BBON/KS
•/ÔiO-'/it'
poignée et celui du dis(|ue. La poule est à la vérité au nombre des six animaux que l'on offrait aux dieux, le bœuf de pâte formant la septième offrande (i); mais on ne voit pas à quelle divinité particulière ce sacrifice était agréable. Pline dit bien que les poules qui avaient le bec et les pattes jaunâtres n'étaient pas des victimes pures, et que les poules noires ne pouvaient être immolées dans les mystères ( opertanea sacra) (2); mais à qui donc offrait-on les autres, celles qui étaient blanches et qui avaient les pattes parfaitement noires ? A la bonne déesse ou à Cérès? Non : car à ces divinités on offrait seulement une laie (3). Le coq était consacré ( et non pas immolé) au frère de Diane (4) , au Soleil, appelé, comme cet oiseau, r,X£/.Twp (qui éveille, quasi c Iccto cxcltans). Voilà la seule donnée de la liturgie païenne qui puisse justifier cet assend)lage d'une Diane et d'un coq que l'on remarque dans notre lampe.
Enfin, la lampe qui fait pendant à la précédente a sa poignée triangulaire ornée d'une })almette et d'arabesques relie porte sur son disque, selon les académiciens d'Herculanum, un autel avec sa flamme. Quelques lecteurs penseront peut-être, comme nous, cjne cet objet ressend^le davantage à un panier ou à un vase plein de fruits.
(1) Suidas, m Bouî â'êootAoç. (i) Plularcli., de Pyth. orne,
(2) Hist. nat., X, 50. toni. II, p. 400; Uiog., Pijf/i., 34; (3)Macrob.,Sa/Mm.,I,1^2;Juvon., Jamlilic, Vit. Pijth. 18; et 28 ; id.,
lI,86;Cat.,(/e/?erw5^,II,.'')., Varr., llporp., p. 1 iO. del{erusl.,{\,ï\^)\\d.,Fast., I,3i0.
3' Série. — Brouzcs. - 12
90 BROrsZIilS.
Cette lanterne (le bronze, tmnvée en x-jiV^ dans une rue (rilerenlanuni, lienl le j)reiiiier ra ni;- parmi les monunienls les plus enrieiix du Musée royal delNaples.
Ou a beaucoup éeril sur Tusa^j^e des lanternes eliez les aucieus, el en i;énéral ou a traité ee sujet avee peu de ciilitpu' et de goût : partout, c'est ee même esprit de Irixolilc' dont un anonyme français a jugé à propos de nietlre rcriij)reinte juscpie sur le titre de son livre (i).
liCS lampes que nos lecteurs ont vues jusqu'ici n'étaient eiiq)lo\ ées (pu^ dans l'enceinte des murs de la maison et souslahii du toit domestique : leur fia nuue ne pouvait résister ni à la pluie ni au sonflle du moindre vent. «Cette lampe infidèle, qn'lléro essayait en vain d'abriter sous son voile, » fut cause di^la mort de Léandre (i>.). Les hommes durent songer de bonne heure à se procurer un instrument portatif capable de contenir une lampe , et de la mettre à l'abri des injures de l'air : bientôt aussi ils durent chercher les moyens de rendre cette enveloppe transparente, de manière à profiter de la lumière sans qu'elle courût le risque de s'éteindre ; ils durent enfin s'occuper secondairement de donner à cet ustensile une
(l) Es^ml historique, criliqne , ternes; \ià\e, 17od. philologigve, politique, moral, (2) iMus., v. 258.
littéraire et yalant ^ur les lan-
'j'o^tKe^.
If. Ji^zùCCr éiu^te'
MO. B^ . r . 2 . P . 189. -.
construction telle que celui qui le portait ne fut aucunement incommodé par l'éclat de la lumière ou le contact de la flanune : avantage auquel un poëte comique italo-grec, Alexis de Thurium, fait une allusion fort plaisante dans ces vers, conservés par x\thénée, et traduits en latin par Pierre Crinitus (i) :
Qui primus excogitavit ut noctu cum lanterna doambularet , Isprofecto amator aliquis digitoruni fuit.
