‹ Herculanum et Pompéi (volume 4)Chapitre 10 sur 17 · M B V .. FI · texte numérisé non relu

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([ue. ^»otlr cadre est li-0[) resserré pour (jue nous puissions nous permettre de rassembler ici tout ce qui a été dit sur la nature et sur le culte de Jupiter. Aux personnes qui se livrent à des études sérieuses et approfondies nous conseillerons d'avoir recours à l'excellent ouvrage de ^l. ilmeric David (i).

PLAXCHK ri5.

Les amours de \ énus et d'Adonis ont fourni le sujet du tableau reproduit par cette planche. Quelque populaires qu'ils puissent être, nous croyons que l'esprit de cette conq)osition ne pourra être convenablement saisi qu'après un exposé sommaire de la légende qui l'a dictée. \ énus avait conçu pour Adonis une passion <jui lui avait liiit oul)lier les enchantements de C\ thère et de Paphos pour les vastes forêts du Liban, où le beau jeune homme, peu flatté d'avoir conquis le cœur de Cypris, de la fille de Jupiter, se livrait avec ardeur au plaisir de la chasse. Adonis n'était pas tellement préoccupé par son amour pour la déesse qu'il voulût lui sacrifier son exercice favori, et ce fut là son malheur; car le dieu Mars n'était pas un amant à laisser sans vengeance les infidélités et les dédains d'une maîtresse volage, et la passion d'Ado-

(1) Jupiter, rrcherches sur ce. dieu, sur son cttUc cl sur les monuments qui le représcnlenl.

T .Série. — Peintures. 24

ISO PKIINTUUES.

iiis pour la chasse lui fournit l'occasion d'accomplir son dessein. A en croire quelques mythologues, il se transforma lui-même en sanglier ; d'après certains autres, il eut recours à l'intervention de Diane (i). La déesse blessa avec lui de ses dards ini énorme sanglier, (jui, dans sa rage , s'élan(;a contre le jeune chasseur et le mit en lambeaux. \ énus accourut éplorée au secours de son malheureux Adonis , mais il était trop tard. Tout ce qu'elle put obtenir par ses larmes et ses sanglots, ce fut que Jupiter ressuscitât tous les ans, pour six mois, la victime de la jalousie de Mars.

L'artiste a choisi dans la légende que nous venons de raconter en quel([ues mots le moment où le projet du dieu Mars et la perfidie de Diane viennent d'avoir leur effet. Adonis est assis presque défailhuit sur un appui recouvert de son manteau de pourpre : le sang coule de sa cuisse gauche ; il s'appuie sur \ énus, ([ui interroge avec une anxiété parliiitement rendue son regard éteint par la souffrance, et attire vers elle sa tête languissante. Ij' Amour, affligé aussi, soutient le bras gauche du blessé. Le paysage ([ui forme le fond de ce tableau a rapport au sujet. Ce (pii distingue surtout ce tableau, et ce qui lui assigne un rang remanpiable parmi les peintures découvertes à Hercidanum et Pompéi , c'est une expression et une mélancolie qui vont au cœur.

(I) Hinii. Idyll., in Mort. Adon.

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PLANCHK 5G.

Le tableau livré an piil)lic dans cette planche est loin , pour le mérite de la composition , pour le fini et pour la couleur, de valoir celui qui vient de nous occuper dans la planche précédente. Il repi'ésente les amours de Mars et de A énus, sujet en grande faveur clie/. les Pompéiens, r^a force domptée par l'amour était une allégorie qui sans doute leur plaisait beaucoup; ou peut-être ils profitaient de quelque bon original qui se trouvait en leur possession poiu' en faire peindre sur les murailles de leurs appartements de nombreuses copies. Les deux divinités ont été représentées ici demi-nues et dans une attitude qui ne manque ni de grâce ni de volupté. Il est à regretter qu'elle n'ait pas été rendue avec moins de roideur et avec im peu plus d'art. Les cheveux blonds de ^ énus sont disposés en boucles nombreuses retenues sur le front par une bandelette couleur d'or. Un double collier enlace son cou d'ivoire. La draperie qu'elle élève au-dessus de sa tête avec sa main gauche, et qui, retenue et tondjant sur ses cuisses, laisse apei'cevoir ses charmes , est de couleur bleue. Elle est chaussée de sandales. Le dieu terrible de la guerre est dans la fleur de la jeiuiesse. Ses cuisses sont couvertes d'une étoffe violette. Des deux Amours, l'un tient dans ses mains le casque de IMars et semble vouloir arracher ce dieu à des plaisirs qui ne sont pas

