Est milii fecundus dolalibus hortus in agris :

Aura fovet ; liquidie fonte rigatur aquœ. Hune meus implevit generoso flore mari tus : , Atque ait : Arbitrium tu, dea, lloris hal)e (3).

Aurore, Chloris, Flore, unedesHeures, toutescesséduisantes divinités entre lesquelles nous n'avons garde de choisir, toutes ces créations délicieuses que nous voulons ménager, ont pu inspirer la composition reproduite dans cette planche. D'autres, plus hardis, se décideront peutêtre sur un point que nous n'avons pas osé éclaircir.

(1) Poëm. Cypr. (3) Ovide, ibkl.

(-2)0vid., FasL, v. 19.% et suiv.

62 PEIINTURES.

h(7Tt Oî O/j

Ao'yoç Ttç, to; Zeùç iir^-:ip STriaT' eiç £u.y;v Ar,oav, xuxvou [xop'-ptoaaT' ô'pvtOoç Xaêwv, *0(; So'Xtov £5vr;v £;î'TCpa;£ (1).

« Le bruit court que Jupiter, sous la forme d'un cygne , vola vers ma « mère Léda, et que l'oiseau s'unit à elle par une trompeuse étreinte. »

C'est Hélène qui parle ainsi. Elle révèle son origine céleste et mystérieuse, fruit d'une de ces supeix^heries que le roi des dieux avait coutume d'employer pour la satisfaction de ses caprices. Il y a peu de légendes mythologiques aussi connues que celle du cygne et de Léda. Tl y en a peu aussi qui aient été aussi souvent traitées par les artistes anciens et modernes. Des nombreuses versions qui se présentent à ce sujet (2), ils ont choisi la plus poétique et la plus originale. L:i métamoi^phose de Jupiter en cygne, qui, suivant quelques auteurs, aurait sei^vi à subjuguer Véiuis ou Némésis ('3) , est pins piquante si on l'applique à la chaste épouse de Tyndare. Nous donnons à notre figure le nom de Léda, et nous excluons les deux immortelles, Vénus et Némésis, parce

(t) Eurip., Het. (3)Staver.adHyg.,7<a6.,LXXVIl,

(2) Munker et Staveren ad Hygi- et Astr. poet., II, 8, et adFulgent.,

nus, /•a6.,LXXVII,et .4.sifr.;90(?/., II, }hjlhol.,\}, 16; Averani, DisserL,

8, et ad Fulgent., MijlhoL, II, 10. XVI, in Eurip.

TROISIKMK SKRIE. 03

que rien dans ce tableau iriiidicfuc la présence d'une divinité, parce qu'il est plus prudent d'ailleurs d'adopter la fable la plus populaire. l>,es circonstances de la luétaniorpliose de Ju[)iter ont été diverseinent racontées et diversement expliquées. Ou a dit ([ue Léda , après avoir reçu les embrassements du Cyj;ne, accoucha à la fois d'un œuf d'où sortirent Hélène et Pollux, fruits de l'amour de Jupiter, et d'un enfant (pion appela Castor, et qui devait le jourà Tyndare. On a dit aussi que l'épouse de Tyndare produisit deux œufs don sortirent Hélène et Pollux immortels, Castor et Clytemnestre mortels coiiuue leur père. Cette tradition est l'origine de ce vers :

Nec (jemino bellum Trojanum orditur ab oro (I).

boulin on ne s'est pas accordé sur la nature même de loiseau dont.Tupiteravait pris la forme; Hyginus(a) attribue au griffon l'honneur d'avoir servi aux projets du roi de l'Olympe; Virgile fait intervenir une oie :

Giris Amycla?o foi mosior ansere LedîP (3).

Apollodore s'éloigne davantage de la fable vulgaire. D'après lui, Némésis, et non pas Léda, aurait été métamorphosée en oie, et c'est ainsi qu'elle aurait mis au monde l'œuf d'où naquit Hélène (4). Ce mythe a reçu

(l) Ovide, /l. ^. (3) C?m.

(^2) Lycophron, v. 87; Astr.poet., (i) Alhénée, [I, 12.

II, 8; ibid., les scoliastes.

64 PELMURRS.

plusieurs explications. On a soupçonné qu'un roi (dans le principe tous les rois prenaient le nom de Zeus, de Jupiter, obtint les faveurs de Léda sur les bords de l'Eurotas, témoin ordinaire des amours des cyij;iîesetde leurs femelles, et que, comme l'épouse de Tyndare avait reçu la même nuit les caresses de son mari, elle conçut le double germe dont parle la Fable (i). Nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer que le connnentateur que nous citons est peu versé dans les sciences physiologiques. D'autres ont proposé une explication Ijeaucoup plus simple. Ils ont dit qu'Hélène fut élevée dans une chambre voûtée, et que , comme les Grecs donnaient à ce genre de construction le nom d'wov, œuf, on se plut à (lire que la princesse était sortie de V œuf {^i)\ s'il en est ainsi, la fable poétique du Cygne et de Léda aura une origine bien prosaïque.

Le fond du tableau est vert. La jeune femme esta demi vêtue d'une draperie rouge bordée de jaune clair ; des boucles ornent ses oreilles; son bras droit est ceint d'un bracelet d'or. Une bandelette retient ses cheveux blonds. L'oiseau blanc qu'elle entoure de son bras gauche, et qui avance la tête sur son sein comme pour l'embrasser, ressemble à une oie plutôt qu'à un cygne.

(1) Tzelzès, orfZyco2>/t., V. 87. dissert., Plutarque, de Fac. in

(2) Athénée, II, 12; Averani, cit. orb., I.

l'KINTl'LŒS

'ÎLA "Y K 'S ^ (ÎD W^J%

TROISIEME SKRll-:. 65

P.iiiiîi les iiouiIireiisL's images que les inédiiilles et les autres monuiiients aiitl(|nes nous ont conservées de la Victoire, pres([ue toutes la représentent ailée ; les poètes ont adopté aussi cette forme, qui a été consacrée par un usage à peu près constant... Recte profecto gcrinaïKi illa pictoruin, poctarumquc commenta N'ictoi'iain finxcrc pennataiu (i) ;

Tu quoque ab aerio pra^pes Vicloria lapsu (2).

Il paraît cependant que, dans l'antiquité lapins reculée, cette divinité n'avait pas encore obtenu, dans les fictions poétiques, le céleste attribut qui lui permettait de s'élever dans l'Olympe et de s'abattre sur la terre. Il ne lui lut accordé qu'après la disgrâce de l'Amour, lorsque les dieux , fatigués de ses impertinences , le chassèrent du ciel et lui arrachèrent ses ailes. Alors seulement la Victoire s'enrichit des dépouilles de l'Amour (3). Dans le vrai, et hors du domaine de l'invention mythologique, on a dit que les ailes furent données pour la première fois à la A ictoire par Bupale , sculpteur d'Athènes , ou par le peintre Aglaophon (4). Si dans la ville d'Athènes

(1) Latin. Pacat., Panegyr. (4) Aristopli., Av.^. 575 ; Beger,

(•2) Auson. ,/:>>//•., I, V. 2. Th. Br., p. 51; Uuonarottl, i}le-

(3) Athénée, XIII, 2, p. 563. darjL, p. 66.

3*" Série. — Peintures. 9

on voyait une Victoire non ailée (i), on ne doit s'en prendre qn'àl'égoisnied'nn peuple qui voulait retenir à son profit une divinité inconstante dont il redoutait les caprices et dont il voulait se réserver les bienfaits ;

jNtxr, yap <^2 'f'JYîTv àTiTspo; où Sûvaxai (2).

La couronne et le bouclier sont des attributs dont il est facile de saisir l'à-propos. On l'a représentée quelquefois écrivant ou gravant sur un bouclier (3); mais d'autres fois on la voit portant en main l'arme de la défense (4). On peut dire encore que le bouclier, aussi bien que la couronne, estunprixdestinéau vainqueur (5), une des récompenses appelées par les Grecs vi/.y;T/pia, iKiviVaa, ào l'axera (G). La plus noble et la plus enviée des couronnes était sans contredit la couronne de chêne, qui portait le nom de civique, et que l'on décernait aux guerriers qui avaient sauvé la vie , dans le condjat , à un de leurs concitoyens. Cette couronne, qui dans le principe était faite d'une branche de chêne, se composa dans la suite de feuilles d'or imitant le chêne (7). On voit sur les médailles des couronnes de ce genre , octroyées aux généraux par le sénat, avec la légende : oh cives servatos. Les (jrecs n'ont pas connu la couronne civique,

(1) Pausanias. (r)) Homère, //., XXII, 799.

(2) Anthologie, IV, cap. 21. ((>) Rodig., XIII, 30 ; Barnes ad

(3) Bpger, Th. Br., p. 742et7ol ; Eurip., Ion., V, 852. Buonarotti, 3Jeda(jL,\). 52. (7) Paschal., de Coron., VII, 8

(i) Boger, loc. cit., p. 807. et 11.

PEIiSrTURES

mn

TROISIÈMK SÉRIE. 67

mais If feiiillai^e du chêne n'en a pas moins été chez eux un puissant moyen d'émulation. Chez eux, comme chez les T.atins, parler par le chciie, parler an chêne, équivalait à dire : parler avec assurance (i), et la raison ([ui en est donnée, c'est ((ue le chêne était consacré à Jupiter.

].a \ictoire, appelée palniaris dea, parce que, de la main i^auche, elle porte souvent une palme au lieu du bouclier, est donc représentée ici avec des attributs justifiés par de nombreux exemples et par les traditions sacrées du polythéisme. Elle vole, la couronne d'or et le bouclier en main. Ses cheveux, symétriquement arrangés sur le front, tomljent en désordre sur ses épaules. Elle est vêtue d'une longue tunique blanche qui laisse apercevoir la nudité de ses pieds.

C'est encore nne figure ailée qui fait le sujet de cette planche. Un collier et des bracelets de perles parent les contours de son cou et de son bras. Une draperie blanche flotte sur son dos et enveloppe de larges plis la partie inférieure de son corps , à l'exception de ses pieds, chaussés de sandales attachées par des rubans rouges. Elle porte nn bassin et un vase avec un couvercle en forme

(1) Paschalius, VU, 13.

68 PEIINÏURES.

âv sphinx. On pent voir dans cette jeune femme , aux formes assez liardiment tonchëes, une image d'Hé])é, qui fut en grande vénération chez les Sicyoniens, dont elle reçut les noms de Dia et de Ganynieda (i) ; les ailes, le vase et le bassin n'ont rien qui puisse exclure cette explication.

01 oi Oeol Tràp Zr|Vt xaO-/^UL£VOi r,YOpôwvTo

XpU(j£C|J h OaTTÉow, UcTa oi ffCflGl TTOTVta "Hê'/J

INsiiTap Ecovoydei (2). .

Les dieux, comme les mortels, demandaient de l'eau pour leurs mains à une jeune et belle femme qui se présentait pendant le repas avec un vase et un bassin d'argent (3). Ces attributs ne sontpas tellement justifiés qu'on ne doive chercher d'autres hypothèses. Un vase étrusque où l'on a gravé une Victoire ailée, versant, d'un vase pareil à celui de cette planche , de l'eau sur le feu sacré d'un autel, a fait demander si le nom de la Victoire ne conviendrait pas mieux à notre figure que celui d'Hébé. On a du se demander si le vase et le ])assin ne pourraient pas indi([uer les libations et les sacrifices en action de grâces, qui célébraient les succès militaires des anciens. L'ablution des mains qui précédait toutes les cérémonies religieuses des anciens (4) était d'usage après la victoire, comme la purification du sang versé pendant la

(1) Strahon, VIII, p. 382, et Pau- (3) Homère, Oihjss., I, \ 30. sanias, II, 1 2. ( i) Feithius, A.H.,{, 10 ; Struc-

(2) Homère, lliad., IV, in princ. kiiis, deSacrif., p. 201.

3""^ Série

/-f. Rvu, c (j.^.r.

TROISIÈ.MI-: Sl^[\[i:. 0)9

guerre (i). T/iniaii;e du sphinx, employé dans le lani>ai»e syml)oliqiie pour exprimer la préseneed'ua mystère, nous justifie jiisqu'à un certain point de ne pouvoir pénétrer en son entier le sens de la fii>ure allégorique (pii fait le sujet de cette planche. ^»lous terminerons en proposant encore luie interprétation qui consiste à (Ure que le sphinx indifjue peut-être une victoire due à l'adresse et à la ruse. On pourrait alors donner à notre figure le nom de Vaciina , adorée par les Sabins, laquelle, d'après Varron, était la même que la Victoire , mais plus particulièrement la Victoire de ceux qui triomphent par la sagesse, qui sapientia XHiicunt (2).

Sur unepetite bande de couleur verte qui indique sans doute une terrasse, chemine une femme ailée f[ui tient de la main droite nue palme verte, et de la main gauche un objet de coulenr jaunâtre dont il n'est pas facile de préciser la forme et la nature. Son vêtement , d'un agencement assez singulier, semble se composer de deux pai'ties : Tune, inférienreetentre-bâillée, laisse apercevoir la cuisse droite et rappelle l'épithète ironique de oatvoy.rçi'^c: donnée aux femmes de Sparte, dont les tuniques, non cousues sur les côtés, laissaient apercevoir la nudité des

(1) Feithius, A. H., 1, 0; Stuck., (-2) Giraldi, de Diis Sijtit., X, p.

p. 116etsuiv. 3^23.

cuisses (i) ; l'autre, supérieure, forme de larges plis sur la ceinture et flotte au-dessous du bras gauche. Toute la draperie, très-altérée d'ailleurs, paraît avoir été rougeâtre, et l'on distingue à peine dans les plis quelques teintes bleues. La chaussure est aussi très-endommagée, et l'on aperçoit l'indication assez vague de rubans qui s'élèvent jusqu'à mi-jambe. La teinte des cheveux n'est pas mieux conservée; dans leur état actuel ils sont rougeâtres. Le collier et le bracelet sont jaunes.

