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TROISIÈME SËRIE. 149
et les mytliogiiiphes (i) (jiiand on les consulte sur la naissance de Scylla, fille de Nisus on de Piiorcus, tbrmant un senl être en deux personnages; sur sa ligure multiforme, et sur les monstres dont elle était entourée, monstres ([M i, d'après l'étymologie '7x.j7.a^, n'auraient du êtreqiie des eliiens. Jlemarquons aussi que l'artiste pompéien a bien senti et bien rendu la grandeur terrible et la majestueuse laideur de son sujet.
Ces deux tritons, ou, si l'on peut hasarder une pareille expression, ces deux centaures marins, colorés d'un rouge sombre, reposant sur des portions de corniche, sonnant de la conque marine, portant chacun une corbeille de fruits, sont trop semblables entre eux, trop symétriquement disposés pour qu'on ne voie point dans ces figures deux fragments de la même décoration. Les frises seules des corniches offrent quelque différence entre elles.
Les tritons entraient souvent dans la décoration des édifices antiques. A Rome , sur le faîte du temple de la
(1) Virg., Ciris, 61, et Eclog., Ovid.,yl!/e/. ,Xni, 7i9,et VIII, 151 ;
VI, 74; Apollon., IV, 825 et 8i>8 ; Fmt. , IV, 500; Art. cm., I, 3:J1 ;'
Serv. ad En., III, 4.-20 ; Lycophr., Amor., III, 12; de Hem. am., 537 ;
46; Tzetz., 650; Homer. , Odyss., Epist. Ulyas., 33; Propert., Elerj.,
XII, 124;Hygin., Fab., I98et 199; IV, 4, 37.
Fortune^ on envoyait un très-grand, qui sonnait de la trompe lorsque le vent soufflait avec force (i).
Cette composition architecturale est sous beaucoup de rapports pareille à celle que Ton a vue tout à Tlieure (;^); mais les dispositions en sont inverses et symétriques, et celle-ci est entière et plus élégante en quelques parties. La tablette c[ui porte un chevreau est de porphyre; ce chevreau lui-même est de couleur d'or et porte une singulière excroissance entre les cornes; enfin la portion de fronton est remplacée avantageusement par une colonne ornée de feuillages. Le bouclier, c[ue Ton voit suspendu au milieu de bandelettes et de guirlandes, est remarquable par sa forme écliancrée, qui est celle de la pelta liinata, en forme de croissant. Oii peut conclure de cet exemple, que Ton suspendait dans les temples des boucliers de toutes les formes possibles, soit comme des armes enlevées à l'ennemi (3) , soit comme des monuments faits tout exprès pour rappeler le souvenir d'un événement glorieux: {.\), ou celui des ancêtres d'un honnne illustre ( j), ou enfui celui d'un bienfaiteur de la patrie encore vivant, ce qui eut lieu pour les empe-
(l) Natal. Corn., YIII, 3. (i) Tit. Liv., XXXV, ±ï; Plin.
(^2) Planche 71. , XXXV, 3.
(:;) l'ausaii., X, 1 1. {r^) Tit. Liv., XXXV, ±
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TROISIKMK Si:i\Ii:. 151
reiirs(i). T^a forme lapins oi'diiiairc, celle que l'on a déjà trouvée dans un grand nombre de planches, était celle dn ])ouclier rond appelé en i^rec à-iTri;, et en latin clypeiis (de /.a}.J77Tco, je couvre, ou peut-être de -/.Jx.Vi;, cercle) ; mais on voyait aussi dans les temples le ])ouclier en carré loui» , en grec Gupj;, et en latin scutnm; on y voyait encore hiparma, lucetra, et, comme le prouve l'exemple actuel, h\ pelta.
Au milieu du tableau se trouve la ligure d'une jeune femme, le front ceint d'un rameau de lierre , les cheveux flottants sur les épaules, et vêtue d'une roi )e rouge et d'un manteau vert. Elle supporte de la main gauche une espèce de coussin [sacrum puhinar)^ sur lequel elle assujettit avec la droite une petite cassette, espèce à'accrra destinée sans doute à contenir de l'encens et des parfums (il). On voit souvent des objets semblables entre les mains des camillœ^ jeunes filles qui assistaient les prêtres dans leui"s fonctions sacerdotales. Comme nous l'avons dit et prouvé plus' haut (3), ce sujet se rapporte évidemment au culte de Bacchus.
Le bas du lambris est rempli par un petit cadre dans lequel on voit deux coqs qui paraissent prêts à se battre. On sait que les anciens aimaient beaucoup ce genre de combat : il y en avait un tous les ans à Pergame ( j) ; \\\\ autre se donnait annuellement au théâtre d'Athènes, en
(I) Buonarotti , Med. , p. 1); (•2) Dionys. Halic, II, 22.
Spon., Select., dissert., \,q[Misc. (."J) Yoy. planche 71.
erud. ant., sect. IV. (i) Pline, X, 21.
152 PELMURES.
mémoire de la victoire que Tliémistocle remporta sur les Perses, après avoir eucouragé ses soldats par l'exemple de ces animaux qui uecomijattent que pour la gloire. La palme qui se trouve ici entre les deux oiseaux indique surtout des jeux puljlics; le vase peut être un de ces aXei-Tpa [aliptro) dans les(piels les athlètes mettaient l'huile dont ils se frottaient; il peut aussi contenir l'espèce de nourriture que l'on donnait aux coqs avant de les faire battre, nourriture dans laquelle on mettait de l'ail (i). C'est de là sans doute que l'on appliquait aux hommes colériques l'épithète £'7/.opor^.'7|X£vo;, mangeur d'ail.
On voit ici le pendant de la planche précédente, et une répétition encore plus exacte de celle que nous avons déjà décrite plus haut ['i). Le bouclier suspendu paraît être encore une pclta, bien qu'on ne le voie pas tout entier, et le chevreau est de couleur rougeàtre. Quant au personnage du milieu, c'est un jeune homme tenant de la main droite un rameau à peine garni de quelques feuilles, et de la gauche une corJjeille. C'est sans doute un Camille, un néocore , faisant l'aspersion lustrale (3), ou rapportant du temple des débris de l'offrande , débris
(1) lUiodig., iX, 13. (3)Theû(lorpt., III, l(i.
(2) mancho 71.
T'F.INTURI'- ^7 fi/frtf
3 7^6 S érie
troisiémp: série. 153
([ue l'on conservait soi^iieiiscineiit c'Oinnic des préservatifs contre les maladies (1). Outre sa chaussure, il parait avoir les jambes enveloppées d'une étoffe blanche. C'étaient des espèces de bandelettes que l'on appelait tibiales ou crurales. Auguste en portait (2), bienque l'usage n'en fût guère permis qu'aux, personnes valétudinaires (3) , et que l'on se fût moqué (\<à'à fasciœ cretatœ (bandelettes de craie ou blanches) du grand Pompée ( j). Les pieds de notre figure étant couverts de blanc ^comme ses jambes, on se rappellera que les prêtres athéniens, alexandrins et phéniciens portaient des chaussures de lin blanc appelées (pa'./.a'7ia, phécasies.
Le petit cadre qui est sous les pieds de la figure représente un léopard poursuivant un chevreuil. Selon quelques archéologues , ces petits tableaux séparés sont ce que Pline appelle ^a/'^rga (5).
Une figure de femme s'enveloppe d'une tunique rouge et d'un manteau violet drapés fort naturellement. Son air de tête est noble, son regard vif et pénétrant, son attitude pleine de dignité. Un ruban, qui fait deux fois
(1) Hesych. s. Y. Tyi'aa ; Potter, (i) Gic. ad AU., II, 3; Yaler,
A7it. gr., II, 4. Maxim., VI, 27.
(3) Sueton., 3. (5) XXXV, 10.
(3)Quintil., 11,3.