1 8S PKINTURKS.

liiits pour lui. Pit's do ce petit (léiiicon a lii^irréla pi([iie, le l)oiu'lier etle parazonium <|m' le dieu a pent-ètre eoiiliés à sa i;a?'de. A son eoii est attachée nue cldaimde bleue (|iii lui descend le loni;(lu dos. 1 , autre petit Anioiir offre au couple aniourcnx nne petite ca.s.sette remplie de parfums, ou d'antres objets de toilette cpii invitent le dieu des comitats à ponrsnixre les loisirs voluptueux (piil s est mcuai;és.

pr.A^cllK 57.

An milieu d arbres s\niétri((nement disposés est un énorme serpent couvert décailles, (pii, entourant de ses anneauv le couvercle dnii trépied, dresse sa tète siirmoutéed'une crête, et vibre, danssa i^nenle ouverte, sa lanii,ne bifurquée. Dfiw pocil/atorcs, tout à fait send)lables par leurs habits, par leurs attributs et par leur attitude, sont à ses côtés. Ils sont coiffés du bonnet phryj^ien , chaussés de cothurnes, etvêtns d'une tnuifpied'a/.ur saus manches et repliée sur les lianes. Le voile (|ui l'orme uu arc stu- leiu- tcte est rouLie. Ils élèvent une de leurs mains (pii serri' une corne à boire et ])oitent de I autre c()té uu petit sean (pii send)le destiné à iccevoii- le li([nide contenu dans le rhyton. An mui- ipii clôt l'espèce de jardin oîi se passe la scène est attachée une i^nirlande de feuilles et de roses. On doit croire ((ue l'on a voulu représentei' ici une libation faite au i;énie du lien. ],a coi-

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l'IilNTUUKS

DEUXIÈMR SfiRIR. 189

fine, une des parties du trépied, et le serpent, sont d'ailleurs des symboles qui se trouvent mêlés à toutes les léi>endes mvtlioIoi;i([ues, et dont le sens est toujours si ohsenr ([\\e nous pourrons bien nous abstenir d'entrer dans des suppositions (pii ne feraient rejaillir aiieniie lumière sur le sujet.

PIANCHK 58.

(lette composition n'a sans doute aucune portée liistori(|ue on mythologique, et nous pouvons penser que le sujet en est dû à l'imagination d'un artiste qui n'a \oulu représenter autre chose (piun tableau gracieux. Sous ce rapport il a atteint son but. La jeune femme, pour ne porter auciiu des noms célèbres de la Fable, n'en est pas moins délicatement figurée dans son large pallium blanc, (|ui laisse apercevoir nu bout de sa tuui<pie violette et ses cothurnes jaunes. Klle est assise sur un troue d'or, dont le siège et le dossier sont couverts d'une drapeiic bleue, l n pelit amour, dont les cheveux blonds sont couronnés de fleurs, et dont la nudité est parée par une petite chiamyde violette cpii lui descend sur l'épaule droite, porte sur sa main gauche une cassette dorée, dont il soulève le couvercle en regardant fixement la jeune fenuiu- ([ue nous avons décrite. Avec de pareils sujets toutes les explications sont également Maisend)lables. On peut dii'c ([ue le petit (îéuie e.-.t ici

un messager d'aniour f[iii offre ;i la jeune femme les cadeaux que lui envoie son amant. On peut dire encore qu'il lui apporte les objets de toilette qui doivent faciliter son trioiiqilu'.

