Roua^ OA
M", b? V. o. F. lit .
11 était piMi tk- divinités (jui eussent autant de droits que le dieu Baeehus aux honunaj^es et au culte des nations qui vivaient sous la loi du polythéisme. Parmi les nombreux bienfiùts dont il avait doté l'espèee humaine, les .spectacles comicpies et trai^iques, ([iii étaient devenus un besoin dans la vie des peuples de l'anticpiité, rappelaient tous les jours aux mortels la j^loire de la mission que lîacchus avait remplie sur la terre. \a\ trai;édie et la comédie étaient nées des travaux de la eanq^aj^ne ; les vendaui^es avaient été 1 lui nd)le berceau de ces deux filles du ciel, qui lirentbientôt oublier, par le luxe dont elles s'entourèrent et par la puissance à hupiel le elles furentélevées, leur pauvre et obscure oriii;ine. Si nous pouvions nous permettre, resserré que nous sommes dans les bornes étroites d'une explication de planches, (piel([ues dij^ressions sur l'extension et snr la vie (pie les croyances mytholof;,i(pies ont prêtées à 1 art chez les anciens, nous en trouverions ici une occasion favorable. Nous ferions ressortir ce qu'il y rtvaitde mouvement, de couleur dramatique et d'éléments de représentation dans toutes ces traditions qui matérialisaient les sujets les plus méthaphysiques; qui donnaient inie forme à toutes les abstractions; qui renfermaient entre les dimensions d'un cadre une histoire aussi vague,
aussi ncl)Mlciise, aussi ignorée (pie loriginc et les premiers
2' Série. — l'ciniiiics. 20
temps (le la coiiu-dit'. Tandis ([u'avec nos habitudes positives et notre esprit philosophique, nous eherchons en vain, au milieu de la nuit des temps, quelques lueurs incertaines, quelf[ues éclairs sur l'invention des représentations scéniques, le polythéisme arrive avec sa toi profonde, avec sa piété naïve, et, prenant en main un pinceau et des couleurs, il trace à nos yeux un beau jeune homme aux loui^s cheveux blonds; il le couronne de lierre, il jette sur son épaule un pallium pourpre violacé, qui, laissant à découvert sa poitrine rol)uste et i^racieuse, convie la partie inférieure de son corps. Ce jeune honnnc, il lappelle Bacchus. A ses côtés il ligure une troupe d entiuits, de vieillards et de femmes qui assistent, les uns connue acteiu's, les autres connue curieux, à l'œuvre que ledieu a annoncée et (pion attend de lui. Et lîacchus réjjond à lenrinqîatienceen haljillant du pallium, du masque et du brodequin comiques le jeune lionnne (pii doit être le premier organe et le premier instrument de la comédie.
Elle est l'invention du dieu de la veiulange. Nous pou rrions peut-être établir des suppositions assez fondées sur f[uelques-unes des figures qui composent notre tableau ; nous pourrions donner, avec une certaine apjiarence de raison, le nom de Silène au vieillard (pii se tient à gaucho de Bacchus et semble adresser des observations sur rajustement de la toilette du jeune acteur comique , mais l'es^ sentiel pour nous est d'avoir établi et placé hors de toute espèce de doute l'idée principale du sujet, Ot nous nous en tenons là. Ouant au iiu-rife (\c ce tableau, ((ui fut dé-
PEJNTL'RES .
ff. Jioux , rt/>ïV .
^^©ÎPSJIS
tp i-cy/ÂM
DEUXIKME SfiRIE. 303
couvert à Poiupéi ,sur la muraille d'une maison située vis-à-vis de l'entrée principale du Panthéon, il se fait sentir surtout dans l'exécution des petites têtes.
On a beaucoup écrit et beaucoup disserté sur l'origine et sur l'usage des trophées, et nous n'entreprendrons pas d'exposer ici tout ce qui a été dità ce sujet(i). Il suffira de rappeler que les premiers trophées furent formés d'un tronc d'arbre revêtu des dépouilles des vaincus. Dans la suite , et lorsque les arts et la civilisation eurent fait des progrès, le trophée primitif fut réservé aux simples capitaines qui avaient mérité les honneurs du triomphe, et on en construisit avec la pierre et l'airain de plus grandioses et de plus durables pour les généraux, pour les imperatores (2). Les groupes du Capitule connus sous le nom de trophées de Marins , les colonnes Trajane et Antonine , les arcs de triomphe de Titus , de Septime-Sévère , de Constantin , etc., se chargèrent d'éterniser la gloire lies vainqueurs et la honte des v'aincus. Cependant les capitaines f[ui avaient reçu les honneurs du triomphe , craignant de confier le souvenir de leurs exploits au tro-
(1) Boulenger, de Triumph., (2) Spanhein in yw/Zan., p. 439 et
cap. .3; Giov. Nicol., de Trhimpli. ; suiv. Pauvin., de Trop.