a Celui qui le premier imagina de prendre une lanterne pour se pro- « mener la nuit fut à coup sur quelque grand ami dos doigts. »
Laissons de coté les discussions frivoles des archéologues, qui, jaloux de tout faire remonter à l'antirpiité fabuleuse, attribuent à Prométhée l'invention de la lanterne. L'usage le plus ancien de cet ustensile se trouve chez les Cathaginois , qui passèrent longtemps pour le fabriquer avec un art particulier. C'est pourquoi Plante, ayant à décrire la maigreur d'un agneau, dit qu'il est transparent comme une lanterne punique :
PcUucet quasi lanterna punica.
jMais les Grecs ne restèrent point longtemps en arrière ; et probablement ils reçurent cette invention, comme les Carthaginois eux-mêmes, des Syriens et des Phéniciens. En effet, Empédocle, qui florissait vers l'an 44^ avant
(i)Athen., XY; Petr. Crinit., de Eon. DiscipL, XYII, (',.
notre ère, a placé tlans un endroit de son poëine di- (l;i(ti(|ne, ([ui est eitt' par Aristote (i), une description assez élégante de la lanterne, à hupielle il compare l'œil humain, llippociatc (pii Accut peu de temps après, nomme également cet ustensile (2). Et enfin, Pollux (3) nous a conservé nn passage d'une comédie perdue d'Alistophane dans lequel on trouve une comparaison entre l.'i lanterne et les vêtements transparents. En présence de ces autorités, on comprend à peine comment nn érudit (4) a \)\\ attribuer l'invention des lanternes an grand Alfred, roi des Anglo-Saxons, et surtout comment les anteurs de rEncyclopédie ont pn reproduire cette incrovahle assertion ('")).
J.cs Grecs ont désigné par différents noms l'ustensile dontil s'agit. Tls l'ont appelé d'abord >^a{7,7:T7]'p (G);en outre, li's At tiques surtout ont souvent employé dans ce sens le mot y.'jyvo^i/,o; (7). Dans le fragment d'Alexis que nous a\ ons déjà cité , la lanterne est appelée xspa-ivo; Vj/^'^o:, (( la lanqoe de corne » . Enfin, dans les temps postérieurs, on se servit du mot '^avo; (8).
Quant aux Latins, ils n'emplovèrent qu'une seule dénomination, sur laquelle il s'est élevé pourtant uneques-
(1) De Sensu et Sensib., 2. p, 17oG;Plutarch., Qiiœst. rom,ll;
(2) De Intern. Affect. Ulyiiipiod., Meteorolog., IV, /t9.
(3) OîioDiast., X, 20, seg;m. flG. (7) Casaub. in Athen., p. 990 ; (4)AssGi'.,<Zc///. Reb. ^r',s7. ,p. 20. Hosycli., s. v. Au/vou/o<;;Poll., lue. (.")) Encyel., siih vprl>. Lanterne. cit.
(G) Empfid., llippocr. ot Poil., (H) Galon.; 1>. Johunn. Erang.;
locis citatis; Ainci\?,Ti\cA., l'oliorc, Pliilist. ad Poil., X, 26, segm. HG.
TROlSllilME SKRir.. ' 93
tion d'orthographe : Faut-il écrire laterna ou lanterna? La première opiniou est adoptée par hi plupart des philologues, etDausquius(i) va jusqu'à prououcerd'uu tou magistral : ^SmT»/ lauterua /^e barhariesipsa tulcrit; « La barbarie elle-même n'aurait point toléré (ju'ou écrivît lanterna. y> Nous serions assez audacieux, assez barbare, pour braver ce terrible anathème , appuyé ([ue nous sommes des plus anciens manuscrits, palatins ou autres, de Cicéron et de Plante (2), et même de monuments plus concluants encore, à savoir deux inscriptions. En effet , on trouve d'abord sur les marbres antiques le nom de femme LANTERNLMA LUPULA (3), évidemment dérivé de lanterna. En outre, ce qui clùt évidemment toute discussion, on voyait au milieu du siècle dernier, dans le nuir méridional de l'église de Saint- ^lichel, à Gurti, village voisin de Capoue, une pierre sépulcrale, transportée depuis dans le nuisée particulier d'un des académiciens d'Herculanum, et sur laquelle se trouve une lanterne sculptée , avec cette inscription, qui a été publiée d'une manière très-fautive parle chanoine Pratilli (4) , et que nous rétablissons dans son intégrité :
M. HORDIOMVS PHILARGVRVS
LAREO. LANTER^■ARIVS
FLAVIAI. CL. PHILVMLXAI. VXORI
ET SYIS
(1) Orthograph., lom. Il, p. 180. Plaut., AuL, III, o, 29.
