‹ Herculanum et Pompéi (volume 3)Chapitre 19 sur 22 · I . Caldarium vu en perspective · texte numérisé non relu

I . Caldarium vu en perspective

'X . Coupe verticale du corps du vase et de son couvercle coni([ne.

a. (Capacité intérienre du caldarium, avec les concavités particulières des fnseanx. de la surface.

h. Petit fourneau, qui a la forme d'un cylindre un peu renflé par le milieu; ce cylindre, contenu dans le ventre du vase et adhérent au fond de celui-ci, a sa base percée de (juatre trons par où tombent lès cendres et par où s'inti'odnit l'air nécessaire à la combustion du charbon : ([nant à ce combustible , on le jette dans le cylindre par l'ouverture supérieure qui est au niveau de la bouche

(1) Voy.pl. 67.

(lu vase. Un fer rouge introduit dans le cylindrt* pouvait remplir le même offiee qu'un feu de eliarbon.

c. Petit récipient ou entonnoir, au fond duquel tient un tube qui communique avec l'intérieur du caldarium. et par où l'on pouvait introduire le liquide dans le vase et en ajouter de nouveau chaque fois qu'on le jugeait à propos. C'est par là aussi que devaient s'échapper les vapeurs du fluide misen éhullition, quand le grand couvercle était baissé.

d. Tube autrefois muni d un rol)inet, par le moyen duquel on extrayait le liquide : il était placé à la partie moyenne du vase pour éviter que les matières mises en décoction ne fussent entraînées avec les liquides et ne vinssent obstruer le conduit.

e. Couvercle conique, dont la cavité est fermée à sa partie inférieure par une plaque de métal un peu concave : il est attaché au bord du vase par une charnière, et ferme exactement l'ouverture dvx cylindre-fourneau.

3. Couvercle entièrement mobile et percé parle milieu qui, reposant sur les bords de la bouche du caldarium, couvre l'ouverture circulaire delà cavité qui contient le fluide, et laisse libre au milieu la Ijouche du fourneau cylindrique : ainsi, quand le couvercle conique n'est point fermée l'air circule dans la longueur du cylindre, et le feu prend toute l'activité possible; au contraire, en abaissant ce couvercle , on modère , ou Ton étouffe même le feu.

f. Espèces de petits fermoirs, (jui tournent au moven 3* Série. — Bronzes. 19

des petits pivots g^ et qui retiennent le couvercle circulaire fixé sur l'ouverture du vase.

//. Bord convexe à l'intérieur et concave en dessous, qui , lorsque le couvercle est posé sur l'ouverture , s'emboîte lui-même avec les bords du cylindre-fourneau.

4. Foruie des ouvertures pratiquées à l'extrémité inférieure du cylindre.

5, 5. Vue et profd des anses du caldarium.

G. Ornement ciselé sur le bord convexe de la bouche du caldarium, sur ce (jue l'on pourrait appeler la lèvre du vase {lahriwi).

7. Ornement égratigné {sgraffito) et ciselé, sur le bord plat et intérieur de l'ouverture du caldarium.

On ne peut hésiter à ranger ce beau vase parmi ceux

que Pollux appelle ôspi^-avr/ip , ôspjy-aucTpi; , 6£p[j.a(jTpi? , Ôepixa-

T-zfpiov, ya'Xx'ov, OU sG/api; (i). En latin , OU le nommerait /??f- Liarlam, d'après cette description de Sénèque (2) : Facere solemus dracones, et iniiiarla, et coniplures formas, in quibus aère tenul Jistulas stridmus per déclive circumdatas; atsœpe eumdein ignem amhiens aqua per tantum fluat spatii, quantum efficiendo calori sat est. Frigida itaque i/itrat, effluitcalida. « Nous construisons des dragons, des miliarium, des vases de différentes formes, dans lesquels nous plaçons des tubes très-minces, inclinés et décrivant des détours ; de manière que l'eau cir-

[\) Onomast., X, 19, segm. 6G. (2) Qnœst. natur., Ill, 24.

7ft,

H. yy.

Cille plusieurs fois autour d'un même feu, et cela en parcourant un espace assez étendu pour qu'elle ait le temps de s'échauffer. De cette manière, le lirpiide entre froid et sort bouillant. » Toutefois, vu la construction de notre vase, il n'était point nécessaire que l'eau tournât plusieurs fois autour du cylindre : une fois introduite dans le A'ase , elle demeurait immobile ; c'est là sans doute une dés variétés de construction comprises sous l'expression du philosophe, et complures formas. Du mot miliarium des Latins, les Grecs firent txO.!,ap'.ov, que l'on trouve dans une épigramme de Nicarque (i) et dans un passage d'Athénée (2). Néanmoins quelques puristes, qui ont été tournés en dérision par Athénée et par Lucien (3), employèrent de préférence la dénomination grecque composée, t77vo)i€-/;; (vase à fourneau).

Ces quatorze vases de verre, qui paraissent tous destinés à des usages domestiques, ont été trouvés à Pompéi.

Le premier est du genre de ceux que l'on appelait en grec o^uéaço;, oxybapJius, parce que, étant très-étroits du col , ils versaient goutte à goutte la liqueur qu'ils contenaient, et non parce que l'on y mettait du vinaigre, ainsi

(l) Brunck, AnthoL, tom. II, pag Casaubon. 357, cum not. Jacobs. (3) Lexiphan, 8.

(2) Deipnosoph.,\U, 5i, cum no' .

(u\c Tout admis à tort plusieurs criticjut'S et même des auleuis de le\i((ues destinés h reuseigMeineiit (i). C'est ee quePhrvnielins atteste en ces tenues : « 'O;uêa(po; est nu (( mot eomposé de o;-j, aigu, et Jiou de o;o;, vinaigre. c( Le mot o;j désigne toute chose aiguë, eu fait de vase à « I )oire , etc. » h'oxybaphus est donc ce qu'on appelle eu latin guttiis. IVanse de ce vase est formée d'un faisceau (le jX'tites tiges de verre , ce qui la rend plus facile à tenir et moins glissante.

Les deux: vases du n" () i-essend)lent au premier, sauf qu'ils sont renfermés dans unautic vase, le seulde toute cette planche qui soit de terie cuite. Ce vase extérieur, fait à peu près comme un de nos huiliers, a un usage tout à fait analogue : il sert à transporter les deux carafons qu'il contient; il les abrite et empêche qu'ils ne soieîit renversés : on l'appelait àyyoOw, ou lyyuGrr//^, angothcca on engfthcca, d'oiilesLatinsont fait, selon Festus, incitcga.

Le numéro j est du genre de ceux (|ue les Grecs appelaient [iofxê-jlio:, rio|j.ê-jAr, et ^ov.é'ilov, parce ([ue, comme le (lit Autistliène (:a), il rendait un son, èéoaêe-., quand on !)ti\aitou f[uan(l on vei'sait le li([ui(le ([u'il contenait: en effet, ce mot [ioaésîv s'app!i(|uait au hourdonnement de l'abeille et du moucheron (3), au gémissement de la co-

(1) Alexandre, Die', gr. fr., s. v. ô;û€a:pov et o^ûêccpoç, '0:uêa»iov OU ô^uêaçov ; l'iaiiclie, (2) Pro//"e/)^, apud Poll., VI, 99.

Diit. rjr. franc., s. v. '0:uÇ7.fiov ou (3) Aristopli., lyuh., 309.

TROISIEME SÉR!K. 149

lombe (i), et niéiiie un tintciuent des oreilles (-à), [.es Grecs d'Asie appelaient cette espèce de hriiit ou plutôt de hrnissemeiit, x.jp-'W.'.ov (3); et les F^atiiis a\aient le mot bi/hinus, ([iii , s'il s'ai^itcriiue bouteille, répond à notre onomatopée, glouglou. Les Grecs n'avaient fait que transporter la leur an vase même qui fait entendre ce hruit.

Ce vase avait de\\\ anses, comme Tindicpie la figure : on le surnommait stéiwstome^ 'TTsvoTroaov (j), ou systoiuc, <7'j(7Tou,ov,(5), à cause de sou eiid)ou('hni"e étroite; vt stro//gyloïde, (TTpoyyAos'A'; (6), à cause de sa forme sphérique.

Le numéro 'i représente une paropside, -apo}--;, vase dans lequel on servait les sauces; au-dessous se voit un petit bassin appelé lécanide^ lzy,y.v'.:. C'est donc une saucière avec sa soucoupe (7).

On voit encore, sous le chiffre 5, une paropside à peu près semblable à celle qui précède, mais beaucoup plus petite et d'une forme moins gracieuse.

Sous le numéro () se trouve un instrument propre à goûter le vin. A la partie la plus déliée de cette espèce de tube, on voit une embouchure sur la((uelle le dégustateur appliquait ses lèvres, de manière à ])omper le.li(piide après avoir aspiré Tair contenu dans Finst ru ment. I /autre extrémité, qui se trouve ronq>ue, était également nuuiie d'ini tube à embouchui'e , et pouvait sintroduire dans le

(l)Hesych., s. v. Bouêsiv. V[, 90.

(2) Sappho, Fragm., 5. (5) Foll., loc. et.

(3) Poil., X, 68. (6) Suid., Ler.

(4) S'Ophocl., Kr:p'jxs<;, ai)ll(l Poil., (7) Poil. . X, 7(5.

150 BilONZKS.

col (lu rccipiciit dont on voulait f2;oriter la liqueur sans le houj^cr de sa place. Tout cela résulte de la description faite parOppien de cet instrument, qu'il appelle tuyau physétere^ aù'Xov cp-jcr.-rr.pa (i).

Cet instrument s appli([uait aux grands vases que l'on ne pouvait rennier, ou dont on ne voulait pas troubler le contenu ; le déi^ustateur pouvait l'introduire commodément dans ses réservoirs en appuyant sur leurs bords la partie renflée et courbée de son ustensile et il pouvait à volonté n'aspirer qu'une seule goutte de liquide. Il ne faut donc pas confondre, comme l'ont fait quelques critiques (y.), l'ustensile que nous venons de décrire avec le siphon, ci^(ov : car celui-ci servait à percer le fond des tonneaux afin d'en goûter la liqueur : il se composait à cet effet d'un tuyau armé d'un fer pointu, ainsi que le démontre suffîsannnent ce vers d'Hipponax (3) :

« Ayant perforé avec le siphon délié le fond du tonneau. »

Cette distinction est confirmée encore par l'autorité de Pollux (4), qui ajoute qu'après s'être servi du siphon pour tirer le vin, on le recevait et on le portait à ses lèvres dans THie petite coupe appelée yeu-TT/p'-ov , mot que les gloses expliquent par le latin cupeUum et ineraria.