3" Série. — Peintures. 20
le tour de sii tète , y fixe une couronne de fleurs et de feuillage; et ses cheveux, partagés sur le front, tombent sur les épaules en replis sinueux. Le disque qu'elle présente de la main droite, et la corne d'abondance qu'elle soutient de la gauche d'une manière gracieuse et pleine d'aplomb , pourraient faire reconnaître dans cette figure allégorique la Paix, la Concorde, la Félicité, l'Abondance ou la Fortune. 3Iais ne serait-ce point plutôt la Providence.^ La solitude de cette retraite, dont les portes paraissent momentanément ouvertes , convient aux profondes méditations qui doivent pourvoir au salut de l'univers. L'attitude d'une personne assise est favorable à la réflexion : on connaît en effet le proverbe latin Ro7?ia sedendo vincit ( i ), « Rome assise remporte des victoires ; » et ce mot d'un personnage comique, Nimio plus sapio sedens i^î) , « J'ai beaucoup plus de raison quand je reste assis. X) La cornucopia figure , comme attribut de la Providence, sur les monnaies de Gallien: et patère, sur celles de Marc-Aurèle et de Julia Cornélia Salonina , femme de Gallien. Une particularité appuie encore notre opinion : c'est que la corne d'abondance se trouve fermée par un couvercle qui en laisse à peine échapper quelques feuilles. Ne serait-ce pointun symbole de l'économie que la Toute- Puissance observe dans la distribution de ses dons , économie qu'elle recommande par son exemple à ceux qui veulent jouir longtemps de ses faveurs ?
(1) VaiT., de Rc rusf., 1, 2. (2)Plaut., MostelL, Y, 1, r)3.
3™^ Série
illlllil!llillillllltlHlil!illllli!llliiil!llilliill^iil^
TROISIÈME SÉRIK.
Sur un fond (ruii roiii^e ])rnii ressort, en rouge plus pale , la déeoration areliitecturale (rMu j^etit appartement, d'un boudoir : là, une jeune femme est assise sur un siège doré garni d'un eoussin vei't, devant lecpiel est placé un marehepied de bois. I^es traits de cette figure sont dessinés avec tant de soin, et doués d'une expression tellement individuelle , que l'on peut y voir un portrait. Ses cheveux blonds sont renfermés dans un réticule (y.e/.pu'^aVj; OU (7Ç£VfW-/i) de couleur de pourpre. Elle est enveloppée tout entière dans une draperie rouge clair, d'une grande finesse et presque transparente, qui toml)e par devant jusque sur le cou-de-pied droit, mais qui, par derrière, ne descend qu'à moitié de la jambe gauche; et cette disposition laisse voir tout le bas de la tunique de dessous, qui est de couleur verte.
Cette jeune femme paraît sortir du lit, d'où elle s'est élancée, coiffée de nuit, les pieds nus, couverte d'une simple tunique sans ceinture : charmant désordre souvent peint par les poètes (i), et surtout par le plus fécond en images voluptueuses (-2) :
Nec mora, desiluit tunica velata reciiicta Et decuit nudos surripuisse pedes.
(l) Propert., II, -îiiî, iO; CaluU., (2) Ovid. , Amor., III, 7, 81, et
'">«, 7i>. Art. am.,l, 529.
« Aiissilôt elle s'élance, voilée d'une tunique sans ceinture, sous la- « quelle elle voudrait dérober ses pieds nus. »
Peut-être, comme Virgile le dit de Scylla , fille de Nisiis (0, une nourrice attentive a-t-elle jeté ce large manteau sur la jeune fille , qui tremblait de froid dans son léiier vêtement.
Frigidulam injecta circumdat veste puellam, Quœ'prius in tenui steterat succinta corona.
L'attitude dans laquelle notre figure est assise , la jambe droite croisée sur le genou gauche, était considérée par les anciens comme peu décente et même de mauvais augure : elle était interdite dans les réunions pidjliques [-2). Cette position indique donc que la jeune dame se croit dans une solitude absolue; et l'index de la main gauche, qu'elle pose sur sa bouche en le mordant légèrement, fait voir qu'elle se livre à ses réflexions ou à quelque effort de mémoire (3). A-t-elle un souci plus sérieux que la combinaison de la toilette qu'elle va commencer tout à l'heure [^)? c'est ce que n'indique pas cette peinture , ({uelque remarquable qu'elle soit sous le rapport de la finesse du pinceau, et comme une nouvelle révélation de l'intérieur du gynécée.
(I) C«m, 256.' (4) Bœttiger. SabiJie , matinée
(f?) Plin., XXVIIT, G. (V une dame romaine.
Ci) Luc, Dial. D., XXII, 1/
Parmi les ])eaiix groupes de centaures qui se suivent dans ces quatre planches (i), et qui semblent tous dus au même pinceau , celui-ci est le plus admirable et le mieux achevé. Les anciens ont tellement excellé dans la combinaison des formes humaines avec celles des animaux; ils ont si bien sauvé ce qu'il y a de choquant dans cet hymen de la brute et du roi de la création ; ils ont enfin si complètement épuisé toutes les alliances possibles, qu'après eux il n'est rien resté à faire aux modernes dans ce ii;enre , si ce n'est de les copier. i\hiis , parmi les anciens, le peintre d'Herculanum paraît s'être placé au premier rang. Tout, dans cette centauresse, n'est que grâce, élégance, délicatesse exquise : il n'est point dans cette adorable monstruosité un seul muscle, une seule attache qui ne réclame et n'épuise l'admiration. La partie de l'œuvre la plus difficile et la mieux réussie est celle où le torse liumain se marie à l'encolure hippique (qu'on nous permette de risquer ce terme nécessaire). L'œil reconnaît bien, d'une part, la blanche morbidesse de la carnation féminine, de l'autre, la pureté candide de cette robe de neige qui revêt la cavale : mais il ne peut déterminer la ligne où l'une finit, où l'autre commence.
(i) De 78 à 81.
158 PEIINTURES.
Les anciens avaiejit cnx-iiR'ines la phis liante idée de cette difficnlté qne Itînrs i^rands maîtres ont vaincne : elle a été convenablement appréciée par cenx d entre les écrivains grecs qniont abordé les qnestions d'art (i).
Le mouvement de la main gauche de la centauresse , qui pince les cordes de la lyre, est d'un motif plein de grâce : il n'y a pas moins d'élégance dans celui de la droite, qui va frapper avec une des deux cymbales (xpÉfjLêala) l'autre moitié de l'instrument placée par un heureux caprice du dessinateur entre les doigts du bel enfant cjue la centauresse paraît enlever dans les airs. Ce jeune homme passe de son côté le bras gauche derrière le dos de son amante, et s'appuie de la main sur l'épaule opposée, afin de l'embrasser étroitement.
La draperie qui sert de manteau au jeune homme est violette : celle qui voltige sur le bras et le dos de la centauresse offre une teinte jaune. Les cymbales sont dorées et peuvent être supposées de cuivre ou d'une composition métallique plus sonore [-2). 11 faut encore remarquer l'arrangement de la coiffure de la centauresse, ses bracelets au poignet et son collier : ce dernier surtout offre un détail assez Iieureux; il est formé d'un ruban d'or comme les ornements appelés inonilia et torques, qui pendaient sur la poitrine des chevaux des Latins :
Aurea pcctoribus dcmissa nionilia pendent (.'J).
(i) Lucien, Zeuxis, G; l'iiilostr., (:2) Athen. , XIV, 0; Isidor.
Jma(j., W, ^2. (.'3) Vir^^., .7:/;., VU, :>78.
TROISIÈME SÉIlli:. 150
La figure (IcccccMitauie ne marque ])()iMl luie extrême jeunesse; et d'ailleuis les aiieiens ont liai)i(uellement représenté les lîls (l'Ixion eomme portaîil sur leur visage l'insigne de la virilité.
Kal XactriV Ks'vTaupo; s/wv opt'ccrouuav Ott-z-'v/iV (I).
« Et le Centaure à la barbe touffue. »
Zeuxis même a peint de cette manière l'époux de sa centauresse (2). C'est doue par un caprice, ([ui, du reste, n'est point sans autre exemple (']), que notre artiste a fait le sien absolument imberbe. Ses cheveux , semblables à la crinière d'un cheval, sont tellement hérissés et en désordre , que certains critir[ues ont pu supposer qu'il avait des cornes, comme ce centaure qui poursuivit Vénus dans l'île de Chypre (4) : mais une inspection plus attentive delà peinture originale fait reconnaître l'exactitude de notre dessin.
Lethyrse qu'il porte sur son épaide gauche et le cyml)alum suspendu à ce thyrse font reconnaître dans notre centaure un serviteur deBacchus : cette circonstance ne l'empêcherait pas d'être le même que le Centaure céleste,
(1) Noim., Diomjs., XIV, 265. (3) Mus. 7iow.,t. I,sect. l,tav. 52.
(2) Lucian., Zeuxis. (4) Nonn., Diomjs., V, 615.
qui est aussi le sage Cliiron (i) : car ce personnage astronomique est représenté quelquefois avec une outre et un thyrse (^).
La partie du monstre qui appartient au cheval est revêtue d'une robe bai clair, circonstance qui s'accorde peu avec l'épithète àeflavus^ blond, donnée à Chiron par Ovide (3) , à moins que le poëte , en employant ce mot , n'ait été guidé par le rliythme du vers plutôt que par la tradition.
