F H IL
conjectures , toutes également incertaines , que réveille cette figure de jeune liomme peinte sur un fond jaune, on peut hii donner le nom de Pelée, fils d'Éacus, époux deThétis et père d'Achille. Cette supposition est fondée uniquement sur les armes qu'il porte : une épée courte renfermée dans son fourreau, et une lance. En effet, les anciens attribuaient à Pelée l'invention de l'épée courte, nommée machœra, comme ils assignaient à Lycaon celle du glaive à longue lame, et à Persée celle du sabre recourbé ou A«7?e'(i). Selon quelques mythologues, cette arme fut donnée à Pelée par Mercure ou par Chiron, lorsque le fils d'Eacus eut été abandonné par Acaste sur le mont Pélion (2); suivant d'autres, quiénumèrent les présents que les dieux lui offrirent à ses noces, il reçut de Vulcain l'épée, et de Chiron la lance de frêne , ^j ^A- Xivov(3). Bien que l'épée courte soit toute Spartiate, il ne peut être question de l'un des Dioscures, ni de !\Iars, vu que ces divinités sont toujours représentées la tête couverte du casque ou du pileus.
Cette peinture sur un fond rouge a été trouvée, comme la précédente, dans les fouilles de Gragnano : elle a beau- Ci) Servius in Mn., IX, 505. (3)Apollodor.,III ; Pindar., P. 0 C2) Apollon., I, 2-24; Aristoph., III, 168, et scoliast. Nub., 1059.
3" Série. — Peintures. ,8
coup souffert, et le temps eu a fait disparaître quelques parties essentielles. Avec sa robe de couleur verte, qui laisse à découvert l'épaule droite et une partie du sein, avec ses longs cheveux retenus d'abord par une couronne d'olivier, et flottant ensuite au gré du vent, avec ce rameau d'olivier qu'elle tient delà main droite, cette jeune feiunie paraît être la Paix :
Pacifera3que manu ramum prétendit oliva3 (1).
D'après la position du bras gauche , on peut présumer qu'elle portait encore un attribut : mais cet accessoire a disparu avec une portion de l'enduit même qui couvrait le mur.
Ces deux figures sur un fond noir ont été découvertes à Gragnano. L'une est la belle Ariane, avec ses blonds cheveux retombant sur ses épaules, mais couverts en partie par une espèce de coiffe jaune relevée en arrière , que les Grecs appelaient ypuaaix-u; {'2). Elle a des bracelets d'or et des boucles d'oreilles du même métal, en forme de poire et sans doute du genre des stalagmia (gouttes d'eau) (3). \]\\e longue chaîne de mailles, également
(1) Virg., JEn., VIII, 116. (3) Plaut., Mcnœchm., III, ;j.
(V)Eurip., Hec, IGi.
•bP'
d'or, tombe de son épaule gaiiclic et deseeiid en sautoir sur la poitrine pour passer sous le bras droit. Ce bras Ini-niênie est levé, et elle soutient en l'air, du bout de ses doii^ts i»raeieusement étendus , l'extréiiiilé d'une draperie eoideur de rose morte, qui , flottant derrière elle, la laisse à découvert jusqu'à la eeinture : cette draperie tombe ensuite , et vient former autour des jambes et des cuisses un ensendjle de plis parfaitement bien entendu, qui ne laisse voir que les doigts du pied gauche et seulement une partie de la jambe droite.
Bacchus, qui a saisi de sa main droite le bi\as gauche de son amante, la soutient et l'entraîne. Les cheveux châtains du dieu sont couronnés d'une guirlande de lierre : il appuie sur son épaule gauche un thyrse vert dont l'extrémité est ornée d'un nœud de ruban. Une espèce de baudrier, ou une peau d'animal nouée sur la poitrine, paraît soutenir sur l'épaule gauche unt' draperie changeante, aux nuances verte et jaune, qui, d'un coté, soutenue un peu par l'air, retond)e sur le bras gauche , et de l'autre vient envelopper la jambe droite. Comme Ariane, Bacchus est chaussé de brodequins blancs.