20J PEIVrURES.
pliéepérissaljlequi avait récompensé leur bravoure , prirent le parti d'en transmettre le souvenir à la postérité en faisant peindre, dans le lieu le plus apparent de leur palais, les principales dépouilles des ennemis vaincus, et quelquefois le trophée lui-même. L'artiste à qui nous devons ce tableau a représenté la A ictoire etle vainqueur accomplissant l'œuvre qu'ils ont entreprise ensemble. Le trophée est déjà terminé. Le tronc est revêtu d'un haubert jaune et garni d\in sngnin rouge changeant, avec les franges de rigueur. Il est surmonté d'un casque orné de dcuv cornes, synd)ole de la valeur militaire. Parles deux trous ménagés pour les bras dans la cuirasse sortent deux petits bras avec des gantelets de fer qui serrent un dard. La Victoire est revêtue d'une tunique blanche et d'un pallium violet, noué autour de la ceinture; d'une main elle porte un martelet , de l'autre elle attache un Ijouclier derrière le trophée. Le vainqueur est représenté avec tout l'attirail qui convient aux héros; son front est couronné de feuillage; il porte la lance, la cuirasse et les brodequins de peau de bête, à la façon d'Hercule; les objets qui sont par terre n'ont pas encore trouvé leur place sur le trophée.
PLANCHE m.
Le sujet de ce tableau , très-précieux à cause de la lumière qu'il peut jeter sur les usages religieux des anciens,
P>;iNTUKKr^
DKUXlKMi: SÉRIE. 205
estime cérémonie Isiacjue. Dans le milieu est un autel, dont un ministre d'Isis active la flamme au moyen d'un Jlahcllu/n ou éventail , dont la forme est pareille à ceux dont se servent les modernes. I/usage de soufflerie feu par ce procédé était très-répandu dans l'antiquité : nous lisons dans Pline (i) que deux statues de bronze représentaient des esclaves souffleurs, puer uni suffUorem , puer uni sufflantcm langiddos ignés. Pollux (ri) dit expressément fjue le mof j^rec p-.zt; désignait un éventail destiné à la fois à allumer le feu et à chasser les mouches; dans ce dernier cas, il portait aussi le nom spécial de wM^r'Âr. chez les Grecs et de /?///^crt /■/«/« chez les Latins (3). C'est l'usaj^ede l'éventail pour attiser le feu qui a donné naissance à quelques tournures de phrases allégoriques trèssouvent employées par les auteurs latins. C'est ainsi qu'ils (Wsent flabellum seditionis, \' éventail de la sédition, c'està-dire l'instrument qui attise le feu de la sédition. . . Cujus lingua, quasi flabello seditionis, illatum est egcntium concio ventilata (.]). T/autel cpiadrangulaire, entouré d'une guirlande, sur lequel brfde le feu sacré, est sans doute l'aru/a, iivA% des anciens (">) ; les Grecs lui donnaient aussi le nom de ÈG/a'pa (fi); le bois coupé pour les sacrifices et pour l'entretien du feu sacré était appelé a-/CCy.'.{--).
( 1 ) XXXIV, 8. (ri) Emst. , ad Poil., X , f.:..
(2) X, Se, 91. (6) Scoliasle d'Arislopli., Ack.. (;)) XIV, Ep.,iû. V. 888.
(i) Cicéron, /j/o /^/ac, cap. :23. ("jSuidasinl/jîïi.Pt Pollux, I,.'t.'t.
