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tit se joiiidi'c iui moyen d'iiii cmclict ([iii ne s'est point retrouvé.
La (leiixiènie ai^nilé, dont nous n'avons que des ira^ments, s'attachait d'une autre manière. L'un des carrés de métal porte encore la moitié d'une charnière formée d'un arc et de son ardillon : et sans doute la partie opposée venait passer sur cet arc, et s'accrocher à l'ardillon par une ouverture dont elle était percée.
Pour ce qui concerne l'antiquité, l'usage, la forme et la matière des agrafes et des baudriers chez les Romains, nous ne pouvons que renvoyer à ini ouvrage spécial (i). Nous ajouterons seulement quelques mots sur les basreliefs de nos Jlbules d'argent.
Il est incontestable que les médailles, les gemmes, les bas-reliefs les plus célèbres, fournissaient les types sur lesquels on frappait des plaques d'argent pareillesà celles-ci : ce ne sont point là de ces travaux exquis qui se faisaient sur commande, mais bien des objets usuels (jui devaient se tenir par assortiments dans des magasins pareils à ceux de nos quincailliers. Les deux bas-reliefs semblables des deux carrés de l'agrafe complète en offrent la preuve : tous deux, évidenunent frappés sur le même type, représentent un guerrier qui, encore armé pour la bataille, contemple ou arrange en trophée les armes conquises sur l'ennemi, sujet sou\ent traité sur les gemmes. Sur fim des deux boutons, Pliébus, vètn
(l) Abb. Javaroii. Memor. ner/l. AH. dclla K. Acacl. Knvlan., toinc^Il.
198 BRONZKS.
(le la tiinirjiit' et de la chlamyde, et couronné de sept rayons, conduit ce quadrige; pour pendant, il a Diane, sa sœur, qui, la robe et le manteau flottants, le croissant sur le front et un flambeau à la main, guide son char à deux coursiers au milieu du ciel oii brillent sept étoiles, peut-être pour indiquer le Septentrion, lieu spécial des apothéoses (i).
Sur les fragments, on voit Neptune et Minerve qui se disputent l'honneur de donner un nom à la cité de Cécrops, groupe tout à fait semblable à nu camée précieux du Musée royal de Naples. Le pendant est Rome, assise sur un trophée d'armes et couronnée par une Victoire.
Comment faire accorder le Soleil et la Lune avec tous ces emblèmes guerriers? comment expliquer la présence de ces deux divinités sur un cingulum militaire ? Ne serait-il pas trop subtil d'y trouver l'expression allégorique de ce précepte : Un bon soldat ne dort point ?
Ces cinq statères ou balances romaines, tout entières de bronze, sont remarquables par les différentes manières dont le nombre est marqué aux différents points oii l'on peut poser le poids. Voici celles qui demandent une explication :
(1) Pliii., H, l:^■, Dio, XLV.
TROISIKMK SI:HIK. 199
Dans la première et sui- un coté de la (|iiatrieine, V, X, XV, XX, veulent dire 5, lo, i "), i^o.
Sur la troisième, XIIIIMIIIXXIJIIVIIIIXXXIII, valent certainement lo, II, ]'.z, 1 3, etc., jusqu'à 34 compris, en supposant des points d'arrêt réguliers à chaque chifïVe.
Sur la cinquième, ÏIIVX, V, XX, XXX, IIII, signifient 2, 3,4, 5, 10; ij ; 2o;3o; 3j.
Bien entendu que, quand le fléau d'une balance porte deux échelles, on les emploie en accrochant à deux différentes places l'objet que l'on veut peser : le crochet le plus rapproché du point de suspension du fléau sert pour l'échelle la plus élevée.
Les deux surfaces du bassin de la cinquième balance, représentées à droite, méritent quelque attention, surtout le groupe formé d'un Faune et d'une chèvre qui luttent ensemble.
