I . i^i? lo
PLWCHK 55.
Cette phuiehe est oeciipée par six. lampes de Ijroiize, toutes du même genre, représentées en plan et de profil. Elles ont la forme d'une nacelle, et leur poignée, (pion peut appeler chénisquc^ ainsi que la poupe d'une galère antique, a pour ornement une tête d'animal. Trois d'entre elles ont une tête d'oie, de grue ou de cygne. Les deux premiers oiseaux sont des symboles de vigilance. Les oies sauvèrent le Capitole. Quant aux grues, elles placent des sentinelles pour se garder quand elles reposent; et les anciens croyaient même (i) ([ue ces sentinelles tenaient une pierre dans une de leurs pattes, qui restait levée, afin que si elles se laissaient surprendre par le sommeil, la pierre en tombant produisît un Ijruit propre à donner l'alarme. C'est peut-être là ce qui avait donné à Alexandre l'idée du bassin de bronze et de la boule d'argent, à l'aide desquels il se tenait éveillé (?>.). Le cvgne peut encore figurer ici comme offrant toujours un augure favorable :
Gycnus in auspiciis semper la^tissimus aies (3).
Les trois autres lampes diffèrent essentiellement des premières par la manière dont se termine la poignée.
(1) Aristot., Hlst. anim., IX, 10. (3) Anonym. apudisidor., Orir/.,
(2)Amm.Marcell.,///.sy.Jih.XVI. XU, 7.
78 BROxNZES.
l/iiiic a mic paiiîliôrc ou im îii;r(' à Jiii-coi'ps; et Ton sait (|ii(' CCS (lcii\ animaux claicut consacres à Racclius (i). La sin\aulc est oiik'c d'un masque de lion. Ces (lcu\ oiiicmculs offrent (|uc!(juc chose de bizarre : car, si I On S()ni;c au ua\ ire dont la lampe a la forme, le cliénis(|ue se termine ])lus naturellement j)ar la tête d'un oiseau a([uati(|ue; si au contraire on ne pense qu'à la lampe même, les anciens n i<^noraient pas que le lion, comme lctii;re, ne peut souffrir l'aspect de la flamme (si). iMdin, nue des deinières poite une tête de dauphin, ce (|ni est aussi rationnel <|iic leçon dec\i;ne.
On voit ici deu\ frairments de terre cuite extrêmement curieux.
\ A' premier est la poii>iiée rompue d'une grande lampe porlatixc, poignée qui avait la forme d'une feuille de vigne ou de fii» uiei\ 1 .a lace inteiiie de cette feuille est ornée d'aral)cs(|ncs foriiu'cs de lotus et de jacinthes; et du milieu de ces aiahescpies soit à mi-corps un homme coiffé du bonnet phrygien, et tenant de la main droite un sceptre, un instrument, ou même une arme dont il est difficile de préciser l'espèce. Dans les replis de son manteau, rejeté en arrière, on aper(;oit quelques fruits.
(I) Ovid., met., lïl, G68 et G69. (2) Plin., VIII, IG.
BRONSE.S
''l^'^tK'^ige^ .
3™* .Série
A\a-H V i .F 13'' et
Il n'est pas aisé de déterminer quel personnaj^c l'artiste a Yonln représenter. Le lotns indicpie un sujet égyptien, et l'on sait c[nesur les bords du \il on représeiitait le soleil sortant dn sein de eette fleur (i); les fruits eonviendraient à eette divinité , et l'on sait en outic qne dans les monuments antiqnes Mithra, on le Soleil , est représenté avec le bonnet phrygien. D'une antre part, la jaeinthe semblerait indiquer Ajax, qui fut ehangé en eette fleur : alors l'objet que ee personnage tient en main serait un fouet; et l'on aurait l'xljax flagellitère de Sophoele. Mais la supposition la plus naturelle eonsiste, selon nous, à voir dans eette figure un Atys, personnage que l'on confond avec 13aeeluis (:2), et à qui conviennent parfiiitement tous les attributs indiqués (3) : peut-être les fruits qu'il tient dans son sein sont-ils des amandes; car, selon les mvtholoiivies, Atvs nariuit du novau d'un de ces fruits.
Sur le dos de cette anse de lampe se trouvent gravées les trois lettres INL, inscription qui ne peut avoir aucun rapport avec le sujet de l'antique, mais qui indique sans doute le nom du propriétaire ou de l'artiste. Peutêtre ce nom était-il INLVSTRIVS que l'on trouve sur quelques marbres (4).
Le second fragment est une lanqoe dilyehne, privée de son anse, d'un bec et d'une des deux têtes de griffon
(1) Plutarch., de hid. et Osirid. (3) Mont faucon, tom.I,tab. iîeto.