Egée, roi d'Athènes, était vivement affecté de n'avoir j)as d'enfants qui pussent affermir et continuer sa domination. Il fut consulter l'oracle de Delphes sur le moyen (pTil devait enq^loyer pour obtenir une progéniture : mais la P\ tliie donna à ses ([ucstions une réponse si obscure, ([in\ ne pouvant venir à bout d'en pénétrer le sens il se rendit à Tré/.cne pour demander des conseils à Pithée, qui gouvernait avec luie très-grande réputation de sagesse cette ville fondée par lui. Pithée, f|ui joignait sans doute un peu d'habileté à la sagesse pour laf[uelle il était renommé, résolut de faire son profit de l'obscurité de l'oracle. 11 fit si bien que son hôte se laissa prendre aux charmes de sa fille Ethra. La princesse reçut favorablement les soins du roi d'Athènes, et lui domia lieu bient(')t d'espérer (jue ses vœux seraient enfin accomplis; mais la joie d'Egée fut troublée par la crainte que les Athéniens ne lui retirassent leur affection s'ils venaient à apprendre (pi'il avait épousé une étrangère. Il prit donc le parti d'abandonner flthra, saUs l'énoncer à ses droits sur l'enfant (pi'clle portait dans son sein. Insen-

PEI NTCRES

sibleanx pleurs de sa malheureuse épouse, il lui assigna, pour dernier reiidez-\ ous, un lieu escarpé où s'élevait une Jurande pierre qui recouvrait une cavité. C'est dans ce trou (ju'il cacha son épée avant de quitter Ethra, en lui l'econnnandant d'élever avec soin l'enfant (ju'elle mettrait an monde, et, si c'était un entant m;Ue, de le lui envoyer à Athènes lorsqu'il aurait en la force de soulever le rocher où il trouverait l'épée de son père; cette épée devait ser\ ir à le faire reconnaître. Ethra mit au monde Thésée, «pii fut reconnu par son père à lapoit^née d'ivoire de l'épée cachée par lui :

Cum patpr in capulo gladii cogiiovit eburno Signa sui generis (1).

Dans ce tableau on a représenté Ej^ée se disposant à cacher son épée sous le rocher qu'il soulève. Il est nu et porte sur son bras franche un petit pallium jaune foncé. Les personnaj^esdes temps héroïques sont souvent représentés ainsi, l^a jeune fènnne pleure une séparation qui lui semble bien prompte et une alliance sitôt rompue. Son visage et son attitude sont empreints d'une profonde mélancolie qui règne aussi dans le désordre de sa toilette. Elle est vêtue de deux tuniques : l'une, blanche, est agrafée sur l'épaule, l'autre, qui descend de la ceinture jusqu'aux pieds, est d'un pourpre violacé. On doit remarquer le mouvement de sa main droite, qui relève un

(1) Ovide, Met., lii). VIII, Fab., XXIII.

l'JJ PEhMTlRKS.

des plis de la super-tiiniqiie, sans doute pour essuver ses iannes. Le peintre pompéien adonné à Ethra les charmes d'une beauté ravissante, et à Ej^ée au contraire des traits communs et empreints d'une certaine rudesse. Il a voulu sans doute exprimer par la difïcrence des deux physionomies, l'opposition des deux rôles du roi et de la princesse, dont l'un viole par andiition les serments les plus sacrés, tandis que l'autre, pauvre et infortunée victime, se résigne tristement à son sort.

Ce tableau, dont nous n'avons qu'un fragment, peut être expliqué avec la même facilité que s'il nous fût parvenu entier et parfaitement conservé. La raison en est f[ue la figure dont nous n'apercevons que les jambes se révèle d'une manière bien évidente, d'abord par la robuste complexion de ses formes, ensuite par la massue, le carquois recouvert d'une peau, et enfin par la peau d'animal dont on aperçoit une patte sur une des cuisses du jîcrsonnage mutilé par le temps. A ces caractères on ne peut méconnaître Hercule. Les autres figures du tableau, ipioique conservées en entier, ne seront pas aussi facilement expliquées. Dans le petit garçon coiffé du bonnet j)hrygien , on peut voir l'esclave Lycas qui vient d'apporter à Hercule le don liital de Déjanire, la i"obe trempée dans le sang empoisonné du Centaure. Le mouvement des bras

PEINTURES ^ - //''n/'/'fe

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(le ce persojuiaf>e (ionne queUjue poids ;i cette conjecture. Alors la jeune fenune qui pousse l'enfant vers le héros sera la belle lole, cause de la jalousie de Déjanire. La présence de l'enfant rappelle aussi le jeune Hylas , qui fut tant aimé par Hercule. Ce tahleau n'est pas sans mérite ; le petit garçon a de la vivacité , et son attitude est bien sentie. De dessous une tunique blanchâtre, relevée à la hauteur delà taille et des hanches, .sortent des manches et des espèces de bas, de couleur bleue; .son pallium est jaune etson bonnet violet. La jeune femme, d'une beauté sévère, est coiffée d'une draperie blanche qui tombe sur le dos. Par-dessus une tunique blanche qui couvre ses épaules elle porte une autre tunique , verte.