Ce groupe , tout vivant de grâce, d'entraînement et de gaieté, se rapporte sans doute à l'instant où le dieu conduit en triomphe sa florissante épouse vers les célestes demeures, dans lesquelles Jupiter doit l'exempter de la vieillesse et de la mort :
140 PEIINTURES.
Tr,v oÈ oî àôavaTOv, y.ai aYT^poi ô^xa Koovi'cov (1]
Cette peinture représente, sur un fond jaune, une Bacchante dont les chairs sont assez déUcatement touchées et d'un excellent coloris. Cette nymphe est couronnée de lierre, et tient un thyrse garni de feuillage à l'aide duquel elle paraît se défendre contre les entreprises d'un jeune homme ; car avec cette arme les Bacchantes repoussaient et ])lessaient même quelquefois leurs agresseurs :
'ExpauixocTiÇov (2).
La fureur qui les transportait, la présence du dieu dont elles étaient remplies, ne faisaient souvent que leur donner de nouvelles forces pour résister à d'autres transports (3).
Dans l'absence de tout signe caractéristique, on n'ose reconnaître dans la seconde figure une de ces divinités champêtres qui poursuivaient les nymphes :
Faune nympharum fugientiini aniator (i).
Ce jeune homme n'a pour tout vêtement qu'une espèce
(l)Hesiod., Theog., lUT. Nonn., Diojiys., XIV, 305.
(2) Eiirip., Bacch., 700. (i) Horat., Cann., U\, 18, I.
(3) Eurlp., Bacch., 730 et 31i;
'ec-^.
Séi
3 li ^
JI. Jiouei:>acne^
A.d ii . V .Z . P. 5
de manteau ronge. Quant à la draperie flottante qni enveloppe les membres inférieurs de la nymphe , elle paraît être violette, autant qu'on peut reconnaître des couleurs fort altérées par les années.
Cette figure est remarquable sous le rapport du coloris, bien qu'il soit un peu effacé dans quelques endroits. C'est Apollon qui tient sa lyre posée sur un autel couvert d'une draperie blanche. Sa tête est entourée d'un nimbe brillant et ceinte de laurier : sa l)londe et longue chevelure se divise sur son front et retombe en boucles élégantes sur ses blanches épaules. Il est presque nu : seulement une chlamyde s'agrafe sur son épaule droite , et lui couvre le dos et une partie du bras gauche. Ce vêtement est d'une couleur pourpre ou violette, couleur dans laquelle les archéologues un peu subtils ont vu une allusion au bel Hyacinthe et à la fleur rougeâtre qui porte son nom (i). La main gauche du dieu repose sur la partie de la lyre que l'on appelait le ventre; et la droite s'appuie sur un des bras de l'instrument, nommés cornes , yipaTa, parce qu'ils étaient faits primitivement des cornes d'un animal (2). Cette lyre est peinte de couleur
(l) Ovid., Met., X, 213. Boulenger, de Theatr., II, 39.
(î>) Philostrat., fnmfj.,l, 10 et 13;
rouge : ce qui, joint aux inégalités de sa surface , indique que le bois dont elle est faite n'est point le buis , employé ordinairement pour toutes les parties qui ne pouvaient être de corne ou d'écaillé de tortue (i), mais plutôt le santal , bois connu des anciens (a), ou simplement le chêne vert, qui est plus noueux. Apollon tient de la main droite le plectrum, qui, étant dans l'origine un pied ou un ongle de chèvre (3), en garde encore la figure. Le dieu des vers semble se reposer après avoir terminé un chant, et son regard levé vers les cieux y cherche une inspiration nouvelle :
Atqui vultus erat multa et prœclara minantis (4).
La beauté presque féminine de ces traits , animés du feu céleste , répond à celle du torse et des membres blancs, arrondis et brillants d'une jeunesse éternelle. Apollo et iiitoiisas, et genis gratus et corpore glahellus . . . coj'piis totiun gratissimiim et membra nitida (5).
A la partie inférieure du cadre de cette peinture , on remarque un portrait dont la moitié a péri : c'est la tête d'un jeune homme aux yeux noirs , à la chevelure noire et bouclée, peut-être celle du bel Hyacinthe, qui est représentée avec des traits à peu près pareils sur plusieurs gemmes antiques (f)).
(1) Philosti'at., loc. citai. (o) Apul., FloricL, 1.
(2)Sauinaise, Exercil. PlinJcm., (0) Agostin., Gewim.an^, toni.I,
p. 7:2(>, E. 58 ; Gronov., T/ies. anf. r/r., tom. I,
(;j) Pollux, IV, 00. Zz; mis. Odesc, \om. 1,5. (i) Horat., Sat., H, 3,0.