(2) Lanzi, Sagg. di ling. etr., (i) Malvas., p. 29; Fabretti, tom. II, 227, 392 et 397. p. 300, n. 271.
(ini I Ornaient sur les cotés. Au niilicii se trouve mie fimiic il lari^c haihc, à ia ])oiicIk' ouverte : e'est sans doute un inas(|ne tragique, ein])lèine ([ui, comme le griftbu, apparlienl à liaeehns.
Les (len\ terres cuites (juc nous venons de décrire ont cela de i'einar(|ual)le, (|u'elles sont recouvertes duii enduit vitrifie dune eouleui- verdàtre, plus épais dans la première (juedans la seconde.
On axait cru, sur lautoiite de A asari et de Pomponius (iaurieus, (pie lin\ention du \ émis des potiers était due a Luea délia ru)[)ia, scidpteur lloi'cntin du \\^ siècle. -Mais les Ibuilles (riierculanum ont mis à découvert non-seulement nos deux fragments, mais une foule d'autres, revêtus de vernis de différentes couleurs. Outre cette vitrification, ([ui, étant assez grossière, dérobait inic partie de la heauté de la modelure , les anciens connaissaientencore un vernis noirou rouge, trèsléger, insépaïahle delà terre même, et (pii ne nuisait en aucune manière à la délicatesse du tra\ail.
Les i\vn\ c(')tés de la planche sont occupés par deux petites lampes d'argile : Tune, remarquable par ses anses latérales à deux pointes, offre une tète de jMereure, avec le cliapeau ailé et le caducée; lautre poitcpour bas-reliet un oiseau, au-dessus (hupiel est encore un caducée.
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A .iH . V. 1 . P . 161 . a23.
Sur les trois premiers monolyehnes de cette planclie, on voit deux mains qui se croisent et un caducée, symboles de foi, d'alliance; un bélier, auquel on peut appliquer ce que nous avons dit des animaux et des signes du zodiaque (i); et enfin un coq avec une palme, emblème dont nous avons déjà parlé fort au long (2).
Les trois lampes qui suivent sont encore de terre cuite. Celle de droite, représentée en plan d'abord, et ensuite de profil dans la figure qui se trouve au-dessous, est d'un dessin assez grossier. Le contour est formé d'un chapelet de petites bossettes ; et sur le disque, au milieu de trois ouvertures par lesquelles se versait l'huile, on voit unsphinx grec, c'est-à-dire ailé et la tête découverte, tandis que le sphinx égyptien était sans ailes et voilé (3).
La lampe placée à l'opposite, et sous le plan de laquelle on voit également son profd, représente confusément une tête de bœuf, d'âne ou de mulet , et sa poignée est surmontée d'un croissant. Peut-être y aurait-il quelques raisons pour la ranger dans un musée secret.
Vient enCin un dilychne assez élégant, ayant ses deux becs aux deux extrémités de son grand diamètre, et por-
(1) Vov. pi. 43. (3) Voss., Etym., s. v. Shpinx.
(2) Voy. pi. 49.
3° Série. — Bronzes. .11
tant au iiiilicii du (lis(|ii(', ])ivs de r<)uv(Mliire,ye crochet îi l'aide diHjiK'l on })(mi( le suspendre. Le profd et le plan de cette lampe sont placés sur la même ligne.
Ces dix nionolyclmes sont tons de simple argile.
Snr la première lampe, on voit un jeune homme, ou plutôt un enliuit, armé (Wui boucliei- rond (parma), et dune lanee. Si, connue plusieurs critiques, on veut absolument \oir dans cette figure celle d'un gladiateui", on reconnaîtra du moins (|ue ce peutélre seulement un de ces prolusorcs ou vc/itilatorcs qni, avant h; condjat, venaient courir et se poursuivre dans l'arène, jetant en l'air leur lance et leur bouclier, et les rattrapant avec adresse sans arrêter leur course (i) : exercice qui devait ressembler beaucoup au rZ/e/vV/ des Orientaux.
A la sui\ante, ce sont bien dvux véritables gladiateurs, dont l'un est l'enversésur la terre et l'autre étend la main droite vers le premier : par ce mouN ement, le vainqueur seml)le aidei- le vaincu à se relever, api'ès qu'il a confessé sa déliiite, cl (ju'il a obtenu la vie en levant lui-même le doigt vers les spectateurs. Cet acte de clémence ne s'est encore trouvé représenté sur aucun monument; d'où l'on peut conclure (ju'il n'était p;is ordinaire. Cette particu-
(1) Quintil., X, 7; Senec, Epist., 1 17.
larité nnique, jointe ii la finesse avec laquelle les deux personnages sont dessinés, donne l)eaii(()iip de prix à notre monninent.