(1) HalieuL, A(V3. (3) Apud Poil., VI, 19.

(!2) Jiingermann, Ledelin, tlenis- (i) Onomasl., YI, 18.

lerliuys et tous les lexicographes.

TROISIÈME SI^:RIK. l'A

La figure septième ofTre en perspective une passoire (ûX'.cTr^p), qui a la forme d'une bouteille, et dont le fond, percé de sept trous, est nu peu convexe.

Le vase du numéro 8 est un entonnoir de verre, -/(ovr, ycovsfov, yojve'jT-/;pcov (i), en latin infuiuUhuliim.

Il serait difficile d'assigner un nom à ceux qui sont marqués lo et ii, si nous n'avions un passage d'Athénée (:^) (jui nous apprend que les vases dont le goulot s'allonge en pointe s'appelaient aao'.-/.£;, amhices. D'une autre part , on sait (3) que les Grecs se servaient de vases à long col pour pratiquer une espèce de distillation. En rassemblant ces deux observations, on peut conclure que les Arabes , empruntant aux Grecs cette opération chimique, leur ont aussi pris le radical duquel ils ont formé leur mot alambic, en préposant l'article al. On ne trouve nulle part, dans les écrivains arabes, une description de cet instrument antérieure à celle qu'en a donnée le médecin Abulcasis , ([ui florissait dans le XIP siècle à Zahara, près de Séville, et qui est connu encore sous les noms de Khalaf Ebn Abbas Abul Kalem et de Alzliaravius (4).

Les trois derniers vases, portant les chiffres 12, i3et i4, sont ce que les Grecs appelaient /.ja./.c;. Le premier est orné de feuillages semés entre les siiuiosités dedeiix méandres. C'est encore une imai>e des i»uirlandes de

(i) Alexandr. Aphrodis., ProbL, (3) Dioscoi .,Y, 1 10; Plin.. VII, 5.

II, o. (4) Cusiri, lUbl. Ar., II, -2l(;.

(2) Deipnos., IV, p. 152.

l.J2 BRONZES.

vcidmc et de ilciiis dont on couroiiiiait les coiipcs des (■on\i\es (i). J^e second est loit cnritMix sons le rapport de sa forme, cpie Ton pent comparera celle d'inie massne nonense tronqnée par les denv bouts; c'est le y.'j'k'.^ àrjv- •^zV.wTo: mentioinié pir Sophocle dans son Triptolèiiie , ce ([ni sii^nifie, non pas nne coupe sans fond, comme on l'a e\pli([né jns(pi'iei, mais nne conpesans pied. En effet,

(y-uvr^'aV.oiTo;) CStsyilOliyme (rà-'JOy-cvoç (a); et ruôjxrv, [ii'j6a-/;v,

[ijOao;, [iuBoç, [ia6j;, venant de [ixivw, sii^nilient bien évidemment le pied. : sans quoi, que serait-ce donc que ce vase dont parle Polln\ (3), et ([ni avait des astragales (àTTpaYa/.oi), des osselets, en place de TruOariv? Et dans Eschyle, et dans Nicandre, que signifie TTjOa/v, si ce n'est la racine (4);^

Nous verrons dans le Musée secret ([ue cette espèce de vase est souvent placée dans la main de l'esclave qui apjoorte des rafraîchissements, et c[ui sert connue de témoin à certaines scènes erotiques. Il est à remarquer eneoie ([lie des verres de la capacité d'un demi-litre, ([ui ont exaeteiucnt la forme de notre /JX',^ àTruvfWacoTo;, sont employés aujourd'hui en /Allemagne et dans les Pays-Bas })oui' boire de la bière.

La dernière coupe est plus simple et mieux proportionnée que les deux [premières. Après le repas, les an-

(1) Dissertaz.sopra unvasoitak- (3) Onomast., YI, 100.

yreco,eic.,i).[0. {A) JEsch.. Choëph., 258; Nie,

(-2) Poil., X, 79. Thrr.,ii3d.

cieiis avaient coutume de faire circuler de. main en main une grande coupe pleine du viu le plus excjuis, afin (pie la bouche des convives restât parfumée (i). Pour avoir toute son efficacité, ce dernier coup se buvait après qu'où s'était lavé les mains et rincé la bouche (-2); et la coupe (jui circulait ainsi était appelée y.eTxv.Trrpiç et é-vn--zU (lASTa, après; k-i, sur; vi-tw, je lave). Ces noms , méta/ii/jtride et épiiuptride , pourraient encore convenir à nos trois grands vases.

Le travail en relief dont sont ornés ces trois derniers vases antiques démontre assez , comme le fait aussi un passage de Pline (3), Terreur des technolognes qui ont placé l'invention de ce travail en l'an lOo), et l'ont attribuée à Gaspard J.ehman de Prague, artiste qui était au service de renq)creur Jlodolphe 11. Ici, et dans une foule de cas semblables, les modernes n'ont fait que retrouver un procédé oublié ou perdu.

PLANCHK 79.

Les formes des vases anciens sont variées à l'infini : ce qui rend leur classification, d'après les noms que les grammairiens et les lexicographes nous ont transmis, extrêmement difficile, sinon tout à fîiit impossible. Cette variété

(1) Poil., VI, 30. (3) H\^(. nat., XXXVI.

(-2)Id.,VI, 31.

3" Série. — Bronzes. 20

est telle, (|irmie des partieularités les plus rares dont s'enorgueillit le musée de Naples , c'est de posséder deux vases parfaitement semblables.

Cette planche offre trois preuves nouvelles de la fécondité du génie de ces artistes anciens, f[ui , connue la nature elle-même dont ils apprcchent sous tant de rapports, avalent la puissance de ne se répéter jamais.

Le premier, d'une forme très-simple, a son anse terminée d'en haut par deux têtes de cygne, et d'en bas par une feuille d'acanthe , au milieu de laquelle est une petite tête de Faune. On voit cette anse de face, non pasinnnédiatement au-dessus du vase, mais dans la figure qui occupe le haut de la planche , entre ce vase et le suivant. Les trois pieds qui le supportent sont élégamment attat^hésau bas du vase par d'autres feuilles semblables.

La diota ({ui vient ensuite est remarqual)le par la richesse de ses deux anses, qui sont tout à fait pareilles. On en voit une représentation exacte dans la figure qui est au-dessus de ce second v'ase, jointe à celle qui se trouve au-dessus du premier ; ces deux figures doivent être rassemblées à l'endroitdu front du masque, de manière à n'en former qu'une seule. L'écusson qui rattache l'anse au vase est encore un Bacchus ailé (jjsila) ou un Génie bachique, accompagné du tigre ou de la panthère. La partie supérieure de l'écusson porte en sautoir un objet allongé et à deux pointes, interrompu par le milieu, attribut qu'il est assez difficile de déterminer : quelques archéologues l'ont pris pour une bandelette , ornement de l'espèce

3^« S eue

ff. Roiox. (Zine

d'autel ({ue forme la partie supérieure de l'écussou. Surcet autel se tioiivc la leprésentation d'un vase à deux anses. Plus haut on voit un masque barbu doutle front est eeint d'un bandeau; pins liant encore, un autre vase, et enfin une corne d'abondance. Ce dernier synd)ole convient comme les précédents au dieu du vin ; en effet, les cornes d'animaux furent les premiers ustensiles dont on se servit pour boire, et c'est d'après leur forme qne l'on inventa le vase appelé rhyton.

Le troisième vase est encore une diota, d'une forme plus svelte et plus allongée que le précédent. Cliacnne de ses deux anses, dont on voit lé dessin de fiice entre les deux diota, est ornée de feuilles d'acanthe, et porte à son extrémité inférieure une tête barbue, aux cornes et aux oreilles droites et pointues, qui ne peut être qu'une tête de Satyre.

Des antiquaires ont prétendu que le monde moderne tout entier, a*\ ec sa large étendue , partagée entre tant de puissants empires, avec l'éclat de son luxe et la délicatesse de ses mœurs, ne possède point , dans toutes les richesses artistiques qu'il accumule depuis plusieurs siècles, as^e/ d'objets remarquables par l'esprit et l'invention dans le dessin, l'imagination et le goût dans la disposition des ornements, la fécondité , le caprice, la bizarrerie et l'é-

tnmgeté même de la eoinhiiiaisoii, pour les opposer avec avaiitai^e à ee (|ii'oiit produit dans ee ««eiire Hereulamim et Pompéi, ees deux points dans le monde anticpie. Sans établir aussi liardiiiienl un ])arallèle impossible entre les masses, nous osons du moins afïirmei- cpie chaque produit de Fart antique, comparé isolément ànn produit modeiiie de même nature, l'emportera nécessairement aux yeux des connaisseurs. Par conséquent, les artistes de nos jours, etparticulièrement ceuxcjui travaillent les métaux, n'ont ([u'à suivre la voie dans laquelle plusieurs d'entre eux se sontengaf^és à leur grand avantage : qu'ils continuent donc l'étude raisonn.ée (et non pas, comprenons-nous bien, non pas l'imitation servile) des modèles que nous livrent les fouilles, modèles que les ouvrages du genre du notre reproduisent et nudtiplient à l'infini. C'està une pareille tendance que l'art doit les progrès qu'il a faits depuis le commencement du dix-neuvième siècle, vers un emploi plus sage des moyens d'effet et de contraste, qui sont la richesse et la simplicité; et surtout vers une entente meilleure du galbe, tant dans la forme des masses que dans la disposition des ornements.

Cette anse de bronze, débris d'un vase qui ne s'est point retrouvé , offre un desmeilleurs exemples que nous puissions proposer aux artistes modernes c[ui voudront poursuivre leur carrière de réflexions, de recherches et de comparaisons, à ces honnnes laborieux enfin, qui veulent devenir les émules et non pas les copistes de l'antiquité.

Couverte dans toute son étendue de rinceaux de feuil-

TROISIÈMK SÉRIK. 167

lage extrêmement délicats, l'anse s'attachait an vase en saisissant les bords an moxcn de denx hranclies ornées d'acanthe avec de petites volntes, et terminées par denx têtes de chèvre. Au milieu de la partie supérieure, s'élève une pointe légèrement recourbée et terminée par nn bonton , d'où l'on peut conclure que le vase devait servir j)articulièrement à mesurer des licpiides et à les distribuer par doses ou poi'tions. Avec le pouce placé snr cette petite éminence, on donnait au vase une inclinaison graduelle, sans que l'anse piit glisser dans la main d'un sens on de l'autre , en versant tout à coup nue grande quantité de liqueur, ou en cessant de donner ce (pic ion voulait. Quelques vases modernes, d'un usage tout à fait vulgaire, présentent une dispo'sition pareille.