.'gc'Uj;;;
Sur lin fond dont la couleur est rouge somijre, ressort une nielle, un tedicule peint en jaune, et dont la corniche est ornée d'arabesques plus pales. Cet œdicule lui-même repose sur un socle de marbre veiné, au-devant duquel s'élève un piédestal cylindrique avec une espèce d'autel en forme de coupe dorée : sur cette base est figurée une statue peinte de manière à imiter le marbre. Dans ce guerrier nu , le casque en tête, tenant de la main gauche la lance et le bouclier, et de la droite le parazoniiim, c'est-à-dire l'épée avec son baudrier, on reconnaît facilement le dieu Mars. En effet, le dieu de la guerre est presque toujours représenté sous la figure d'un jeune homme imberbe, et avec tous ses attributs. L'épée courte des Lacédémoniens répond au parazonium (i); et, selon Epicharme, Mars était né à Sparte (v,). Les Romains, qui l'appelaient Quirinus, l'adoraient sous l'emblème d'une lance (rjin'ris); et les Scythes, sous celui d'une épée (')). Les Romains lui sacrifiaient un cheval, et les Grecs un chien (|).
(1) Begei'., r/ies. Br., p. 03. m Del., Ci.
(2) Aniob., IV, p. (33. (i) Plutarch., Quœst. rom.,
(3) Spanheiniad Gallim., Hijmn. p. 287, et Qucext. gr., p. 290.
Cette peinture a été trouvée à Portici dans le même emplacement que l'Apollon représenté à la planche 68. Les deux compositions se distinguent également par le charme du coloris, la grâce du mouvement et l'exactitude du dessin : l'une et l'autre sont d'une interprétation également facile. Ces membres qu'assouplit une morbidesse juvénile et presque féminine , cette longue chevelure l)ouclée, cette double guirlande de lierre qui forme un élégant diadème , surtout ce vase qu'il tient de la main droite , et ce thyrse que soutient son bras gauche , font reconnaître Bacchus.
Cantharus et thyrsus dextra lœvaque feruntur (I).
Toute la partie supérieure de cette figure est nue et cette nudité est peut-être un emblème de l'aveugle franchise qui est propre aux buveurs {•>.). Les cuisses et les jambes seules sont couvertes d'une draperie blanchâtre qui tombe sur l'épaule gauche, repose sur un autel où le dieu est accoudé et vient envelopper les membres inférieurs, à l'exception des pieds : le blanc, aussi bien que le jaune et le pourpre, convenait au culte de Bacchus ('3).
(1) Sidon. ApoU. (3) Athen., IV, 1^2.
(2)Fulgent., II, l.^i.
PEINTURK.S
3'T"'- Ser
fj 'I^^ozcu.
^ Âj CJU> C/oC€^
-M^M^^ê^m^mT .
Cette position dans laquelle on représente les images des dieux appuyés sur leurs autels se rapporte sans doute îi la croyanee auti([ue de leur présence aux sacrifices ([ui leur étaient agréables, croyaiu^e qui s'appli([uait principalement àPliœbusetà lîacchus (i), c[iialifiés eu conséquence de V épithète prœsens ou è-ia^oivr,;.
Le vase est d'or : il y a deux longues anses (pii joignent les bords avec le pied , ce qui est lui des caractères de l'espèce appelée carchesiam ('2). Quant au tliyrse, c'est un long roseau à nœuds , sans doute hx férule bachique : la partie supérieure est ornée de deux bandelettes, et la sonunité enveloppée de feuilles de lierre à travers lesquelles on voit poindre un fer de lance brillant et acéré.