Notre centaure enseigne à un jeune homme l'art de jouer de la lyre : de la main droite, il guide les doigts de son élève, tandis qu'il le soutient de la gauche. Ceci se rapporte encore mieux à Chiron, précepteur d'Achille : et cet attribut n'est point, comme on pourrait le présumer, en désaccord avec les enddèmes bachiques : car si Orphée , l'inventeur de la lyre , fut déchiré par les Bacchantes, le fils de Jupiter lui-même punit ses nymphes (4) ; et ce fut par Orphée que les mystères dionysiaques furent apportés de l'Egypte en Grèce (5).
La draperie qui flotte derrière le dos du centaure et celle qui passe sur ses flancs sont toutes deux de couleur violette.
(l) Ovitl., Fast., \, 379; Hygin., (3) Loc. citât.
Astr. poet., II, 38. (4) Ovid., Met., X, fab. ^2.
(i>) Hygin., Astr. poet., III, 37; (o)Diod., 1,23. Proclus.
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Encore une centauresse : il paraît que ce produit femelle de riinai>ination antique, s'il fut postérieur à l'invention du niale de la même espèce , neii devint pas moins cher aux artistes. Zeuxis le premier peignit une centauresse allaitant ses petits, et Lucien nous a transmis une description fidèle de ce tableau : c'est même le peintre qui fut l'inventeur de son sujet (i); car, parmi les poètes, Ovide le premier parla des centaures femelles (■>.).
Sur la croupe de la cavale est assise une jeune fille, couverte d'une tunique jaune, /cpo/.o-eVj; (3); et au thyrse qu'elle tient de la main gauche , à ses cheveux à demi flottants , on reconnaît focilement une Bacchante. La centauresse elle-même n'a qu'une draperie verte, qui, se repliant d'une manière élégante et capricieuse sur l'épaule gauche, va tomber sur les reins. Les oreilles du monstre à demi femme ont ici une pointe bien marquée, caractère sauvage qui n'était point apparent dans la première centauresse (j); et qui, pour le tableau de Zeuxis, a été remarqué par Lucien , mais non par Philostrate. Du reste, on peut remarquer que, dans cette figure, l'attache du torse de femme avec le corps du quadrupède
(1) Philostrat., ImcKj., II, 2. (3] Nonn., Dionys., XIV, KÎO.
(2) Ovid., Met., XII, iO-L (-4) Planche 78.
3^ Série. — Peintures. 2 1
est moins heureusement faite, plus heurtée que dans la précédente.
La robe de la belle cavale est blanche; et c'est une des couleurs les plus estimées. Les anciens voulaient des coursiers,
AsuxÔTSpot /lovoç, Oei'siv avsijLOtçtv oaoïoi (1),
Qui candore nives anteirent, cursibus auras (2),
« Aussi blancs que la neige, aussi prompts que les vents. »
Si Virgile paraît contredire cette assertion dans un autre endroit où il dit :
Golor est deterrimus albis (3);
c'est que là il parle de l'étalon seul, et non des chevaux en général.
On remarquera enfin la guirlande, garnie de rubans et de glands, que la centauresse passe sous l'épaule et autour du cou de la Bacchante comme pour lui en faire une de ces écharpes que l'on appelait en grec û-oOufjMa- Se; (4), en latin p ha 1er œ (5), et qui formaient encore un attribut bachique.
On ne doit voir dans ce groupe qu'un caprice de l'imagination du peintre : et pour soutenir que la centauresse joue avec mie nymphe qui est sa fille, il fliudrait ignorer
(1) Homer., Iliad., XII, 84. (i) Plutarch., Sympos., III, 1 ;
(^2) Virg., Aineid., X, 438. Athen., XV, p. 678 et 688.
(3) Virg., Georcj., III, 82. (5) Scheff., de Torq., XL
TROISIÈME SÉRIK. 163
la restitution du texte de Lucien faite par Gronovius, restitution de laquelle il résulte que les deux enfants de la centauresse de Zeuxis étaient deux jeunes centaures : d'oii il suit que, selon la véritable tradition, les centauresses mettaient au jour des êtres semblables à elles, et non des nymphes ou des sylvains.
PLANCFIE 81.
Un centaure, dont le torse humain est d'une carnation bronzée et la partie hippique de couleur cendrée, semble galoper en portant sur sa croupe une Bacchante à demi nue, qui, lui ayant lié les mains derrière le dos, l'a saisi de sa main i^auche par les cheveux et le frappe de la hampe du thyrse qu'elle tient de la droite. Le centaure est sans barbe comme le précédent (i) : ses cheveux sont blonds et hérissés comme une crinière. Il a sur sa croupe une peau d'animal. Les cheveux de la Bacchante sont également blonds, et flottent derrière elle en raison de la rapidité de la course du monstre qu'elle a dompté.
Le centaure est un type particulier de force et d'agilité, toutes les fois du moins qu'on lui donne les quatre pieds du cheval : nous doutons que l'on put en dire autant de celui qui, au dire de Pausanias (2), était représenté dans une ancienne sculpture, avec les deux jambes
(1) Planche 70. (2) Pausan., V. 19.
de devant pareilles à celles de Fliomme. Le cheval de César avait , disent de graves auteurs, les deux pieds antérieurs semblables à des pieds humains (i). En bonne physique, ce dernier prodige paraît à peu près aussi admissible que les deux autres.
C'étaient aussi des types de violence, de lubricité et d'ivrognerie que les adversaires des Lapithes et les ravisseurs de Déjanire, d'Alcyone (2), d'Atalante (3), et de tant d'autres nymphes. Ici la Bacchante semble venger toutes ces victimes. Les passions rendent esclave aussi bien que tyran. C'est une idée que l'art antique a exprimée de diverses manières, en représentant un centaure dompté par Bacchus et l'Amour réunis , ou par l'Amour seul(4j, ou enfin par une faible femme, comme dans cette peinture.
C'est sans doute une Néréide que représente cette peinture, altérée, détruite en partie par le temps. Comme Galatée (5), elle a ceint ses flancs d'un léger voile de pourpre, aA'-opcpjGov l-n^wj ; mais ce voile flotte aux vents et la laisse dans une nudité presque entière : sa chevelure
(1) Plin., VIII, -12; Suelon. , {ï)Mdiïe[,SiaL de la V. Borc/h., Cœs., 61 . tav. "ri, 73 et 74 ; La Chausse, Thés.
(2) Diod., IV, 12. erud. ant., tom. I,sect. 1, tab. 51.
(3) ApoUod., m, y. (0) l'hilostrat.
A-d"- t' .>vi..
est blonde, soigiieusenieiit lissée, eoinine celle des nymphes des mers, et entrelacée d'une guirlande de feuilles marines et de corail, ou peut-être d'algues et de violettes comme la couronne de Nérée :
Alternas violis Nfii'cus iiUerserit algas (1).
Le taureau marin dont la uMnplie embrasse le cou, et qui tourne la tête vers elle avec un mouvement bien senti, est d'une couleur qui tire sur le vert :
Ha:;c viridem Iraliitiir complexa jiivcncuin (!>).
La seconde figure de cette planche offre un centaure : une peau de béte est liée en écharpe sur sa poitrine; il tient de la main gauche un bâton de hêtre ('3) et porte la droite à son front comme pour relever ses cheveux en désordre. La croupe du cheval, qui semble un peu grêle, est couverte de poils longs et touffus comme dans le centaure de Zeuxis (4).
La brillante imagination des Grecs, personnifiant toutes les forces de la nature, se faisait pour ainsi dire de
(1) Claud., de JSupt. Non. et Hesiod., Seul. Hercul.,\. 188. ¥ar., V. 150. (i) \A\cm\,' Zeuxis ; Nonn. ,
(^2) Id., ibhl., V. 16i. Dionys.; XV, 204. (3) Eurip. , Iphig. inAiil. ,v. 1058;
166 PEIKTLRES ;
chaque flot de la mer une divinité appelée Océanide ou Néréide. Hésiode, dans son poëme sur la génération des dieux, porte le nombre des premières à trois mille (i), et celui des secondes à cinquante (2) ; il fait naître les unes de l'Océan et de Tétliys, les autres de Nérée et de Doris. Or, cette dernière n'étant elle-même qu'une Océanide, ce nom passa aussi aux Néréides : il est employé ainsi par Antipater Sidonius dans l'Anthologie (3). Mais il est à remarquer que les Océanides proprement dites habitaient les lacs , et que les Néréides seules se trouvaient dans l'Océan (4). Il faut d'ailleurs nous conformer à la manière de parler la plus générale chez les anciens; et, en décrivant les jeunes filles qui, portées sur le dos des dauphins, des hippocampes ou d'autres monstres marins , forment le cortège de Vénus, de Neptune ou de Galatée, ils leur donnent toujours le nom de Néréides. Nous appellerons donc aussi Néréides les deux nymphes représentées sur les murs de la maison de Méléagre à Pompéi ( 5). La première repose mollement son flanc délicat sur le dos verdàtre d'un dauphin, à la tête duquel elle se tient avec la main droite, de sorte que ses cuisses et ses jambes s'étendent à fleur d'eau : de la main gauche, elle soulève un peu le bord de son manteau bleu céleste. Ses pendants d'oreilles sont d'or, et d'or
(1) Hesiod., Tlieog., 3()i. tatis.