Ce tableau, qui a beauconp.souffertdesinjuresdu temps, ornait Yatrium de l'édifice de Pompéi qu'on a appelé Maison ci' Homère. Ce qm nous en reste nous fait vivement regretter ce que nous avons perdu. Un petit Amour, armé du trident de Neptune, esta cheval sur un dauphin. A coté, une admirable figure de Triton, qui est rendue avec une énergie et une vérité merveilleuses, est debout et attire àlui parlabride un cheval, dont il devait stinuderTardeur avec le fouet qu'il porte de la main droite. Le cheval est entièrement perdu , on aperçoit seulement un de ses pieds. De l'autre côté du petit Génie était une petite fi-

2" Série. — Peintures. 25

I'J4 l'EIlNTURKS.

guiv, tlonton n'aperçoit ((ne la partie inférieure, à partir des genoux; elle portait sans doute une autre figure, dont on voit les jambes. Dans le fond , on distingue àpeine un torse tout à fait dégradé. Le dauphin et le triton sont dans l'eau. Nous n'oserons hasarder aucune explication de ce sujet , dont les figures principales sont perdues pour nous; et nous nous bornerons à louer l'exécution du petit Amour, et sui'tout celle du triton, qui se distingue par une attitude très-bien sentie, une délicatesse et une vigueur de touche vraiment remar([uables.

Pr.ANCHK ()2.

L'intrigue amoureuse d'Ainymoue et de Neptune est une de ces traditions religieuses dont l'espritet la forme, corrompus par le temps, ont été arrangés par les poètes et les artistes suivant leur goût et leur imagination. Peu nous importe, du reste, (pie la jeune chasseresse ait blessé un satyre avecundard destiné àtuernnebête fauve ou que, vaincue par la fatigue, elle se soit laissée aller à un sonuueil imprudent, ([ui permit à un satyrededéroberdes i'a\eurs qu'on lui aurait refusées pendant la veille. L'intelligence de ce tableau n'a, fort heureusementpournous, rien à démêler avec ces différentes versions. Nous n'avons besoin que de la fin de l'aventuré , sur laquelle tout le monde s'accorde, et qui fut celle-ci. Amjinone, pour se sonstraiie à son robuste agresseur, implora à grands cris

J>EINTU1\ES

i ii . V.ôFl.jÔ

ni'.UXltME SKRIK. 19i

le secours de Neptune. Le dieu compiitissant apparut aux yeux de la malheureuse jeune fille, la délivra de la violence du satyre, et, pour prix tle son intervention salutaire, il lui demanda son amour, par ces mots que lui prête Eschyle dans un drame satiri(jue , dont Jious n'avons que deux fragments : « Le destin veut bien que tu épouses; maisc'est àmoi qu'il te destine. »

Soi alv ••aj/stoGai ixopsiiiov, yau-Siv 5'=u.oi (I).

\ oici donc la belle jeune fdle sans chaussure et à peine voilée par lui pepluni qu'elle soulève pour être moins embarrassée dans sa fuite, et dont les plis protègent mal sa pudeur, qui accourt effarée vers le dieu. Son premier mouvement, en arrivant près du roi de l'Océan, est de lui tendre la main en signe de détresse ; et le dieu, avec une touchante expression de bonté, avance son bras pour l'attirer sur le rocher où il est assis. Neptune est encore moins vêtu(pi'Amymone. La draperiequi couvre sa cuisse et sa jaml)e gauches est rassemblée sous lui et préserve son corps des aspérités du rocher. Cette disposition particulière de la draperie de Neptune peut être observée sur plusieurs médailles antiques (-i). L'artiste n'a eu gardede dissinniler sous le pallium la complexion et la vigueur célèbre de la poitrine et des épaules qui, depuis les temps homériques jusqu'à la décadence du polythéisme, furent

(1) Ammonius, p. 50, éd. Walkeii. p. M ; Docir. Nt V>,t -J, p. -Hi ; J. T.