La partie inférieure de l'anse porte une tête qui fait le principal ornement de ce morceau, et qni paraîtrait une tête deMédnse, si l'on ne remarquait, pins bas que les serpents noués sous le menton, deux danphins ([ni mordent une coquille. Sur les joues et le menton même, on voit aussi quelques traces rugueuses dn genre de celles qui couvrent certaines parties du corps des monsties marins. Enfin, les têtes des serpents ont quelque chosed'épais et de raccourci qui les fait ressembler à des têtes dedogues. Ces indices révéleraient une Scvlla. Mais comment expliquer alors les deux ailes qui surmontent la co if fnre.-^ Seraitce le Génie del'eau, opposé à celui dn vin que symbolisent d'ailleurs les deuxchevreanx? et le vase anrait-il été destiné à ce que la langue mythologique appelle l'hvmen de

Jîacclius ctdesNyinpIu's, c'est-à-dire la mixtion des deux li(jiiides, ractioii de tieniper on de eoiiper le vin (car teniperare, tremper, \ieiit de -vvn-i , je coupe). Au lieu d'arrêter iioslecteiiis à ces conjectures , lions lenr recommanderons plntot nn examen attentif de tontes les délicatesses de ce petit chef-d'œuvre, travaillé, sans avoir égard à la matière, connue le pins liahile orfèvre travaille à peine un hijon de l'or le pins fin.

PLANCHR 81.

Le vase de bronze représentéà la partie supérieure de cette plaïu^lie a été découvert dans les dernières fouilles de Pompéi. 11 est d'nne forme élégante; mais l'anse, que l'on voit de face dans une figuiede détail, est remarquable par une disposition nouvelle d'ornements très-clairsemés. Un petit lapin, accronpi à la partie supérieure, remplit l'office de la saillie qne nous avons signalée dans l'explication de la planche précédente. Sur le corps même de l'anse , on voit d'abord nue tête ou nn masque en bas-relief, assez remarquable par la singularité de la coiffure, qui est relevée snr le front, et qui, après avoir couvert les oreilles, se rattache élégamment snr la nuque : cette figiu^e se groupe avec une flûte de Pan. Plus bas , snr une espèce d'autel que décore une bandelette posée en sautoir, est posée une corbeille pleine d'épis et de frnits. Enfin, (bms l'écnsson ([ni rattache l'anse an corps

TROISIFMK SfJUE. ' i.Vj

(lu vase, ou voit un vieillard frappant un jciuie Faune qui vient de laisser tomber une corbeille de fruits, sans doute dérobée au vieillard lui-niénie. 11 serait difficile d'expliquer d'une manière satisfaisante ces différents symboles : nous ne voyons entre eu\ ([u'tui seul i-apport, à savoir, qu'ils appartieiuient tous à la nature ou à des occupations champêtres.

La troisième ligure offre un ustensile de bronze, trouvé en même temps ([ue le vase. C'est une petite boîte cylindrique, suspenduepar troiscliaînes à unanneau, d'où part une quatrième chaîne qui soutient le couvercle, iNous croyons que c'est là une acerra propre à conserver l'encens , acerra thuris plena ( i ) , acerra thuris ciistos (y>) . Les premiers Romains prenaient avec les doigts des globules d'encensqu'ilsjetaientdansle feu de l'autel ;mais,lorsc[ue le luxe eut corrompu les rites religieux aussi bien ([ue les institutions politicpies, cet usage primitif ne fut conservé ({ue parmi les pauvres : on versa sur les autels tout IVncens qu'une acerra pouvait contenir (3), ou même de quoi en remplir des bassins [lances) (j). Selon Festus, acerra s'est dit aussi d'une espèce d'autel sur lequel on brùlaitde l'encens auprèsd'un lit funèbre, et dont la loi des douze Tables interdit l'usage. De là \ iiif sans donte que parfois on brûlait l'encens dans Vaccrra cllc-nième • ce fait, contesté pai" lcsanti([uaires, est cependant démon-

(1) Hor., Cann., TIF, 8, 2. (3) Arnob., :>.

(2) Ovicl., Met., XIII, 703. (i) Ovid., de Vont.. IV, 8 et 9.

160 BROiNZES.

ti('' iiicoiitestahleiueiit par im passaj^c de Martianus Gapella (i). Peut-être cette acerra à l)rùler de l'encens se eoiiloiid-cllc dwc \c thiiribulfim (-à), encensoir ou cassolette, dont la Forme particulière ne nous est révélée par aucun inonjujicut, mais ((ui, soit fi\c commt^ un trépied, soit portatif et suspendu comme l'encensoir moderne, (le^ait être percé de trous pour favoriser la combustion. L'espèce d acerra (pie l'on devait poser près de l'autel ou sur l'autel même, était ordinairement de forme carrée à quatre pieds : on eu connaît une triangulaire (')). La nôtre, de forme cylindrique, suspendue par trois chaînes, et n ayant point de trous au fond ni au couvercle, était unicpicment destinée à être portée, soit par \v camiilus, ce jeune serviteur (pii assistait le pontife dans les sacrifices, soit par un esclave du riche citoyen qui apportait l'encens connue offrande.

PLA.NCHK 8-2.

Ce serait , connue nous le faisions remarquer tout à l'heure (j), uiiti'a\ail fort curieux que celui qui établirait, entre tous les \ases anti([ues de nos collections et de nos musées, une classification fondée sur un sage examen des documents (juc l'anticpiité nous a transmis à cet égard,

(1) De ISupt., II. (3) CaylLis, Rec, l, -23L

(2)Ausori., EidyU.,\{\, !().•;; Tit. (i) PI. 79.

Liv.,XXlX, li, Quint. Cuit., VIII,'.».

BRONZiï:S

5? Série

ff.Rûuoe-, iUni^.

MPB-" Y. 3.P. 62 .

ilPied,

classification à Ia(|uelle rcpondrait une nomenclature conforme à celle des anciens lexiqnes ou glossaires. Cette œuvre critique, hérissée de difficMltés, comme toutcequi tient à la technologie des anciens, n a point encore été tentée. La nomenclature même que nous a laissée Pollux (i) ne saurait être d'un grand usage, vu c]ue les noms y sont rarement accompagnés d'une description exacte. On ne s'étonnera donc pas si nous nous l)ornons à faire remarquer (\ue ce beau vase est du nombre de ceux auxquels s'applique l'épithète [xovcoto: (à une seule oreille ou anse) , quoique deux petites anses secondaires fassent saillie sur les côtés, ainsi qu'on le voit dans une figure de détail au l)as de la planche. ^Sous ne trouvons aucun nom grec ou latin qui se rapporte à cette particularité remarquable.

Les ornements de ce l)ronze, fort distingués et propres cà servir de modèles pour différents genres de décoration , sont du nombre de ceux dont les dessins détaillés rendent un compte plus fidèle que ne ferait une longue description. Nous indiquerons seulement le mélange de différents styles, qui ne frappe point dans l'ensemble, mais qu'un œil plus attentif reconnaît dans les détails : ainsi les deux figurines égyptiennes des petites anses , par leur roideur conventionnelle, contrastent un peu avec le naturel de la tête de lion, nu de ces masques d'animaux, d-rJ^'^ /acaaTa (2), dans la représentation des-

( 1) Onomast., X, l.j, scjj;iii. 61. (-)^l- Anton, pliil., Comm., lll, 3.

3* Série. — Bronzes. 21

quels st' coniplaisait'iit tant les Crées. D'autre part, la giacesériense du faire de cespremiers ornements, et même des deux chevaux à mi-eorpsdu l)as de l'anse, contraste aussi avec l'expression à moitié grotesque et à moitié tenihle de la figure qui termine l'anse par le bas. 11 y a c[uelque chose d'égyptien, ou plutôt d'éthiopien dans les traits et la coiffure de ce monstre aux yeux ronds, au nez épaté, aux bras amaigris, et dont l'horrible rictus laisse voir des dents formidables. C'est peut-être le Typhon des Egyptiens, que l'on eioit être l'emblème du Khamsim ou vent du désert (i) : h's deux ailes attachées à la tête du monstre , et les (leu\ chevaux sur lesquels il s'appuie , exprimeraient la rapidité de ce terrible phénomène.

Du reste, ces contrastes se perdent dans l'harmonieuse élégance de l'ensemble; et si nous n'arrêtions pas ici nos conjectures, on pourrait nous accuser d'aller chercher bien loin la raison de choses (pii n'ont dépendu que d'un caprice du ciseleur.

(]es cinq vases délicieux, paraissent avoir eu tous la même destination : on s'en servait pour verser sur les mains des convives l'eau f[ui retombait ensuite dans le bassin appelé lebcs. Les vases de cette espèce étaient

(I) Jahlonski.

3^ Série

HKO.XZ KS

compris sons le nom ^lec 7700/001(1) et sous le nom latin gf/ttar/iii : noms ({ni expriment également hien l'usage et la forme du vase; ear Tnn est formé de -:o/éco, je verse en avant, et l'autre de gutta, goutte, parée (|ue le guttnrniiisne laisse échapper la li([nenr que peu à peu (2). Un. pareil vase s'ap|)elait encore en grec G77ov<^eiov on f7-ov<^iov, quand on s'en servait pour faire des libations de vin, et loiésiov, quand on l'employait pour des libations d'huile. Les Latins avaient pour ces deux usages le simpulum (3) o\\ simpuvium^ dont la forme était très-différente de celle-ci.

Le plus remarquable de ces vases, tant par Félégance du galbe que par la singularité des ornements, est celui qu'on voit au milieu du haut de la planche. A la partie du bord située en face du bec se trouve posé un aigle, (jui, les ailes encore déployées, vient de s'abattre av^c une proie dans ses serres. Plus bas est une oie , vue à micorps, qui semble s'échapper rapidement d'un massif de feuillage.

Les auteurs du Musée Bourbon ont cru trouver quelque rapport entre la présence de l'aigle et la frayeur ([ue témoigne le second animal; mais cette explication, beaucoup trop subtile, est contredite d'ailleurs par la différence de proportion entre les deux oiseaux. Pour appuyer une pareille conjecture , il faudrait an moins ([ne

(1) PoUux, YI, 9-2, Pt X, 10. (3) Varr., de Liiuj. la>., IV, 2(i.

(2) Festus, s. V. Gutturnius.

164 BROINZES.

Von put citer quelque apologue connu d'un fabuliste grec ou latin, daus liujuci iigureraient l'oie, l'aigleet le lièvre.