Il n'est point facile de démêler le sens de cette capricieuse composition. Sur le devant, à gauche du spectateur, une colonne de marbre vert soutient une corniche et l'angle d'un fronton, et plus loin en arrière s'élève une autre colonne jaune et caniïelée. A droite, on voit une colonne cannelée , une porte en arc de cercle , et une tablette de marbre sans support, sur laquelle est placé un chevreau dont la couleur est rougeâtre. Le
(!) Callim., //ywn. m Pa//f«/.,3, Euripid., Bacch., Ii2. 13 et 101 ; 'Arisloph., Rem., 3^25; (-2) Macrob., Salurn., V, 21,
3* Série. — Peintures. lU
Î46 PEI?iTURES.
temps a enlevé plusieurs parties de la peinture, à savoir : l'angle inférieur à droite, une frise qui régnait au bas, et la partie supérieure où devaient se trouver un bouclier, auquel se rattachaient des guirlandes. JMais les parties correspondantes se retrouvent dans deux peintures du même genre que l'on verra plus loin (i). Au milieu de cette composition architecturale , on voit un homme encore jeune, la tête parée d'une couronne de lierre dont les bandelettes retombent sur ses épaules. Il tient de la main gauche un objet qui paraît être un flandjeau, quoique plusieurs archéologues y aient vu une trompette, prenant pour un bouchon , destiné à empêcher la poussière de s'introduire dans l'instrument, ce qui nous semble à nous l'extrémité supérieure et la mèche du candélabre. Il portait encore dans la main droite un objet que l'on ne peut reconnaître, les couleurs en étant conqilétement effacées : c'étaitpeut-êtreun faisceau de feuillages et de fleurs. Ce personnage est habillé de blanc et de rouge , avec les pieds nus.
Pour offrir un sacrifice à Bacchus , le ministre devait avoir les pieds nus, ainsi que le bras droit; mais il s'enveloppait le bras gauche. Toutes les particularités qui se trouvent réunies dans notre figure indiquent un sujet bachique : la couleur des vêtements, la couronne de lierre , et le chevreau, victime consacrée au dieu du vin,
(I) Planches 74 et 75.
à cause du lavage que cet animal exerce dans les vignes en rongeant les bourgeons (i).
La frise, ([ui manque au bas du tableau, est remplacée dans notre planche par une scène pastorale dont les acteurs sont deux petits Génies. L'un d'eux est occupé à traiic une chèvre : le second tient d'une main inie baguette et de l'autre un petit seau à lait. On doit se rappeler que, d'après l^hilostrate , les anciens reconnaissaient autant d'Amours ou de Génies que d'exercices divers de l'industrie humaine. Ce petit tableau est plein de vivacité et de £»râce : l'attitude des deux animaux est bien naturelle , et particulièrement celle de la chèvre , qui se retourne pour regarder le Génie tandis qu'il presse sa mamelle.
Toute cette composition n'est peinte qu'en clair-obscur, et sans autre couleur que du blanc et du brun. Sur un fragment de corniche qui se projette en avant et qui laisse dans le fond du tableau une colonne de marbre soutenant luie architrave , on voit une figure de Scylla , non telle qu'Homère la décrit, monstre à douze pieds et à six tètes (-2), mais, comme l'ont peinte les poètes d'une
(1) Virg., Geonj., H, 380; Ovid., (2) Homer., Odyss., XII, 85.
Fast., I, 357.
148 PEmiURES.
époque postérieure (i), ayant la tête d'une femme horril)le et furieuse , et le corps d'une jeune fdle, corps qui se partage à la ceinture en deux parties couvertes d'écaillés, et recourbées comme des feuillages d'arabesques ou plutôt comme deux queues de poisson. Entre ces extrémités paraissent trois monstres marins : le premier, qui est un chien ou un loup, porte sa dent meurtrière sur la poitrine d'un jeune homme ; le second et le troisième , qui sont deux chevaux marins ou hippocampes , ont saisi , celui-ci un enfant par la tête, (îelui-là un homme par les chairs de l'épaule. Scylla lève à deux mains un gouvernail de vaisseau, comme pour frapper autour d'elle, et elle porte, croisée en sautoir sur sa poitrine, une espèce de bandelette terminée par deux nageoires :
Prima hominibus faciès, et pulchro pectore virgo Pube tenus : postrema immani corpore pistrix Delphinuni caudas utero comniissa luporum (2).
C'est là une des créations les plus remarquables de l'antiquité, création qui prouve que le secret d'une certaine fantasmagorie infernale ne fut pas uniquement réservé au moyen âge , et que les anciens savaient déjà bien ajouter le mystérieux, l'inconnu, à tous les autres moyens de terreur et d'épouvante. Oui, l'inconnu ; car on ne trouve que contradictions et obscurités dans les poètes
(l)Ovid., ;J/e^, XIII,732, et XIV, (2) Virg., .En., III, i26 et seqq.