Nous sommes assez porté à voir encore une Victoire dans la figure reproduite par cette planche. Le collier et le bracelet lui conviennent à double titre. D'abord ces ornements étaient familiers aux femmes de l'antiquité; ensuite ils étaient le prix de la valeur guerrière , du savoir et du mérite littéraire (li). La palme est ici une indication bien plus incontestal^le de la ^ ictoire. Outre que les médailles antiques offrent de nombreux exemples de Victoires représentées avec cet attribut, il résulte de la lecture des auteurs anciens que les vainqueurs dans les jeux sacrés portaient un rameau en main (3). Nous avons parlé tout à l'heure des médailles; plusieurs représentent la Victoire tenant de la main gauche nu parazonium . L'objet vaguement figuré qui formait avec la palme les deux principaux caractères de notre figure, pourrait, s'il avait un peu plus de longueur, être pris pour un pa-

(1) Plutarque, ZjyfMr^'. (3) Plutarque , %»?/}., VIII, 4;

("2) Schetïer , de Torq., cap. 7 et Aulu-Gello, IIl, (i; Pausauias, VIII, soq., et cap. 9. -48; Pollux, III, L>2.

TROISIÈME SÉRIK. 71

razoniiim. Ce même objet peut, à certains yeux , passer aussi pour un voliinie ou un livre à auii,les ; et il semble ([u'on l'a ceint d'un luban ou d'une bandelette. Alors on comprend que la figure représentée ici aura trait à une Victoire littéraire, \ictoire célébrée chez les anciens avec un culte non moins fervent que sa sœur, la Victoire militaire (i).

Voici luie autre Victoire , ailée connue celles ([ue nous avons déjà vues, couronnée de laurier, vêtue d'un manteau jaune à bordure violette, et chaussée de sandales. Elle porte un trophée sur son épaule. Les armes sont couleur d'acier, la tunique f[ui sort de dessous le haubert est violette, l'haste ou tronc qui porte le trophée est couleur de bois; le tout est sur un fond blanc. jNous ne nous arrêterons pas à prouver, à force de citations, l'usage des trophées chez les anciens. ^ irgile a dit des vainqueurs :

Indutosque jubet truncos hostilibus armis Ipsos ferre duces {îi).

Plutarque, décrivant Romulus qui apporte à Jupiter Eérétrius les dépouilles du roi Acron, semble avoir fourni

(I)Scaliger, Zec^ Auson., Il, 19. {^2) Virgile, jEn., XI, 83.

la description littérale de notre figure : Rom u las coupa un ^rand chêne et le transforma en trophée ^ c est-à-dire (jn'il l'orna des armes d'Acron^ disposées et suspendues selon r usage; le front orné de laurier^ il cheminait portant le trophée sur son épaule droite (i).

La fîgiux^ de femme qui fait le sujet de cette planche est sur fond rouge. Elle a pour attribut des ailes blanches, qui convenaient non-seulement à la Fortune, à la Paix, à la Victoire et à la Justice (^2) , mais encore à tous les génies, à toutes les créations mythologiques des deux sexes à qui l'on avait donné le rôle de servir les divinités principales. Les ailes de notre figure ne jetteraient donc pas un grand jour sur rintelligence de la planche , si la jeune femme ne portait une grande corne d'abondance. Nous ne rappellerons pas à ce sujet la fable i)ien connue de la corne d'Amalthée, ni de celle d'Achéloiïs. Il nous suffira de constater que, suivant l'opinion d'auteurs judicieux et recommandables (>), la corne d'Amalthée exprime les vraies richesses , c'est-à-dire les fruits et les dons de la nature. Ce fait ressort d'une manière bien frappante du petit signe placé presque toujours sur

(1) Plutarque, lîonmlus, p. 27. pocr.,i). 42G et suiv.

(2) Cuper, Apoth. Hom., p. lG-2 (;{) Buonarotti, Medar/L, p. 220. ot suiv., t. Il; Suppl. Vol. et Uar-

,''j^iE@ï?r®j.sr©iE

Ôc-^û^' a^^ '^^éf^^J'^s^'Si^

la corr.e d'ahoiidance, et qu'on voit ici sortir d'entre les fruits qu'elle contient. Il a été généralement pris pour l'imagedusoc. Alors, eten admettant, cequiestdouteux, que le petit signe dont nous parlons représente un soc , on comprendrait tout l'à-propos du principal instrument de l'agriculture , de celui f[ui féconde la terre et qui est la source de toutes les richesses. Il est vrai qu'on répond à cette explication, tourniepar Agostini, que l'instrument du labourage, dont on attribuait l'invention à l'industrieuse Egypte, ne saurait convenir à l'abondance primitive delà Grèce et de l'Italie, dont les artistes aimaient à représenter l'âge d'or par la production spontanée des glands, des noix, des pommes, des pommes de pin, etc., et de tous les autres fruits qui se produisent sans culture. Quoi qu'il en soit du petit signe qui nous a occupés , nous devons nous attacher à voir ici une image de l'Abondance. Elle seule peut se présenter ainsi sans autre indication que la corne à qui elle a donné son nom :

Apparetque beata plcno Copia cornu (1).

Si la fortune , qui lui donnait des ordres (... datiunquc est Copiœ qttœ est ministra Fortunae) (2) , aimait à porter la corne dont se servait aussi sa suivante , elle s'annonçait toujours par d'autres attributs.

(1) Horace, Carm. sec, y. 59. (2) Stace, Th., IV, 106.

3* Série. — Peintures. 10

74 PELNTURES.

Le fragment de cette peinture sur fond noir nous a conservé presque entier un Amour ou un Génie dont les cheveux sont retenus par une bandelette blanche. La draperie qui est jetée sur l'épaule gauche est de la même couleur et retenue par la main du même côté , qui serre aussi un rameau orné de rubans. Cet Amour nous rappelle l'Amour au diadème, tel qu'il est représenté par Callistrate (i); le rameau qu'on lui donnait aussi quelquefois semble , lorsqu'il est formé , comme on le voit ici , de bandelettes ou de rubans , convenir à l'Amour, dieu de paix. C'est ainsi qu'il est nommé par Properce (2), et qu'on le trouve dans Beger figuré sur une médaille où on n'a pas cru devoir lui conserv er son arc , ni son flambeau ; ces deux attributs, qui excluent toute idée de bonheur et de tranquillité , ont été remplacés par des bandelettes (3) :

Ite, nymphœ : posuit arma, feriatus est Amor; Jussus est inermis ire, nudus ire jussus est (4).

Tibulle invite l'Amour aux fêtes delà campagne, mais il ne comprend pas dans l'invitation les flèches et le flambeau :

(1) Slat., XI. (3) Beger, Th. lir., t. I, p. 39.

(2) III, EL, III, 23. (i) Pcrvigil. Vener., 29 et suiv.

PElNTl'REvS

•^v-:^ SeTie

; ci' BoucAei

yi!î#^

Sancte, veni dapibus festis, sed pone sagittas, Et procul ardentes hinc procul abde faces (1).

Le Génie appelé Paclfcr (y,) a peut-être aussi inspiré cette composition.

On doit voir dans cette planche une Victoire peinte sur fond rouge, avec des ailes d'un vert clair, des cheveux blonds, une tunique blanche, tenant d'une main une palme , et de l'autre une couronne de feuillage et de fleurs. Elle est posée sur un modillon jaune. Ce qu'elle offre de plus remarquable est bien certainement la feuille de couleur claire qui orne son front. Elle portait quelquefois sur la tête une tour ou une fleur de lotus; mais le signe posé sur le front de notre figure est étranger à l'un et à l'autre de ces attributs.

Sur une colonne est une femme ailée , couronnée de diverses fleurs, chaussée de blanc, et tenant de la main droite un disque rougeâtre ; son bras gauche , orné d'un bracelet d'or, soutient ou dispose avec grâce la superbe

(l) Tibulle, II, El. I, 81. (2) Reines., I, 294.

76 PEIINTURES.

tunique dont elle est vêtue. Tout, dans cette composition , à l'exception des couleurs indiquées déjà, est violet, la colonne, les ailes, la tunique et\e pallium.

Au milieu de toutes les incertitudes auxquelles l'esprit est en proie lorsqu'il essaye d'assigner un nom et un rôle à la figure tracée dans cette planche, on s'arrête volontiers à l'idée que l'artiste a représenté ici une femme , quels que soient d'ailleurs son nom et son rang, qui ajuste complaisamment sa toilette en se contemplant dans un miroir. Cette explication est le point de départ de toutes les recherches que l'on doit fairedans la mythologie pour découvrir quelle a été l'intention de l'artiste qui nous a donné cette peinture. Le miroir convenait à Vénus, à l'Aurore , souvent confondue avec Cypris, à Iris , qui semble avoir un certain rapport avec la mère de l'amour, i^io xal o'//.£uoç Tvwç è'ysiv ^oy.Ei TTpoç ÀçpooiTviv (lj. Si Ion objectait q[ie ces trois divinités n'ont jamais eu des ailes , nous rappellerions que les Toscans, qui imitaient d'ailleurs les Egyptiens, donnaient des ailes à toutes leurs divinités (2) , et que les monuments antiques offrent la Justice , la Paix, la Nuit, la Lune, Vénus, et bien d'autres déesses, toutes indistinctement ailées ('3).

(I) Eustache, IL, E. 535. {3)Apoth.Homer.,]). lOîîetsuiv.,

(-2) Buonarolti, App. ad Denips- t. II, Suppl. Pot. ter, p. 7.

PEINTUIIES

.^^'^ C=ric.

.|4 Pouces.

La figure qui fait le sujet de cette planche et onze de celles qui suiveut ont été retirées des fouilles de la Torre dcir Aïiiianciata ^ toutes dans un môme appartement , d'où l'on a retiré encore six bandes d'arabesques et sept baladins dansant sur la corde , que l'on retrouvera dans la [\ série de cet ouvrage. Ces douze sujets paraissent appartenir au même genre, peut-être à celui que Pline appelle llbidincs; et sous ce rapport on pourrait les comprendre dans la même explication. Nous dirons cependant, à mesure, ce que nous trouverons dans chacun d'eux qui semblera digne de réflexion.

Nous donnerons ailleurs la décoration de la salle d'où l'ona retiré les douze figures qui vont nous occuper. Cette salle aurait été, selon les uns, une chambre à coucher, et , selon les autres, un tr'icllniam ^ ou une espèce particulière de triclinium, auquel les Grecs donnaient le nom d'à(ppofîi(7iov, les Latins, celui de venereuni^ et qui, selon Athénée, consistait en une salle garnie de trois lits, ornée de peintures, de statues et de vases à boire. Les sujets des peintures qui décoraient les murailles favorisent également ces trois conjectures.

La figure qui commence la série des gracieuses compositions que nous allons offrir à l'admiration des artistes semble, à raison de la modestie qui règne dans le vête-

ment et dans l'attitude, devoir échappera la qualification générique des libidlnes. C'est une jeune femme non moins belle que ses onze compagnes, vêtue d'une tunique blanche et par-dessus d'une robe bleu clair avec une bordure de couleur rouge. Ses oreilles sont ornées de pendants de perles, et ses pieds chaussés de sandales. Sa chevelure , comme celle des autres figures du même genre, est blonde, et cette monotonie de teinte qui règne dans les cheveux de noslibîdines, provient sans doute de l'impossibilité où aurait été le peintre de faire des cheveux noirs sur des fonds noirs. Elle est renfermée dans un voile de couleur jaune retenu par une bandelette rouge qui vient se nouer sur le front. Cette coiffure est une de celles dont parle Tertullien (i) quand il dit : « Il y a des femmes qui, au (( lieu d'employer des rnitrœ ou étoffes de laine pour se « voiler la tête , en font un bandeau avec lequel elles se « couvrent le front, tandis que le haut de la tête est tout (( à fait nu. D'autres se coiffent plus modestement avec « des étoffes de lin qui laissent le front et le devant de « la tête à découvert et ne descendent pas jusqu'aux « oreilles. » Au reste, pour les coiffures des femmes de l'antiquité, nous renvoyons aux auteurs et aux commentateurs qui s'en sont occupés d'une manière spéciale (2). Notre fiii^ure tient de la main droite un rameau avec des fruits qui ressemblent à des citrons, et de la main gauche

{\) De vclaiid. Virgin., cup. 17. Guignes; Turneb.; Eustathe, ad (2) Tertullien, ibid. ; Rainaud, rfe Iliad., H; Suidas ; Ménage, O/-?*/. Pileo et cœt. cap. teg.,s,ect. VI ; De de la lang. ital.

un sceptre couleur d'or avec une sphère au bout, et pardessous un ornement (|ui paraît être un chapiteau (i). Ces deux objets, destinés sans doute à indiquer le personnaiçe que l'artiste a voulu représenter, ont exercé la sagacité des érudits.

La première idée qui s'est offerte à l'esprit, à la vue de cette figure, a été celle de la Paix, que l'on habillait volontiers de l)lanc :

At nobis, Pax aima, veni, spicamque teneto, Perlluat et pomis candidus ante sinus ('2).

On la voit dans plusieurs médailles, habillée et coiffée comme la femme qui fait le sujet de ce tableau , avec un sceptre pareil et un rameau qui cependant , nous devons bien l'avouer, est toujours une branche d'olivier. Du reste, un fruit, quel qu'il soit, serait toujours très-bien dans les mains de la Paix , qui n'aurait pas été déplacée elle-même dans le triclinium. Euripide (3) ne dit-il pas de Bacchus :

'O oatutuv, 6 Aiô; Trai;, Xaipet u.£v Oa)>iaT(7iv,

<I>lÀ£Î o' oXSoOOTêipav £tpV]-

vav, xoupoTpd'^ov Ôsàv.