Ajoutons que si cette anse est précieuse sous le rapport de l'inventiou et du travail, elle devait être peu connnode à manier; et que pai" conséquent ce vase ne pouvait pas être destiné à des usages journaliers.

Le petit vase, sous la iigiu'e de, lace de l'aigle, est relevé par une zone écailleuse (^^o}.u^coto;) , placée entre le col lisse et le dessous cannelé.

liC troisième, placé sur l'oie, vue de face, reuq')orte sur le précédent parle iini du travail et par la variété des feuillages dont il est couvert; ce genre d'ornements sur les vases destinés à l'usage de la table rappelle la coutume où l'on était de couronner ces vases de feuilles et de fleurs (i), soit afin d'égayer l'aspect du festin, soit parce que Ton attribuait aux odeurs végétales la propriété de dissiper l'ivresse.

L'un des deux vases qui occupeut le bas de la planche a sur son anse un petit Pan [Pa/iiscus), du travail le plus ex(|uis. Il foule aux pieds une corbeille de fleurs, et appuie ses épaules contre la sonunitéde l'anse , eu serrant suisa poitrine un nœud formé par les deux extrémités d'une peau de bétc f[ui lui couvre le dos. L'attitude capricieuse de reniant. Faction des muscles de ses petits bras, l'animation de ses jolis traits riants et farouches à la fois, donnent à cette petite figure un méi'ite assez rare,

(1) TihuU., Elcf/., IF, 3, 15; Tertull., de H. C, § 15.

TROISIÈME SÉRFK. ifiô

sans que nous y clicicliioiis en outre I intention voluptueuse (jue quelques arcliéoloi'ues y ont trouvée bien

j^ratuitenient.

Le ('in([uième vase est d'une forme et dun tra\ ail plus ordinaires.

Ce grand vase de bronze est de lespèee de eeu\ que l'on appelait cratère (xpaTvfp), soit de viepa;, eorne, parée que l'on buvait primitivement dans des eornes d'animaux (i), soit plutôt de xspsévvja',, je mêle Çii), parce que l'on préparait dans eette espèce de vase le mélange d'eau et de vin destiné aux convives. La base surla([uelle le cratère l'cpose ne formait pas constamment ini tout avec liu" : elh^ en était quelquefois séparable , et on l'appelait ;dors 'j-oxpaTvîpiov (3) ou •j-o/.pr,Tr;piov (4-), hypocratère. Ici, cette base, qui fait corps avec le cratère même, est supportée par quatre griffes de lion. L'orle, ou la lèvre du vase, en grec jc£cpa>.r;, au lieu de fleurs et de feuilles (">), porte un rangd'oves et de perles. J/œuf {pvum), image du monde, était un symbole dionysiaque (()) ; et ce léger indice , joint à la

(1) Athen., Delpnos., p. 476. (5) Eastath. ad IliaiL, Ul, 209;

(2) Musgr., ad Ip/i. Taur., (if>G. Bern. Quaranta, Illustrazionediun

(3) Eusel)., Adv. Marc, I, 3. vaso yreco dipinto, etc., p. 10.

(4) GhisiiuU., Inscr. Sic/., p. 34 ; (6)PlLitarch., Sijmp., Il, 3; Acliill. Mann. J-^(/in. dp. Bock, Slaatshaus- Tat., Isar/. in Aral. Phxnom., VI, hait, II, 301. p. 130; Macroh., Salurn., YII. 16.

forme de feuilles de lierre, que Ton croit recounaître dans iiu oriieiueiil de la hast^ ainsi (}u aux. deux niascjucs de Satyre c[ui soutieuueut ('liaf[U(' anse, a Hiit penseï- (|ue ce vase devait vive appelé (Cratère de Biieeluis, eoiiune on voit ini ei'atère de Jupiter sauNcnr, un cratère du hou (icnie, de \ éiuis, de l'Amour et de la Volupté, du Sommeil, et eidin des Oraees (j). Nous ne faisons que mentionnei" ici, sans l'appuyer aueunement, cette conjecture de ([uehpies archéologues.

Le deuxième vase de cette planche est une patère à deux anses. La capacité et le fond de ce vase formant en ([uelque sorte un douhic creux, on pourrait le ranger, sous ce rapport, dans la classe des amphlcypelLlciis (^£77a; àacpixuTTsX'Xov) . Ce ([u'il a de plus caractéristi([ue, c'est le has-ielief ([ui est au fond, à la partie intérieure, et dont notre phuiche offre un dessin séparé. Les anciens ontreprésenté souvent l'Amour accompagné (\n Désir, Eros et Himéros (Êp(oç, îaspoç). Hésiode fait de ces deux divinités, unies à \éims, une tiiple puissance qui préside à la génération humaine (2). Scopas, pour compléter la décoration du tenq)le d'Aphrodite Praxis à Athènes (3), y joignit encore Potlios (iToQoç), le Regret de l'absence (4) : puis il plaça ses (jnatri' statues auprès des deux chefs-d'œuvre de Praxitèle, représentant Pitho (lleiBw), la Persuasion, et Parégoros (napviyopo;), la Conso-

(l)Eubul. ap. Alhon., Il, p. 3G. (i) Plat. />«////., p. 1^20,pd.HtMn-

(^2) Thcog., •)(). dorf.

(3)l'ausa!i., I, -43.

TKOISIÉMK SKUIK. ' 107

lalioli (i). Ce sont les deux premières de e<'s divinités, Ei'os et Hiniéros, (jue nous reeoiuiaissons dans les deux personnages de noti'e has-ielief". lie dernier est nu ; un ai'hre, qui étend au-dessus de lui ses hraiielies à moitié déponillées de feuilles, iu(li([ue rnie saison déjà rii^oureuse. Le pauvre enfant , tremhiaut de froid, et dans nue attitude suppliante, saisit de ses deux mains le bras de son frère ([ui est deliont devant lui; il send)lele eonjnrer et imploi'er un al)j*i sons son manteau; Kros , avee nu i;este de eompassion, est tont près d'aecueillir la demande du plaintif lliméros : l'Amour va j-éeliauffer le Désir. Cegein^e d'allégorie pent paraître nu peu fade aux modernes : mais eela vient nniqnement deeeqneles siècles intermédiaires en ont trop abusé; et eeux-ei n'avaient pas, eomme les anciens, l'exeuse d'une ei'oyanee (jui, éteinte au fond des eœui's, vivait eneoi-e dans les habitudes domesti([ues, et se liait même à la vie civile et politique.

Les deux anses, gi-aeieusement repliées, eomme le montre la fionre du haut de la planche, sont terminées par denx grappes de raisin. Voilà eneoiv une alliance des svmboles erotiques et des attributs bachiques, une pensée d'artiste pareille à celle du vieillard de Téos, quand il demandeà Vulcain nn vase d'argent ornc' d'un bas-i-elief d'or, qui représente Bacchns et IXiiiour tiiisaut ensendjle la vendange.

(l) L. liarré, 4" vol. (lt;s Ihiinesdc Pompé/, Temple de Vénus.

On a léiinj ici des objets (|iii appartiennent aux sacrilices : deux patères, dciw petites enilleis à eneens et ti'ois (le ees hoites qne l'on appelle (icerra^ plus proprement (jne thurihiilum,, et sur l'emploi desfpiellesnous nous sommes étendu tont à riieMre(i). Uiie partie de ces objets sont réunis dans les vers des poètes comme dans notre dessin :

Cumquo mori patora , lliiiris .acerra luit (2). « Avoc uiifi patèro do vin, il y avait iino cassctto d'cncons. «

Thuribula, et paiera' ; qiue tertia vasadeum? laiix (3). « Des encensoirs, des patères; et quel autre vase sacré? un bassin. »

TiCS deux patères sont à anses. Les anses delà première sont fort simples; mais à la seconde elles sont pins compliquées, et se composent de bandelettes à trois côtes, terminées par une feuille de lierre, et repliées trois ou quatre fois sur elles-mêmes, connue on le voit à la figure de face, au-dessus du dessin tle la patère.

La première acerra a un couvercle à charnière, (|ue notre planche représente sons deux aspects; la seconde, suspendue par des chaînettes, comme la troisième, a des bords plus ornés que ceux de ses compagnes.

(1) Yoy. pi. 81. (3) Auson., l'ec/tnopœgn., 5.

(2).0vi"(l., /•««/., TV, 932.

TROISIÈME SÉRIK. * I6'j

PLAXCUK 86.

lies objets représentés dans cette [)laiielie et dans la suivante ayant été trouvés dans les tliernies (k* Poiiipéi , il n'est point inopportun de dite (pielqnes mots de cet édifice, assez récemment déconvert, et des bains des Romains en général. . • . • .

On s'est étonné longtemps de ne point voir snrgir à Pompéi, sons la pioche des onvriers, ce genre d'édifice si répandn dans tontes les villes de l'antiquité, si nécessaire aux habitants de l'Italie, qui, sons un climat brûlant, ne portaient cjne des vêtements de laine : nous vonlons parler des thermes ou l)ains publics. L'ne ijiscription avait ponrtant révélé, dès l'an i74<)^ qu'un pareil établissement existait dans la cité ensevelie ; mais c'est depuis peu d'années ((non a trouvé, dans le voisinage du forum, un bâtiment évidemment consacré à cette destination. (]e bâtiment spacieux, commodément distiibué et convenablement orné, l'emporte sur ce (jnc ion \<)it de plus remarf[ual)le en ce genre dans les plus grandes cités et même dans les capitales modernes : il est assez bien conservé pour compléter toutes les notions déjà possédées pai- l'archéologie sur les thermes antiques, et surtout pour servira l'interprétation de ce que les anciens, et spécialement \ itiuve, ont écrit sur cet objet.

Les thermes de Pompéi occupent un esj)acc lari;e 3*-' Série. — Rron/xs. 22

(l't'iixiroii loo |)i(*(ls et Ion*; de i uo, et l'oniiciit trois <()i|)s (le hàtiinent séparés entre eux : le j)remier était oceiipé par les lounieaux et le loi^cnieiit des employés (le rétahlisseinent, et les deux autres par deux ])ains complets, alimentés d'eau et d'air ehaiid par la fournaise eonnnnne, mais du reste entièrement séparés. Le ])lus i^rand de ees derniers était sans doute destiné aux hommes, et l'autre aux leiinnes, dont le concours devait être moins [j,raud : car les soins domesticpies et la susceptibilité de leurs protecteurs naturels devaient les retenir davantage à la maison. C'est ainsi cjue dans toutes les villes de l'antiquité les baius des deux sexes avaient des bâtiments séparés et uue entrée distincte (i) : délicatesse (jui n'est pas encore aussi marquée dans les niœurs des modernes.