En général ces ustensiles sont fabriqués avec beaucoup de soin, et le goût antique se montre dans la diversité des formes données au contre-poids ( cçaipwaa, œqidponclium) : ce sont deux têtes de femme, de beauté et d attitude diverses, et une tête de Satyre avec la nébride.
Le bronze qui occupe le milieu de cette planche est des plus rares et des plus curieux, bien que l'explication
200 BROINZES.
n'en soit pas aiséo, ou plutôt h cause de cette difficulté même. JNous essayerons de la surmonter.
La principale figure de cette composition, l'aigle avec la foudre entre ses serres, n'est point un symbole équivoque de la divinité de Jupiter (i) : les naturalistes anciens croyaient que cet oiseau n'est jamais frappé du feu du ciel (a). On peut conjecturer d'après cela que le monument tout entier est consacré au maître des dieux, et que le reste, c'est-à-dire le croissant et les deux petits bustes, placés sur les deux pointes, ne se compose que d'accessoires. Suivant cette hypothèse, on peut Aoir dans la première des deux figures la Lune elle-même, ou quel- ([u'une des divinités qu'elle représente, à savoir, Diane, Proserpine, Hécate ou Isis, dont les médailles et les gemmes offrent souvent la tête placée au milieu d'un croissant (3). L'autre tête doit être le Soleil ou Osiris, correspondance indiquée par quelques antiques (4), à moins qu'on n'y voie le dieu Lunus (5). Le monument, dans son ensemble, peut donc être considéré comme une allégorie faite comme ex-voto, ou par tout autre motif religieux, pour représenter la puissance de Jupiter régu-
(1) Hygin., Aslr. poet., II, 16; lun., toin. II, p. 0-io.
Sei'v.ad .iw., 1,398 lEorai., Cann., (i) Beger, toc. cilat., et tom. III,
IV, 4, I ; Pindar., 01., II, 159, et p. 442; Spanh., Ep. ad Mor., II. scol. (5) Haym., Thes.Bnt.,t. II, p.
(2) Plia., II, 55. lia; Spanh., de V.et P. A'.,diss.IV, (3)Berger,rAe.ç.Z?;-.,p.8-i;Liebe, p. 193; Seg., Sel Pium., p. 103 et
Goth. Num., p. 180; Buanarrotti, 105 ; Strab., XII, p. 557; Tertull.,
Med., p. 45 ; Plut., de Fac. in orbe ApoL, 15.
IROISIÉML Sf:R[K. " 201
lateur des saisons et niaitie de l'éteniitc, Zeù; «îwvo; y.péojv âTraurrroj (i), comine celui de Mégare('>i), ou enfin Jupiter Lucctlus , Diesplter, père de la lumière et du jour : les deux petites têtes exprimeraient alors le jour et la nuit; et le croissant, appelé t;.r;v, ay.vi'î/.o; (3), marquerait le mois lunaire, c'est-à-dire la plus ancienne et la plus commune division du temps, celle qui a produit la distinction du mois en quatre semaines (4).
Nous ne voulons point passer sous silence l'opinion des archéologues, qui voient dans ce monument une apothéose de deux personnages impériaux : il est certain que le croissant, l'aigle, la foudre, se prêtent assez à cette interprétation ; et, si l'on pouvait reconnaître dans les deux bustes des traits déjà indiqués par une médaille ou quelque ressemblance de famille, cette opinion serait à l'abri de toute objection sérieuse (5).