("2) Id., ibid.^ 240. (5) Relazione dcgliscavinel Mus.
(3) Annal. Bnmk., Il, 20. Barb., vol. YII. n. 30.
(■i) Le Clerc, in Hesiod., locis ci-
TROISIÈ.MK SKRII-:. 107
aussi le diadème qui arrête sur le front ses blonds cheveux flottants derrière la tête. Le fond de ce tableau est obscur comme celui du second.
Celui-ci nous offre une blanche Néréide, portée sur les tlots par un taureau marin de couleur verte, aux cornes couronnées de feuillage. Elle paraît si légère, que, pour élever son flanc erauche au-dessus de la croupe de l'ani-
pe
mal , elle n'a besoin ([ue de poser la main du même côté sur l'épaule de celui-ci. La draperie qui défend ses chairs délicates du contact de la peau écailleuse du monstre marin , est gonflée derrière elle par le vent comme une voile; et sa main droite, par un mouvement tout gracieux, en retient une extrémité.
Ces figures sont toutes deux d'une grande beauté : elles répondent à l'idée que les mythologues (i) nous donnent des charmes des Néréides, quand ils nous peignent la fîère Cassiopée si cruellement punie pour avoir osé se comparer à elles. Ce que l'on dit des Néréides îi queue de poisson n'est 'qu'une invention d'artistes postérieurs aux beaux temps de l'antiquité grecque, qui ont confondu les femmes des Tritons avec les divinités dont il s'agit. Pline raconte (-i) que , sous Tibère , on reçut avis de Lisbonne qu'un Triton avait été vu sur la mer, sonnant de la conque marine ; quant aux Néréides, ajoutat-il , la description généralement reçue n'avait rien de contraire à la vérité , sauf que la partie de leurs corps
1) Hygin., Astr. poet., X. (^2) Plin., Hist. nat., IX, 4.
168 PEirsTURRS.
qui ressemblait à la femme était couverte d'écaillés; ceci indique que déjà ou leur supposait une partie non humaine ou une queue de poisson . Pline dit encore que, dans le même pays , il s'en était montré une qui , en mourant , avait fait entendre des gémissements ; et enfin que , d'après une lettre du lieutenant Galérius à Auguste , un srand nombre de Néréides avaient été trouvées sur le rivage. De pareilles fables ne peuvent dériver que du penchant bien connu des anciens pour le merveilleux, et de l'avidité avec laquelle ils accueillaient tout ce qui flattait ce penchant : les notions peu exactes qu'ils avaient sur l'Océan accréditaient tous ces récits. A la vérité , Juvénal (i) se montre assez judicieux pour tourner en ridicule ce marchand qui , ayant passé le détroit de Cadix, disait avoir entendu le frémissement du soleil quand il se couchait dans les flots, et avoir vu des Tritons. Mais, d'un autre côté, Cléon de Magnésie (y.) assurait que celui-là seul pouvait douter des choses extraordinaires , qui pendant toute sa vie n'avait rien vu que ce qui frappe communément tous les yeux : pour lui , il était plus que persuadé de la vérité de tout ce (pion racontait de Titius et de tant d'autres personnages cités comme fabuleux, puisque lui-même, se trouvant dans les environs de Cadix, il avait vu les dieux foudroyer sur le rivage un Triton long de cinq plèthres ou de cinq cents pieds. Ce fut grâce à toutes ces histoires de Tritons, répandues
(1) Juvon., Stat., XIV , 280. (2) Pausan., X, ï, ï.
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TROISIÈME S1':RIE. l69
parmi les artistes, que, du temps même de Paiisanias, ou eommenea d'appeler Néréides des figures moitié femmes, moitié dauphins. Cet auteur lui-même raeonte (i) que, dans le A^oisinage de Pliygalie en Arcadie, au milieu d'un bois de eyprès, il a trouvé un vieux sanctuaire consacré à Eurynome, dont la statue, qui se voyait une fois l'an, était une femme à queue de poisson : le peuple croyait que cette divinité était la même ([ue Diane ; mais cette opinion parait inadmissible au judicieux écrivain, et il pense que c'est plutôt l'Océanide Eurynome, dont Homère fait mention [-2).
Revenons à nos deux peintures : il ne nous reste que trois, mots à en dire. Les chairs sont travaillées avec beaucoup d'habileté, les draperies touchées naturellement, et les figures posées avec une grâce infinie.
Le fond de cette peinture murale estrouge ; la draperie flottante qui entoure la jeune femme ou la Néréide est d'un autre rouge très-foncé avec une bordure jaune; les petits cercles qu'elle porte aux bras et aux jambes sont d'or : sa chevelure , retenue en partie par une bandelette, est blonde : car, Inen que les poètes parlent quel-
(1) Pausan., YIII, il , -i. (2) Homer., Iliad. XYIII, 599.
S*" Série. — Peintures 22
quefois des clieveux verts des Néréides (i), quelquesunes, les plus jolies sans doute, étaient blondes, comme Lycorias, Aréthuse(2), et celle que nousdécrivonsmaintenant. La carnation de cette figure est fort délicate : elle appartient évidemment aux Néréides primitives, à ces beautés sans tache, elrîo; a[xw(xov (3), qui n'avaient absolument rien de commun avec les monstres marins , leurs écailleuses montures. Chastes filles de Nérée, du principe de toutes choses, àpyv; a-âvxwv, selon ceux qui admettent l'eau comme l'élément primordial , elles n'étaient elles-mêmes que de purs esprits : c'étaient les âmes des hommes qui avaient péri dans les flots. En effet, leur nom peut bien dériver de l'hébreu nepîicscJi, âme ; et l'Océan, leur séjour, touchait aux champs Elyséens. Il faut donc bien se garder de les confondre avec les filles monstrueuses des Tritons, qui servaient les Néréides et guidaient, sous leurs ordres, le char de Galatée f4).
Le monstre marin sur le dos duquel notre Néréide est couchée, et qu'elle conduit avec un frein, est un hippocampe, ou cheval marin : son corps se termine en une. double queue de poisson, et sa peau est de la couleur des eaux de l'Océan (5).
(1) Horat., Carm., III, 28, 10; (3) Hesiod., Theog., 259. <)\''k\. , Epist., V, 57; Théocrit., (i) Philostrat., /w«^., II, 18. IdylL, VII, 50. (5) Festus, s. v. Campe.
(2) Virg., Georçi., IV, 330 et 352.
planchf: 86.
Cette peinture, qui forme le pendant delà précédente, est sur un fond pareil : elle représente une nymphe entièrement nue et vue par le dos; ses cheveux blonds sont relevés sur le sommet de la tête; des perles pendent à ses oreilles ; une draperie de couleur changeante , aux reflets jaunes et verts, passe sur son bras gauche et sur son sein, et va plus loin flotter librement dans l'air : il en est de même d'un cordon de couleur d'or terminé par deux boutons, qui peut-être fait partie de l'ajustement de la nymphe, ou qui, plus probablement, est le frein à l'aide duquel elle guide ordinairement sa monture. Ses bracelets sont également d'or; et Ton voit entre ses mains une patère et un vase du même métal. Elle tient de la main droite le vase avec lequel elle verse dans une patère, soutenue par sa main gauche, une liqueur que l'on ne peut reconnaître. A . mesure que le vase se vide dans la patère, un monstre marin, sur lequel la jeune femme est étendue, pompe le liquide avec sa langue à la manière de la race féline. Cet animal a la tête d'un léopard ou d'une panthère; sa peau est de la couleur de l'eau de la mer avec des taches rondes et plus foncées : c'est un léopard marin, une panthère marine. En effet, les Néréides ont pour montures autant de monstres divers que l'imagination la plus bizarre peut en
inventer. Nous avons vu la première sur un taureau, la seconde sur un cheval, celle-ci sur une panthère; d'autres seront sur un bélier ou sur une lionne :
Necnon et variis vectae Néréides ibant Audito rumore feris : hanc pisca volutum Sublevat oceani monstrum Tartessia tigrisj Hanc timor ^gei, rupturus fronte carinas, Trux aries; ha^c ca?rulea suspensa leœna Innatat (1).