A coté de l'autel est un autre ministre; couvert d'une tunique blanche, sans manches , longue et étroite , vestis nivea et cataclysta. Il tient à la main unlonj;; bâton etuu instrument en forme d'épée , qui doit être nécessaire à l'accomplissement du sacrifice. Nous sommes assez porté à lui donner le nom àe Lingii la [i) ^ et à lui attribuer le mcmc usai^e que celui avec lequel Osiris est représenté sur la Tablelsiaqne, sacrifiant un chevreau. I -e loujj, i)âton dont la main droite du prêtre est armée axait été adopté par les ministres d'Isis et d'Osiris , qui voulaient imiter, ainsi qu'on l'a prétendu, la verge de Moïse, dont ils avaient vu ou appris les prodiges (2). Il est à remarquer f(u'rsis et Osiris eux-mêmes portent en main le sceptre ou le bâton (3). Un troisième ministre élève de la main droite une épée , symbole du pouvoir, ainsi que l'a prétendu la Chausse, explitpiant nue hydria, sur laquelle on voit, parmi plusieurs attributs et plusieurs figures égyptiennes, un Génie , tcuaiit à (\v\\\ mains une épée (4). li'ohjet placé dans la main droite <]c la figure f[ue nous analysons peut être encore un sceptre, ([uc les Egyptiens donnaient pour attribut à (osiris , et ([ui, dans les hiéroglyphes , signifiait Osiris lui-même. . . « Iiiscnlpunt sceptrinn, inqite eospecieiu oculi cxprininiit;ct hoc signoO?\-
(1) Aiilu-(l('llo,X, i'^; Vaii'oii, de p. '1 i, et le Antich. (UErcoUan., 1. 1, L. /.., VI, p. X!2 ;Montfaucon, t. II. tav. L.
p. I, pi. LXVl. (i) Mus. Rom., t. I, sccl. Il, lah.
(2) Eusèbe, P. E., IX, A. XLIII; P. Valoiian. , lili. 'r2.
(3) V. la Table l.iioqve, Pifjnor..
rin juunstraitt : signijlcaiites hiincdeum Soleni esse, regaliqiie potestatesuhliunni ( i/nc la dcspiccre (i). » La main nauclif de la nic-iiic liiiiirc tient nn sistre. Cet attribut convient également à Isis, à Cybèle, à Syria et à la Grande Mère (-i) , ([ni sont les noms divers de la même divinité.
l^es deux cotés de l'autel est rangée une troupe de personnages d'âges, de sexes et d'Iiabits différents. La première figure de la file ((ui occupe la g.'uiche du tableau est assise par terre et jonc de la tibia , aùVj; TroXûcpÔoyYo;, dont l'invention est attribuée à Osins(3). Au premier rang de la file de droite est un ministre sacré qui porte en main un sistre et un rameau , et une autre figure , de lémme peut-être , qui tient un sistre.
Apulée semble avoir eu sous les yeux le tableau que nous expliquons , lorsqu'il a écrit ; « Alors arrivent les fiots de la foule initiée aux temples divins, des hommes, des femmes, detoute dignité, de tout âge, lumineuses par la blancheur immaculée de leurs tuniques de lin: celles-ci enfermant leurs cheveux hunddes de parfum dans de blanches étofjes; ceux-ci /ej cheveux entièrement rasés, leurs têtes découvertes , astres terrestres de la grande /eligiun ) faisant entendre le bruit aigu de leurs sistres d'airain y d'argent et même d'or{/\). i)
Par ou/e gradins , on arrive au temple , dont la porte est flan([néc de <Icuk piédestaux portant deu\ sphinx ,
(1) Macrol)., Sal., 1, '21. (3) Polliix, IV, 77.
{■é)\%\wv.,Matr. hl.ct Alt. iiiil,; [l] Met. , XL
Slraboii, p. i(i.! d i(il.
208 PEIMLRES.
synil)oles des mystères religieux, tle la justice et de la clémence divines (i). La fleur de lotus, dont l'usage est de rigueur dans toutes les cérémonies et sur la j)lupart des divinités égyptiennes (a), a été posée sur leur tète. Un des deuv sphinx porte un ibis sui- sa croupe ; deux antres ibis ont été peints autour de l'autel . A l'entrée du temple , on aperc-oit trois ligures. Une femme aux cheveux flottants, vêtue de la tuui(piei«/rt//-eetd'une chlamyde de couleurs \ariées, j)orte un sistre et lui seau. A ces indications on a déjà recoinui Isis, ([u'Apulée (î) et mie belle statue grec- (pie( 4) représentent telle ([u'on l'a figurée ici. Le sistre et le seau lui ont été souvent attribués sm- la Table fsiaque et sur d'autres monuments égyptiens, par Cuper(")) et par Apulée, ([ui dit expressément : « Dcxtra ferehat iereumcrcpitaculum, lava vero cyudjiiun dcpcjulcbat aurcitm (()). >) li'autrc figure est mi ministre d'Isis, caractérisé par le sistre. Enfin , le personnage placé au milieu de l'entrée estvctu d'une tunicpie talaire , et porte en outre sur ses épaules et sur sa poitrine une espèce de chape à frange, qui enveloppe ses mains, dans lesquelles il tient nue //ydria, objet de l'adoration du peuple. Ce genre de cérémonie est assez curieux pour ([uc nous croyions devoir l'appuyer des textes c[ui le relatent directement ou
(I) Clt'inciit (l"Alfx., .S7/0/;/,, V; (l) Monlfaucoii, l. Il, Si/pp.,
l'igiior., iVeii.i. /.<., ]). 70. pi. XL.