« Ce dieu, fils de Jupiter, aime les festins; mais il aime aussi la paix « distributrice des richesses et nourrice des jeunes gens. »

(1) Pausanias, V, 1 1 , II, 17 ; Ju- (2) Tibulle, liv. II, El. X, in fme.

vénal, Sat. , X, v. 38; Antonio {3) Bacch., \. Ail et su'w.

Agostini, DiaL, V. .

80 PEIINÏURES.

Et Horace (i) ne recommande-t-il pas la paix aux convives , en leur disant que les querelles ne conviennent qu'aux barbares?

Les fruits couleur d'or, que uous avons appelés des citrons, ont servi de fondement à deux autres conjectures. Selon Asclépiade (2), la terre produisit le citronnier pour les noces de Jupiter et de Junon ; le sceptre et le diadème ou la bandelette sur le front (3) conviennent très-bien à la reine des dieux. Le voile jaune semitlejlammcuni que portaient les nouvelles mariées ; et Junon présidait aux noces. Enfin le vêtement couleur d'azur serait un symbole facile à interpréter chez Junon, que l'on appelait à£po[j.oû9o; (4), et qui était la déesse de l'air. Notre figure serait donc une Junon.

L'on pourrait y voir une Vénus avec tout autant de vraisemblance. I/île de Chypre , un des séjours bienaimés de Cythérée , était plantée de citronniers (5). Le sceptre a été vu d'autres fois dans les mains de Vénus. Le vêtement bleu nous rappelle qu'elle était la fille de la Mer. Eniin Vénus, à qui les mères sacrifiaient pour qu'elle donnât à leurs filles un bon mari (G), \ énus pronuba, Yénus marltalis, aurait été placée avec autant d'à-propos que Junon, dans une chambre à coucher ou dans un trici ini a m; elle sceptre, dans cette hypothèse, rappellerait la royauté de l'épouse dans le ménage.

(1) Livre I, Ode i>7. (4) Orphée, Hymn. in Junon.

(2) Athénée, III, 7, p. 83. (5) Athénée, p. 84.

(3) Apulée, Mcl., X. (6) Natal Conte , II , -4.

3T?^ Séné.

Le mouvement de cette figure pourrait encore porter à croire qu'elle représente une danseuse, si l'on ne concevait très-bien que son attitude n'a probablement d'autre but que de joindre de la grâce au sujet, et si d'ailleurs Ovide (i) et Burmann n'avaient pas le soin de nous prévenir que les « femmes élégantes marchent avec coquetterie et comme si elles dansaient. »

Qualis fait Venus, c uni fuit virgo, nudo et iiitecto corporeperfectam.formositatemprofessa; nisiquod tenui pallio boînbjcino inumhrabat spectabilem pubem.. . ipse autcm color deœ divers us in speciem; corpus candidum quod cœlo demeat^ amictus cœruleus quod mari remea t

« Vénus, quand elle était vierc;p, allait nue, pour montrer la perfection « de sa beauté ; seulement un lég;er voile de soie ombrageait ses charmes « les plus secrets et les plus séduisants. ... Du reste la déesse s'offrait « sous deux couleurs diverses; son corps était blanc, parce qu'elle « descend du ciel, et sa draperie bleue, parce qu'elle retourne à la mer. »

Apulée (a), qui, après avoir tracé ce portrait gracieux , nous montre le Zéphyr malin jouant avec le voile de Vénus et le soulevant parfois, semble avoir décrit à peu près la figure qui fliit le sujet de cette planche. Elle ne mérite pas moins d'intérêt et d'admiration que ses compagnes. Les traits de son visage sont gracieux, b^llea des cheveux

{\) A. A. (2) Metam.

3*^ Série. — Peiutures. , Il

blonds retenus par un ruban bleu de ciel qui lui ceint le front. Une draperie légère et de couleur jaune voile, sans les cacher, ses charmes les plus secrets , et permet d'admirer la beauté de ses formes depuis la ceinture jusqu'en haut, et la blancheur de ses pieds. Vénus était appelée la déesse aux pieds d'argent, àpyjpoTre'Ca. Les Nymphes, les Grâces et les Heures étaient souvent représentées nu-pieds. On les dépeignait aussi quelquefois nues,

Gratia cum nymphis, gominisque sororibus audet Ducere nuda choros (1);

et le plus souvent à demi vêtues, solutœ (2), avec des voiles transparents. Enfin Xénophon (3) parle du ballet des Grâces, et trouve qu'un festin ne pouvait se terminer d'une manière plus agréable que par des danses oii l'on imitait les poses et les mouvements cadencés des Nymphes , des Grâces et des Heures. La femme que l'on voit ici pourrait donc être une danseuse. Le mouvement de ses pieds porterait d'ailleurs à le croire, et cette supposition est justifiée par un passage de Macrobe (4), qui vient dire que de son temps on n'admettait plus dans les festins des danseuses ni des chanteuses nues ou vêtues d'une manière immodeste. Cette mesure de morale publique paraît avoir été prise par Théodose le Grand (5).

(1) Horace, livre IX, ode VII. (0) Gottofredus, L. 10, t. VU, 1.

(2) Sénèque, de Benef., 1. 3; X\, Cod. Theodos. ;V>o\i\Qn^ev,de Ovide, Fast., Y. Conv., III , 30; Pignor., de Serv.,

(3) Banq. p. 181 et 18-2 ; le Antichità di Erco-

(4) Sal., II, 10. lano, pi. XVI, dans les notes, t.I.

TROISIÈME SÉRIï:. 83

Les Pères de l'Église avaient souvent reproché aux gentils le scandale de leurs danses. Vénus amoureuse dansait, dit Arnobe(i), et, avec tout le dévergondage d'une prostituée, elle imitait l'impudicité des Bacchantes. Enfin le disque couleur d'argent que notre jeune femme appuie sur sa hanche avec la main gauche , ne contredirait en rien cette explication. Il existait des danses appelées ^rivia- Y.i^z; (pinakides), que l'on exécutait en tenant en main des plats ou des disques (2).

Si l'on veut voir dans cette collection la représentation des femmes chargées de servir à table, on expliquera le mouvement des pieds et l'élégance de la draperie de notre figure par un passage de Pétrone (3) , qui , pour donner une idée du luxe des Romains , prétend que les gens chargés de les servir à table s'acquittaient de leurs fonctionsensuivantla cadence des instruments ; on pourra citer encore ces vers de Juvénal (4) •*

Structorem interea, ne qua indignatio desit, Saltantem spectas, et chironomonta volanli Cultello, donec peragat mandata magistri Omnia ; nec minimo sane discrimine refert, Quo gestu lepores et quo gallina secetur.

Nous ne devons pas passer sous silence la grâce et l'ai-

(1) IV, Adv. gent.; S. August., (3) Ch. XXXVI et ses commentaire C. D., VII, 16; S. Jérôme, teurs.

Epist. ad Marc, et Epist. de Hi- (4) Sat., V, v. 121 et suiv. ; Pi-

lar. gnor., deServ., p. 120, loi ; Lipse,

(2) PoUux, IV, Seg., 103; An- Sal., II. 2; Vossius, de Poemat. lich. di ErcoL, pi. XXIII, dans les cantu et vii-ibus rhythmi; Sénèque notes, t. I. et Martial.

sancede l'attitude de notre figure. Les traits délicats de son corps se dessinent avec un goût parfait et un charme inexprimable sur l'ample draperie qu'elle soulève audessus de sa tête avec deux doigts de sa main droite , et que le Zéphyr amoureux semble vouloir arracher des cuisses et du bras gauche qui la retiennent.

Cette figure est d'une composition plus sévère que la précédente. Sa tunique, sans être retenue par une ceinture et quoique négligemment jetée sur les épaules, est cependant agencée d'une façon plus modeste , et laisse apercevoir à peine le sein gauche; son voile est d'un vert foncé , sa chaussure paraît être celle que les anciens appelaient haxeœ et crepidœ, et dont Baudouin (i) nous donne ainsi la description : « Baxeœ et crepidce integunienta receperunt , qiiœ, si talum excipias , pedes totos operivent. » Dans sa 'main droite est un panier, et dans la gauche un disque. La couronne posée sur ses cheveux blonds est formée de tiges de blé , et rappelle le culte et les fêtes de Cérès :

Deciderant longae spicea serta comce.

On peut en dire autant de la couleur blanche de la draperie qui enveloppe son corps :

(i) Z?e Cale, cap. XIV, p. 139. (2) Ovide, Amor., III, EL X, 36.

5q>e Série.

. 4. Pouces .

)FIBI©I^Iio

Alba décent Cererem : vestes cerealibus albas . Sumite (1).

Mais nous n'attachons à ce rapprochement aucune importance. Tons les genres de couronne étaient adoptés par les femmes qui, soit comme servantes, soit à un autre titre, devaient charmer les loisirs du triclinium; et les tuniques blanches, qui étaient de rigueur dans toutes les solennités où régnaient la joie et l'allégresse, convenaient aux gens chargés du service de la table des empereurs (2) et des seigneurs de Rome; elles jouissaient aussi d'une grande faveur auprès des femmes qui déployaient un grand luxe de toilette. Ce sont les roses blanches , albentes rosœ , comprises par Ovide (3) dans rénumération des tiniiques portées par les femmes de goût :

Alba décent fuscas : albis, Cephei, placebas (4).

Urit seu Tyria voluit procedere palla : Urit, seunivea candida veste venit (5).

Le nom de Cernophorc (de x.épvo;, vase a contenir des fruits, et oépco, porter) donné à cette figure est justifié par le plateau et par le panier qui occupent ses deux mains. Il est d'autant plus approprié à la jeinie femme représentée ici, qn'on l'a figurée dansant comme ses compagnes, et qu'il existait une danse appelée danse des Cer-

(1) Ovide, Fast., IV, 619. {'i) A. A., III, v. 183.

(2) Suétone, in Domit.; Stuk., (4) Ovide, A. A., III, v. 191. A. C, II, 26. (5) TibuUe, IV, EL, 1.

nophores. (c Je sais bien, dit Polliix, que la danse des Cernophores était exécutée par des danseurs qui tenaient en main des vases appelés x£pva(i). » Et ce que nous disons de cette planche 26, nous pouvons le dire aussi des planches 28 et 3i.

Cette jeune femme n'est ni moins belle ni moins immodeste que la plupart des figures représentées dans les planches qui la précèdent et qui la suivent. Nous pouvons dire même que la hardiesse etla vivacité expressive de son attitude et de sa physionomie, qni respire une certaine exaltation, lui méritent le nom de Bacchante. Sa nudité et le désordre de sa chevelure sont une indication non moins certaine. «Les Bacchantes livraient aux vents leur gorge et leurs cheveux, y

Ventis dant cola, comasqiœ (2).

Solvite crinales villas, capite orgia mecum (3).

L'instrument qu'elle agite et dont elle tire des sons , appelé par les Latins tympanum, par les Grecs TU[X77avov, et que nous connaissons sous le nom de tambour de basque, (c était en grande faveur auprès des Bacchantes, qui

(1) IV, i03. (3) Virgile, ^'n., VII, 404.

(2)Virgil.,.^w., VII, 394.

3 ™« Série

AdH .V. l.p. lOS

4 Pouces.

TROISIÈME SÉRIK. 87

le frappaient avec leurs mains (i). )) Les énidits ont découvert dans l'antiquité deux espèces de tynipanum, l'un grave et l'autre léi^er; l'un dont la caisse de bronze était couverte avec des peaux, et qui était un instrument de musique guerrière ; l'autre, formé d'un cercle de bois et d'une seule peau, ressemblait à un crible et paraît avoir été plus spécialement désigné par le nom de cynihcdiini. C'étaient tout simplement letambouret le tambour de basque des modernes (li). Les grelots qui ornent le tympanum de notre figure, accompagnaient ordinairement le cymbalum , qui souvent même se composait seulement d'un cercle de bois armé de petites lames de cuivre et de grelots, et était privé de la peau tendue (3) .

La danse des Bacchantes est très-célèbre parmi les cérémonies antiques. Aristophane (4) les appelle les belles danseuses. D'après Euripide (5), jouer d'un instrument et danser aux chansons n'était pas le moindre de leurs mérites.

La qualification de Bacchante donnée par nous à cette figure n'exclut pas l'hypothèse déjà avancée au sujet de toutes les compositions gracieuses que nous avons réunies ici, et qui furent découvertes dans une même salle aux fouilles de Torre delV Annanciata. Rien n'empêche de

(1) Suidas, (3) Agostini , Gem. Ant. , pi. I,

(2) Pignor.,rfeiSery.,168etsuiv.; p. 30.

Spon, Mise. Erud. Ant., p. 21, (4) Acharn., act. IV, se. VII, v.

t. XLVI, Mus. Rom., t. II, se. IV, 23.

pi. VII et VIII. (,j) Bacch., v. 377, 378.

voir dans notre Bacchante une de ces femmes galantes ou de ces courtisanes qui devaient charmer les joyeuses réunions du triclinium (i). Les cjmhalistriœ et les tjmpanistriœ se déguisaient en Bacchantes :

Juvat et vago rotatis Dare fracta membra ludo :

Simulare vel trementes Pede, veste, voce Bacchas.

L'ajustement de cette figure est d'ailleurs d'un goût exquis et d'un très-grand luxe. Un collier et un double rang de perles font ressortir la blancheur de son cou et (le ses bras. Une étoffe blanche d'un tissu très-fin voile et laisse deviner par sa transparence les charmes les plus secrets. Ce vêtement rappelle l'indignation de S. Jérôme : « Ingrediuntiir expolitœ Uhidinis victimœ , et tenuitate vestiumnudœ improhisoculis irigeriintnr (si), » et les vers d'Horace :

Altéra nil obstat : Cois tibi pêne videre est Ut nudam (3).

« Je vois , dit Sénèque , des tuniques de soie, si l'on peut appeler tuniques ce qui ne protège en rien le corps et la pudeur; si Ion peut appeler tuniques des vêtements avec lesquels une femme osera à peine jurer « qu'elle n'est point nue. Des nations inconnues nous eu-

(1) Sidoine Apollinaire, lib. I\, (2) In Helvid.