« A ce bruit les Néréides accourent, portées par des monstres divers : « l'une a pour monture un tigre d'Ibérie, qui roule sur les flots la croupe M d'un habitant des mers; l'autre un bélier farouche, terreur des Ilots de « l'Egée, et dont le front briserait des carènes; celle-ci nage ens'ap- « puyant sur une lionne bleuâtre. »
Les grammairiens remarqueront que, dans le deuxième vers, il faut lire volutum, se rapportant à /?zo«^f/7//7?, et non p'àsvolutam, se rapportant à ha7tc ; car cette dernière leçon nous ramènerait aux Néréides à queue de poisson, lesquelles ne sont que des filles de Tritons ou des Dercéto syriennes, que Lucien trouve si étranges, 6£vi[xa çévov (2) !
La monture de notre nymphe paraissant consacrée à Bacchus et s'abreuvant apparemment de vin , ce caprice de l'artiste nous faisait d'abord hésiter à prononcer le mot Néréide. Mais Oi^phée, dans ses hymnes, ne recommande-t-il pas aux Néréides elles-mêmes de respecter
(1) Glaud. ,dc Nupt. Mon. et Mar., {% Lucian,, de Dea Syr.
159 et seqq.
3™« Série
PEINT UJIES
FmiiTUREc.
-H. Jli>u/2C' cu^^ze^
TROISIÈME SÉRIK. 173
le divin Barchiis? D'ailleurs, eette Néréide Iwcchaiite pourrait bien être] no, tante et nourrice delîacchus, (jui, sous le nom de Leucothoé, jouit de l'iinmortalité parmi le chœur des filles de Boris (i)
Ces deux figures en champ noir furent trouvées ensemble à Gragnano : elles ont peut-être quelques points de rapport.
La première représente une jeune femme assise sur un tabouret doré : elle est nue jusqu'au bas du torse, et ses cuisses et ses jambes sont couvertes d'une draperie rouge bordée de blanc : cette espèce d'étoffe s'appelait chez les Grecs TOpt"X£it/.a (i). De la main droite elle tient un miroir dont la face postérieure est dorée , et dans lequel elle se contemple attentivement , relevant de la main gauche une boucle de ses cheveux blonds qui tombent sur son cou et ses épaules.
Les Romains avaient des miroirs plans et concaves de métal poli. Les plus estimés furent d'abord ceux de Brindes, qui étaient faits d'un mélange de cuivre et d'étain (3) : on leur préféra l:)ientôt ceux d'argent (4). Les Sidoniens firent des miroirs de verre (5) ; mais comme les
(1) Pindar., 01., II, Til ; Nonn., (3) Plin., XXXIII, 9. Dionys., X, 124. (4) td., XXXIV, 17.
(2) Pollux, VII, o^2. (o) Id.. XXXVI, ^26.
174 PEIISTUaKS.
anciens ne connurent point l'étaniage, le verre ne servait probablement qu'à préserver de toute souillure le poli de la surflice métallique. Quant au spéculum d'escarboucle ou d'émeraude dont Pline parle en termes assez obscurs (i), spéculum dont il compare l'effet à ceux des miroirs (grossissants ou concaves sans doute), et dont Néron se servait pour mieux voir les combats de gladiateurs, il est probable qu'il s'agit là seulement de pierres taillées en lentilles, que l'on employait comme des verres grossissants. Si on leur appliquait le nom àe spéculum , c'est que ce mot, suivant son origine, peut se dire de tout ce qui sert à voir, à regarder : mais ce ne pouvait être en aucune façon des miroirs. Les Romains paraissent avoir poussé fort loin le luxe dans ce genre d'ustensiles, et Sénèque parle de miroirs d'or ou d'argent, enrichis de ciselures , et assez grands pour que l'on pût s'y voir en pied, totis paria corporlhus (2). Dans ceci , il faut faire la part de l'exagération : on peut même se demander si ces miroirs n'étaient pas convexes et par conséquent propres à diminuer la grandeur des objets, ce qui les supposerait eux-mêmes assez petits.
Le miroir étant un attribut de la déesse de la beauté (')), on j:)eut voir dans cette peinture Vénus à sa toilette, peut-être même Vénus s'apprêtant à paraître devant Paris; car, seule des trois déesses, elle prit en ce
(OPlin., XXXVII, oet7;Isid., (-2) Senec. , Nat. quœst., I, 17.
XVI, 7. (3) Athen., XV, 10.
moment solennel , « son miroir brillant , et arranii,ea at- « tentivement sa chevelure. »
KuTrpii; 0£ oiotuY^a /otXxov éXoiaa, rioX Xaxi -ràv aùxàv o"i<; u.£T£Or,x£ xo'aav (T
L'autre peinture représente un homme sans barbe, les cheveux coui'ts et relevés, les cuisses et les jambes seules recouvertes d'une draperie jaune, et assis aussi sur un tabouret doré, où il s'appuie en outre avec la main gauche : son bras droit est replié sur sa tête. On pourrait penser que cette figure est celle de Vulcain qui se repose de ses travaux, personnage qui ferait le pendant avec Vénus. Bien que les poètes peignent toujours le dieu des forgerons comme boiteux et laid, il faut observer que les artistes n'ont point suivi cette tradition : il ne paraît point tel , du moins, sur les médailles (:>>). Si , de plus il n'a point ici les attril)uls de sa profession , le bonnet, le marteau, les tenailles, c'est qu'il se repose. Enfin, quoiqu'on l'ait représenté vieux et barbu , les scoliastes d'Euripide disent expressément qu'un artiste l'a peint fort jeune près de Prométhée , représenté au contraire comme très-âgé (3). Toute cette explication est, du reste, une simple conjecture que l'on abandonne à la sagacité du lecteur.
(1) Callim., Hymn. in PalL, i>0. lib, III. 1, § 2.
(2) Montfaucon, t. I, part. I, {3) Ad OEd. Col., oQ.
Un jeune guerrier est assis sur une espèce de corniche jaune qui couronne un socle de couleur obscure : il est coiffé d'une calotte bleu turquin, et porte en sautoir, de l'épaule droite au flanc gauche , une espèce de manteau de la même couleur. De la main gauche il s'appuie sur une lance peinte en jaune, et il soutient de la droite un disque dont la couleur imite l'acier. Ses traits sont extrêmement délicats et empreints d'une beauté toute juvénile.
L'explication de cette figure tient à celle de deux autres à peu près semblables, dont il sera question plus loin, et qui ont été trouvées à Gragnano avec celle-ci (i).
La première supposition qui se présente, c'est qu'on doit y reconnaître trois images des Dieux Pénates. A la vérité les Pénates ne paraissent d'abord qu'au nombre de deux (li) ; soit qu'on voie en eux Apollon et Neptune , constructeurs de Troie (3), soit qu'on les confonde avec les Dioscures (4), il faut toujours se borner à ce nombre. Mais, si l'on en croit .Macrobe (5), en regardant les choses de plus près, les Pénates sont les génies auxquels nous
(1) Planche 91. (4) YaiTon, de Ling. lut,, IV;
(V) Dioriys. Halicarn., lib. I. Serv. , ad Œn., III, 12.
(;j) Maorob., Saturn., III. 4; {o) Loc. citât.
Serv., ad /En., II. 32^.
i»F,INTrKK.S
devons trois clioses : la respiration, notre corps et notre âme; et par conséqnentonpent en admettre trois. (Test le nomhi'e auquel s'étaient arrêtés les Etrnsqnes (i). Mais cette hypothèse laissera tonjonrs beanconp d'incertitude ; et les pins savants mytholoi^iies ont renoncé à connaître le nombre et les noms des Dieux Pénates ('2). Si les conjectures se portent vers les Cabires, les difficultés ne sont pas moindres : on rencontre d'abord cette opinion des pins doctes écrivains de l'antiquité (3) qui les confond avec les Pénates ; et l'on retombe dans l'hypothèse et les contradictions précédentes. Ensuite, dans une antre opinion (|), il y a pen ou point de différence à établir entre les Cabires, les Diosenres , les Curetés, les Corybantes, lesDactyles Idéens et les Telchines : et alors il devient impossible de débrouiller entièrement ce chaos des noms et des mystères des dieux de la Samothrace, chaos ([ue tant de savants ont inutilement tenté d'éclaircir et que leurs efforts ont peut-être épaissi (5). Néanmoins, on s'accorde davantage à en reconnaître trois (()) : Cicéron, sous le titre de Dioscures ou d'Anactes , nomme Tritopatreus , Eidiuleus et Dionysius (7) ; d'antres auteurs se rangent de cet avis (8); et enfin
(1) Servius, loc. cil. (5) Mezeriac in Ovid., toin. II, p.