La main votive de bronze, que l'on voit représentée sous ses deux faces aux deux côtés de la planche, quoiqu'elle ne soit pas d'un travail bien fini, a pourtant cet avantage de réunir en elle tous les accessoires les plus importants des monuments de cette espèce ( au nombre de six) qui ont été publiés jusqu'ici (f)). Comme
(1)/Esch\l., Sm/)/)/., 08.1. {iS)V\^m\\. Ant. gr., loin. VII,
(2) Pausan., I, i. p. 510 ; Ph. Thomas, ibid., X, 6G-2;
(3) Cleom., Metcor., II. la Chausse, Ant. Rom., XII, 963;
(4) Marcix)b., Safum., 1, 15. Bonan., ItJus. Kirch., cl. Il, tab. 25, (0) Bellor., Vet. lue. sep., p. 11, p. 82 ; Giri, /nscr. ant., tom. III;
fig. 12. Caylus, tom. V. tab. (;.'{, 11. 1 pf 2.
a*" Série. — Bronzes. 26
202 liHON/.KS.
toutes les Jiulres , cette main \<)ti\c csl une main droite qui a les trois premiers doigts levés, et les deux autres fermés : trois est un nombre cher aux dieux. Sur l'index et le doigt du milieu est un foudre entre les serres d'un aigle dont le corps a été brisé. Cet emblème devait-il exprimer la flivinité suprême ou l'élément de l'air, ou la planète de Jupiter, tout cela dans un sens cabalistique et astrologi([ue ? On ne peut que le conjecturer. Entre deux des doigts levés, on voit une statuette qui Jie se trouve tout à fait pareille dans aucune des autres mains votives : c'est un vieillard barbu, coiffé du chapeau phrygien , ayant la tunique à manches courtes, relevée par une ceinture, et tenant les deux mains élevées avec l'index seul en l'air et les autres doigts fermés. Dans le système des archéologues, qui cherchent ici une allusion àCybèle et Attis, <'ette figure pourrait être celle de Midas, roi de Pessinunte (i). La tête de bélier, sous les pieds du vieillard, ne se trouvant pas dans toutes les autres mains, est un indice à l'appui de l'opinion de ceux qui cherchent à y voir un Mercure : elle rentre aussi dans le système, bien propre à tout concilier, des mains panthées, c'est-à-dire consacrées, soit simultanément à une foule de divinités (2), soit à une divinité universelle, Deo pontheo (3j. Plus bas encore est une petite table ou console, por-
(1) Arnoli., V, j).7(>; nioflor.,111, (3) Passer., /-M cem. /it/.,toin. I, 59. p. 1; id. Gemni. astrij'er., H, \Qi,
(2) Aiison., Epigr.,^9 ; Lucian., et III, 108.
<U Dca Sijr., i; 32.
TKOISIKMK SÉRIE. 20n
tant ime espèce de cùiie (jiii manque dans jjlusiems autres mains votives, et que l'on ne peut expliquer d une manière satisfaisante. Enfin à la l^ase même se trouve une espèce de voûte sous laquelle on voit une femme couchée et tenant un enfant entre ses bras. Cet emblème, dans les autres monuments , est accompagné d'une inscription, telle que : GECROPIVS. V. C. VOTVM.S., ([ue Ton explique : Cecropius^ voti compos , votiim solvit, c'est-à-dire, « Cécropius, ayant obtenu l'objet de son vœu, a acquitté son vœu. » Ces mots offrent un puissant argument propre à démontrer que les monuments de cette espèce étaient offerts à une divinité, par suite d'un vœu conçu pour la santé de quelque personne chérie ; ils indiquent aussi en {particulier, dans la femme représentée sous cette vôûte^ une mère qui a fait le vœu dont il s'agit pour les jours de son enfant. Cependant quelques archéofogues veulent encore voir Là Isis et Orus, et ils se perdent à ce sujet dans l'abondance de leurs conjectures et de leur érudition.
A côté de la voiïte est une hydrie, couverte dune espèce de pomme de pin : encore un attribut de Cybèle ; maison le donnait aussi à Isis. Ensuite vient un arbre dont on ne peut déterminer l'espèce ; puis, grimpant le long du pouce, une tortue, emblème de Mercure, un des animaux sacrés des Egyptiens (i) : cet animal est aiissi un symbole de l'élément terrestre, et l'on verra tout
(1) Voss., Idol.JX, lo.