La piscine, le réservoir d'eau était séparé des thermes par une rue sur laquelle était jetée une arche supportant les tuyaux de conduite. Dans chacun des deux bains, on trouvait d'abord un atrium avec son impluvium , entouré de portiques sous lesquels il y avait des sièges [rr/okai) : on passait de là dans un salon (oly.oç, s^efîpa), puis on entrait dans \e spoliarium.

Les fourneaux et les chaudières c|ni alimentaient les bains d'air chaud et d'eau bouillante étaient placés entre les deux thermes, dans la partie qu'on appelle V/iypocaustum. ]/,\ bouche de ces fourneaux donnait dans un

(I) Van-., de IJny. la'.; Yitruv., V, 10.

pt'tit lédiiit ((lie les Latins appelaient />>/Y^////•/^/>^m (i\ et où se tenait le eliaufteur nommé fornacarius (y.), fornacator (')), ou plutôt, selon l'inscription ([u'on lisait sur les bains eux-mêmes, />//7mc<^tor (4). On y a trouvé ici une certaine quantité de poix, ce qui tloiuie lieu de croire ([iie les anciens se servaient de ce bitume poui' animer davantage le feu. Néanmoins, le cond)nstil)le principal était le bois, qui se trouvait empilé dans une petite cour voisine. Il est remarqual)le que V hypocaustuin axait une porte sur le spoliarium des hommes, mais qu'il n'existait ancune communication entre cette pièce et le bain des fennnes. Le foyer, de forme ronde , avait, à sa partie inférieure , deux conduits qui portaient l'air chauffé sous les pavés suspendus {suspensura haineœ pensiles) et dans le creux des murs des étuves. A un palme du foyer était la chaudièreà l'eau bouillante; à la mêmedistancc, après celle-ci, se trouvait celle qui donnait l'eau tiède, et enfin, après une autre distance de trois palmes , venait le réservoir d'eau froide, qui «ardait le liquide tel qu'il arrivait de la piscine. Ces chaudières répondaient aux trois parties des thermes dont il nous reste à parler : placées à portée des deux bains pour ([u'aucune chaleur ne fût perdue, elles étaient assez élevées pour (ju'on ny arrivât ([u'à l'aide d'une échelle : ainsi l'eau pouvait remonter à cette

(l)Cat.,^e//erw.s/., J8; Vilruv., (3) Paul., Duj., XXXllI, 7, li.

V, 10, et VII, \0. (4) Rosin., Dissert. Isafjog.,i>.m,

(2)UIpian., Dig.,\\, -2. i>l. lab. 10, n. ^2.

même luuiteni' dans les tliermes et s'élever en jaillissant an niilien des vasques.

Le spoliarium ., dont nons nous sommes écarté un moment, était i^ann' de trois larges sièges à marchepied , au dossier desquels on voit encore, à la hauteur que peut atteindre un homme assis, les trons dans les(|uels étaient enfoncés les crochets ou porte-manteaux destinés îi recevoir les vêtements des baigneurs. Cette salle est décorée d'une corniche janne, qui a quelque chose du style égyptien, et dont la frise à fond rouge est ornée de dauphins, de chimères et de vases. Sous la voûte se trouvent deux fenêtres : l'une , assez petite , est garnie d'une vitre encore couverte de la fumée d'une lampe qui brûlait en cet endroit; l'autre, qui n'a pas moins de trois pieds de large sur quatre de haut, était fermée par une seule glace coulée et non soufflée, ayant c[uatre lignes d'épaisseur, et mastiquée dans le mur même : iu)nvel exemple de la fabrication et de l'emploi du verre chez les anciens.

On entre de là dans le fri^icUirium , salle ronde dont la voûte a la forme d'un cône tronqué, au sonnnet duquel son vre une fenêtre ronde. Dans quatre niches se plaçaient autant de sièges. Au milieu d'un pavé de marbre blanc s'offre une vasque ou bassin de la même matière, d'enviion onze pieds de diamètre sur trois de profondeur. ( )n y descend par deux marches, et dans le fond on trouve une espèce de siège de marbre. L'eau y venait tomber, en jaillissant de la nnnaille même de l'appartement, où se

TROISlKMli SERIK. , 173

trouvait, à la liaiitciir de (juatrc pieds, iiii robinet de bronze. Au tbud du bassin est une ouverture pratiquée pour le vider tout entier et le uettoyer; et, près de la surface du sol, il y en a une autre pour ([ue le licjuide ne puisse déborder.

\iÇ. tepidarlum y ou la chambre tiède, formait une tiansition entre les deux températures extrêmes, soitcpu* Ton passât du bain froid à Fétuve, soit cpTon \oulùt levenii' du caïidarlum au frigidarium ^ et de cette dernière pièce à l'air extérieur. Cette chambre intermédiaire était échauffée par le brasier dont nous parlerons tout à l'heure. Sa corniche est supportée par les télamons ([ue nous aurons à décrire, et sa Aoùte est ornée de figures de génies. Le tepidaruuu est éclairé par une fenêtre garnie de quatre vitres soutenues par des bîiguettes de bronze et quelques petits crochets du même métal.

Knfin, \e calidariiun ou étuve, appelé aussi coiLcamcrata sudaiio ^ contenait d'un coté le laconiciun avec son l)assin, et de l'autre le bain chaud, calda lavatio , comme le prescrit A itruve (i). Cet appartement a trente-([uatre pieds de long sui" dix-sept de large, non conq:>ris les deux dépendances que nous venons de nonnnèr; le soi est couvert de carreaux suspendus, et les nui rs sont creux en partie. J.e /r/6o/?/cw/?i est une grande niche semi-circulaire , au milieu de laquelle on voit un bassin , et dont la voûte, en quart de sphère, est percée d'une <.)u\('iture

(1) De Arch., V, 11.

174 RROI^ZKS.

circiilaiiv (|iii s'ouvrait et se fermait an moyen d'iuie espèce de sou |)ape d'airain oiule honvWevÇcljpeum œneiun) suspendu à des eliaînes, ventilateur (|ui ié<^lait la température de rétuve (i). On voit encore dans le mur les attaches des eliaînes. T.a voûte de l'étiiNc est elle-même percée de fenêtres cpii étaieut sans doute vitrées et d'où la lumière tombait d'aploiid) sur le hassin, eomnu* A itruve le recommande.

(]e bassin ou lahnuii est une j>rande vasque ronde de marbre blanc, ayant sept pieds et demi de diamètre et éle\ée de trois pieds au-dessus du sol, {\\\ centre de la- ([uelle jaillissait un jet d'eau chaude, et oîi se lavaient partiellement ceux (jui prenaient le bain d'air chaud, tandis f(ue d'autres se plonp,eaient tout entiers dans le bain d'eau chaude construit à l'opposite.

Celui-ci est un bassin rectan«»ulaire de marbre, occupant toute la largeur de la salle du coté des fourneaux. Il a environ ([uinze pieds de long sur cinq de large et (\^\\y^ deprofondeur. Ou y montait à l'extérieur par deux gradins de inarbre, et l'on descendait en dedans par \\\\ autre gradin ([ui pouvait servir de siège aux baigneurs. Il paraît que ceux-ci restaient dans l'étuve aussi longtemps qu'ils voulaient entretenir la transpiration, en se lavant partiellement au labrum ; puis ils se jetaient dans le bain chaud, enfin ils retournaient dans \e frigldariu/n, souvent même sans s'arrêter dans la chambre

(1) Vitruv., loc. citât.

TROISIKMK SKRIE. ' 175

tiède : l)rus(|iK' coiiliaste (]ue reclierchciit encore aujour- (riiiii f[iielqiies honimes du nord de l'Europe. Cela résulte du témoignage de Pétrone etde Sidonius(i); et ee dernier établit même à ee sujet un précepte d'hygiène qu'il exprime en ces mots :

Intrat»' alf^entos post balnoa torrida fluctiis. Ut solidPt calidani frii^orf lynipha ruteiii.

« Après les bains brûlants, entroz dans les flots },dacés, afin que la fraî- « cheur de l'onde raffermisse l'épidenne distendu par la elialeur. »

Le bain des femmes est presque entièrement send)lM ble à celui des hommes, quoique un peu plus petit : il a aussi vestibule, spoliarium, f'rigidarium, tepidarium etcalidarium, ce dernier avec son laconicum, sa vascfue et son bain chaud.

\ itruve recommande de placer les bains de manière qu'ils soient exposés aux rayons du soleil. L'architecte de Pompéi n'a point négligé l'observation de ce précepte : les thermes que nous venons de décrire sont construits dans le fond de la cité et abrités par les édifices voisins contre les vents du nord; presque toutes leurs, fenêti-es s'ouvrent au midi.

Revenons aux figures de notre planche. Aux dvn\ angles delà partie supérieure sont représentés deux de ces télamons (fui se trouvaient dans l 'intérieur d u te/)id(iiiiirn . Ce sont des figures d'atlas, ([ui, la tête chai'gée dun petit

(I) Petron. Arb., Sadjr., 58; Sidon., Carm., IX.

<'h;i|)it(';m, et les ('()iid<^s élevés comiiu' si les mains se joij^naient en arrière, tniniaieiit les points d'appui d'une corniche ei reniant tout autour d«' eette salle. Kntièrenient nues, sauf luie (lra|)erie ([ui leur eeiut les reins et cpii pi'ésente siu- eelle-ei une étoffe velue, sur d'autres des écailles, ces lii^ures sont faites d'une terre cuite revêtue a\ec heaucoup d'art d'ini léi^cr enduit de stuc blanc.

Kntre ces deux fii;ures est représenté iu\ des trois bancs de bron/.e (pii i^arnissaient la même salle, et ([ui sont tous les trois absolument pareils. Ils sont portés sur (fuatre pieds, ornés à leur partie supérieure d'une tête de \ aclie, et se terminant d'en bas par le sabot fourchu de ce mêmecpiadrupède : extrémité ([ui du reste n'est point en proportion avec la tête. Sur le siéi^c lui-même, on lit eette inscription :

M. iMCHDJVS. VACCVLA. P. S.

Mardis Nlgldi us Vaccula pecunia sua; c'est-à-dire, « Mareus Nii»idius Vaccula a fjiit faire ce meuble à ses trais. ))

On sait ([ue les noms de plusieurs races romaines étaicjit tirés de la vie agricole ([ui fut d'abord celle de la nation : les différentes sortes de bestiaux, dont se composait alors la richesse patricienne, fbui^nirent la dési<;iialion d'abord caractéristi({ue des fiuiiilles Porcia, Oviui(( , Ca p villa ^ Equitia , Tauria (i). Notre P^ac-

(I) Vair., de Hr rusL, II, t. ,

cula appartenait sans doute à une famille qui avait tiré son nomde ciieoiistances pareilles.