(2) Arnob., III. i8o ; Fabretti, Col. Traj.,\i. 75, etc.
(3) Dionys. Halic, loco citât.; {6) Astov'i, de Dits Cabiris,^YU. Nigidius, EminaetVarroapud. Ma- (7) Cic. , de Nat. deor., III. cvoh. et &er\. locis citât is. (8) Clem, Alex., IIpoTp., p. l-^;
(i) Strab., X. Pausan., III, 2-i.
S** Série. — Peintures. 23
Tertullien décrit clans le cirque « trois autels aux dieux triples de la Samothrace, ij,rands, puissants et fort (i). » Un dernier motif nous déterminerait pour cette seconde opinion, c'est quelundesCabires, tué par ses deux frères et enseveli dans son bouclier, Dionysius, que l'on peut confondre avec Bacchus et avec Atys , était beaucoup plus jeune que les autres: ceci se rapporterait au caractère de la figure que contient notre planche, et qui porte une lance brisée, peut-être comme indice d'un trépas prématuré. Le marteau n'est nullement un emblème nécessaire, comme l'ont pensé quelques-uns.
Voilà plus que des conjectures, de grandes probabilités, mais point de certitude : en pareille matière, nous la croyons impossible.
PLANCHE 89 bis.
La jeune femme que l'on voit sur ce fond blanc est assise sur un socle de couleur rougeatre ; elle est couronnée de feuillages; son cou s'entoure d'un cercle d'or; ses cuisses et ses jambes seules sont enveloppées dans une draperie bleu céleste bordée de violet. Elle tient en main un cjmbalum., dans lequel on voit une figure blanche sur un fond bleu turquin, entouré de cercles alternativement rouges et violets ; et le cercle extérieur de l'instrument est d'un rouge très-clair, et les sonnettes et autres ornements
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TROISIÈIME SÉRIE. 179
sont (l'une conleiir indécise qui approche de celle du plomb. L'édilîce qui se trouve sur le coté, et au milieu duquel est une porte ouverte, paraît construit avec l'espèce de pierre que l'on appelle en italien peperino : et le pilastre seul est d'une teinte plus claire.
Si l'on veut étal)lir quelque rapport entre cette femme et les trois Cabires (i), on peut y voir Cybèle, l'inventrice du cymbaluni , la déesse au culte de laquelle sont consacrés Corybantes , Curetés et Cabires (2). Hécate, qui se confondait quelquefois avec Cybèle, était une di- Tinité cabirique (3) : serait-ce donc Hécate? Ne serait-ce pas plutôt une des trois Cabirides (4), ou bien encore une initiée aux mystères des CaJjires?
Plus probablement, selon nous, c'est une simple Bacchante , sans aucun rapport avec les autres peintures trouvées dans le même emplacement.
Les deux jeunes femmes représentées dans cette planche se ressem])lent tellement que l'on pourrait y voir une seule et même personne, dans deux attitudes différentes, dans les deux phases successives d'une même
(1) PI. 89 et 91. Dei, VII, 24.
(2) Eurip., Bacch., 08 et 120; (3) Scoliast. ApoU., I, 917. Strab. , X; Diodor. , III et V ; Dionys. ( i) Strab. , loc. citât. Halic, I, 1 ; D. August., de Ci vit.
action, si l'on ne remarquait quelque différence dans les couleurs et les accessoires. Quoi qu'il en soit, le mouvement des deux figures, des deux sœurs au moins, est également gracieux et bien rendu; les deux physionomies respirent la même intelligence et ont un égal attrait. / Le champ des deux peintures est noir : les bandes
inférieures ou socles sont d'un rouge pâle, ainsi que le pilastre de la première composition et le plafond de l'une comme de l'autre; les bandes perpendiculaires des deux côtés de la seconde paraissent encore plus claires. La chevelure des deux jeunes femmes est blonde, etse trouve retenue par un ruban jaune. Les boucles d'oreilles en anneaux sont d'or; les sièges à dossier, appelés eji grec y.Xia[xoi (i) , paraissent de bois de noyer, avec un coussin bleu de ciel.
Passons aux différences. La robe de dessous de la première des deux dames est d'un vert clair, et le vêtement extérieur est rouge ; chez la seconde, au contraire, le dessous est rouge et le dessus d'une nuance changeante formée de vert et de jaune. La première s'appuie de la main gauche sur le coussin de son siège, et tient dans la droite une grande feuille d'arbre ou de plante qui tire sur le jaune : cette feuille peut servir d'éventail ; si elle était moins grande, sa couleur jaunâtre ferait reconnaître une feuille d'oranger, et cet emblème se rapporterait au culte de Vénus, à qui l'on doit ce bel arbre (2). Gela s'accor-
(1) Athen., V, 4, p. 192. cum comment. Fab., 30 et 185.
(2) Athen., III, 8, p. 81; Hygin.
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TUOISIÈMK SÉRIK. 181
(Icrait d'ailleurs avec les attributs de l'autre lii»ure, qui tieut à dviw inaius uu vase arrondi, dont la partie supérieure parait ornée de feuillages, dont le fond est convexe et dont la matière send)le être de l'argent : ce vase est appuyé sur la cuisse droite de la jeune fennne. On peut voir dans cet objet uu vase à parfiuns; car il en existait de cette forme et de cette matière (i), et c'est un des attributs les plus ordinaires de Vénus, une des offrandes les plus chères à cette déesse (a). On peut en conclure, sans trop de témérité, que ces deux jeunes personnes présentent quelque offrande à Vénus, accomplissent quelque rite du culte de cette déesse. Toute la suite de l'action se déroulerait sans doute , si plusieurs autres figures, qui étaient jadis dans le même emplacement, et qui devaient être liées à ceîles-là, ne s'étaient point trouvées complètement détruites.
Cette figure de jeune honune, peinte sur un fond blanc, correspond, presque trait pour trait, et symétriquement, aune autre figure qui forme le pendant de celle-ci, et que nous n'avons pas jugé à propos de copier ici, précisément à cause de cette grande similitude: car en voyant
(1) Spanheimin Gallim., ffijmn. XVIII, 45. ad PalL, I3;Theocr., hhjU., {i) Ant/wL, 1,10.
182 PElî^TURES.
l'une, on se figure aisément la seconde. En y joignant une autre figure, encore semblable, qui se trouve plus haut (i), on a les trois Pénates ou Cabires, selon les probabilités que nous avons établies.
Le bonnet de ces deux jeunes guerriers est d'un vert clair; aux plis qu'il forme, on voit qu'il est de laine ou de peau : et, en effet, dans les temps primitifs, telle était la seule arme défensive dont on se couvrît la tcte {;i) ; c'était la galea, mot dérivé de -«">•/; , chat. Leur manteau est de la même couleur. Le disque ou bouclier ([u'ils tiennent tous deux de la main droite, mais en se tournant l'un vers l'autre, est de bronze. L'anse que l'on aperçoit sur le bord du disque est lendroit où le guerrier fixait sa main après avoir passé le bras dans l'anse du milieu. De la gauche, ils s'appuient sur un instrument, dont on ne saurait déterminer la couleur : c'est une lance, un javelot à triple pointe (3) , un sceptre, ou plutôt une espèce de marteau, s'il s'agit des Cabires. L'espèce de corniche sur laquelle ils sont assis est jaune, et couronne un socle rouge.
Quelques critiques ont voulu trouver dans ces deux figures les Dieux Pénates appelés AENA2; et les bonnets phrygiens, leur lance, leur attitude assis à la porte d'un édifice, leur bouclier, comme emblème de la défense, se rapportent assez à cette explication, que nous
(1) Planche 8'K (3) Veget., I, 20.
(2) Isitlor., XVIII, 14.
Cl, ■ N
avons pourtant combattue déjà par des r.usons fort spécieuses.