à riieiin^ les aniiiuiu\ qui représentent les trois aiilres éléments. Enfin, sur le pouce même, encore une j)omme (le pin, ou un œuf consacré à Bacclius-Osiris (i), ou peutêtre quelque allusion obscène, pareille à celle que l'on peut remarquer aussi dans les doigts levés du vieillard : j^este qui rappelle X Ithyplialle.
Passons à la face externe de la main. Nous y voyons, en allant du haut en bas, une balance, une rose ou une Heur semblable, un serpent, \\\\ caducée, un lézard ou un crocodile, une grenouille, une double flûte, un fouet, des cymbales, un tympanum et un sistre.
Les conjectures des savants sur tous ces eml)lèmes se réduisent à voir dans chacun l'attribut de la divinité sur laquelle leur opinions'estfixée. Aucunede ces conjectures ne nous satisfait pleinement : nous soupçonnons que les mains votives, offertes pour des maladies différentes, à des divinités diverses, quelquefois à des dieux panthées, devaient varier à l'infini sous ce rapport. Nous nous gardons cependant de rien trancher à cet égard, et nous répétons ces paroles naïves du savant Montfaucon (2) : « Il y a apparence que ceux qui ont offert cette main si chargée d'énigmes n'ont pas cru qu'on osât les expliquer dans des siècles aussi reculés que le nôtre. » Une pareille entreprise, après avoir effrayé les critiques les plus modestes, a tourné à la confusion des plus har-
(1) Plut., Synipos.,^ et 3, p. 636.
(2) Ant. ExpL, tom. lî, p. II, I, 20, § 2.
TROISIEMF. SKUiK. 205
(lis. Nous nous laiigcoiis Nolouticrs flans la prcminc de ces deux classes.
PLAJNCIIE 98.
Cette planche offre un pied de lion, qui soutenait une table ou une console; plus une anse de vase à enlacements très-compliqués, une autre griffe de lion d'un assez beau travail, et enfin deux petits hermès, l'un, enfant, avec les pieds sortant de la gaine, l'autre, vieillard, barbu et sans pieds. Ces deux derniers morceaux de sculptiire, qui sans doute servaient quelque part d'ornement, de soutien ou de bornes, l'un ayant environ 3o et l'autre 4o centimètres, sont remarquables par la colonne brisée que les hermès portent sur la tête.
Mais l'objet le plus remarquable qui se présente ici, c'est ce bizarre assemblage d'animaux qui servait sans doute d'anse à quelque vase, au corps duf[U{'I il tenait par sa partie inférieure. Une têtedelion, avec les deux rinceaux, et flanquée de deux chevaux à mi-corps, de petite dimension relativement au lion lui-même. Sur la tête de ce dernier animal est une espèce de bourrelet qui rassemble les deux tiges de feuillage, et duquel s'élève tortueusement un serpent écailleux, énorme en proportion du lion : ce reptile semble se balaneei- sur lui-même, et il tient dans sa ;^ueule une ('igal(M[n il a
20f, BRONZKS.
déjà engloutie à moitié. Quelques critiques ont tiouvé dans eette composition nu goût orij>inal et hardi : nous avouons que pour nous, tout en reconnaissant le mérite de l'exécution, nous ne voyons dans cet assemblage de membres empruntés à divers anim.iux et disproportioiHiés entre eux, (pTun de ces monstres dont parle Horace (i) :
ut nec pes, HOC caput uni
Hcddatur formœ.
Ce petit bas-relief fait partie d'un meuble antique, dont les débris, composés de bandes et de plaques de fer, de clous de bronze et de quelques traces des ais de bois, ont été trouvés à Pompéi dans les fouilles de i832. Il était orné de trois petits bas-reliefs de bronze , dont deux représentent un centaure et une centauresse : le troisième, et le plus intéressant, est celui dont nous donnons ici un dessin.