Le brasier, qui oeeupe tout le has de la planche, est formé de parois de bronze avec un loyer de fer. Des quatre pieds qui le supportent, ceux qui touchaient au mur sont entièrement unis ; les deux autres ont la forme d'un sphinx ailé, porté par une griffe de lion : les côtés sont crénelés en pyramides, et les deux anglesornés de palmettes. Enfin, sur la face la plus large, on voit en ronde bosse [toiido rilievo) une vache, dont les mamelles sont gonflées de lait.

Cet emblème, d'accord avec la décoration des bancs, ainsi qu'avec leur inscription, annonce que le brasier est aussi un don de NisricUiis Vaccala. C'est ainsi que la famille Taiiria avait fait graver un taureau sur ses monnaies; ainsi qu'en des teuq^s plus modernes, les Colonna et les Orsini ont placé dans leurs armes le pilier et l'ours. Nous avons déjà eu l'occasion de nous livrer à de pareils rapprochements (i) ; nous n'ajouterons qu'une simple remarque : c'est que l'on doit trouver ici la clef de certains emblèmes que l'on observe sur les pierres gravées [dactylia] et qui paraîtraient sans cela puérils et inexplicables. Les anciens, ne possédant pas notre blason, mettaient volontiers sur l'anneau qui leur servait de cachet et de signature, quelque allusion au nom qu'ils étaient fiers de porter.

(1) Voyez ci- dessus, pi. 43, p. il. 3'^ Série. — Bronzes. 23

i:s BilOiNZES.

PLANCllK 87

Les thermes de Rome étaient si nomi)reiix que les écrivains des premiers aj»es en indiquent déjà trois cents, et (jue du tenq^s de Pline on ne pouvait plus les compter ( 1 ) ; ils occupaient tant de terrain dajis la cité, qu'Ammien Marcelliu, ponren donner une idée, compare lenr étendue à celle crune province {'2). Mais les débris de ces thermes immenses n'ont fourni (pi'un fort petit nond)re d'échantillons des ustensiles employés dans les bains des anciens. La petite cité de Pompéi s'est encore trouvée sur ce point plus riche (pie la métropole. Nous lui devons le seul assortiment complet de ce genre d'ustensiles (jni se trouve réuni dans les collections

Cette espèce de trousseau se conq)ose de six petits instiMuuents, tous enfilés dans un anneau ou clavier à peu près semblable à ceux auxquels nos ménagères suspendent leurs clefs : cet anneau, d'environ 6 pouces de diamètre, est formé d'une lame de métal élastique, terminée par deux tètes de chien c[ui mordent ensemble une pomme, et l'ouverture de ranneau se trouve liabilement cachée sous le col de celle des deux têtes que l'on voit à ganche en regardant la planche. Les ustensiles se composent d'une petite fiole à parfums, iingueiitarinm., ayant

(I) Pliii. .Uni.. EplsL, IV, 8. (-2) Eer. (iest., XVI, 0.

BROFZES.

3?^ Séi

M .JioOiX- cuyic .

T. Ib.

TROISFÉMI': sr;iUR. ' 179

deux anses, et suspendue par deux eliaines à un anneau qui passe dans le elavier; elle est nnniie de son houelion à vis, attaehé aussi par une chaîne. Vieinieiit ensuite quatre étrilles ou raeloirs, strigilcs {\), dont la forme est indiquée plus clairement par une fi i»ure séparée. Les baii>iicurs se ser\ aient de cet instrument pour se racler ou se faire racler la surface du corps , afin d'enlever la partie de l'épiderme ((ui se renouvelle sans cesse, et cette espèce de crasse cjui obstrue les pores : cet usai^e salutaire est encore suivi par les Orientaux, ([ui cependant se servent de tissus de laine et des mains seules, au lieu d'instruments de métal : et, en effet, ceux-ci ne sont pas sans inconvénient; l'emploi trop fréquent de l'étrille faisait naître à la peau des calus ou durillons, inconuiioditédont l'empereur Aucfuste lui-même fut affligé (2). Les meilleures étrilles de fer venaient de Peri^ame (3).

Enfin, une patère loui^ue d'environ un pied est placée la dernière dans le clavier, et s'y trouve enfilée par une fente lonj^itudinale terminée par deux parties circulaires. On voit la forme de cette ouverture et une foule d'autres deux détails de la patère dans les figures qui offrent le plan et la coupe de cet ustensile. Une pareille ouvertu je se voit dans un grand iiombre de patères et d'autres instruments que l'on a trouvés séparés de Icui- ainieaii, et dans lesquels cette particularité n'avait pu être expliquée

{Vj^{evQxm?i\.,(leArl.(jiimnast.,\, (2) Suoton., Aiirjust., 80.

8;VaiT. ap. Non., III, lîr);Mart., çjj Martial., loc. citât.

,s;) ^>no^zKS.

jus(iirici. I.a patère devait servir dans les thermes à verser l'eau ehaude sur les mendiresdu hai^ueiii-, jx'udaut (ju'il se lavait sur le hord de la vas([ue du laeouieum : sans doute, l'étrille et la patère faisaient alternativement leur oifiee, et l'on humectait la peau pour la polir plus aisément.

Au lieu de reproduire exactement, dans ce plan et cette coupe, la patère même du petit trousseau, nous en avons ehoisi un(> autre, send)lable d'ailleurs, mais un peu plus petite, et remanpiable en ce qu'elle porte sur le manche rinscription, L. ANSIDIODO : ce ne peut guère être le nom de l'on vrier qui a fait la patère ; mais c'est plus probahlement le nom du possesseur de cet objet, comme riii(li({ue assez clairement la forme du datif.

Le sphinx, de marbre de Paros, dont la vue de face et de profil occupe le haut de cette planche, a été trouvé à Pompéi sous le péristyle de la maison du Faune. Ce monstre fabuleux se compose ici d'un corps de chien avec deux grandes ailes, la poitrine toute couverte de plumes; et sur ce corps est posée la tête d'une jeune fdle d'une beauté cal me et sévère. S'il diffère des autres sphinx (|uc nous avons déjà vus, tant parmi les marbres que parmi les bronzes, c'est uniquement par la coiffure, formée ici d'un bandeau de cheveux disposé avec beaucoup

3"^* Série.

H- Jiotux- a^^^

TROISlftMK SRRIR. 181

(le sinij)lioité : If mor/ius ou hoisscaii, au lieu dctre posé sm- la tête de l'animal chiinéric|iie, se trouve sur son dos, eutie ses deux ailes. (]e mudins, orné de palniettes, supportait le iiiilicu d lUK.' lahledont les (juatre coins étaient soutenus en même temps par cjuatre pieds dont on voit le dessin de face et de profil aux deux angles iuléiieurs de la planche : le profil indi([ue comment ces pieds se rattachaient à la table.

La sculpture du sphinx et des quatre pieds, du même marbre de Paros, est due à un ciseau <^rec : c'est dire qu'elle est d'une pureté, d'une netteté exquise, (jne la beauté de la fiii,ure est toute classique, et que les ornements sont employés avec \u\ i^oùt et une réserve (jiii n'existent pas au même de^ré dans les onvrai^es romains.

Les auties figures de la planche appaitiennent à uinf: seconde tal )le à troispieds trouvée à Hercu lanum . Celle-ci , connue la première, est beaucoup plus basse que nos tal)les modernes : en effet, les anciens ne se servaient point de leurs tables pour écrire, travailler ou jouer; ils écrivaient en tenant leurs tablettes à la main ou sin^ les genoux : les tables étaient donc léservées à un seid usage, le sci-vice des rep;is; et comme les anciens niangeaient couchés sur des lits fort bas, leurs taldes étaient elles-mêmes peu élevées. Les plinthes que l'on \()it ici sous les trois pieds de lion n'appartiennent j)as à la table anti([ue. Pai- une mesure dont la convenance et le bon goût pourront être diversement a|)préciésdans l'es-

182 BRONZKS.

prit (les artistes et des aiiti(niaires, ces supports ont été ajoutés réeeiiimeiit, à iNaples iiiéine, oii ce ineiihie lij^iire dans nue salle (les bronzes du Musée Bourbon.

(]e (pi'il \ a de \ raiinent hereulanien dans ee monument, ee sout les trois pieds de lion, d'un fort l)eau style, se développaut d'en liant eu féuillai^es élégants, d'oii sortent trois belles têtes du même animal, et (pii se trouveut reliés entre eux |)ar nne triple traverse de marbre. Le dessusdela table (pTils soutenaient iTapasété découvert : il est remplacé par une mosaïque antique dont nous indiijnons snCnsanniient le dessin en ti-a(;ant un quart de sa snrliiee. Il v a doue ici deux monuments divers (pTil faut considérer à part, plus uu la justement moderne dont

il faut aussi les séparer pour les apprécier sainement.

Les anciens accordaient à leurs mai»istrats, au sein de toutes les réunions publiques de plaisirs ou d'affaires, une place distincte et un siéi>e (riionneur. Comme les Romains avaient pour leurs sénateurs et leurs consuls les chaises curules, usai>e emprunte aux Etrusques, de même les colonies et les nnuiicipes donnaient à leurs décuiions età leurs duuinvirs le hiselliunt, siéi^e assez lari>e ])()ur (piOn pùts'y asseoir à deux (i), bien (pTil fût des-

(!) VaiT., de Lin(j. laf., lY, 28.

bro:nses

zVJ

3"i« Séné

TROISIEMK SKIlli;. 183

tiné à une seule personne : car, partout, leslioiiinies ont considéré connue nne niar((ne criujnnenr, non-seiileincnt l'nsaj'e d'objets plus beaux, plus ornés fjnc ceux «pii servent au vul<>aire, niais aussi la possession d'une chose plus j»rande ((ue celle (pii s'applicfue aux besoins d'un seul homme : ainsi, dans les Festins des ()i-ientaux, on honore les principaux convives en leur offrant des parts énormes de tous les mets.