Cette planche, comme chacune des trois suivantes , renferme deuv petits sujets placés sur un champ noir, au milieu d'un anneau jaune qui entoure lui-même un fond vert : il y a ainsi huit cadres , où sont peints huit petits Génies, chargés tous d'attributs qui se rapportent à Bacchus ou au moins aux plaisirs de la table. Les sept premiers, qui sont ailés, ont été trouvés ensemble dans les touilles de Civita. Nous allons les décrire maintenant deux à deux, dans l'ordre oii ils sont placés.
Le premier a la tête ceinte d'une bandelette : sa petite chlamyde, d'un rouge sombre, agrafée sur l'épaule gauche, passe sous son bras droit, avec lequel il verse une liqueur, d'un petit vase d'or, dans une patère du même métal qu'il tient de l'autre main. C'est un de ces jeunes esclaves que les Romains désignaient par le nom depocillator, et les Grecs par celui d'otvo/oo;, et qui versaient à boire aux convives. Au commencement du repas , ces mêmes enfants portaient un bassin et un vase d'eau pour donner à laver (i), et c'est, selon toute prol)abilité , l'action qui est représentée ici.
(1) Boulang., de Conv., IV, IG.
Le second Génie, qui n'a qu'une légère draperie d'un rouge clair, maintient du bras gauche , sur son épaule du même coté, un vase d'or, à une seule anse, assez grand et presque cylindrique, qui est probablement uncotyle (i). Sa main droite soutient luie grande patère , ou le plateau correspondant au vase, et l'appuie contre sa cuisse avec un mouvement tout plein de gentillesse.
Ce petit Génie, le troisième de la série, encore avec une draperie rouge, porte sur ses épaules un chevreuil , animal consacré à Bacchus, par allusion aux bonds et aux sauts continuels des ministres de ce dieu. Souvent des Bacchantes sont représentées tenant de jeunes chevreuils (-2).
Le quatrième , toujours en rouge, tient à deux mains un vase cylindrique qui a la forme d'une petite tour et qui paraît du même métal quêtons les autres. On a cru voir ici unceste mytique ou une espèce d'autel portatif tel que l'autel deRhéa, porté dans la pompe bachique de Ptolémée (>). Mais selon l'opinion la plus vraisemblable, c'est un pyrgKs, espèce de petite tour, dans laquelle les joueurs jetaient les dés, après les avoir agités dans le
(1) Athen., XI. (:j) Athen., V, p. li)8 ol :ÎOI,
{^) Anthol.,\,\.
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TROISIÈiMK SÉRIE. 185
frltllliis [\e cornet). Les cubes d'ivoire tonil)aient en cascades, le long des degrés dont l'intérieur de la tour était garni; puis ils sortaient par de petites ouvertures qui étaient tout au bas , et roulaient sur la table , où ils finissaient par se fixer. Ces ouvertures sont bien visibles dans notre peinture, et cette circonstance tranche luie question d'archéologie longtemps débattue entre les savants (i).
Cet enfant ailé , qui est le cinquième, porte une petite draperie violette ; il danse gaiement , en soutenant sur sa tête, de la main gauche, lui cnlat/ius, une corbeille dorée, et en portant de la droite un thyrse et un cvmloalum avec ses grelots.
Le sixième a sur le bras gauche une bande d'étoffe jaune, et tient des deux mains un vase d'or à deux anses. Ce vase n'est point un carchesluni , car le carchesium était comprimé vers le milieu de sa hauteur. Il paraît plutôt que l'on doit reconnaître ici l'espèce de seau à deux anses qui était appelé en grec xJTrsrAov, à-ô t?.; /.j- (poTviToç, à cause desagibbosité (:>.), et que les Latins nommaient sinum. Par une coutume opposée à celle des modernes , les Grecs commençaient le repas avec de petites
(1) Mart., XIV, et comment. (-2) Athen., X[, 9, p. 48^2.
3" Série. — Peintures. 24
coupes et le finissaient avec de grandes (i) : notre sixième Génie arrive sans doute pour la fin , car il est difficile qu'un vase plus grand succède à celui-ci.
Encore une draperie rouge au septième Génie : il tient dans sa main di'oite un vase d'or, de forme hémisphérique et sans anse, sans doute de l'espèce de ceux qu'Athénée (2) appelle hémitome ou mastos (mamelle). De la main gauche , il soulève une petite cruche du même métal. On a déjà vu que les anciens mêlaient toujours de l'eau à leur vin : ils ajoutaient même des parfums (3). C'étaient les esclaves adultes c[ui versaient d'abord l'eau ; puis les plus jeunes ajoutaient le vin et les parfums ; enfin , ini esclave plus âgé présentait la coupe à chaque convive, en la soutenant sur ses trois doigts (4). Il semble qu'on ait voulu marquer ici le deuxième acte de cette espèce de cérémonie.
Enfin le dernier Génie n'a point d'ailes : il a été trouvé dans un autre emplacement : cependant il porte aussi une draperie rouge. De sa main droite il soutient sur sa tête une large conque dorée, et sa gauche porte un sceptre d'or. On sait que la conque est un attribut de
(1) Diog. Laort. , in Anach.; (3) .Elian., T a/'. ///s^, XII, 31. Cic, Yen-., III. (i) Pignor., dcScrv., 1 lî> et 1 il,
(2) Loc. oitat.
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Vénus; et le sceptre convient à toutes les divinités que les poètes qualifient de Roi et de Reine. Vénus est appelée par Anacréon ©eawv ava^rra, Reine des déesses. Selon quelques archéologues, cette figure serait une allégorie exprimant le coup de Vénus, ou coup basilique, au jeu de dés, coup qui assurait toujours la victoire et qui désignait le roi du festin (i). Peut-être l'explication est-elle un peu subtile.
Ce groupe de danseuses fait partie d'une série de douze peintures murales cpii ornaient le principal appartement d'une maison de Pompéi voisine de la Torre de V Annuiiciata. La décoration était complétée par treize autres cadres plus petits contenant des arabesques, un Cupidon et sept danseurs de corde , le tout sur fond noir. L'appartement dont il s'agit était peut-être une simple salle à manger, et même, bien clos et fermé de tous côtés, un triclinium d'hiver; quelques personnes veulent y voir un veriercum , un aphrocUsium , chambre secrète dans laquelle il y avait aussi inie table à trois lits, comme dans celle d'un grand vaisseau du tyran de Syracuse (i), sanctuaire consacré à la fois à Vénuset au dieu du vin.
(1) Stenftleb., de Aléa veter., 5 ; (^2) Athen. , V, 10.
Meursius, de Lud. Gr., in Kuêâa.
Ces deux belles jeunes femmes exécutent, avec vine grâce parfaite et un laisser-aller plein de charmes, un mouvement qui se retrouve, quoique rendu avec notre roideur habituelle, dans la contredanse guindée des modernes, ou plutôt dans les passes voluptueuses de l'allemande. Elles semblent tourner lentement l'une autour de l'autre, en se prenant ou plutôt s'effleurant délicatement l'extrémité des doigts. Ce mouvement serait-il Yacrochirisnic (i), la chirapsie (à/cpo/£ip'.(7[i.ov, ystp!X(];ia) ('^.), danse analogue à une espèce de lutte qui portait les mêmes noms?
Celle des deux danseuses qui est à la droite du spectateur, et dont l'attitude exprime le plus d'abandon , est vêtue de jaune; l'autre porte du vert , avec une bordure de vermillon, couleurs qui convenaient aux femmes vouées au culte du plaisir :
Nunc herbas imitante sinu, nunc dulce rubenti Murice (3).
« Elle offre tantôt la verdure des prairies, tantôt la pourpre gracieuse du murex. »
La draperie qui enveloppe la seconde des deux femmes est entièrement transparente. Nous avons déjà vu des
(1) Lucian., de Sait. ApoU. Tyan.,ap. Philostrat.,IV,21 ;
(3) Plutarch. etGalen,, apud Ste- Cyprian., de Discipl. et Hab. virg.;
plian., s. V. X£tpo('|/i'a. Tertull., de Habit. m?</ier. ; Mart.
(3) Stat.,6>/y., Il, l, 133, vid. et. Gapell., de Nupt. Merc. et Philol.
danseuses revêtues de cette tarantlnide diaphane (i) qui les enveloppe comme un léger nuage : cette étoffe se faisait avec la soie de la Piniie marine (a), appelée quelquefois Laine d'or (3).
La même danseuse est coiffée d'une sorte de turban. C'est peut-être ce qu'on appelait r/./.oi>.iGTol ou è/c/.jTv'.TTol cTÉçavoi, c'est-à-dire Couronnes plus grandes, plus grosses que les autres, fxsyaVji, àc^poi ( j), ou Couronnes solidement roulées; bien qu'on les fit aussi souvent de roses et de branches de figuier (5) que de bandelettes de laine ((>).