La troisième lampe offi'<' un casque à visière, clîari»e d'mi cimier, et portant sur le côté un oincinent quiresseml)le àiuiepalme. Comme nous l'avons montré(i) tout à l'heure, le cimier appartient plus particulièrement au gladiateur appelé Samnite ou H(3plomaque : la visière indique aussi ce dernier; enûn la palme est le signe d'une victoire remportée (y.).
Cette figure grotes([ue que l'on voit sur la quatrième lampe porte d'une main un Ijouclier et de l'autre un morcean de ])ois fendu, appelé crotale, et à peu près semblable à la batte de notre Arlequin; elle représente sans doute une espèce de bouffouscpii venait se mêler aux escarmouches des gladiateurs (3). Ce boinict pointu est la coiffure ordinaire des caricatures antiques, sans doute parce que les précurseurs de nos craniologistes avaient déjà remarqué la bizarre proéminence de la partie supérieure de la tête chez les idiots (4)
Le cinquième disque représente évidemment un pugile armé de ses deux cestes. Cette espèce d'athlète figurait dans les jeux publics , non-seulemejit en Grèce, mais à Rome et dans les colonies romaines : iespugiles comptaient j^arjui les gladiateurs (")), et 1 on av.iit même
(1) Voy. pi. 18. (i) Martial., VI, ;j'J, 15 ; Clément,
(2) Sueton., Calir/., 3-2. Alex., Pcvcl., III, A,
(3) Cic, de Or., III, -23. (5) Ammian. Mareoll., XIV. 7.
(les |)i!i;il('s {•alcrNiiircs, ('"{'sl-ii-dirc (|ui ('Oiiil)attaient eu tr()iij)('s(i). Quand il s a^issail d un coinhatà mort, lespiii;il('S, oiilic le ('('Sic, s arinaicnl de deux masses dcpieri'c on de métal v.); cl au coiilranc , s ils ne voulaient que sexei'cer on préluder à des luttes plus sérieuses, ils amortissaient les coups an moyen de conssins on de sacs remplis de matières molles que l'on appelait ÔjXa/.oi, sacci/Ii, È-iToaipia, pi/gi/li (H). Notre fij^ure ne porte aucun de ces accessoires, mais bien de siiiq:>les cestes on gantelets.
Los cinq lampes qui occupent le reste de la planclie sont ornées de dif'lérents masc[ues ou de têtes.
C'estd'abord nnSilène vu detrois quarts : à l'absence de cornes, quoique avec des oreilles de chèvre, à ces yeux un peu louches, à ce front dégarni, on reconnaît le ciXkoç (4), ça ly.y.coç yécoiv (")) : considéré par quelques niythogra plies connue (ils de la Terre, et symbole de la respiration animale (()), il lii;ni(' convenablement sur une lampe funéraire. Au bas de la figure se trouve une espèce de voile dont Tnsagc s'explique facilement si l'on veut bien voir ici un masque : dans le cas contraire, on pourrait supposer (jue cette draperie est censée cacher le tronc ou la caîne d nu Iicrmcs.
(1) Gu(\., inscr., p. dOG, n. 1. (4) Pollux, II, 5i.
(2) lV)llux, lit;,, 150; Moreurial., (5) Luciiin., Co7icil. deor., A.
A. Gymn, H, *,»,! (6) Porpliyr., ap. Euseb., Prœp.
(3) Pollux, ni, 155, et X, (li; Ev., III, I T. G! os s.
Vient ensuite une lij^iire coiffée clans le i^enre (jue Ion appelait ôy/oç (i), et qni appartenait à la tragédie. La bouche de ce masque étant fermée , il appartient néanmoins, non point à un acteur, mais à un personnage muet ou mime (-2) ; ou plutôt, placé sur une lampe sépulcrale, il indique wwfi unis larvdt uni (3), c'est-à-dire les funérailles d'une personne écrasée et défigurée par l'accident qni a causé sa mort, de manière qu'il a fallu lui mettre un masque, pour feindre de la porter au tombeau le visage découvert , suivant les rites accoutumés.
Nous en avons ensuite un autre un peu diflérent : les cheveux en couronne ou en spirale , la face large , les sourcils hauts , le front ridé, signalent un masque comique (4). Sur une lampe sépulcrale, c'est presque inie épigramme contre la vie humaine.
Les deux dernières places sont occupées par deux masques satyriques, c'est-à-dire du genre de ceux dont on se servait pour représenter les farces appelées satyres : genre auquel appartient peut-être aussi le Silène. Cependant quelques archéologues voient dans la première de cesdeux têtes un Pan, et dans l'autre un Jupiter Ammon, à cause de ses cornes de bélier, de la protubérance qui s'élève an milieu du font, et surtout de sa barbe pointue. Selon ces érudits, Jupiter, sur une lampe sépulcrale, rappellerait la fameuse lampe inextinguible du tenq^le de ce
(1) PoUux, IV, 133. Il, 10.