L'honneur du bisellium était très-recherché dans tons les nninicipes; il ne s'accordait (pi'aux citoyens ([ui s'étaient distin*;nés dans l'exercice des plus hantes fonctions et qui avaient bien mérité de la ])atrie. Il était décerné en ce sens par un décret desdécurions (pie confirmait le peuple : c'est ce fjue nous appreinient deux inscriptions trouvées à Pompéi, dans la route des tondx'aux, sur le sépulcre de (^alventins Oniétius et sur celui de Munatius Fanstus (i). (^cla nous est encore confirmé par l'inscription trouvée au théâtre, à la place où s'asseyait Hordéonius (a). En outre, le bisellium était un des insij»nes du duumvirat, connue le témoigne, parmi une foule d'autres, l'inscription de Aocéra (3), dans hupielleon lit que le duumvirat est concédé à perpétuité à Marcus Virtius, et sous laquelle on voit sculptée la fi<;ured"nn bisellium acconq^agné de son marchepied [suppedaneiiin), avec un licteur de chaque côté. Mais ces deux honneurs

(1) Mazois, Ruine.uîe Pompéi, I, (2) L. Barré, Ruinrs de Pompéi,

2t; vidootiam.Milliii, Descript.des 4-- volume, Temples et t/icdtrrs. tomb., p. 70. (3)Cy//tfr/./V///cono,;inuisisana.

c'tai(Mît-ils idciiticuics, coniiMc le saint-siége l'est avec la dii^nité pontificale et le troue a\('e la royauté, de telle sorte (|iie lim iieiiiareliatpointsans l'autre et qu'il ii\v eût pas de diiiiiin irai sans hiselliuin ni de biselliuni sans duunivirat? (7est une question dont la diseussion nous entraînerait trop loin, et dont peut-être la solution restera toujours incertaine, bien (jne le savant (]liinientelli ait cru pouvoir prononcer : « Le biselliuni était au duumvirat ce ([u'était le lacticlave à l'autorité sénatoriale, et le cep de vigne à celle du centurion (i). » Il paraîtrait aussi, par ([nek{ues inscriptions, rpie le biselliiun était souvent accoi'dé anx augustaux (y.).

V Home, on exposait les images des divinités sur les chaises curules; et il est probable que, dans les colonies, le bisellium servait au même usai»e.

Le bisellium recevait différentes formes et prenait pins ou moins de hauteur, selon les convenances du lieu an- (piel il était destiné. Les plus élevés se plaçaient probablement à l'orchestre des théâtres, soit pour que le magistrat put promener sa vue librement sur le spectacle et les spectateurs, soit pour qu'il fut lui-même exposé aux regards de toute l'assemblée qu'il présidait: ces sièges avaientun escabeau àplusieursdegrés {scamnum), comme celui que l'on voit aux pieds d'un Jupiter sculpté sur le putéal. Si le bisellium était plus bas, il n'était accompagné que du simple marchepied {scabeilum).

(I) ChinientoU., Tratf. de Onor. (!2)Fabrett., /wscr., 3,324et60i;

bisell. Grater., -iTri, 3.

(.es deux, éléviilions diflt'rciitcsdii siéj^c inmiicipal se rencontrent dans les deus. blsellium de notre planche, qui ont été trouvés ensemble à Pompéi, et qui, du reste, ojil presque la même forme et les mêmes ornements. Tous deux sont de bronze, tous deux couverts par l'iirt empanstique de damasquinures de cuivre rouge et d'argent. Soutenus par quatre pieds que le tour a façonnés sur un modèle assez compliqué, ils sont partagés dans leur iiauteur, en deux compartiments, par des barres horizontales couvertes de grecques et de rosaces, dont on voit le détail au milieu de la planche. Le compartiment supérieur est rempli par deux espèces de volutes cjui partent du centre et s'élèvent, en formant une courbe gracieuse, vers lesangles supérieursdu quadrilatère. Dans le biselliu m leplusélevé, les deux volutes du devant partent de deux médaillons à tête de Faune, et se ternunent chacune par le cou et la tête d'un cheval caparaçonné ; celles de la fa(;e postérieure ont des Méduses dans les médaillons , et des têtes d'oie au v extrémités. Dans l'autre siège, la disposition de la fîicc postérieure est toute semblable, comme on le voit par la figure de détail au milieu de la planche; mais sur le dvvant, les têtes de cheval sont remplacées par des têtes de mulet, dont le col est bardé de fer. Au-dessus des ipialre pieds et sur le siège même se trouvent (juatrc boulons, tournés comme les pieds. En résumé, les ornements de ces deux sièges sont fort compliqués : ce (jiii ne nuit en rien, nia la délicatesse du travail, ni an hou etlèt de

l'ensemble.

s*" Série. — Bronzes. 24

180 IIRONZKS.

PLANCIJK 90.

il est assez (liflirih' de (Ictcrminer tons les usages aii\- (jiielsa ))ii s"a|)pli(Hiei- lelrc'pied des aneiens. ('eliii de la ])yiiiie elait é\ ideiiiuieiit mi siéi];eà trois pieds, sur lequel elle sephu'ait pour leeevoir Tinspiratiou du dieu. Ou fit ensuite des trépieds eu forme de cuvettes, dans lesrpuds ou mêlait l'eau et le vin pour les repas et les sacrifiées. lin ce sens, les trépieds étaient des espèces de chaudières, li^jr,Tiç Toi-o^sc, faites pour aller sur le feu : ou leur donnait le nom cVempjribètes, sy-nrupiév-Tai, par opposition aux autres que l'on appelait apyres, arupoi. On en construisit (juelques-uns en forme de tables ou d'autels, consacrés principalement auculte d'Apollon ou de Bacchus. C'était sur ceux-là qu'on immolait des victimes : le sang était reçu dans l'espèce de cavité placée au milieu du trépied, et sur ce sang on prononçait des serments inviolal)les, ainsi qu'on le voit dans plusieurs passages des tragiques grecs (i).

Enfin, les trépieds, donnés en prix aux vainqueurs des jeux athlétiques, devinrent des objets de luxe que l'art se plut à enrichir de ses travaux, et cpii firent l'ornement des palais. Les auteurs anciens parlent à chaque instant de 1 répieds d'or, d argent et de bronze, embellis par le

(i) l'uripitl.. SuppL, 1202 et seqri ; Sopliocl., O/j]/)). Colon., 1593.

si

pq -

TROISIÈME Sf.RTF.. 187

ciseau d Aiislaiulrc, de (Wallon et de 1 Ai;^ieii PuUelete.

Notre trépied de l)ronze est remarquable par Télégance de ses proportions, et surtout par la beauté des arabesques et des figures qui le décorent. Ses pieds, terminés en griffes de lion, sont réunis par trois branches contournées en lùnceaux, et soutenant au iiiilieu une espèce de cul-de-lampe, en place des baguettes ou traverses ordinaires (paéc^'c). Ces trois pieds reposent sur une base trigonoide, dont on voit le plan au bas de la planche; et cette conformation rappelle les trépieds d'or à plinthe, mentionnés par Athénée, -/pj^ol toIxoi^ê; 'j-rj':zvj.y-y. ^yovTEç (i). La surface extérieure de ces pieds est ornée d'arabesques élégantes, au milieu desquelles on remarque une tête ailée et barbue : plus haut se trouve, sur chacun, un sphinx accroupi, endjlème de l'obscurité des oracles de la pythie; et enfin, entre les deuxailes de chaque sphinx, on voit un ornement composé d'une série de feuillages, de palmettes, de calices et de rinceaux, (|ui s'élève jusqu'au niveau de la table ou de la cuvette du trépied. Deux dessins du pied redressé et agrandi, et de l'ornement supérieur dessiné sur une échelle encore })lus grande, sont destinés à faire apprécier à leur juste valeur ces charmants détails.

La coupe du trépied, appelée /.jto; (2) ou -i^Wy (3), est entourée d'une bande que l'on nommait cTaoaV/;, couronne.

(i) Deipnus., \, i\)~. (3) Tzct. ad Lyco| In .. i loi ; Ho-

(3)Euripid., loc. citai.. 1:2(»7. sych. et Et[im. }J(i(//>.,'>. v. T.iS-/-v.

et ([iii est décorée de guirlandes et de bucranes : cet oriieiiient rappelle encore l'emploi du trépied dans les sacrifices, ainsi (pie les beaux vers d'Evuipide.

PLANCHA 91.

Parmi les débris de l'auticjnité ([ne nous livrent les fouilles, les pins propres à éveiller en nous une touchante mélancolie sont précisément les objets qui étaient destinés aux usages les plus frivoles. De tout temps donc, ces joyaux en sont la preuve parlante, de tout temps l'homme a donné la meilleure partie de sa vie à ces jeux, à ces vains divertissements au milieu desquels il est si souvent surpris par le malheur et par la mort : inanité qui fait penr et qui fait pitié! insouciance enfantine, qui arrache à la fois i\n souriix' et des larmes! O destin touchant et merveilleux de cette ville antique, qui disparaît tout à coup, sans avoir suspendu un instant ses fêtes et ses spectacles, ses passions et ses intrigues : destin plus merveilleux de cette même ville, qni resurgit après dixhuit siècles, pour vous rendre compte des frivolités qui l'occupaient au moment même de son désastre!

Des six petits miroirs de métal qu'offre le haut de notre planche, les quatre premiers sont remarquables par la variété de leurs ornements. Une figure d'Atlas montée snr une tortue, qui est portée elle-même par un escabeau à trois pieds, forme le manche du premier :

celui du ([uatrièiiie est uu lierinaphroditc, les hi.is élevés et les pieds posés siu- une tête de Ijélier. Lîi tortue et le bélier étaient des attributs de Mercure, petit-fds d'Atlas,, et père de l'aniant deSalniacis.

Les n" 2 et 3 ont des formes toutes capricieuses : ici, le manche se recourbe à son extrémité, en formant une tête d'oie, et porte de Tautre côté un masque barbu à longues oreilles; là, le disque est dentelé comme les médailles qu'on appelle numml scrrati^ et entouré d'ini cercle formé de petits trous percés à jour : le revers du miroir est orné de cercles concentriques, comme le montre la figure ; et le manche est travaillé au tour.

Chose remarquable, ces quatre miroirs à manche sont tout à fait pareils à ceux que l'on voit dans une inscription hiéroglyphique du temple d'Hatôr à Philœ, inscription qui rapporte les paroles de l'empereur Tibère offrant des miroirs à la déesse Sa té, suivie de la déesse Anouké (i).

Le miroir circulaire n" 6 et le miroir carré n" 5 ont été trouvés sans garniture : le cadre a été ajouté récemment pour les conserver.

Les trois objets suivants sont de petites boîtes de toilette faites d'ivoire et travaillées au tour. Le n" 7 parait destiné à contenir des épingles ou des aiguilles. Le 8 est percé latéralement et transversalement : peut-être contenait-il un peloton de laine. Le 9 était sans doute un étui .

Les deux derniers numéros représentent des agrafes

(1) ChampoUion, Gramm. ég^pf., rhap. Xlf. § .'iOO, p. 474.