Malheureusement, ce bas-relief, s'il estleplusprécieux, est aussi le plus mal conservé : les autres sont tout entiers de bronze, mais c^lui-ci n'a de ce métal que le cadre et les figures : le champ où ces parties se trouvent fixées est une plaque de fer qui forme le soutien de
'1) Art. /Kvr/..8rtî.>.
'V-?vr-€^^
£^.iim^,ÙL>0<i^
Vil'
JKOISIKMI SKUIK. 207
tout I ensemble. (Jette disposition a nui heaneonp a la conservation des figures de bronze; l'oxvdation du ter, beaucoup plus rapide (|ue celle du cuivre, s'est pour ainsi dire communiquée à ce dernier métal, et l'a corrodé de manière à rendre les formes indécises et quelquefois tout à fait méconnaissables. Il est regrettable que cette cause de destruction ait surtout affecté la figure ailée qui se trouve au milieu du bas-relief, et qui, mieux conservée, nous eût sans doute donné la clef de toute la composition.
Cette figure est évidemment celle d'un jeune homme, ayant de grandes ailes qui se déploient derrière les deux autres personnages. Elle porte sur le bras droit une petite draperie, une nébride, ou quelque chose de cette nature ; et elle semljle désigner de cette même main un. objet qu'elle tient de la gauche. Cet objet est de forme rectangulaire et paraît entouré d'une espèce de cadre, ou du moins le milieu de sa face antérieure forme une certaine cavité. Il est difficile de déterminer ce que peut être cet objet , quel syndjole ou cpiel attribut on doit y voir; ce qu'il y a de certain , c'est qu'il occupe toute l'attention des trois personnages ([ui forment le groupe. La figure qui le tient dans les mains baisse les yeux vers lui; la matrone assise à sa droite, les jambes croisées, attitude assez rare et considérée comme malséante chez les anciens, y jette un regard de coté, et fait de la main droite un geste peut-être admiratif qui ne peut se rapporter (|u à ce même but : Silène lui-même, qui oc-
208 BROrsZES.
cupe 1 autre côté du tableau, preud part à la scène par son regard et son sourire.
11 est évident pour nous que le sujet de ce bas-relief est bachique; nous soupçonnons même qu'il a rapport à la naissance et à l'éducation du fils de Sémélé. Mais les indices qui nous ont conduit là sont des choses qui se sentent plus qu'elles ne se décrivent : nous ne pourrions énoncer chaque détail qu'en le revêtant presque d'une formule affirmative ; ou bien, s'il fallait passer par la série complète des doutes et des conjectures, nous produirions une dissertation longue, froide, et qui ne pourrait ni intéresser ni convaincre. Nous préférons nous borner à renonciation de notre hypothèse : elle n'arrêtera point les conjectures d'hommes plus perspicaces ou plus savants. Qnant au mérite du bas-relief, considéré comme objet d'art, on n'en peut juger que favorablement par les parties qui restent inti\ctes ; c'est-à-dire par les draperies, qui sont bien traitées; parles chairs du Silène, qui ont bien la mollesse convenable, et enfin par l'expression délicieuse de la tête du jeune homme.
Au bas de cette planche nous avons ajouté, pour remplir le cuivre, une vignette représentant quatre têtes d'animaux trouvées les unes à Herculanum, et les autres à Pompéi, oii elles servaient de masques de fontaines, ainsi que le prouvent des tubes de plomb dont les fragments y sont encore attachés. Ce sont deux chiens, un tigre et un jeune chevreau. Ce dernier surtout est d'un travail remarquable et d'une grande vérité d'expression.
BRONSES
3™<^ Sérae
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IROISIÈME SÉRIb. 20y
Tout concourt à rendre ce bas-relief extrêmement précieux : la matière, le travail, le dessin et le mouvement des personnages, et enfin le sujet lui-même.
Le matière, c'est une plaque d'argent massif, garnie par derrière d'une espèce de crochet de même métal, à l'aide duquel on peut la fixer au mur : on sait quel était l'usagé des tableaux ou boucliers votifs (i).
