‹ Herculanum et Pompéi (volume 3)Chapitre 16 sur 22 · IV · texte numérisé non relu

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M" B" V 5 P 4ff o-. V i r 2 8

k*s i^uerrlers portèrent d'abord sur Icinljoiiclicr on sur k's différentes parties de leur aiiuure, pour inspirer de la terreur à leurs ennemis, ({ui ])]us taid lurent adoptés an théâtre pour les larves et les furies, et ([ui enfin, passant du théâtre an culte de Baechus, devinrent un ornement que le eapriee des artistes appliqua à toute espèce de décoration. Quant à ce mélange de iii^ures humaines , de feuillages et de rameaux contournés qui compose Tornement des deu\ anses , on peut en faire remonter l'origine aux Indiens, qui, de tonte antiquité, ont inii la représentation des plantes à celle des animaux sacrés, pour varier les dessins de leurs tapis, de leurs nattes, et même des objets ciselés. Les Hellènes en apportèrent sans doute le souvenir des extrémités de l'Asie jusque dans le Péloponnèse; et leur goût, s'étant épuré sous le beau climat de la Grèce, y ajouta la grâce et la correction (pie l'on remarque dans ces ornements appelés par eux '^oj^iy..

La vasque de marbre , remarquai )le par l'élégance de la coupe, rexcellent goût des ornements et le fini du travail, a été trouvée à Pompéi. Xous ne décrirons point la disposition des oves , des perles et des tresses qui la couvrent, disposition que la planche indique suffisamment, à l'aide surtout des deux figures de détail, dont Tune montre l'anse prise de face, et l'autre cette même partie vue d'en haut.

Cette espèce de vase était d'un usage très-fréquent chez les anciens : ils s'en servaient dans leurs banquets, dans

leurs bains, et surtout dans les sacrifices : on en trouve dans les ruines des palais et des villas, des thermes et des temples. Une grande vasque , désignée par le mot grec /tpaT-zfp, était employée pour mêler le vin avec l'eau, mélange que l'on puisait ensuite avec de petits ustensiles particuliers {cjatJius, simpidum), pour en remplir les coupes, des convives, etcomme chacune sacrifice était suivi d'un festin, on peut présumer que les vasques de terre cuite ou de maibreque l'on trouve dans les temples, et surtout dans les temples rustiques, étaient souvent employées à cet usage bachique. Mais c'est surtout pour les ablutions, lustrations, purifications que de pareils vases étaient indispensables : car on purifiait, on expiait par l'eau, qui lave les souillures, par le feu, qui les dévore, parle soufre, qui les guérit.

Terquo senem flanima , ter aqua , ter sulphure lustrât ( 1 ).

Pour la première de ces trois opérations, ou plaçait à la porte des temples des vasques pleines d'eau, qui rappellent la Mer d'airain de Salomon, et à l'imitation desquelles les bénitiers furent établis à l'entrée des églises dès les premiers temps du christianisme.

La forme des boids de notre vasque , qui a quelque analogie avec celle des lèvres humaines, porterait à penser que ce vase doit être rangé parmi ceux que les Latins appelaient lahnun. Cette opinion est confirmée par une

(i) Ovid,, Mel., VII, 2G2.

TROISIÈ:\IE SERIK. ' 105

inscription vn lettres de hroiize placée sur une antre vasque des thermes de Poiiipéi, (|iii est appelée dans l'inscription même : hoc lahnim.

Les écrivains latins assi<>uent aux vases compris sons» cette dénomination une foule d'usai^es différents : on voit chez eux le lahnim liiplnariiiui, (jui servait à laver des graines; V aquarium , qui était un réservoir d'eau; Voléarium, où l'on mettait de l'huile (i) : celui qui servait pour les figues (ii), et enfin celui que l'on emplovait pour y verser les produits écumants de la vendange :

Spumat plonis viiidemia labris (3).

Mais l'usage le plus essentiel du labrum est indiqué d'une manière certaine par le lieu oii fut trouvé celui de Pompéi, lieu qui n'est autre que les thermes mêmes de cette ville. Cicéron écrit àTerentia : Labrum si in balneo non est, fac ut sit ; « S'il n'y a pas de labrum dans les l)ains, fais en sorte que l'on en mette un (4) » : ce qui indique que ces vases étaient quelquefois portatifs. Leur nom même était devenu synonyme de bain ; et c'est ainsi qu'il est employé dans ce vers d'Ovide ( j) :

Nec Dryadas noc nos videamus labra Diana». « Ne surprenons ni les Dryades ni Diane dans son bain. »

(1) Gat., de Ee rust., X. (-4) Epist. ad. famil., XIV, 20.

(3) Colum., de Afjr. {ojFast., IV, 759.

(3) Virg., Georg.', U,[ij.

Série. — Bronzes. 14

F^nliii, la forme du lahvum destiné aux aljlutions est dociite avec exactitude dans un passade de Vitrnve, auquel nons renvoyons nos lecteurs (i).

liCs trois fii^nres (jui occupent les deux côtés de cette planelu' ollVcnt l'élévation, le plan vn d'en haut, et le ilessoiis (Tniie ])etite fontaine de iiiaihre giee trouvée à l\)nij)éi.