Epist. XTII. (;3) Horace, lib. I, Sat., II, 2-23.

TROISIEME SÉRIi:. 89

« voient par le commerce et pour des sommes énormes, « ces tissus, grâce auxquels nos matrones étalent en puce blic leur nudité aux complices de leur adultère, comme « elles le feraient dans leurcubiculum (i). » Les tuniques de ce genre étaient appelées par les Romains multicla (!>.), et les artisans qui les confectionnaient recevaient le nom de ^eTTToupyot et de tenuiarii.

L'étoffe portée par notre cymbalistria est blanche et bordée de rouge. Les plis et l'agencement en sont bien entendus; les sandales sont attachées avec des rubans rouges. La couleur du vêtement de notre figure , qui , bacchante ou cymbalistria, est toujours considérée par nous comme une femme de mœurs licencieuses, a lieu de nous étonner et semble en contradiction manifeste avec la qualité et le rôle de la femme qui le porte. D'un coté on nous dit (3) queles vêtements blancs étaient, à Rome et sous les empereurs, des vêtements de deuil ; del'autre, nous savons qu'à Athènes une loi deZaleucus enjoignait aux femmes honnêtes de paraître en public toujours vêtues de blanc, pour qu'on put les distinguer des courtisanes, qui devaient porter des étoffes de couleur (4). La même loi était en vigueur aussi àSyracusé (5). Comment se fait-il donc qu'une danseuse, une cymbalistria se soit arrogé le droit d'emprunter le symbole du deuil oudela pudeur? Nous n'ose-

(1) DeBenef., VU, 9. probl. XXVI.

(2) Reines., Class., XI, 77. (ijSiiidasinZâXtuxoi;, in'Eta'.ptov.

(3) Plutarque, Quxst. Rom., (o) Athénée, XII, 4.

■à^ Série. — Peintures. 12

ions pas nous prévaloir deringéniense distinction établie par Porphyrion (i) entre Valbum et le candlchim, le pale et le blanc. Serviusditanssi (^)... aliud est candidiun cssc , idest, quadam nitenti luce perfusiun : aliud album quod pallori constat esse Dicinum. Il nous semble qu'il vaut mieux penser que tous ces usages , qui ont obtenu à certaines époques la sanction de la loi écrite , ont subi plus tard les caprices de la mode, et qu'enfin le vêtement n'a plus établi aucune distinction entre les matrones et lesfemmes de théâtre. C'est ce qui paraît résulter d'un passage d'unauteur ancien où l'onfaitparler une matrone se plaignant de ce que les courtisanes exercent leur infâme métier sous les habits des femmes honnêtes. Tertullien dit en propres termes : « Je ne vois plus qu'il existe de dif- « férence entre les vêtements des matrones et ceux des « prostituées. ))

Lajeune femme qu'on voit ici est peinte sur fond rouge. Elle se présente à nous demi-nue et presque entièrement de dos ; sa carnation est délicate ; ses cheveux blonds ont été noués sur sa tête ; elle tient de la main gauche un disque d'argent. Un des bouts de sa draperie changeant du vert au jaune , et bordée de blanc ou de bleu clair, est

(I) Horace, Sut., II, lib. I, v. 36. (^2) Georg., v. 83.

l'ETN TITRES

Ad. Bûuchet dit £t yc

A.IHV1.P11

(D n m H ® ip ïHi ©' m

3™« Série

Ad'H. V. 3.P. 143.

négligemment jeté sur le bras gauche, et agité par le vent. Un autre bout est tenu par les doigts de la main droite d'où il tombe avec beaucoup d'art pour voiler de ses plis faciles et gracieux les jambes et une partie de la cuisse droite. Nous n'aurons rien à dire de cette figure, sinon qu'elle peut être considérée comme prenant part à la danse desCernopliores. Le mouvement bien caractérisé de la jambe droite peut faire croire qu'elle danse la hibasis,

que Pollux définit ainsi : Piêa^i;.. sl^o; Aax.(oviy.ri; opyj^GSto;

é'^ei ^à a}.\£(7Gai , -/.al ^tjv.v toiç ttogI Tvpo; Ta; Truya'; (l). L.(( bioasls... espèce de danse lacédémonienne . . . il fallait sauter et battre avec les pieds la partie du corps sur laquelle ou s'assied. Cet exercice était exécuté par les jeunes gens et les jeunes filles. C'est à cette espèce de danse surtout , ou bien à celle qui portait le nom d'£/.la//.Ti<7[xa, qu'Aristophane a fait allusion lorsqu'il a écrit :

iixÉXoi; oùpaviôv y' i:'. XaxTi'^wv

TTpojxxô; ;/^âffxei (2).

Autant la figure précédente était immodestement drapée , autant celle-ci est décemment vêtue. Tout en elle , sauf les pieds et le visage , est enveloppé par l'ample draperie jaune dont le tissu transparent dessine les épaules,

(1)IV, 102. (2) Vesp., 1483.

les bras, les cuisses et les jambes. La transparence de la draperie est surtout bien indiquée sur la main gauche dont on distingue les doigts et les contours. Les plis du voile , qui semble retenu par la main , couvrent le haut de la tête , et , gonflés par le vent , ils ajoutent plus de grâce encore à la disposition de la figure , et laissent apercevoir à peine une partie du cou, le visage, et l'arrangement d'une chevelure blonde ceinte par un diadème. Le mouvement des pieds, couverts de chaussures blanches, et celui de la figure entière, représentée en l'air, indiquent une danseuse ; la tête inclinée en arrière et sur l'épaule gauche est un signe d'effroi ou de coquetterie.

L'absence de toute espèce d'attribut laisse le champ libre à un grand nomlore d'interprétations. On aura à tenir compte d'abord des idées générales que nous avons émises sur la signification de toutes ces figures aériennes que nous groupons ici dans une même série. Le nom de Jjacchantc , donné à une des figures précédentes, quoiqu'il ne résulte pas d'une manière bien évidente de l'aspect de cette planche , pourrait être cependant appliqué , non sans quel([ue apparence de raison, à la jeune femme soigneusement drapée que nous donnons ici. Un ruban sur les cheveux, un diadème quel qu'il soit, est un des symboles de Bacchus, qui s'en attribuait l'invention (i). Les Bacchants et les Bacchantes se l'appropriaient sur l'autorité du dieu dont ils suivaient le culte,

(I) Pline, VII, 20.

et il paraît qu'ils croyaient préserver ainsi leur tête des effets du vin bu sans modération ( i ) . La mitra de Bacchus

Cinget Bassaricas Lydia mitra comas (2),

était remplacée, comme cela résulte du vers cité, par une simple bandelette (3). Si la nudité des Bacchantes était passée en proverbe, ce n'est pas à dire cependant que les draperies amples et longues, vestes difflueutes , pallœ, tiinicœ talares, leur fussent inconnues {J\). Les larges plis des étoffes transparentes dessinaient les formes et enflammaient d'autant plus les désirs qu'un vêtement d'un léger tissu opposait inie espèce d'ol)stacle aux regards indiscrets. Les voiles transparents en usage chez les femmes de l'antiquité alarmaient et contentaient à la fois la pudeur et la volupté. Il fallait bien qu'une toilette de ce genre flattât les sens du public, pour qu'elle eût été adoptée pour les danses profanes et sacrées (j). Suétone nous apprend que Caligula dansait avec la palla et la tunique talaire. . . cum palla, tunicaque talari canticum desaltcwit (G). Les auteurs se sont accordés à dire que l'usage des longues robes transparentes dans les danses lascives avait été importé en Grèce et en Italie par les Lydiens, les Phrygiens et les autres peuples de l'Asie (7).

(l)Diodore, IV, 3. (o) Clément d'Alex., Pwd., W,

(2) Properce , III, EL XVII, 30. iO, p. 203.

(3) Beger, Th. Br., p. -i2o. (6) Cap. 58.

(i) Buonarotti, Osserv. sopra i (7)Brisson., de liegn. Pers., II,

medaglioni, p. 446; Brouckus., ad p. 246 ; Rhodig., XVIII, 29. TibulL, I, El. YIII, 46.

Ces habits de bal étaient appelés TapavTivi^iov et devaient être de couleur jaune comme celui de la figure qui nous occupe. L'attitude de la jeune femme représentée ici détournant la tête, commie pour voir si elle est poursuivie dans sa fuite malgré le voile dont elle s'est enveloppée avec tant de soin pour ne pas être reconnue, a fait demander si on n'avait pas voulu figurer une jeune fille jouant l'effroi et la terreur. Les pantomimes et les danses de caractère avaient le plus souvent un sujet mythologique. C'est ainsi qu'un des mérites de Cynthia est, aux yeux de Properce, de bien exécuter le ballet d'Ariane :

Quantum quod posilo formose saltat laccho, Egit ut evantes dux Ariadna choros (1).

Le ballet de Daphné était exécuté aussi par les pantomimes (2), et le lecteur aura à choisir entre les idées diverses et les noms mythologiques que nous lui soumettons.

La composition de cette figure est trop forcée , son attitude est trop singulière pour qu'on puisse se résoudre à n'y voir qu'une fantaisie d'un artiste capricieux , sans but, sans intention arrêtée. Il nous semble qu'on n'a besoin que de jeter les yeux sur ce tableau pour reconnaître

(1)11, £^, 111,17,18. (2),Lucien,t?e5a//«^.,etlesscol.

A.i'K.T. 3.P.lè

tout d'abord une expression très-heureuse du dévergondage religieux des Bacchantes. Cette jeune fenune, jetant en arrière sa tête couronnée de lierre, laissant aller aux vents les flotsdesa blonde chevelnre, on croit l'entendre pousser le cri sacré : Evoc, Evoë ;

Evoë clamantes, Evoë, cû/j?Y«inflectentes (I).

Le mouvement de la tête et ledésordre de la chevelure sont bien rendus par les vers qui suivent :

Visis ululavit Agave

Gollaque jactavit, niovitque per aéra crinem {^).

Tpu'jîpôv TcXoxajjLOv £?ç atôî'pa piTCTcov (3). Asprjv zlc, aîOs'pa opo^cpàv pÎTriouca (-4).

Pindare a donné aux Bacchantes l'épithète de pi^j^au/svs; , qui agitent leurs cous. Les trois actions principales des Bacchantes étaient danser, s'arrêter et agiter la tête. C'est ce qu'Euripide exprime avec bonheur de la manière suivante :

Ilot oii /opîùîiv, Tiot >ca6i(7Tavai Tcooa Ivai xpàTa csïffai (5).

On a dit, pour expliquer la longue chevelure des Bacchantes, que les hommes et les femmes qui accordaient à

(1) Catulle, de Nupt. Pel. et Thet. (i) Euripide, ibid., v. 863.

(2) Ovide, Met., III, 725 et suiv. (5) Idem, loc. cil., v. J8i.

(3) Euripide, Bacch., v. 150.

Bacchus un culte particulier, vouaient à ce dieu leur chevelure. C'est ce qui résulte de ce vers de Virgile :

Te lustrare choros, sacrum tibi pascere crinem (1).

Quant aux mouvements convulsifs de la tête, ils feignaient l'inspiration religieuse et la surexcitation produite par la présence imaginaire de la divinité :

Nunc feror ut Bacchi furiis Eleleides actœ (•2). yEdonis Ogygio decurrit plena Lyœo (3).

Ces convulsions simulées paraissent avoir été inventées pour le culte de la Grande-Mère, et Isidore en donne

luie raison que nous ne saurions adopter On doit

agiter la tête pour enseigner aux gens qui cultivent la terre qu'ils ne peuvent pas connaître les douceurs de l oisiveté, mais que toujours ils doivent être eu mouvement (4). Si tel était le sens des mouvements et des contorsions qui distinguaient le culte de la Grande-Mère, on ne saurait l'adopter pour les orgies de Bacchus, qui dérivèrent cependant de celles qu'on célébrait en l'honneur de Cybèle. Le mouvement de la tête pendant la danse avait reçu des Grecs un nom particulier. On l'appelait fr^cAelismos, T^oc'/'O^iGiiA; (5). Nous ne croyons pas que ce mot, qui fut inventé pour désigner des attitudes gracieuses et

{[).En., VII, 391. (o) Scaliger, Poët., I, 18, p. 60;

(:2) Ovide. PoUux, IV, 103; Athénée, I, 12;

(3) Lucain. Fabri, Afjon., I, Il ; Guper, Obs.,

(4) Isidore, lib. VIII. 1,12.

TROISIÈI\IE SERIE. 97

de légères inclinaisons de tête, puisse être appliqué aux contorsions exagérées des Bacchanales ; car on aurait tort de vouloir se faire une idée par cette peinture des mouvements des Bacchantes. Notre figure est trop gracieuse et trop délicatementcouchéepour être dans le vrai. G'està peine si le désordre est indiqué : il y a de l'abandon sans doute dans les plis de la draperie transparente et de couleur changeant du vert au bleu ; il y a peut-être quelque chose de convulsif et de nerveux dans la tension du bras droit qui relève la draperie , mais nous demanderions en vain à la jeune femme représentée dans cette planche l'attitude exagérée, le maintien impudique et l'expression de cette folie religieuse qui distinguaient les suivantes de Bacchus. C'est que l'art antique , naïf, tendre, mélancolique et toujours si pur de formes , de dessin , de contours, semble avoir horreur de la monstruosité. Il se plaît à reproduire la nature noble et impassible des divinités du polythéisme , mais il se hasarde rarement à représenter le dévergondage de la douleur, delà joie, de la débauche et delà piété religieuse. Ce qu'il recherche, ce n'est;point un sujet d'exception. S'il arrive que la superstition le jette dans les mythes merveilleux du polythéisme, il faut observer qu'il les arrange à son gré et toujours dans un système de grâce et d'harmonie. C'est ce qu'on a pu remarquer dans une planche de cet ouvrage, lorsqu'il s'est agi de peindre le cyclope Polyphème. L'artiste n'a pu se décider à composer un

visage humain qui n'aurait eu qu'un œil sur le front. II

a mieux aimé faire la part de la règle et celle de l'exception, et ménager à la fois la pureté de l'Art et celle de la Fable, de la tradition sainte, en dessinant un visage qui a sur le front l'œil des cyclopes , et dans les orbites les yeux de l'homme. Que nous reste-t-il à dire de notre Bacchante ? P'aut-il admirer le léger tissu dont on a enveloppé son corps, cette étoffe, cette gaze antique que les poètes appelaient vent et nuage, pour en exprimer toute la légèreté?