(2)Leon.jN[alaspin.ad.Cic.£'/j/iY. (3) Murator., p. 908, 7.
ad AH. , IV, 3 ; Grutor et Faern. ad (4) Via Appia, p. 351 . CiC, in Pison., 9; pro i}lil.,\y, 18;
a Marcus Ilordionius Philargurus Labeo, fabricant de lanternes , à son « épouse Flavia Claudia IMiilumina et à sa famille, »
Plusieurs indices, et particulièrement les datifs en AI, prouvent c[ue cette inscription est du hou siècle de la latinité : elle fiiit donc autorité en matière d'orthographe. Cela posé, l'étymologie de ce mot ne devra plus se chercher dans latum, supin àe. fera, je porte (i) ; ni dans latco, je me cache; ni dans latus, flanc (ii); mais il faudra la tirer avec Passeri (3), de \oL[j.r,-io ; ou de 7.av6av(o , je me cache. On pourrait la demander aussi à riiébreu t2i<S> huit, (( cacher» (radical qui se rappix)che de"XavOavco et de Intco (i), et "n:, nuT\ « lumière ». Cette dernière opinion porte, à la vérité, le caractère paradoxal qui est comnuui à toutes les origines sémitiques transportées dans les langues d'origine indienne ; niîiis il faut se rappeler ce qne nous disions tout à l'heure des lanternes phéniciennes ou cardiaginoises : le nom pourrait être venu de l'Asie occidentale et du nord de l'Afrique avec la chose elle-même.
Quelques mots maintenant sur l'usage des lanternes chez les anciens. Les jeux publics nocturnes (5) n'étaient éclairés, \\(i\\ déplaise à certains archéologues, que par des flambeaux et des torches. Quant aux ustensiles que portaient les augures, quand ils sortaient au milieu de la it
(1) Sauniaise, in Script, hiit. (3) Awcrrw., prtef., toni. 1, p. IX.
Aiic/., loni. I, pag. 8i5 et 93i>. {i)Udzoch., S pic. bibl., lom. I,
(•2) Baruffaldi, A'o/. in Lanzon., p. 250, not. (33).
de Coron, et Unguent. (r>) Sueton., Domil., -4.
TROISIÈME SÉRIK. 96
nuit pour observer le eiel, coinnie Plutarcjiie atteste que la flaniine était à découvert, afin ([ue l'on put s'apercevoir du moindre vent, ces ustensiles devaient être d'une construction toute particulière; elles ne constituent pas des lanternes proprement dites , bien qu'on les appelle lanternes augurales.
[jC principal usage des lanternes avait lieu dans les armées de terre et de mer. La colonne Trajane en montre une à la poupe d'un navire : Appien et Polyen parlent en termes très-clairs de cet emploi (i). Peut-être tous les vaisseaux de la flotte en étaient-ils munis; peut-être la galère prétorienne seule avait-elle ce moyen de transmettre des signaux. Parmi les troupes de terre, les rondes nocturnes, les circitorcs, portaient des lanternes : les soldats qui vinrent arrêter le Christ au jardin des Oliviers en avaient avec eux (•2). Les sentinelles qui gardaient les murailles en étaient aussi pourvues, afin de découvrir au besoin l'ennemi qui tentait de les surprendre (3); et l'on s'en servait enfin pour se guider dans les attaques et les escalades nocturnes , ainsi que pour incendier les machines de guerre de l'ennemi (4). Mais dans toutes ces occasions on devait employer des lanternes sourdes, qui ne donnaient de lumière que par le bas (5).
Pendant les marches de nuit , les corps armés s'éclai-
(l)SchGff., (/ë Mil. 7iav., III, \. (4) Yeget., IV, 18.
(2) D. Johann., loc citât, (5) Mn. Tact., 26; Philo, de
(3) .En. Tact., 22. teloi\ constnicf., \.