(2) Eckel., Num. Yct. nne.cd., p. .li, n. S."i

le principal caractère du dieu de la nier ; et nous devons d'autant plus le louer de cette religieuse observation du type Poséidonien, f[ue le jeu des muscles et l'anatoniie de la poitrine ont été rendus par lui avec cette habileté qu'une observation approfondie du nu et l'étude des gi'ands modèles avaient popularisée aux temps de l'art anticpie. Les autres attributs dutlieu sont ici le trident et la coitliire adoptée parles marins de l'antiquité. Ses cheveux tond)ent en boucles régulières, sa barbe est é))aisse et inculte, ses yeux expriment la compassion (|n'il éprouve pour la jeune fille. Olle-ci est coiffée d'un rcticuluin ou filet (jui emprisonne sa chevelure; ses oreilles sont ornées de pendants. La figure d'Amymone est remarquable par la rectitude du dessin, la pureté île l'ensendjle, l'expression du visage et l'art de la draperie.

Une jeune femme détache la tuni((ne transparente qui voile son beau corps, etfixe ses yeux sur un petit Amour ap[)uyé surson genou. On dirait (ju'elle le consulte sur l'acte qn 'cl le accomplit et qut'lic lui dénia ude, à lui si expert, (pioicpie si jeune, dans les moindres effets de la coquetterie, ce qu'elle doit attendre de l'expédient (jnelle atrouvé.Legestedu dieuexprime non-seulement unpiein etentier assentiment, mais encoreune vive admiration et une espèce d'extase devant les beautés (pi'on lui révèle.

25 Se

ff Jtou.^ , atnt

DEUXIÈME SflRIE. ' 197

Cette manière d'eiivisager le tal)leau reproduit par notre planche, nous a raj)pelé ee que Quintilien i-aconte de Phryné. La célèbre courtisane, qui sut conquérir par sa i^ràce, sa beauté et son esprit nu empire irrésistible, avait été traduite en jui^ement comme coupable d'impiété. Son défenseur, pour la justifier du crime qui lui était imputé, détacha l'ai^rafe qui tenait la tunique attachée sur la gori-e de sa cliejite, et les juives, émerveillés à l'aspect de tant de charmes, oublièrent l'austérité de leurs fonctions, et accpiittèrent la courtisane. Donc, il nous a semblé que l'artiste qui s'est cru le droit, aussi bien que les poètes, de donner l'essora son imaj^iiiation, et d'analyser les sentiments les plus intimes, a voidu représenter Phryné se consultant avec l'Amour sur le puissant moyen oratoire, sur la suljlime péroraison que son esprit vient de lui suggérer. Il a, d'ailleurs, senti toute la difficulté de son sujet, et il a essayé de la vaincre en prêtant à la figure de la courtisane tous les charmes (£ue son pinceau a pu créer. Il lui a donné de longs cheveux noirs, dont les anneaux luisants relèvent le teint pâle et mat du visage, du cou et des épaules. Leurs flots capricieux sont retenuspar un filet d'or, entrelacé de pierres précieuses. Latunique, d'une parfaite transparence, est blanche; elle est couverte à la hauteur des cuisses, par un pallium violet. Une draperie verte a été jetée sur le dossier du siège sur lequel elle est assise. Tant de luxe ne saurait nous surprendre che/, la courtisane Phryné, (jui construisit à ses frais le plus beau temple de Thèbes. \.i' flaheUiim ou éventail que

porte le petit Amour est jaune. Le fond de la peinture est rougeàtre.