^quum est induere nuptani ventum textilem, Palam proslare nudam in nebula linea (1).

Varron donne le nom de vitrece aux vêtements de ce genre : d'autres auteurs les appellent àpa/vco^eiç, toiles d'araignée [i). Lespallium transparents des dames de l'antiquité font dire à Athénée : « Certainement les sambucistrise de Rhodes me semblaient nues ^ bien qu'on me dit quelles étaient vêtues (3). » C'est à peu près ce qu'écrit Martial :

Femineum lucet sic per bombycina corpus (4).

Le mouvement des pieds de la Bacchante qui nous occupe indique une femme qui danse. Les pompes de Bacchus comprenaient la course et la danse, ^po[j.ov ^al yopoJ; (5). Lucien (6) prétend que toute l'action des Bacchantes

(1) Pétrone, cap. 55. (4) VII, G8.

("2)Gonzalèsad«Ya</oc. Petronii. (5) Eurip., Bacch., v. 148.

(3) IV, 129. (6) DeSaltat.

feiife^<5fc>'.

J£. Aoue» ailei^.

se réduisait à la danse, qui était divisée en trois ballets : tragique , comique, et satyrique. Ce dernier portait le

nom de gi/.-.vv'.c, sikinnis (i).

Cette figure, due sans doute au môme pinceau que la précédente, et faite dans un même esprit , fut trouvée dans le même lieu. Elle est vêtue d'un long pallium verdâtre, d'une transparence telle qu'on aperçoit au travers les contours les plus délicats de son beau corps. L'agencement de la draperie est assez bizarre ; elle est jetée autour du cou et sur le derrière de la tête, de manière à former une espèce de capuchon ; un des bouts vole au gré du vent sur l'épaule gauche; l'autre est soulevé par la main droite. La main gauche porte une petite cassette, qui est sans doute \arca ineffahilis, >>apvaxa acpr.To;. Elle est chaussée de rouge foncé , et le mouvement de ses jambes figure un pas de danse. Le pallium de notre danseuse ou Bacchante rappelle par sa couleur la thalassina vestis de Lucrèce :

Teriturque thalassina vestis

Assidue et Veneris sudorem exercita potat (2).

Les anciens avaient aussi un vêtement qu'ils appelaient

(1) Athénée ,1, 17 ; Pollux, IV, (2) Lucrèce , IV, 1 121 ,

99; Lucien, loc.cît.

100 PEIISTURES.

cumatiUs , sans doute parce qu'il ressemblait par sa couleur aux flots de la mer, >t'j[xa;... cumatilis, aiit marinus, «M^ cœruleus , a grœco tractum quasi Jluctuum similis.

Hic undas imilatur, habet quoque nonien ab undis; Crediderim nymphas hac ego vesto tegi (1).

Le pallium disposé en forme de capuchon paraît avoir été adopté pour une danse particulière appelée ionique, et très-célèbre par les mouvements lascifs qu'elle comportait (2).

Unecanépliore est représentée dans cette planche. Elle tient delà main gauche un thyrse, auquel est attaché un long ruban ; son front est couronné de pampre. Ces deux attributs nous apprennent assez que la jeune femme dont nous avons à nous occuper appartient au culte de Bacchus. Si cette assertion avait besoin d'être appuyée sur quelque fait ou sur quelque attribut mythologique, nous tirerions un grand parti de la corbeille couleur d'or qu'elle porte sur sa tête , qu'elle retient de la main droite et qu'elle a remplie de feuilles et de fruits couverts en partie d'une draperie jaune; il nous serait facile d'établir que la corbeille d'or appartient aux pompes de Bac- Ci) Ovide, A. A., HI, 17G. se. I, 27 et suiv, ; Horace, HI, 6, v. (2) Ferrari, de lie vesi., p. H, lib. 21 ; Turneb., IV, 21 . IV, cap. vil. ;P\àute, Pseud.A.Y.,

A.d'H V. 3 p. 155 . ou M? B*; V. 7. P. 36

TROISIÈME SERIE. lOi

chus (i). Le pallium roiigeutre de notre fij^iire est disposé en longs et larges plis ; un des bouts est retenu sur la tête par la corbeille. Le ruban qui ceint son bras droit est jaune. C'est aussi la couleur de sa chaussure et des bandelettes qui servent à l'attacher. L'objet qui sort de dessous la draperie jaune, du coté droit de la corbeille , a été pris pour une serpe, qui serait bien placée dans la corbeille mystique ; mais il est plus prudent d'y voir tout simplement la tige du rameau dont on aperçoit les feuilles du coté opposé.

Nous ne devons pas oublier de faire observer le mouvement et la disposition des pieds qui figurent un pas de danse. Ce point est d'autant plus important qu'il peut faire croire que cette figure et les deux précédentes, trouvées dans le même lieu, exécutent peut-être ici la danse des cernophores. Cette danse , à laquelle Athénée a donné l'épithète de furieuse (2), était exécutée non-seulement par ceux qui dansaient en portant la corbeille ou l'ustensile , quel qu'il fût, appelé /ipvo:, mais encore par des personnages portant d'autres vases ou d'autres objets sacrés , les canistres , les cistes , les vases, les boîtes mystérieuses.

Du reste, \?iA?iW^Q furieuse des Cernophores faisait partie des pompes de Bacchus.

(1) Callimaque , //. in Cer., v. (i>) XIV, 7.

Toutes les figures de femme qui se succèdent ici , et qui ont été évidemment conçues dans le même esprit, rompent la monotonie par une merveilleuse variété. Chacune a sa pose , ses attributs , son vêtement , sa couronne ; chacune a ses charmes qui lui permettent de figurer avec honneur dans ce chœur de beautés célestes, qui passent devant nos yeux avec tout l'attrait d'une insaisissable féerie. Ici la couronne de lierre, la peau de panthère jetée sur l'épaide gauche et les cymbales tenues délicatement par les mains de notre belle figure, semblent prévenir toute incertitude et déterminer d'une manière bien précise la nature du sujet. Nous avons pu établir déjà l'affection particulière que Bacchus ou Osiris avait pour le lierre. Soit que les nymphes chargées d'élever le fils de Sémélé l'aient caché un jour parmi des feuilles de lierre, pour le soustraire aux recherches de la jalouse Junon :

Cur hedera cincta est? Hedera est gratissima Baccho.

Huncquoque cur ita sit, dicere nulla mora est. Nysiades nympha^, puerum quan^ente noverca,

Hanc frondem cunis apposuere novis (1);

soit que quelque autre raison , plus plausible , puisse (1) Ovide, Fast., III, p. 767.

|4 Ponces

être adoptée, et qu'un mystère religieux ait reçu pour symbole la couronne favorite de Bacclms , il nen est pas moins certain que ce dieu, les divinités secondaires rangées sous son empire et les mortels qui lui vouaient un culte particulier en faisant un fréquent usage de libations, avaient une affection prononcée pour le feuillage du lierre. Il nous semble déjà avoir dit que la peau de panthère signifiait la métamorphose des nymphes préposées au soin de l'enfance de Bacchus, ou le goût que les panthères avaient pour le vin (i).

Nous avons déjà prouvé que le tympaîium^ ou cymhalum, le tambour de basque des modernes, appartenait aux cérémonies religieuses en l'honneur de Bacchus : nous devrons démontrer aussi que les cymbales, cymbala, que notre figure frappe l'une contre l'autre pour en tirer des sons, appartenaient aussi aux bacchanales. La forme des cymbales est décrite par Servius de la manière suivante : Les cymbales sont semblables aux hémisphères célestes qui entourent la terre; cymbala similia sunthemicyclis cœli, quibus cingitur terra (2). Saint Augustin nous explique de quelle manière on s'en servait : Les cymbales se frappent l'une l'autre pour qu elles résonnent, c'est pour cela qu'on les a comparées à nos lèvres; Cymbala invicem se tangunt ut sonent; ideo a quibusdam labiis nostris comparata sujit (3). Quant à l'erreur où sonttom-

(1) Philostrate, I, /w., XIX et (2) Servius, jEncid., IV, v. 64,

Phurnutus,c?e A^a/. deor.,id Baccho. (3) In Psalm. CXXX.

bés quelques archéologues en confondant mal à propos le tympanum et les cymbala, le tambour de basque et les cymbales (i), elle est prévenue par Catulle , qui détruit en un seul vers toute espèce de doute à ce sujet, et, par une définition précise du son de ces instruments , les distingue très-bien l'un de l'autre :

Levé tympanum remwjit : cava cymbala rccrepant (3). « Le tambour de basque mugit , les cymbales rendent un soyi aigu. »

Et Lucrèce :

Tympana tenta sonant palmis, et concava circum Cymbala (3).

Du reste on doit bien penser que lesérudits qui se sont livrés à l'étude de l'antiquité ont eu de quoi discourir longuement sur les cymbales et le tambour de basque. Nous n'essayerons pas de donner même un aperçu de leurs dissertations et de leurs commentaires (4). Nous dirons seulement que Spon (5) s'élève contre une méprise de Gruter, qui a confondu les crotalia et les cymbales. Il paraît en effet que chacun de ces deux mots s'appliquait à un instrument de forme différente. Ainsi on lit dans Apulée (6) : Ciim crotalis et cyrnba-

(l)Rubens, delievcst., II, cap. \Q8;Saum?i]se,adVopisc.inCarin.,

ult. cai^A9;Lmi\p.,deCymbaLve(., II,

(2) Catulle, de Berecynt. et Att., cap. I et suiv. ; Spon, Misccl. Her. V. 29. Ant., sect. I, art. VI.

(3) Lucrèce , IV. (5) Spon, loc. cit.

(i) Pignoria, de Serv., p. H3 à (6) Metam., IX, p. 270.

lis, avec les crotales et les cymbales. I.;i seule lumière qui puisse nous éclairer sur la forme des crotales uous vieut de Pliue : Hos {inargaritarum elenchos fastigata longitadine, alabastroriwi figura, in pleniorem orhem desinenies) digitis suspendere et hinos ac ternos auribus,

feminarum gloria est. Subeunt luxuriœ ejus nomina

siquidem crotalia appellant, ceu sono quoque gaudeant etcollisa ipso niargaritaruni (i). Pline parle donc de grosses perles longues, sendjlables à des vases d'albâtre, c'està-dire , à une poire ou à une pomme de pin ; et il ajoute que les dames romaines appelaient ces instruments crotcdia, c'est-à-dire, petites crotcdcs . En somme, les crotales différaient des cymbales, en ce que celles-ci étaient parfaitement rondes, et celles-là de forme ovale ou allonaée. Il paraît aussi que le mot crotcde fut un nom générique qui servit à désigner tout instrument dont on tirait des sons par le choc. Cette assertion est d'autant plus vraie que l'étymologie du mot est bien certainement le mot •/.poTew {croteô) frapper, choquer... Croton, grœce pulsus dicitur, et inde cynibcda sic dicuntur ; vel musicuni notât instrumentum , cpiod in sono voceni ciconiœ imitatur (2) ,

Nous disions que les cymbales étaient un instrument adopté pour la célébration des fêtes de Bacchus. L'emploi en est justifié d'abord par les danses des Bacchantes, dont il accompagnait et marquait la mesure (3) . Bien plus ,

(1) Pline, IX, p. 270. (3) Lucien, deSaltat.; Isidoro,in,

(2) Sarisber., Policr., VIII, 12. 21.

il paraît que le mot {ioCklZziv employé par les Grecs pour àD^op,ai, sauter^ et dans les langues modernes , bal, ballo, dérivent de cette circonstance que les danses anciennes

avaient lieu au son des cymbales pa'XT^t^eiv, xà x.tjij,êa}^ay.Tu-

Tveiv, /.ai xpoç tovsksîvojv r,yov o<^ytX(j^y.\ ( i). On a donné de l'emploi des cymbales dans les pompes bachiques une autre raison, qui, pour être forcée, doit cependant être rapportée. G est de Tite-Live que nous la tenons ; elle est formulée ainsi : « On les conduit dans un lieu qui retentit de hurlements, du bruit de la symphonie, du son des cymbales et des tambours^ pour qu'on ne puisse entendre les voix plaintives, lorsque la passion est satisfaite par la violence (2). »

Après avoir fait remarquer le double bracelet d'or qui orne le bras de notre figure, le vêtement, dont la forme paraît être celle de la palla ou de Vamiculum, et les sandales jaunes, retenues par des rubans ou des attaches de cuir de la même couleur, que les anciens désignaient par le nom à'obstrigilli (3), nous prendrons congé de notre Bacchante en citant ces vers si gracieux de Cornélius Gallus, qui semble avoir été inspiré par elle :

Virgo fuit, species dederat cui candida nomen, Candida, diversis sat bene comta comis,

Huic ego per totum vidi splendentia corpus Cymbala multipliées edere puisa sonos

Hanc ego saltantem subito correptus amavi (4).

(1) Suidas. (3) Isidore, XIX, U.