OU film/ es iVWo'ivv, (jui sont également curieuses. Le n" i i étant d'une construction plus facile à saisir, nous Tavons présenté sous trois aspects différents : de profil, A; de lace, sans le bouton, B ; et de revers, C.

Ces spirales d'or massif, trouvées récemment à Pompéi, pèsent vingt-deux onces : elles figurent un serpent dont la tête coulée est soudée avec le reste du corps; et ce corps est travaillé au marteau, seul moyen de le rendre élastique et dilatable à volonté. Deux rubis d'une fort belle eau forment les yeux étincelants du reptile ; une petite lame de métal, fixée dans la gueule, imite la langue vibrante ; les dents enfin , et les écailles, tant de la tête et du cou que de la queue, sont travaillées au ciseau avec beaucoup de soin et de délicatesse. Ces cercles élastiques étaient portés au bras droit par les Orientaux (i), et au bras gauche par les Sabins (2). Un grand nomI)re de statues nous montrent que les Grecs et les Latins adaptaient ces ornements aux bras, aux jambes, et même au-dessous du poignet : et cette dernière manière de les porter signalait particulièrement les adorateurs de la déesse d'Antium. Cette diversité d'usages nous empêche de leur assigner

(t)Ézéchiol. (2) Titc-Live, T, II.

J^ Jicccj:- ac-^i^

ÏROISIÉMK S1^:RIE. ■ 191

nii nom piV'cis, et siirloiil d'ciiiployei- \c U'i'iiic Iraiicais K bracelets ».

Portés au bras, on les appelait bracJiionies ([ipay.ov.a) périhrachionics (-spiéGayiovia), en latin hrachialia et armillœ; au poignet, péricarpies (rsoijcapria) ; à la jambe , périscélides (rspi'^/.slu^s;) (i); à la cheville, pérlpézidcs (irepi'ïTe'Ci^eç, TrepiTO^ta, TrérW, aïylai, repicçupia), et en latin, compedes. Pour ne point prononcer par la dénomination même sur un fait qui nous est inconnu, il conviendrait d'emprunter à la lexicologie grecque un nom qui désignât, non point l'usage particulier du joyau, mais seulement sa forme : on appellerait donc ces deux bijoux serpents ou dragons (ô'cpsi;, ^paxovTeç).

On voit encore ici un exemple de l'industrie avec laquelle les artistes anciens savaient trouver dans la nature les formes les plus propres à s'appliquer à chaque objet d'art, sans éloigner néanmoins cet objet de sa simplicité et de son utilité primitives.

Encore une petite collection de ces jolis ustensiles de toilette qui nous suggéraient tout à l'heure de graves réflexions.

C'est d'abord une boîte de cristal de roche, dans laquelle on a trouvé une terre rougeâtre, sans doute des-

(l)Horat., Kpis., I, 17, 5.

tinée à laiiimcr un IcJnt languissant, de nirmc ({u'uiie antre espèce de fard plus pâle qui a été trouvé dans le

vase n ).

Les deux petits vases 'jl et 3 sont d'ivoire, et leur surface cylindrique est couverte de Ijas-reliefs. F.e premier est visible sur le dessin môme du vase, sauf un labrum cannelé et une colonnette qui sont sculptés au revers. Le second est développé à la ligure /|. Ce sont des Amours on des Génies : l'un, peut-être Cupidon lui-même, semble méditer de nouvelles conquêtes, ou se rappeler ses victoires passées ; un autre embouche joyeusement la double flûte, et le troisième semble offrir à la beauté un vase de parfum. Entre ces deux derniers est une amphore ou diota à la base pointue fichée en teire, avec la petite cuiller appelée capeduncula, pour puiser le liquide à travers le goulot étroit du vase. A l'opposite est représenté un objet d'une forme assez étrange, que l'on présume être une chevelure factice, vulgairement faux-tour de cheveux ou perruque : car les dames romaines ne dédaignaient point cette parure artificielle ; c'est grâce à ce secours qu'elles pouvaient donnera l'édifice de leur coiffure ces formes variées que l'on remarque surtout dans les bustes des impératrices.

De là aux ustensiles suivants, la transition n'est point brusque : ce sont deux gros peignes de bronze, 7 et 8 ; puis, 5 et (*) , deux fragments de peignes plus fins, faits d'os noirci, et d'une forme semblable à ceux dont on se sert de nosjoui's; et enfin, neuf aiguilles ou épingles à

TROISIEME Sf.RIK. igrî

coitïer, toutes d'ivoire, et curieuses par la délicatesse de leur travail et parla variété des ornemeuts qu'elles portent à leur sommet : ou y remarque deux Vénus, charmantes de formes et d'attitude, ii et m; une poupe de vaisseau ou aplustre , ij; une main ouverte, 19; et surtout une petite lanterne contenant trois houles mohiles, et à l'anneau de laquelle estsuspendue une pomme depin.

Nous ne voulons pas compter parmi les épingles de tête le 11° 18, qui est évidemment un cure-oreille (aiiriscalpinm); et len" l'i, dont l'usage est difficile à déterminer, la tige étant entièrement creuse.

La comparaison de ces monuments en miniature avec les passages correspondants des autenrs nous entraînerait heaucoup trop loin : nous ne pouvons que renvoyer aux ouvrages spéciaux qui ont été puhliés sur la toilette des dames romaines (i).

De la toilette riante et parfumée des helles Pompéiennes, ces joyaux sont tomhés tout à coup dans lesahimes de cendreset de laves : puis, de là, ils sont venus se ranger dans les galeries froides etsdencieusesd'nn musée, comme des fleurs sur un tomhean. Maintenant, reproduits sur ces pages, ils ser^ iront de modèles aux artistes : d'après

(l)Guasc. , délie Ornatrici; Bœttig., Sabine, ou Ma'inée iVune dame romaine.

3'' Série. — Bronzes. 25

CCS types, OU fera de nouveaux hijoiix, mille cliarinaiites bagatelles, dontqnelqiies-niies h leur toiiramoiil un sort pareil. Dieu sait ce cjui les attend : Téclat des fêtes, le mouvement des bals; puis, un jour peut-être, les ruines d'une de nos Babylones, les entrailles de la terre ou'le sein des flots ; et enfin, après quelques siècles, les musées, les collections de nos arrière-neveux !

Ce collier qui occupe la place la plus remarquable dans la planche, et que l'on appelait collier radié, monde radio tum, était ii la mode toscane : les statues de plusieurs divinités étrusques en ont un pareil (i). C'est un bandeau formé de mailles habilement entrelacées, auquel s'attachent soixante et onze pendants. Chaque fermai] , orné d'une figure de grenouille, portait un rubis taillé en poire ; mais un seul a conservé ce précieux ornement.

Le bracelet en serpent (091;), qui occupe le milieu de la planche, a été trouvé avec un autre qui faisait la paire : les yeux sont formés d'une plaque d'argent et non d'un rubis. Sauf cette différence, on peut se reporter à ce que nous avons dit tout à l'heure d'un joyau de cette espèce (!>.).

Deux bagues représentent, la première un petit serpent qui, replié en triple spirale, lève la tête comme pour se détacher du doigt; l'autie, une double tête de ce même reptile. Ces deux bijoux prouvent que les Latins, ayant reçu des Egyptiens, par l'entremise des Grecs, Iha-

(l)Goii, Mus. Etrmc, 1. 1, p. 20. (2) Yoy. pi. 02.

TUOlSirvMK SERIK. 19.,

bitiidcdc considérer le serpent e<jnnne nn eniblèiue relij^ieux, n'iivuient point pour ce reptile l'iiorreur qu'il nous inspire, ù nous autres modernes.

Au milieu du bracelet, on voit un autre anneau propre à servir de cachet : celui-ci porte une hyacinthe sur laquelle est gravée une tête de femme.

La boucle d'oreille , représentée sur deux faces aux deux angles inférieurs de la planche, est de la forme la plus à la mode parmi les dames de Pompéi ; car on en découvre chaque jour de semblables. Celle que l'on voit plus haut, et qui porte deux pendants de perles, se rencontre de même assez fréquemment dans les fouilles.

Sans doute une adoratrice de Bacchus rattachait sa tunique à l'aide de cette épingle, portant un Génie aux ailes de chauve-souris, avec une patère dans une main et une coupe dans lautre, et deux guirlandes chargées de grappes de raisin, qui se croisent sur sa poitrine. Les ailes de l'animal nocturne font allusion au Sonnneil, compagnon du dieu du vin.

Ce disque d'or, de forme lenticulaire, est une bulla, ornement ainsi nommé à cause de l'analogie de sa forme avec celles des bulles qui s'élèvent dans lui liquide (i). JNous avons déjà parlé de ce bijou, que les jeunes Romains déposaient à. l'âge de quatorze ans, avec la robe prétexte, devant l'autel des dieux Lares (;>.), et que les pères donnaient ordinairement conmie cadeau à leurs fils en l)as

(t) Isidor., XIV, 31. Petron., 38; Pers., Sat., V.

(2)Gic.^ r«?rr., 1,68, et ibi Ascon.

196 BRONZKS.

Age à ramii\eisaii(' de la naissance de ceux-ci (i), ?Soiis avons traité fort au long de l'origine de la huila, rapportée par quelques auteurs à Ronudus, (jiii cndécoia le premier enfant né d'une des Sal)ines enlevées; par d'autres, à Tarquin l'Ancien, qui la donna à son fils, parce qu'à l'âge de i.j ans ce jeune lionnne axait tué \\n Sabin (9). On sait d'ailleurs que la huila n'était qu'un amulelte. Tous ces bijoux sont de l'or le j)lus pur.

Ces deux crochets, formant l'agrafe entière d'un ceinturon militaire, et ces deux fragments d'une autre agrafe, ne sont que d'argent ; mais ils sont précieux par les choses qu'ils nous apprennent sur la conformation du baudrier des anciens, et par les bas-reliefs dont ils sont ornés. Si le mot balteus vient en effet de la forme des hullœ qu'il portait (3), il ne s'agit ici que du cingulum, qui s'attachait sur les reins, comme celui même de Ménélas (4).

Chaque partie de l'agrafe entière est composée d'un carré qui tenait au clngulum par quatre petits clous, et d'un disque ou bouton fixé à l'extrémité d'une tige courbée en avant, comme on le voit dans la figure du profil : de sorte que les deux boutons pouvaient se rapprocher

(1) Plaut., Uud., IV, 5, -127. (3) Varr., de Ling. lat., IV, 2-4.

(2) Plin., XXXIII, 1; etMacrob., (4) Homei\, Iliad., IV, 132. Satîirn.

72 vj

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