Le travail est des plus délicats et des mieux finis : c'est un de ces ouvrages sur métaux que les Grecs appelaient Top£u[7.aTa, mot que les Latins ont transporté dans leur langue (toreumata). Il faut éviter de confondre l'art du ciseleur sur métaux, cœlatara, TopEj-ri/./;', avec celui du tourneur, tornatiira, Topv£'jTi/.vi : confusion dans laquelle sont tombés plusieurs érudits, et même quelques écrivains dé l'antiquité (2).
Le dessin est correct et spirituel; le mouvement des figures, plein de naturel et d'abandon ; l'expression, vive et touchante : enfin, la composition tout entière révèle un des plus grands maîtres de l'art antique, uu de rcu\ dont on trouve les noms consignés dans les ci itiijiics contemporains (3).
(l)Flin.,XXXV,3;Tacit.,^w«û/., Aul. Coll., XIX, 9.
H, 83, etGruter.,j6/(/.;Spoii., Mis- (3) Pliii., XXXIII, 1:2, et XXXIV.
cell. erud. on/., p. 1a2. 8; Athen.,tr;if,'iii. a|).r.;isaub., XI,4,
(2)Salmas.,Z:a;c./^/m.,p.735,38; p. 782.
Plin., XXXIV, 8; Anaci-., 0^/., 17;
3'' Série. — Bronzes. 27
i.e sujet paraît historique, bien que l'artiste l'ait présenté d'une manière plus délicate et plus gracieuse, en voilant la sévérité de l'histoire sous des emblèmes allégoriques. C'est sans aucun motif plausible qu'on a voulu y voiruntal)leau purement mythologique, Vénus pleurant la mort d'Adonis (i), quand aucun des attributs ne s'accorde avec cette supposition, quand plusieurs même, que nous aurons occasion d'examiner, la contredisent formellement. On y chercherait aussi vainement une Didon, affligée du départ d'Énée. L'abandon de Cléopâtre, et peut-être l'instant même de sa mort, offrent seuls, selon nous, une complète vraisemblance. Voilà bien le lieu choisi pour ce trépas immortalisé par Horace (a) et honoré par Auguste, qui fit respecter les statues de la reine d'Egypte (3). Cléopâtre a revu d'un œil serein ce palais déshonoré, oii elle a résolu d'accomplir l'acte le plus glorieux , peut-être le seul glorieux de sa vie.
Ausa et jacentem viserc regiani , Vultii sereno fortis (4).
Cette draperie suspendue, ce lit, ce siège orné du sphinx égyptien, indiquent l'appartementleplussecretdu palais. La statuette placée sur un fut de colonne, tenant en main inie pomme, ayant à ses pieds un vase (5), une
{i)Sa(jgiod'osservaz-.,etc.,i'l^S. LI. p. 459.
(2) Carm., I, 37, 21 et seqq. (4) Horat., loc. cil.
(3- I'lut.,,¥..4w^ow.,p.9o5;Dio , (5) Spanh., Jlijwn. in PalL. 44.
TllOISIKMK SÉIUF.. 211
guii'laiide de myrte (i) et deux eoioiiihes (v.j, ne peut être que Vénus, déesse chère à la reine d'E^yple, et en face dequi elle peut exlialer ses dernières plaintes. Dans l'hypothèse dont nous parlions tout à l'heure, que sii^nifierait Vénus regardant sa propre statue?
Un des personnages de la scène est un Amour; et , si l'on ne suppose pas que Cléopâtre a renouvelé le déguisement imposé à ses jeunes esclaves lors de sa première visite à Antoine (3), ici commence l'allégorie, l'allégorie qu'il faut toujours pardonner aux anciens, parce qu'ils savaient être sobres de cette ressource, si naturelle pour eux. L'Amour donc vient s'appuyer sur les genoux de la pauvre désolée, et pleure avec elle et sur elle. Quelles larmes divines vinrent jamais plus à propos se mêler aux larmes d'une mortelle !