(2) Tite-Live, XXXIX, ch. 10. (i) EL, IV, et suiv.

vï^aJài<^c

« Il fut une vierge, Candida (car la blancheur de ses formes lui avait <c donné son nom); les flots de sa chevelure étaient assez bien arrangés. « Je vis tout son corps resplendir de l'éclat des cymbales, qui, dans ses « mains, rendaient des sons variés. Comme elle dansait, je fus saisi pour « elle d'une passion subite. »

Une longue draperie violette forme le principal vêtement de notre figure. L'épaule et le bras droit sont nus ; un voile très- léger et de couleur jaune traverse la poitrine, entoure une partie du bras découvert, et vole en arrière agité par le vent. Ce voile, qui ne doit pas être confondu avec la bandelette dont les dames de l'antiquité se servaient pour serrer et retenir leur gorge, est peutêtre l'accessoire de toilette qui portait le nom de calthiila.. .; c'cxlthulu palliolu 771 brève. . . qiiod nudœ infrapapillas prœcinguntur (i); ou le supparum (2) dont nous avons déjà parlé, ou bien encore le capitium.. . ; capitium ah eo , quod capit pectus (3). Les feuilles minces et longues qui forment sa couronne et se marient à ses cheveux blonds ressemblent à des feuilles de roseau. Elle tient delà main droite un vase que les antiquaires s'accordent à appeler prœfericulum, quoique Festus ait donné du

(1) Varron, m A^o^î. ; Ferrari, f/e Tunic. Roman.

Re vest., III, cap. 20. (3)Varron, de L.L., IV, 30; Vos-

(2) Lucain, II, 362 ; Manutius, de sius, de Vit. serm., I, 29.

prœfericidum une description qui ne se rapporte en rien à la forme de celui qu'on voit ici (i). Sa main gauche porte un disque ou bassin contenant trois figures. Un bracelet d'or et des sandales complètent sa toilette.

Cette figure peut être considérée comme une de ces jeunes femmes qui servaient ji table chez les anciens et remplissaient à la fois les fonctions d'esclaves et de courtisanes. On peut encore, en la rattachant à ses compagnes qui figurent avant ou après elle dans cette collection, la prendre pour une danseuse qui remplit un rôle dans les Bacchanales. Elle aura revêtu la toilette et pris les attributs d'une servante pour offrir à Bacchusles prémices du figuier dont ce dieu fut l'inventeur, ce qui lui valut chez les Lacédémoniens le nom de 2ux,iV/i; {^i).

La peinture antique peut à bon droit revendiquer la figure que nous donnons ici comme un de ses plus éclatants chefs-d'œuvre. Un dessin pur et irréprochable, un coloris parfait, une attitude pleine d'aisance, de douceur et de volupté, tout s'accorde à indiquer l'habileté et l'intelligence de l'art, et le prix inestimable de l'ouvrage. C'est, du reste, comme toutes les figures dont nous nous

(i)La Chausse, t. II, sect. III, pi. (2) Athénée, III, V^

111 •.Monlfaucon,t.III,lib.II,ch. 4.

■m à. mm mm su

TROISIf.MK SÉRIE. lOf)

occupons, nnedîinsctisc (jiii a e^xcereé le pinceau de l'artiste, et qui doit être pour nous un nouveau sujet d'investigations.

Quel que soit le rôle qu'on ait voulu assignera notre jeune femme dans ce chœur de beautés qui nous occupe et qui se présente à nous sous des formes si variées , nous devons reconnaître que tout en elle décèle un goût et une entente exquise des agréments de la toilette lascive. Des bracelets d'or entourent ses bras, un collier du même métal rehausse la blancheur de son cou délicat et de son beau sein. Ses cheveux blonds sont retenus par une rangée de perles attachées avec des rubans blancs. Une draperie soyeuse et de couleur jaune est agencée capricieusement, d'une façon exquise , de manière à encadrer et à faire ressortir la nudité de la partie supérieure du corps et à faire deviner les contours des jambes et des cuisses.

Forma placet, niveusque color, flaviqup capilli (I). « .J'aime ses formes, sa blancheur de neige, et ses blonds cheveux. »

Si l'on tient à donner à cette admirable jeune femme, comme nous l'avons fait pour la plupart de ses compagnes, un nom particulier, on n'aura le secours d'auciuie espèce d'attribut. Cependant nous avouons qu'entre tous les noms m\ thologi({ues et entre toutes les fonctions des

(1) Ovide, FaxL, IF, v. 783.

cérémonies sacrées, Vénus seule pourra avec quelque fondement passer pour avoir inspiré cette composition.

Sur un fond jaune on a peint une figure de femme aux ailes roses, et aux cheveux blonds tombant en larges boucles. Le long pallium dont elle est vêtue change du vert au rouge clair; le voile qui décrit un arc au-dessus de sa tête est violet. Ce sujet est apparemment une image d'Iris ou de l'Aurore.

Nous avons déjà dit que presque toutes les divinités du polythéisme, et principalement Minerve, Diane et Vénus , avaient été représentées avec des ailes. Dans les divinités secondaires, parmi le bas peuple de l'Olympe, nous trouvons encore plusieurs dieux et plusieurs génies f(ui ont reçu ce gracieux attribut; nous distinguons surtout la Nuitaux ailes brunes (i) , l'Aurore aux ailes blanches (-2)^ fris aux ailes d'or (3) ou de safran (4^). La couleur des ailes de notre figure ne correspond à aucune de celles données par les poètes aux déesses (|ue nous venons de nommer.

Cependant il est vrai de dire que le rose convient à Tris ou à l'Aurore et nullement à la Nuit. C'est donc entre

(1) Virgile, Jùi., VIII, 360. (3) Hoinèro, //., (-)', 308.

(;2) Euripide, Troad., 848. (4) Virgile, IV, lia., 700.

AS/.3(!ucheC'j

Iris et l'Aurore que nous devons étaljllr notre choix , et pour cela il nous faudra demander de nouvelles lumières aux attributs et aux vêtements de notre figure que nous rapprocherons des diverses traditions mythologiques. Observons d'abord, et en faveur d'Iris, que la variété des couleurs delà composition qui nous occupe, le rose, le blond , le rouge et le vert de la draperie changeante , et le violet du voile expriment jusqu'à un certain point les couleurs de l'arc-en-ciel.

Quanta l'Aube appelée Matuta par les Latins,

Tempore item certo roseam Matuta per oras yËtheris auroram defert et lumina pandit;

elle avait reçu des Grecs le nom de Leucothea (i), et ce nom seul, qui dérive de T^sjx.o;, blanc^ indique bien positivement que l'Aube devait se vêtir de couleurs claires. En effet Xvs/Ac, ne signifie pas seulement la couleur blanche, mais encore une couleur claire et luisante. C'est ainsi qu'Homère appelle le soleil blanc ^ -hikioc, I^j-mç, Eschyle le Jour blanc y >.£uîiov Y,[v.ap, c'est-à-dire clair ('i). Chez les Latins, le mot albus a la même valeur:

Hune utinam nitidi solis pra^nuncius ortum Adferat admisse Lucifer albus equo (3).

Ils disent : albescere luceni, albicascit PJiœbus.

( 1 ) Nonius, Festus, in Mane et ma- (2) Spanheim, Cxsar. Julian. , Pr .

trem Matutam; Ovide, Fast., VI , p. 16. 545. (3) Ovide, Trist., III, El. Y, 50.

112 PEIISTURES.

Comme on voit, les ailes, les vêtements de notre figure conviennent également à Iris et à l'Aurore, Matuta, Leucothea, c'est donc entre ces deux divinités qu'on devra se décider.

Les deux jeunes femmes sur fond rouge représentées dans les planches 4o et 4 1 sont deux Psychés; les ailes de papillon de couleurs naturelles ne permettent aucun doute à ce sujet. Toutes deux portent une guirlande de fleurs : toutes deux ont ajusté leurs cheveux de la même manière, et leur ont donné la forme de ces coiffures que les anciens appelaient crohyli, scorpii et corymhu. Celle qui tient de la main gauche un bassin avec des fruits est vêtue de blanc et porte pour ceinture un voile vert dont les bouts volent en arrière; tandis que l'autre est entièrement vêtue de vert.

Il est bien établi que le papillon était le symbole de l'âme humaine , que l'on représentait aussi sous la forme de Psyché, épouse de l'amour. Les aventures de cette déesse sont écrites par Apulée ; elles l'avaient été aussi , comme nous l'apprend Fulgence (i) par Aristophane ou Aristophonte l'Athénien. Les arts n'avaient pas négligé , plus que les lettres, l'histoire et les aventures de Psyché.

(1) Myth., Ilï, 6.

TROISI^:^rE sërie. ^ 113

L'épouse de l'Amour est sculptée sur un i^^rand nomljre de camées et de l)as-reliefs qui représeuteut Psyché entourée de divers attributs. Le musée du Capitole (i) et celui de Florence (2) possèdent deux groupes semblables de la plus rare beauté, dont le sujet est l'Amour donnant un baiser à Psyché. Buonarotti (3) a remarqué avec beaucoup de sagacité et un admirable bon sens que les travaux d'art qui représentent Psyché, et surtout le groupe du musée de Florence , appartiennent aux plus beaux temps de la sculpture grecque, et remontent par conséquent à un siècle bien plus reculé que celui où écrivait Apulée. Il s'étonne en conséquence que les auteurs anciens antérieurs à Apulée n'aient rien écrit de la légende de Psyché , et il en conclut, non sans une grande apparence de raison , que cette légende touchant de trèsprès aux mystères de l'iV-mour, dont il est question dans Plutarque et dans Pausanias , les écrivains anciens, pénétrés d'une scrupuleuse et superstitieuse discrétion, n'osaient en divulguer le secret , tandis que les artistes ne craignaient pas d'en exprimer les scènes et les images principales. A cette judicieuse observation de Buonarotti nous devons cependant présenter une objection trèsgrave; c'est qu'Aristophonte l'Athénien, qui aurait écrit, si l'on en croit Fulgence , la fable de l'Amour et de Psyché, paraît appartenir à un siècle bien plus ancien que

(1)T. m, tav. 2-2. (3) Vdri, tav. XXYIII, n. 3.

(2) T. III, tav. 13.

3^ Série. — Peintures. îô

celui d'Apulée, puisqu'il est cité par Athénée (i), par D. Laërce(2), par Pollux(3) et par d'autres encore, comme un poëte comique très-ancien , qui s'attacha surtout à tourner en dérision les Pythagoriciens et les Platoniciens. Puisque nous sommes toujours dans le domaine des conjectures , nous pouvons à ce sujet en hasarder une que nousdonnons sansy attacher de l'importance. S'il est bien établi qu'Aristophonte s'en prenait surtout à la philosophie des Pythagoriciens et des Platoniciens , ne se pourrait-il pas que la Fable de Psyché dont il paraît s'être occupé aussi, fùtun des secrets de l'école pythagoricienne, en ce qui touchait la doctrine de la migration des Ames , adoptée ensuite par l'école platonicienne?

Cette peinture sur fond blanc a beaucoup souffert. Elle représente encore une Psyché caractérisée , comme les deux qui précèdent, par les ailes de papillon. Sa main droite tient un bassin, sa tête est couronnée de fleurs. La figure entière, les ailes et le bassin sont d'un clairobscur jaune , relevé par quelques teintes un peu fortes , et un peu de rouge dans les parties ombrées.

(1) XII, p. 552. (3) IX, 70.

(2) YIII, 38.

l'KI.S II t!K;S

S^^'oéTl

A Cù''^ ^/>^'-tf>4*^

Nous retrouvons ici la tragédie ou la muse Melpomène : sa massue, son masque tragique, son pallium d'azur, la tunique changeant du rouge au bleu, et ses cothurnes bleu clair, ne demandent aucune explication après les longs détails que nous leur avons déjà consacrés en plusieurs occasions.

Cette figure couronnée de laurier a le haut du corps vêtu d'une étoffe violette et les cuisses et les jambes voilées par une draperie jaune. Ses pieds sont chaussés de cothurnes verts. On a donné à la jeune femme qui fait le sujet de cette planche le nom dePolymnie ; mais nous devons avouer que cette explication ne nous parait pas suffisamment justifiée.

Nous rapportons au culte de Bacchus la jeune femme naïvement dessinée qui est reproduite par cette planche. Elle a été peinte sur fond jaune ; -elle est , comme on le

voit, à demi nue, et la partie supérieure de son corps, assez correctement et gracieusement rendue, s'échappe d'entre les plis d'un voile violet, agencé avec une roideur et une ignorance complète de la draperie qui révèlent une grande expérience de l'art. Notre ligure, aux cheveux châtains, porte un canistrum, couleur déjoues, rempli de pommes, d'autres fruits et de fleurs. Ses cothurnes, rougeâtre-foncé , sont attachés avec des rubans d'un rouge plus clair et paraissent avoir été faits avec de la peau de bête. Nous avons dit que cette figure se rapportait à Bacchus, et nous y avons été autorisé d'abord par les cothurnes faits de peau de bête, qui sont souvent portés par Bacchus et son cortège (i); ensuite par le canistriim , dans lequel on apportait aux dieux les prémices des champs, et qui étaient toujours faits avec des joncs (2). L'offrande des productions de la terre était faite à bon droit au dieu à qui l'on attribuait la création de tous les fruits (3).

IMaXa t6£ptijv xôXTToiai xà oï ttots KÛttoiç sXoïaa Aôjpa Aïojvucou Swxsv àîro xpotacpwv (4).

A la vue de cette figure sur fond jaune qui s'avance à

(1) Buonarotti, Med. , p. 44G. M., II, 120.

(2) Servius, Georg. , I, 16G. (4) Le scoliasfe de Théocrite, cit.

(3) Athénée, III, 83; Théocrite, loc.