(2) Lucian., <Ze Sait. (4) Pollux IV, segni. 14 i et I4U. (3)Pietr.Morestell.,Pow/j./erfl/.,
gg BRONZES.
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duMi ,i), et sciiiit, coinnu' la lampe même, un symbole (U' l'immortalité (le Tàme.
Ccsdivli-nics repic'senteiit eiiHj lampes de bronze à une senle mc'elie, tontes dessinées sons deux points de vue, en plan et de profil. 1\)ntesont un eroissant terminé par deux honlons, au-dessus de Tainiean pai'on (m peut passer le hont dn doio-t pour les porter, mais dans une seule cv eroissant est assez bizarrement replié en avant. Trois d'entre elles ont un eonverele, ou o/?ercw/Mm, muni dm. bonton paronl'on peut le saisir, et attaché par une cliainette, soit au eroissant de la poii^née, soit à une petite éminenee pereée en anneau, ([ui se trouve sur le devant de la lampe. Dans une de ces lampes, qui n'a pas de couverele mobile, la plaque du disque est percée de douze petits trous ranimés trois à trois: les académiciens (niereulanum ontadmis, sans preuves suffisantes, que ces trous étaient des étoiles, qu'ils désiî^naient les douze sioncs du zodia(pie, et que par conséquent cette lampe était consacrée au soleil.
Lesdouzes tii^nres de cette planche ivprésentent cin({ nionolychnes de bronze.
(1) l'iutarcli., Defec t. oracul.
BROÎTZÊS.
Les quatre premières ofTreiil le plan et le profil de deux lampes en nacelle qui ont à l'extrémité de leur chénisqne, celle-ci une tête de tigre, celle-là une tète de coq. Il paraît que cette disposition , contraire àletymologie du mot chénisqne (deyrv, oie), s'était introduite même dans la construction navale ; car on voit siu' une médaille un vaisseau qui porte une tète de griffon {\ ) : nos artistes n'ont donc fait'qu'imiter les caprices, assez mal entendus, des ingénieurs.
Vient ensuite une petite lampe de bronze, vue sous deux aspects , et remarquable seulement par l'élégance de la palmette et des rinceaux de feuillage qui en forment la poignée.
Enfin, six figures sont consacrées aux deux dernières lampes, deux pour le profil, deux pour le plan , et deux pour le détail de ce même plan , afin de montrer dans l'une son ouverture en poire, et dans l'autre sa découpure en fleuron. La poignée de chacune de ces deux lampes se termine par un masque, le premier coiffé en petites boucles, le second ayant la chevelure disposée en spirales. Il parait que ces coiffures, entièrement artificielles , furent rarement en usage dans les premiers temps de la Grèce et de Rome. Les Etrusques au contraire avaient adopté depuis plusieurs siècles cette mode, qu'ils avaient reçue des Osques (5t). "• ^
(1) Scheff., de Re nav., Il, 3. (2) Quint., histif. orat., XII, 10.
88 BROISZES.
Au lîiilieii de cette planche est représentée une fort petite lampe de verre, suspendue, à l'aide d'une chaîne, par le point même où devrait se trouver l'ouverture où Ton met l'Iuiile; mnis cette ouverture n'existe pas plus (|ii(' celle des mèches, la lampe entière n'est qu'une masse \ it rcuse. (]et objet pourrait, en conséquence, n'être qu'un de ces jouets d'enfant dont nous parlons ailleurs (i). On a cependant employé le verre dans la fabrication des laiiqoes véritables (:>>.), et nous en possédons une de cette matière (>) ; mais elles ne devinrent comnuines que sous le Bas-Knq:)ire : alors on leur donna la forme de nos lampes modernes et le nom de caiidela ( j).
Les cinq autres petites lampes sont de terre cuite, et n'ont rien de remarquable : une seule d'entre elles est à deux becs.
La lampe dil\ chue, à poignée triangulaire, porte dans ce triangle même une palmette et deux coqs, dont un seul est resté intact : sur le disque on voit une déesse assise, une Diane sans aucun doute, tenant en main un rameau de laurier, et ayant auprès d'elle un cerf. Il est difficile de saisir un rapport logi([ue entre l'ornement de la
(I) Voy.plancho.33,àrappondice. (i) Du Canine, Gloss. grœc, s. v.
f2) Godin, Ori(/. Consf., p. 109. Kavor,Àa; Glos-s.la(.,s.\. Candelaei (3) Passor.,/.ttccm.,t()iii. l,tal). I . I(jnis sacer.