Toiilcs lesrnes (les cités ensevelies montrent condnen les anciens mettaient de luxe et (réléji,iUK'e dans la construction et la décoration des fontaines publiques ; et l'on peut avancer sans témérité qu'il v avait bien peu d'édifices particuliers qui ne renfermassent point des monuments de ce ij,enre capables de soutenir le parallèle avec ceux des places on des carrefours. Et cette fréquence des appareils hydrauliques ne tient pas seulement à leur utilité sous lui climat brûlant, à leur agrément comme accessoires d'une décoration architecturale : il faut l'attribuer aussi à la vénération religieuse avec laquelle les anciens considéraient le moindre filet d'eau, connue le sanctuaire d'une divinité , l'habitation d'une nynq)he ou d'un Génie. Parmi le grand nombre de fontaines antiqnes que les fouilles ont mises à découvert, celle qui a été trouvée à Hercu-

{l)De Archit., V, 10.

lanum en 1761 a été jusqu'ici la plus célèl)re, à cause de la richesse de formes, de l'harmonieuse variété d'attitudes que Ton remarque dans les Génies, les Faunes et les Satyres ji,roupées autour de son bassin : en ^oici une (pii prendra certainement place à côté de celle-là.

Les fouilles pratiquées au mois d'octobre de l'année

1832, dans une maison de Pom])éi, située en face de celle

qu'on appelle la maison du Faune, ont produit les plus

heureux résultats. Le jour même oii les académiciens

d'Herculanum s'y transportèrent en corps pour exann'ner

les objets déjà découverts, leur situation et la localité

même, qui pouvait les éclairer sur l'usage de ces objets,

on trouva en leur présence, dans l'atrium toscan de cette

même maison, etY>rèsdeVimpliwiu7n , ou du bassin placé

au milieu de cette pièce pour recevoir les eaux du toit de

la galerie qui l'entoure; on trouva, disons-nous, l'espèce

de coupe qui forme la principale partie du monument que

nous avons à décrire. C'est une vasque sans pied, dont le

bord offre dix saillies pareilles à celle d'une lampe à dix

becs ; le dessous est orné de feuillages gracieux et de cinq

masques de Satyres et de Faunes d'un travail correct et

sévère; ils diffèrent tous entre eux par leur âge, leur

coiffure, leur barbe et l'expression de leurs traits. Le

dessus de la vasque n'était point fermé ; mais il était garni

d'un rebord saillant et orné d'oves, formant pour ainsi

dire le rudiment d'un couvercle.

Près de là on trouva encore deux petits canards, deux colombes et une grenouille, puis une petite colonne can-

1(8 BRO^ZKS.

nelée, fra£;ii'(Mils ([ui faisaicjit cvideinmeiit partie du îiieine moniiinciit (|ii(' la coupe. Kii face de ces débris précieux, les sa\aiits aeadeinicieiis i-eeoiiiiiii'ent iniaiiimenient qu'ils ne pi )ii\ aient a\()ir été rc'uiiis (pie (rime seule i)iani('re. La colonne devait avoir été dressée dans riinl^luviuiii iiK'ine, la coupe |)lacée sni' la colonne, la bordure à oves complétée par un couvei'cle; et sur ce couvercle, les cin(| petites fii;ures d animaux placées eu comnnuiication axcc des tu\au\ de mani(''re à fonruir ciuq petits filets d'eau (jui, en letombant, |)assaieut par cinq des dix entailles formées sur le bord de la coupe. Telle est la disposition daprès hupudle le savant Aicolini a l'cstitué ce bel antique, tel cpi'on le voit dans notre planche.

A la vérité, la forme de la coupe de marbre et les ornements de sa partie inférieure auraient pu indiquer une lampe peusile à dix. becs plut(')t qu'une fontaine. Cette sinq:>le remar((ue porterait avec elle une entière con\icti()u si, à la |)lace des becs, on trouvait ([uelque conduit (ju! eonniiunicpiâtavec le réservoir intérieur, afin de porter riniile aux. mèches. Cependant, comme les anciens n'admettaient jamais dans leurs monuments mie forme qui ne fût pas justifiée par quekfue motif emprunté à l'usage réel, on peut supposer que le soir, pour éclairer le porti(pu' de rati'ium, on pla(;ait une|)etite lampe sur eliacnne des di\ saillies de la coupe : c'était alors à la fois un candélabre et une fontaine, et l'on peut se figurer quel effet charmant devaient produire ces dix: fiam-

TUOISIÈ.ME SÉRIE. tf9

mes, réfléchies dans les flots de riiiipliiviuin, et brillant à travers le cristal litjiiide des jets d'eau.

En considérant ce nioiunnent sous le rapport relii^ieux, les masques de Faunes et de Satyres indiquent cpielque rapport avec le culte bachique; et comme on xoit des symboles de même nature sur pres([ue tous les objets trouvés dans la même maison, on en peut conclure (pi'elle était habitée par un fervent adorateur du fils de Jupiter, initié aux ïuystères dionysiaques que célébrait toute la Campanie. *

Le milieu de notre planche est occupé par une i^iande vasque de marbre trouvée à Pompéi. Elle est supportée par trois sphinx ailés, dont le buste de femme repose sur d'énormes pieds de lion. C'est là le véritable sphinx d'Egypte, emblème des inondations du Xil qui ont lieu en juillet et en août sous le signe de la Vierge et sous celui du Lion. Ces trois sphinx sont du reste vêtus fantastiquement de larges feuillages qui naissent au-dessus du ventre et le recouvrent entièrement. Xous ne nous étendrons pas sur les autres accessoires de la vasque , ni sur la forme et les ornements de son piédestal triangulaire, toutes choses dont la planche peut donner une idée fort exacte. Quant aux usages de cette espèce de vase, nous ne pouvons que renvoyer à ce que nous en avons dit dans l'explication de la planche précédente : nous rappellerons seulement que les sphinx étaient couchés habituellement devant la porte des temples égyptiens pour commander le silence pendant les mystères, et que

no BRONZES

sans doute cette vasque, destinée aux ablutions, occupait la luênie place devant quelque lieu sacré, public ou privé, de la ville de Pompéi.

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