La vignette représente deux: tigres mouchetés, dont l'un semble examiner et flairer d'un air curieux une paire de petites cymbales. Cet instrument de percussion diffère des cymbales modernes en ce que les bords en sont très-petits et le creux très-fort en proportion, ce qui devait rendre les sons plus grêles et plus secs : il vient d'être remis en usage par un compositeur moderne qui s'en est servi habilement pour accompagner la marche fantastique de la R.eine des fées (7).
(1) Poil. , IV, segm. 104 , et VIT, (5) Nicand. ad Athen., XV, 7 ; et segm. 17. Casaub. ad eunid. loc.
(2) Casaub. ad Athen., III, 11. (6) Isidor. Hisp., Etijmol.
(3) D. Basil. (7) Berlioz , Roméo et Juliette, (•4) Hesych. comment. J. Albert, symphonie, 1830.
ino PEINTURES.
Ces deux prétresses vont faire une offrande à quelque divinité, et probablement à lîaeehus. La première tient de la main droite, par une sorte d'anse, un tympanum, instrument dont l'invention était attribuée au conquérant del'Inde ( I ). Dans la gauche, elle porte une corbeillepleine de feuillages, un tïialysium (ôayuTiov), offrande agréable à Bacchus (y.), et luie bandelette ou une mappa. Sa robe est violette; et ses cheveux, flottants sur les épaules, sont serrés d'en hautpar une couronne de feuillage. Yétue et coiffée de même, mais plus élégamment drapée, sa compagne porte de la main droite une patère et de la gauche un objet qui ressemble à un rameau garni de feuillages et de fleurs, à un sceptre, à une massue et à un thyrse. C'est que l'attribut de Bacchus était tout cela à la fois, et que ces divers emblèmes se confondent facilement. La massue d'Hercule est appelée, Sceptre de dur olivier, c/,a7CTpov c7/.7.7,paç dT^aia; (3); nous avons VU le sceptre de Vénus et celui d'une autre prétresse en forme de massue et garni de verdure; enfin on couvrait quelquefois de feuilles cousues toute la surface du thyrse , qui s'appelait alors sutilis {\). Du reste, \i\ ferula (vap9r,0, q^^i se con-
(1) Diod. Sic, II, :J8. (4) Buonarr., Cam., p. 434; id.,
(2) Suid, in OaXutnov ; Menandr., Mcd., tab. XVI, n. 17, p. 303 ; Salhhet. ; Thoocr., IdtjlL, 26. mas., Hijl. Mr., p. i.
(3)Pindar.,0/?/wp., VIT, 50.
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TROISIÈME SKRIi:. ,9,
fondait avec le thyi'se (1), était une plante (jni avait tout à fait laspeel (Tmii sceptre on (Tnne iiiassne (:>»). C'est de eet attribut l)aelii([ue (jue les iuili(-s du de^ré inférieur sont appelés vaoOr/.oooGOi, paroppositioji aux plus avancés, dits fiax./o- : d on le mot fameux, -oaIoI yivvy.pOy]-/.oç;o'poi, TraOpo, 'U T£ [iay./o- (')) : « Tl va beaucoup de narthécophores, mais les véritables initiés sont peu nombreux. )>
Un panier de fii>ues sur une lénétre, d autres lii>ues plus grosses et nne grenade par terre, une saucisse ou nu boudin, suspendu à la nun-iille, composent le petit tableau de nature morte que re|)résenle la vionette.
Ce gronpe, peintsnr fond ronge, décorait l'atrinm d'une maison de Pompéi. Un Faune et une Bacchante dansent en s'embrassant. Le Faune, couronné de lierre, a sa nébride sur le Ijras gauche et porte une syrinx; sa compagne appuie sa main droite sur l'épaule du Faune, et tient de la gauche un bâton pastoral : tout le torse de cette figure est à découvert, et une draperie flottante de couleur violette, passant sur le bras gauche, cache seulement le bas des cuisses et les jambes.
Le principal mérite de cette composition consiste dans l'habile entrelacement des membres et dans la vérité du
(!) Eurip., Bacch., î>ol, 2oi. (3) Plat., Phœd.
(3) Plin., XIII, 2^2.
mouvement des deux danseurs , qui semblent tourner sur eux-mêmes : c'est la v^dse des modernes , mais plus majestueuse et pins lente.
Dans la vignette, sur un fond noir, on voit une chèvre qui fuit, pleine de terreur, et un tigre qui se pelotonne pour atteindre sa proie d'un seul bond.
Dans ce tableau sur fond blanc , un faune aux cheveux blonds couronnés de pampre, n'ayant pour tout vêtement que sa nébride de couleur rougeatre, élève d'une main , au-dessus de sa tête , une grappe de raisin fort noir : ce raisin est pareil à celui des environs du Vésuve, appelé aujourd'hui uva da vindcnimia ou glianica , par corruption de hcUauica, grec. De l'autre main, il appuie sur sa cuisse gauche un panier plein du même fruit, et , dans ce double mouvement, semble exécuter ini pas de danse assez bizarre. Devant lui marche , ou du moins danse plus gravement, une femme demi-nue, dont la chevelure blonde est retenue par une guirlande de myrte, avec une Ijandelette jaune : la draperie qui couvre ses cuisses et ses jambes est de la môme couleur, mais doublée de violet. Elle pince des deux mains les cinq cordes d'une lyre d'or, et semble ainsi régler la cadence de sa propre marche et les pas de son compagnon. La lyre est un instrument bachique : elle figure souvent dans les monu-
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ments qui représentent nne vemlan^^e (1). ISmI dontc que l'artiste n'ait voulu rappeler, aussi bien (jue le lui permettait son cadre restreint, ce jo} eux eorté<^e qui tle nos Jours se forme encore dans chaque hameau d'Italie , quand les heureux villageois reviennent de la vigne et du pressoir, plus enivrés de leurs chantset de leurs jeux que de la liqueur qu'ils ont goûtée.
Cette apothéose est d'autant plus curieuse, que les monuments de la peinture et de la sculpture antique en fournissent à peine une seule autre qui se rapporte également à une femme. Nous voulons parler de l'apothéose de Fanstine la jeune , représentée dans un basrelief du Capitole (-i).
Ici, la jeune femme est emportée au ciel, non par un paon comme l'indiquent les médailles, mais sur les ailes d'un Génie femelle ou d'une Muse couronnée de laurier et portant la lyre à dix cordes avec le plectrum : ce barhitos, suspendu à ses épaules , apta balteo (3) , a un înagas de tortue. Ce n'est pas que, dans la personne divinisée et couronnée elle-même de laurier, nous voulions pour cela reconnaître une femme poète ou musi-
(i) Marbres de Turin, p. 77 ; tom. V, pi. GO. Homer., Iliad., 2, M61 et seqq. (3) Apul., Florid.
(2)Montfauc., Ant. expL, suppl., 3* Série. — Peintures. 2»
cienne : une pareille consécration ne serait guère dans les mœurs de l'empire romain. Cette distinction n'a été accordée sans doute, qu'à quelques impératrices : et la Muse historique pouvait être chargée de leur mémoire aussi convenablement que celle d'une artiste.
Il est difficile de déterminer l'objet que la femme déifiée tient de sa main gauche. Est-ce un flambeau , pour rappeler son bûcher, comme le catafalque dans les apothéoses des empereurs .'^ Serait-ce un mât de vaisseau, pour indiquer quelque circonstance de sa vie ou de sa mort? N'est-ce point plutôt un carquois, muni de son couvercle et de sa bandelette, tel qu'on en voit un dans l'apothéose d'Homère (i) ? Dans ce dernier monument, le carquois est l'attribut d'Apollon ; ici il pourrait être celui de Diane , et la femme déifiée devait alors se confondre avec cette déesse.
La Muse est vêtue d'une tunique blanche, sur laquelle flotte une draperie verte soulevée par la rapidité du vol de cette déesse. Quant à la mortelle déiflée , elle est enveloppée dans une large tunique à manches , bleu céleste, serrée au-dessous du sein par une ceinture d'or enrichie de pierreries. Une draperie flotte autour de sa tête et lui fait une sorte d'auréole; elle est couronnée de laurier comme l'autre figure. Mais la vigueur des traits de Clio, fdle des cieux, offre un heureux contraste avec
(1) Winckelman , Monum. de ment., t. I. l'antlq.; Visconti l\h(s. Pio-Cle-
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