PEmTUPvES

3 rne Série

demi vêtue d'une draperie changeant du rouge au violet, les cheveux châtains dénoués et flottant sur les épaules, les bras ornés de bracelets d'or, et une petite cassette rouge entre les mains, deux explications se présentent à l'esprit. On se figure une Bacchante portant une boîte nécessaire au culte de Bacchus (i), ou, tout simplement, une jeune femme qui, sortant du lit ou du bain, va se vêtir et s'occuper du soin de sa toilette , emportant la boîte qui contient tout l'attirail de rigueur en pareille occasion et dont les auteurs anciens nous ont transmis l'inventaire : le miroir, les coquilles, les seaux, les huxidesy les parfums , et les vases qui les contiennent, vclat spcculum^ couchœ, sitiili ; item biixldes ; ungucnta ctvasa iii

qu'ibus ea sinit (*ji) Le mundus muliehris des Romains

avait des secrets non moins curieux que la toilette des modernes (3). Ecoutons Martial , il se charge de nous initier aux mystères des boudoirs antiques :

Quum sis ipsa domi, mediaque ornere suburra,

Fiant absentes et tibi, Galla, coma? :

Nec dentés aliter, quani serica, nocte reponas,

Etlateascentum condita pyxidibus; Nec tecum faciès tua dormiat, innuis illo,

Quod tibi prolatum est mane, supercilio (4).

(1) Buonarotti, Ajij). à Dempst., (3) Lucien, Amor., 39, Asin., 12. p. 16; Gori, Mm. Etr., t. I,p. loi. (4) Martial, IX, 38.

(2) Paul III, Sent., VI, § 83.

Voici bien certainement une Bacchante accompagnée de tous les attributs des pompes bachiques. Sur un fond noir court une jeune femme les cheveux en désordre et couronnée de lierre ou de feuilles d'un arbuste du même genre qui produit des fleurs blanches etqueThéophraste (i) range sous le nom à'élice parmi les espèces de lierre. UnepeauMe bête est jetée à travers sa poitrine nue et couvre le sein droit; sa main droite porte un thyrse oii sont attachés des rubans rouges. Ovide, décrivant les bacchantes, semble avoir pris pour modèle la figure que nous offrons ici :

Pectora pelle tegi, crinales solvere vittas,

Serta coma, manibus frondentes sumere thyrsos ("2).

Notre bacchante a de plus le tambour de basque orné de ses grelots, le tympcmum dont l'invention était attribuée aux Corybantes (3) et qui, consacré d'abord aux fêtes de Cybèle (4), fut employé dans la suite pour les cérémonies en l'honneurde Bacchus (5). Elle est très-immodestement vêtue d'un voile vert qui, soulevé par le vent, laisse apercevoir toute la nudité de son corps à l'exception des cuis-

(1) Hisit. PL, m, 18. (i) Catulle, Carm., 64, v. 9.

(2) Met., IV, 6 et suiv. (5) Ovide, loc. cit., v. 29.

(3) Euripide, Baccli., 124.

AcUJioit^Jiety.j'c/.

A-.cLH.V. 5 .P. 183

PEmTURES

ses et des jambes. Ce même voile s'élève au-dessus de la tête, qu'il encadre dans son large pli , et nous ne devons pas laisser ignorer que cet agencement particulier de la draperie a été pris par les antiquaires comme un attribut de la divinité (i) et plus particulièrement encore comme le symbole d'une Nymphe , d'une Néréide et des dieux et des déesses de la mer (2). Cependant on comprend que les artistes ont pu s'en servir pour exprimer le mouvement d'une figure qui danse ou qui court avec beaucoup de rapidité.

Nous devons dire que notre figure peut aussi représenter Ariane , qui revendiquerait à juste titre tous les attributs dessinés dans cette planche , le tympanum, le thyrse et la couronne , ou bien encore une jeune femme dansant le ballet d'Ariane.

Une tunique violette, un pallium rouge , une bandelette et des fleurs blanches sur les cheveux, et une chaussure verte, composent la toilette de la Bacchante que nous offrons dans cette planche. Elle tient en main un thyrse avec des rubans , et porte sur sa tête un vase couleur de cuivre d'où sort une draperie blanche.

(1) Fabretti,.Co/. Traj. (2)Ciaccon., Col. Traj., N. 308.

La partie intérieure du pallium qui drape cette figure est blanche et la partie extérieure rouge. Les fruits qu'elle porte dans les plis de son manteau, le rameau de feuilles et de fleurs qu'elle tient en main, et la couronne de fruits, de feuilles et de fleurs posée sur son front, conviendraient à la rigueur à une suivante de Bacclius ou d'Osiris, de qui Tibulle a dit :

Primus inexpertœ commisit semina terrée Pomaque non notis legitab arboribus (1).

« Le premier il confia des semences à la terre, et il cueillit des fruits « d'arbres inconnus. »

Mais il faut reconnaître que toute cette composition paraît plutôt consacrée à la représentation de Pomone. Cette nymphe, d'origine étrusque, s'appelait comme les fruits {Pomiini). On disait qu'elle était l'épouse de Vertumne, qui, pour la séduire, se transforma en vieille femme. Cette métamorphose est longuement racontée par Ovide (2), et nous croyons qu'elle a fourni le sujet d'un bas-relief expliqué par Winckelmann (3) , qui a pris pour la Pudeur une figure que nous aimerions mieux appeler Pomone.

(1) I, El. VII. Voy. aussi le sco- 42; ^lian, F. //., III, 41 ; Cuper,

liaste d'Aristophane, Acharn., 241 ; Obs., III, 12. les Marbres de Turin, pi. I ; Plutar- (2) Met., XIV, 606 et suiv.

que, V, Stjmp., 3; Artémidore, II, (3) Mon. Ant., IV, 26.

A • d ' H , V s Pie?

"T c 0 (] u 0 c !] T c t « — c — t — 0 — J — 'i — 0 — 0 — c — c — u — t — 1 — 0 — c — t — n — t — i — ir

ff. Jiowx- ai'i^^

Kî B°. V. 9 . P .■

hn grande et majestueuse nourrice du genre humain, Cérès , est représentée ici sous une forme noble et imposante. Elle tient de la main droite un candélabre d'ivoire orné d'une espèce de torsade, et porte de la main gauche une corbeille de joncs pleine d'épis et d'autres produits de la terre , qu'elle a fait germer avec une inépuisable et généreuse fécondité. Il y a de la langueur dans ses yeux, de la vivacité dans son teint; sa belle chevelure blonde est arrangée avec art, et rappelle les boucles dorées qui flottent d'ordinaire sur les épaules d'Apollon. Son front est couronné d'une guirlande d'épis attachée avec un rang de perles qui se divise sur le derrière de la tête et tombe sur chacune de ses épaules. Cet ornement a été donné aussi à une demi-figure de Cybèle qui fait partie du musée du Capitole, et à une tête colossale de la même divinité. A ce sujet on a pensé que les types primitifs de Cybèle et de Cérès peuvent bien avoir reçu pour couronne, non point des rangs de perles , mais des guirlandes faites de glands, la première nourriture des hommes suivant les auteurs de l'antiquité, et que dans la suite le luxe, peu respectueux pour les traditions sacrées , remplaça la guirlande de glands par des rangs de perles. Notre figure est couverte par une tunique violette qui lui descend jusqu'aux pieds, chaussés de blanc; par-dessus

3" Série. — Peintures. 16

la tunique une draperie blanche et transparente est agencée en guise de péplum, et se replie sur ellemême à la hauteur du sein , de manière à imiter par ses plis nombreux un large collier. Une auréole , symbole des divinités les plus importantes, entoure sa tête et accroît la majesté de son visage. Nous n'aurons pas besoin , pour justifier le nom que nous donnons à cette figure , de rappeler l'histoire si connue des aventures de Cérès , de ses longues migrations à la recherche de Proserpine, des enseignements qu'elle donna aux hommes pour la culture des champs et la récolte des fruits, de l'éducation mystérieuse de Triptolème, etc. Cette légende se reproduit à tous les esprits et à tous les souvenirs à la vue des trésors que notre figure porte dans une corbeille de joncs et sur les tresses de ses blonds cheveux , à la vue enfin de la longue torche qui tient lieu ici des pins séculaires allumés aux flammes de l'Etna, lorsque la mère malheureuse parcourut la Sicile pour retrouver sa fille.

Cette peinture sur fond rouge peut se passer d'éloges. C'est la louer assez de dire qu'elle est un des plus beaux monuments livrés aux artistes par les fouilles qui furent opérées dans la maison de Castor et de Pollux^ fertile en beautés de tous les genres.

■^ÏSSî'igjg (SîilLÎ ^'i neuf ■

mOISIÈME SÉRIE. ,123

C'est dans la maison du questeur à Pompéi que fut trouvé, en 1828, le groupe que nous donnons ici. Si la figure qui fait le sujet de la planche précédente ne laissait aucune prise à l'incertitude , il n'en sera pas de même de la figure principale de ce tableau. La femme, vêtue d'une longue tunique bleue , enveloppée d'un tunicopallium de même couleur parsemé d'étoiles d^or, couronnée d'un diadème d'or en forme de tour, et orné de pierres précieuses disposées symétriquement, porte de la main droite un rameau d'olivier, et tient sa main et son bras gauches sur un gouvernail derrière lequel passe un long sceptre. Ses oreilles sont ornées de boucles formées d'une seule perle ; deux doigts de sa main gauche ont des anneaux avec des perles ; le petit Génie debout à côté d'elle sur un piédestal carré, et vêtu d'une chlamyde rouge, s'appuie aussi sur le gouvernail, et porte de la main gauche un objet de forme ronde que nous prenons pour un miroir.

On a cru reconnaître dans la figure principale de ce groupe Vénus céleste, la Prudence, l'Espérance, et la Paix. Chacun de ces quatre sujets a paru indiqué par quelque circonstance, par quelque attribut ; mais aussi il était contredit en même temps par de justes observa tions et par des réflexions très-plausibles. Ainsi le dia -

dème et le manteau étoile convenaient parfaitement à Vénus céleste, l'haste était aussi son attribut favori; mais on peut dire avec raison que la figure qui nous occupe tient un sceptre et non point une haste. Le gouvernail et le petit rameau appartiennent à l'Espérance; le miroir porté par le petit Génie et le gouvernail lui-même indiqueraient assez bien la Prudence , qui était une divinité allégorique et non point mythologique. Mais, outre que l'Espérance et la Prudence n'auraient que faire du sceptre, du manteau étoile et du diadème, il est bon de dire aussi que la dernière de ces deux divinités allégoriques ne reçut jamais, que nous sachions, les honneurs d'un temple ou d'un autel; et que, lorsque les anciens voulurent lui donner une forme sensible et matérielle, ils la représentèrent sous la figure d'un grand serpent à trois têtes , une de chien, une autre de lion , et une troisième de loup, pour faire allusion sans doute à l'odorat du chien qui flaire le danger, à l'audace du lion qui attaque son ennemi sans le chercher, et à la timidité du loup qui sait fuir lorsque les circonstances l'exigent. Enfin, et pour épuiser toutes les conjectures qui peuvent être éveillées par notre jeune femme, le petit rameau d'olivier et le calme de l'attitude conviennent à la Paix, qui n'a pas plus de droits que l'Espérance et la Prudence aux autres attributs , le diadème, le manteau étoile , le sceptre , etc.

l'ElNTUUES

S ILÎ H .. ..- .

'f//ff/ê»

En entrant dans l'atrium toscan de la maison de Pompéi qui a reçu le nom de Casa del Naviglio, et qui fait face à l'un des côtés du temple de la Fortune, on aperçoit à gauche , au coin de l'allée , le Jupiter qu'on a reproduit dans cette planche. Il est assis sur son trône, et repose dans sa main droite, qu'il appuie sur le dossier de son siège, sa tête noble et majestueuse, modèle de vérité et d'expression, oii l'on croit lire en même temps la sérénité et la préoccupation sublime qui appartenaient au roi des (dieux de l'Olympe et des rois de la terre. Les intérêts, les besoins, et le mouvement du vaste univers ne peuvent pas rider la flice souveraine, ni incliner le sourcil menaçant de l'être surhumain qui se repose dans les méditations les plus profondes, comme fait notre esprit dans une oisiveté insouciante ou dans un paisible sommeil. L'auréole qui entoure sa tête, l'aigle, le long sceptre d'or qu'il tient delà main gauche, indiquent, non moins que la vénérable majesté du visage et de l'attitude, le Jupiter des temps antiques. Le trône sur lequel il est assis et l'escabeau qui supporte ses pieds sont couleur d'or. Le dossier du siège est couvert d'une draperie violette. Un pallium pourpre violacé voile les jambes et les cuisses du dieu.

Cette figure de femme a toute la noblesse et toute la majesté d'une grande divinité , et pourtant il faut reconnaître qu'elle n'est pas assez caractérisée pour mériter un des noms principaux de la mythologie. C'est à peine si l'on se hasarde, sur la foi du diadème, de la patère et de l'haste, à avancer le nom de Cybèle, la Grande-Mère des Phéniciens, qui fut aussi Pdiéa, Vesta, Cérès, Opis et Tellus. On trouve que ces attributs sont incomplets et laissent beaucoup à désirer, et l'on est réduit à penser que le pinceau qui nous a doté de cette figure n'a prétendu tracer qu'un sujet idéal. Du reste, et quel que soit son nom , notre figure a du style et de la majesté. Elle est bien posée sur un siège au large marchepied; ses bras nus sortent sans roideur d'une tunique brune rayée de vert ; une draperie blanche descend du diadème sur les épaules et couvre les jambes et les cuisses. La patère est dans la main droite ; l'haste, posée en travers, est retenue par la main gauche.

Dans le même atrium où fut trouvé le Jupiter qui fait le sujet de la planche 53, et au coin de la porte d'entrée,

3 "" Série

ii°B? . V. 9 .P . 2.1

©ir®sE.5

1" 1'. I \ vv w [■: s

ô . lierie

est le Bacchus que nous publions. Le trône sur lequel il est assis n'est pas moins riche que celui de Jupiter : des pierres précieuses ont été incrustées dans l'or; une draperie de pourpre a été jetée sur le dossier. Une couronne de lierre ceint les longs cheveux blonds de la divinité. Une peau de béte est nouée sur son épaule ; sa main droite tient une coupe d'or à deux anses, sa main gauche s'appuie sur un thyrse. A ses pieds, et d'un côté, est la panthère, de l'autre le tympanum. Le tout se dessine sur un fond rouge. Cette composition n'est pas moins remarquable par la franchise et l'entente de la touche que par la réunion des principaux attributs de Bacchus.