On ne peut méconnaître une grande ressemblance entre les médailles et les statues de Cléopâtre (4) et cette femme, qui, à demi morte, et peut-être le sang déjà glacé par le froid poison de l'aspic, son beau sein et sa blanche épaule à moitié découverts, s'abandonne entre les bras d'une vieille esclave. Celle-ci semble consoler sa reine, en lui rappelant l'exemple de la déesse qu'elle a sous les yeux, ou peut-être en lui conseillant de nouvelles amours
(1) Pausan., VI, 24. et 328 ; Mus. Capit., toni I, tab. 57;
(2) /Elian., Var. Hist., XII, 1. Maffci, Gr. ant. I, p. 88; Canin.,
(3) Plut., loc. citât., p. 927. Iconogr.y n. 57 et 58.
(4) Thés. Brand. , toni. III, p. 327
212 RROiNZES.
et lui proposant une seconde tentative sur le cœur d'Octave trionipliant (i).
La corbeille de fl<ijues, renversée sous le siège, indique bien clairement le genre de suicide raconté par Plutanpie et Horace. Ce qui s'accorde également avec le récit du premier, c'est la présence de deux suivantes, dont l'une, plus jeune, nommé Irade, tond)a morte aux pieds de sa maîtresse expirante, tandis (jue la seconde, plus âgée, nommée Carmio, ne mourut ([u après avoir paré sa maîtresse de ses plus riches atours, et l'avoir déposée sur son lit. Un autre auteur (2) donne à ces deux fidèles esclaves les noms de Carmuino et Taïra, qui, assure-t-il, veulent dire en syriaque. Colombe : c'est une particularité à laquelle les deux colombes du piédestal font peut-être allusion.
L'absence de l'aspic, l)ien loin d'être une difficulté , vient à l'appui de notre explication : car les historiens ajoutent que l'on douta du genre de la mort de la reine d'Egypte, bien que l'on vît des piqûres sur son bras, parce que l'on ne trouva point dans l'appartement le reptile venimeux auquel on eût pu les attribuer (3).
L'autre bas-relief d'argent qu'offre cette même planche, sans atteindre l'importance et la beauté du premier, est estimable sous le rapport du travail. Un véritable Satyre, à longues cornes et aux pieds de bouc, ceint
(1) Phit., loc.Pitat. ;Florus,lV,ir. (3) Plut., hc. citât., p. i^o4; Dio,
(2)Tzetz., C/<//., VI, il. lac.^ citât.
TROISIKME SKRIK. 2t3
(i'iine peau de chevreau ou de lynx (i), et assis sur une pierre couverted une autre peau , joue de la lyre, sans doute en chantant, devant un autel grossier, orné de festons, et portant un vase avec un hermès barbu et couronné de feuillage qui représente sans doute Sylvain. A un arbre qui étend ses rameaux au-dessus de la statue est suspendue une bandelette ou quelque autre objet dont on ne saurait distinguer la forme. Il paraît assez étrange, au premier coup d'œil, de voir cette divinité champêtre avec une lyre au lieu de flûte, et offrant son hommage à une divinité presque du même ordre. Une gemme bien connue met l'artiste à l'abri du premier reproche (a) ; le second est repoussé par cette seule considération, que Faunus lui-même est Tinstituteur du cuîte des dieux champêtres en Italie (3) : d'ailleurs notre personnage ne pourrait-il pas être un homme de la campagne déguisé en Satyre pour les bacchanales (4) -
(1) Hymn. homeric. in Pana, 24. I, 22.
(2) Beger, 7*^65. Brand., tom. I, (i) Licpt., Lucern. ant., p. 683, p. 190. /Eiian., Var.hist.
(3)Lactant.Firm , de Fais, relig.
FIN DE LA 3* SEniE DES BRONZES ET DU 'SEPTIEME VOLUME.