Oans luie salie truiie petite maison située derrière la rrypte d'Kumaeliia, à Pompéi, on a découvert le tahleati cpie nous donnons dans cette planche. Hercule nous semble convena])lenient indi([ué par la massue sur laquelle il appuie sa main gauche et par la peau de lion jetée sur le siège où il se tient assis. Son front est orné du diadème et de la couronne de chêne, et il écoute avec anxiété les discours de la belle jeune femme qui se tient debout près de lui, vêtue d'une tunique blanche transparente et d'un pallium l)leu, le coude gauche appuyé sur tui pilastre et la main droite sur l'épaule du héros. Le diadème qui ceint le front de la jeune femme, son collier, le bon goût de sa toilette, et l'effet que ses discours produisent sur l'àme d'Hercule, qui semble trembler, lui le héros célèbre par les prodiges de son audace et de sa force fabideuse, sous la main d'une simple et faible mortelle , révèlent la belle lole, ((ui exerça sur le dieti un si grand et si pernicieux empire.

Dans le protJiyriim d'une maison de Pompéi située à

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AdHVlFro

côté de la crypte d'Eiunacliia, et sur le milieu d'uue muraille, fut découvert, en i^l^.o, le tableau délicieux que nous reproduisons ici. Point de doute sur le sujet : on reconnaît au premier aspect un de ces loisirs amoureux, une des scènes de cette voluptueuse intimité qui inspirèrent tant de jolies compositions et firent éclore sous laplinne et sous le pinceau des poètes et des peintres tant de beaux vers, tant de peintures ravissantes. Celle-ci ne le cède en l'ien aux prodig;es de la poésie antique et aux compositions du même genre déjà publiées dans ce recueil. Mars et\ énus sont assis, avec un amoureux abandon, se contemplant l'iui l'autre. On admire Vénus se détournant et penchant eu ari'ière sa tête , dont le dieu attire délicatement à lui les charmes divins pour les admirer de plus près. Le mouvement de la déesse, dont Mars dévoile avec orgueil les formes enchanteresses que couvrait une draperie bleu clair, respire un amour confiant et satistiiit; elle s'appuie du bras gauche sur les genoux de son amant, (jui promène sa main sur ses blanches épaules. Comme si elle pouvait craindre d'être surpassée en beauté par quelque audacieuse rivale, connue si, huml)le et niodeste, elle pouvait croire (jue ses formes célestes seront rehaussées par le luxe de la toilette et donneront plus d'orgueil etplusd'amour au dieu qui les possède, elle a ceint ses blonds cheveux d'une bandelette d'or, elle a passé sur son cou et croisé sur son sein une longue frange d'or; ses bras de neige ont été enfermés dans des bracelets de même métal ; sesjambes, aux contours parfaits, ont

•20J PKLMURKS.

rt'<;n(les coinpcdcs (i)on périscélides (a). Mais, enveloppé

dans lin pallinni pourpre, est tout entier à son l)on1ieur

et ne s'apereoit pas (pie ses armes , dont il a déposé le

fardeau, servent de jouets an\ deux petits Amours qui

paraissent des témoins très-disci-ets et très-inattentifs de

la scène amoureuse à laquelle ils assistent. L'un deux est

assis aux pieds de iMars et de \ énus et travaille à couvrir

sa blonde petite tête du cas([ue pesant qui fut forgé pour

le dieu des combats. La composition de cette petite fij^ure

est d'une naiveté et d'une grâce ravissantes ; on ne j)eut

s'empêcher de sourire à la présomption du petit Génie,

dont le cou ploie et succombe sous le poids du casque.

Ti'autre petit Amour est un digue pendant de celui (pii

vient de nous occrqx'r. Si l'autre échoue dans sa tentative

et semble demander merci à l'œuvre qu'il a entreprise

avant d'avoir consulté ses forces, celui-ci est radieux et

triomphaut. 11 est bouffi d'un noble orgueil ; il est \e\\n à

bout de passer à son cou le baudrier qui porte le parazo-

niumde Mais. Voilà pour la grâce toute poétic[ue de l'in-

vention. Maintenant, ([u'oii observe un peu le mérite et la

disposition de chaque ligure, et l' harmonie de l'ensemble.

Avec quel art l'attitude lente, tendre et lascive de Vénus

est opposée aux mouvements plus prompts et plus résolus

du dieu! comme les contours de leurs membres se mêlent

sans se confondre! comme l'espièglerie des deux petits

Amours rehausse encore la couleur voluptueuse du sujet !

(I) Pline, XXX, 1-2. (-2) Horace, Ep.,L., 1, 17 in fine.

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