Le Bacchus de la planche précédente a pour pendant la Cérès que nous donnons ici. La déesse de l'agriculture est assise , comme le Jupiter et le Bacchus en la compagnie desquels elle fut découverte, sur un trône d'or recouvert de pourpre. Une couronne d'épis lui tient lieu de diadème, et un voile blanc descend de sa tête sur ses épaules. Elleest vêtue d'une tunique sans manches de couleur bleue et rayée de blanc; par-dessus elle a négligemment jeté un péplum jaune. Une gerbe d'épis est dans sa main gauche et une torche allumée dans sa main droite. A côté de l'escabeau qui porte ses pieds chaussés de cothurnes est une corbeille d'épis. La réunion de Bacchus et

de Cérès , disposés symétriquement dans le même atrium, s'explique par la nature même et la corrélation de ces deux divinités. L'Egypte, véritable berceau de la mythologie grecque, adorait enBacchuseten Cérès le soleil et la lune , et la théologie grecque et latine était bien certainement initiée à la valeur de ces symijoles.

On a déjà pu , dans le courant de cet ouvrage, et lorsqu'il nous est arrivé de rechercher le sens de quelques sujets mythologiques où l'on avait mis en jeu un de ces êtres que nous désignons par le nom de Génies, se faire une idée de leur nature. Hésiode , dont l'autorité est d'un prix inestimable en pareille matière, à cause de la vénérable antiquité de ses ouvrages , divise les intelligences en Dieux , Génies , Héros et Hommes ; et il définit les Génies des êtres placés entre les Dieux et les Hommes , comme autant de liens qui mettent en rapport les deux essences, divine et mortelle. Ce sont les Génies qui apportent aux Dieux les vœux , les prières et les offrandes des mortels, et qui sont chargés de communiquer à ceux-ci les récompenses , les châtiments et les oracles qui leur viennent du ciel. Ces êtres qui appartenaient aux deux sexes, tantôta l'enfance, tantôt à l'adolescence, furent appelés par les Grecs ^atjxovs;, démons^ de ^aiw, apprendre, sans doute parce qu'ils possédaient la science

universelle ; les Latins les nommèrent Genii, de gigiiere (i) , sans doute parce qu'ils présidaient à la naissance de tous les hommes, et qu'ils les prenaient à leur berceau pour les protéger durant leur vie, et les accompagner même au tombeau. On donna aussi à ces êtres allégoriques, reproduits dans les croyances modernes, le nom de Prœstltes, parce qu'ils président à toutes les actions, prœsunt geriuidis rébus omnibus (^i).

Dans cette planche, qui reproduit une des peintures de l'atrium delà Casadel Naviglio/A Pompéi, le Génie, convenablement caractérisé sous la forme d'un jeune et bel adolescent, s'acquitte de sa dernière et de sa plus sublime mission. Entièrement nu (car la draperie verte agrafée sur son épaule est rejetée en arrière par le zéphyr et couvre à peine une partie de sa cuisse droite), il tient dans ses mains une corne d'abondance ; au-dessus de sa tête blonde, couronnée de feuillage et empreinte d'une mélancolique expression, il porte sur ses ailes une jeune femme qu'il a protégée sur la terre et qu'il conduit au ciel. On a voulu représenter ici une apothéose. Il est d'autant moins permis d'en douter que le bas-relief qui décorait l'arc de triomphe de ^larc-Aurèle, et qui a été illustré par Visconti avec un talent si remarquable, nous offre aussi , et sous une forme pareille, Faustine mineure, enlevée au ciel par un Génie. La nature propice du Génie est pleinement indiquée par la corne d'abondance; et, sur ce point, nous

(I) Censorinus, de Die nalali , cap. 3. (2) Martianus Capella. S*' Série. — Peintures. 17

renvoyons au bon Génie d'Auguste , représenté de la même manière (i). Nous ne saurions assigner un nom à la jeune femme, dont les formes vaporeuses sont comme enfermées dans une auréole, au milieu des replis d'une draperie bleue, soulevée par le vent; et nous devrons nous contenter de donner à ce sujet, rendu avec un goût et un art parfaits , le nom générique à' apothéose.

Ce groupe contribue à la décoration d'une maison de Pompéi, qu'on appelle M aisondes Bacchantes ^ sans doute à cause du grand nombre des sujets de ce genre qu'on y a trouvés. Ici, sur un fond jaunâtre, on voit un Faune, couronné d'un rameau de pin , soulevant du bras gauche sa Bacchante, qui appuie une main sur l'épaule droite du jeune dieu. Le Faune a la poitrine à demi couverte par une peau de bête; il tient de la main gauche un petit seau de couleur d'or. La Bacchante, demi-nue, porte un thyrse dans sa main gauche : elle est enveloppée dans une draperie rougeatre , qui , sovilevée par le vent derrière les épaules, vient tomber en mille plis sur les cuisses et sur la jambe gauche. Cette peinture, et les suivantes, qui représentent des danses de Faïuies et de Bacchantes, ne sont pas moins remarquables par la singularité du sujet f[ne par le mérite de l'exécution.

(1) Visconti, MiiseoPio Clementino, t. III, tav. II.

PEINTUEE5

-V' Ro,K.-^ a-

Peu de peintures anticjiies peuvent égaler celle-ci en perfection. Sur un fond l)leu , elle représente un Faune et une Bacchante qui dansent en se tenant embrassés. Tous deux ont leur tête couronnée de feuillages; le Faune soutient de la main droite une peau de bête qui est attachée sur son épaule gauche, et dans laquelle, comme dans un tablier, il a jeté des pommes et des raisins. La nymphe agite un thyrse avec sa main gauche, et ce mouvement, joint à celui de Là figure entière, fait flotter en mille plis divers la draperie violette, doublée de blanc, qui la laisse à découvert presque en entier, La composition de ces deux figures est élégante , correcte et bien entendue ; le coloris en est si soigné , les plus petits détails sont tellement finis et si bien touchés qu'on pourrait prendre ce tableau pour une miniature.

Sur un fond jaune , nous avons ici les deux mêmes personnages que nous avons vus dans les deux planches précédentes. C'est encore un groupe représentant la danse d'un Faune et d'une Bacchante. La tête couronnée de lierre, la jeune femme élève son bras droit, orné d'un

bracelet, avec une expression dont nous ne devinons pas l'objet. Une grande draperie violette, doublée de blanc, la couvre ii demi : des pendants ornent ses oreilles. Son attitude svelte, mais vague et sérieuse, contraste avec le mouvement désordonné, vif et bien caractérisé du Faune j qui porte sur son épaule gauche et y retient avec la main un vase rempli de ceps de vigne. Une peau de bête est jetée sur son épaule, et il imprime un baiser sur un des bras de la Bacchante, qu'il tient serré dans sa main droite. Un des principaux mérites de ce tableau consiste dans le jeu et l'effet des muscles du Faune, qui sont rendus avec vigueur et vérité.

Le Faune et la Bacchante que nous donnons dans cette planche ne perdent rien de leur nouveauté, pour arriver après les troisgroupes qu'jon adéjàvus. Sur unfond jaune, on a représenté un Faune couronné de branches de pin , qui porte dans ses bras une Bacchante à demi nue. De sa main gauche, la jeune femme tient un thyrse et s'appuie sur les épaules du Faune; tandis que son autre bras soulève au-dessus de sa tête unpallium bleu , qui la découvre jusqu'aux cuisses. JNous ne nous arrêterons pas à exalter la beauté de cette composition, dont les lignes harmonieuses et la parlaite exécution se reconnaissent assez au premier aspect de la planche elle-même. Nous dirons seulement

PSIlTTUT^Efi,

3^« Sea-:.

JJ'. JiocKC cUnÂ-

Tr^OISIÈME SÉRIE. 133

(jiie ce i^roiipe devait avoir aecjiiis une certaine célchrité dans Tart antique, poui- être répété, comme il l'a été, dans presque toutes les décorations d'intérieur à Pompéi.

PLANCHE Gl.

Ces deux figures sur fond ])lanc ont été trouvées ensemble dans les fonilles de Gragnano, et paraissent avoir qnelqne rapport entre elles. L'une représente un jeune homme qui n'a d'autre vêtement ([u'une clilamyde éphébique de couleur violette.

La clilamyde épliébique ou puérile se distingue de la clilamyde féminine {inidiebris) et de la chlamyde militaire (i). La première se portait, comme on le voit, sur l'épaule gauche (^2) : Lucien l'appelle la chlam}de sacrée, Upàv /laixùfk (3), et Ulpien , la chlamyde ailée, alicLilœ cJdamydes (4), parce (|ue les deux extrémités de cette espèce de manteau , étant taillées en pointes , formaient comme des ailes ; et par cette même raison , les Grecs disaient également chlamyde thessalienne , ou ailes thessaliennes, rTepa ©saaaliîcà (5).

(1) Ferrar., de lie vesiiar., P. II, (4) Ulpian., in Leg., XXllI , de

lil). III, 1, iî et 3. Auro et ara.

(•2)Mart. Gapell.,de Nupt.philol. , (5) Pollux, VII, 46 ; Hesych, sub

I, in princ; Apul., MeL, X. v. XXaj/uç.

(3) Liician., Amor.

Lu chevelure de ce he\ enfant est rassemblée par derrière et attachée avec un ruban : il tient des deux mains un vase à puiser de Feau , une hydria d'or ou de cuivre à deux anses. On peut reconnaître en lui cetHylas, fils de Théodamas et deMénodice, conipai^iion des Argonautes et favori d'Hercule, qui fut enlevé par les nymphes comme il puisait de l'eau dans le fleuve Ascanius avec une urne d'airain, yyixr tjv y.yliz'A. Quel poëte, en effet, quel artiste de l'antiquité ne s'est point inspiré du souvenir du jeune Hylas? Cui non dictas Hylas paev (i)?

La seconde figure représente encore un jeune homme, également revêtu de la seule clilamydeéphébique, c'està-dire presque nu ; mais ici la chlamyde est d'un rouge de laque changeant. Ses cheveux sont bouclés avec art. Il tient de la main gauche un éventail à manche doré , garni de plumes , et peut-être de plumes de paon ; car telle était la disposition ordinaire de l'instrument confié aux eunuques , aux esclaves, aux enfants, pour remplir soit à table, soit auprès du lit, l'office de fiabelHfères (2). L'éventail garni de plumes s'appelait cbez les Grecs TTTspov, pour le distinguer de celui qui était formé d'un tissu d'osier et que l'on nommait pixt;. De la main droite, notre figure tient une couronne d'or radiée, emblème qui convenait à Phœbus, à Jupiter, à

( l) ViI■^^ , Georg., III, 0 ; Serv. , ad pert. , Eleg., U, J 8, TiO ; Claiulian. ,

EcL VI, A3; Hyi,Mii., Fab., XIV et in Eulrop., I, 109; Plaut., Tr., II,

CCXII; ïheoci\, IdylL, XIII, 38. I, 22.

(2) Mart., Epigr., XIV, 07 ; Pro-

PElNTThES

®J^(g©ia^M^S

5^^ 5érie

A . an V. 4 . p. 2 3 5

P :P.\Jr:...

, , l.Pd

Hercule et à Jiinon, et que l'on portait quelquefois dans les pompes nuptiales, en l'honneur de cette dernière divinité. Comme on cherche dans cette f]ii;nre nn personnage qui puisse servir de pendant à celle d'Hylas, quelques antiquaires y reconnaissent nn Ganymède, reiiq:)lissant l'office de flabellifère près du maître des dienx, dont il porte nndes attributs. Peut-être serait-ce plutôt, comme Hylas , lui des jeunes gens qui furent aimés d'Hercule : les conjectures penvent se porter principalement sur Al)dère, pauvre enfant dont la perte fut plus cruelle encore qne celle d'Hylas (car il fut dévoré par les chevaux de Diomède), et en mémoire de qui son ami, son vengeur, institua des jeux (i) ; elles peuvent s'arrêter aussi surElacatus,à qui les Laconiens avaient consacré une fête et des combats solennels (2). La couronne d'or, offerte aux athlètes, est en effet dans la main droite de l'enfont; et ceux ([ui admettent l'une ou l'autre des deux dernières suppositions, peuvent voir une palme, au lieu d'un éventail, dans l'objet qu'il tient de la main gauche , et qui est dessiné d'une manière peu distincte.

Trouvées ensemble à Civita, ces deux figures bacln-

(1) Philostrat., Heroïc. , III, 1; (2) Hesych., su!) v. 'IlXaxaTt'a.

Imag., II, 25.

qiies, peintes sur un fond jaune, doivent être placées en regard l'une de l'autre. La première est une jeune femme, couverte en partie d'une draperie de couleur indécise ; elle est couronnée de feuillages, et ses cheveux flottent librementen arrière. L'objet qu'elle soutient de la main gauche, et dont on ne distingue pas bien les couleurs, paraît être, ou une couronne de fleurs, ou un rameau de vigne garni de pampre et des raisins. Si ce n'est point une Bacchante , c'est au moins une de ces nymphes qui étaient les compagnes des Faunes , comme les Sylvaines étaient celles desSylvains, d'après l'inscription de l'autel des dieux inconnus (i). De la main droite, elle soulève une espèce de coquille ou peut-être une simple patère, ce qui la met davantage en rapport avec le Faune.

Ce jeune dieu est couronné d'une guirlande de lierre dont on voit les corymbes : une grande peau d'animal s'attache en sautoir sur sa poitrine et lui couvre le dos ; il a dans la main gauche \e pastorale pedum, la houlette antique, et dans la droite, un vase du genre de ceux que l'on appelait cantharus, et qui étaient spécialement consacrés au culte de Bacchus.

Pour s'arrêter à quelque chose parmi les nombreuses

(1) Spon.

S'î* Série

A . d ' H . "v il' 4

Page 1