(■2) Cupcr, Harp.. \t. [W-'i-l; S;iu- (.'>) Hurp., p. i.". et siiiv.
inaiso, PL fJ.r., p. (i7'.t-(iS."). ((i) iHcL, .\l.
(a) UI). .\i.
iiulireoteinent, et ([iie nous fassions mention des inonunients qui en ont conservé les ti'aces. Dans une fête Isiaque (le Montfancon (i), on voit un prêtre portant une hydria, et vêtu, connue celui de notre tableau, d'une espèce de chape qui enveloppe ses mains. Apulée, à <|ui nous devons, conune ou voit, de précieux détails sur cette matière, prétend <[uc les étoffes de lin ne servaient pas seulement à vêtir les prêtres, mais encore à couvrir les objets sacrés (;>,). \ itruve est plus explicite encore lorsqu'il dit : « ([ue les ministres du cidte égyptien couvraient 1 '//)'- « (Iria^ en la rapportant, avec une chaste relii^ion, dans u le temple et dans le sanctuaire, et qu'alors, se proster- « nant à terre, les mains élevées vers le ciel, ils rendaient « grâce aux bienfaits de la bonté divine... Itaqiie quiun « hydriam tegiint, quœ ad tcmpliun œdciitqnc casta re- « ligione refertur, tune in terra prociunhenles ^ inani- « bus ad cœluni sublatis, inventionibus gratias agunl a divinœ benignitatis {^\). » Enfin, faudra-t-il prendre au pied de la lettre les expressions d'un auteur souvent cité qui, après avoir donné la description de l'hydria <(ue le prêtre portait sur son sein bienheureux, appelle ce vase sacré « sumini numinis vencrandani effigiem ; l'effigie vénérable de la diiùnité souveraine P « Faudra-t-il, sur ce fondement, un peu frêle sans doute, prétendre que l'hydria était à elle seule le synd)ole partait de la déesse Isis? L'entréedu temple est décorée d'une guirlande et d'une
(1) T. H, p. Il, pi. C.W I. (3) Apulée.
(2) Metam.
V Série. — Peintures. 27
210 ri:iMLIUES.
o«nronne, éclairée par deux petites fenêtres de charpie cote et défeiidne par une rampe ou halnstrade. Des deux côtés sont des arbres et des palmiers.
>Jous ne voyons pas cpion puisse opposer aucune ol)jcctioji an titre de Cércinonie Isinque donné à ce tableau. Senlement on poux'rait nous demander de quelle manière nous concevons cet apparat leligieux, cet autel, ce sacrifice, ces prêtres, ces iidèles, en dehors et sur la poi'tedu temple. Alors nous répondrions que bien certainement lusai^e des prières à Isis devant la ]ioite des temples a existé; c[ue ce fait est avancé par Broucknsius, commentant le vers suivant de Tibulle :
Ante sacras, lino torta, fores sodrat (I).
Le même poète fait mention de l'usage oii étaient les femmes d'adorer Isis, les cheveux dénoués et tombant sur leurs épaules :
Bisque die, resoluta comas, tibi dicere laudes Insignis tiirba dcbeat in Piiaria (2).
Scalif^er affirme à ce sujet (jue la prière ;i Isis se liiisait deux fois le jour, à la première heure en ouvrant le temple, et à la dernière avant ([u'ou le fciinàt. Eidin, ap- ])li{|uant à Isis ce ([ue dit Porphyre ('3) du culte d'Osiris, nous apprenons que le prêtre àvscTw; H\ toO ojrîoj, .se te-
(1)£/.,I1I, V. to. G!) \y,dc Ah$l.
(2) IbUh. V. :!i cl :!-2.
2,111 e ; erv
j^ Jl/Jwx. cUnA
Pi.
liant debout sur le seuil ^ i-éveille It- dieu Osiris en l'appelant en kuii^ne éi;\ j)tienne. Clément d'Alexandrie (i), nous donnant Tordi-e des ecrénionies éi^yptiennes en i;éiiéral, prétend (pie le premier à sortir du lempie était le chanteur, ttow-o; y.èv yàoTroospETaiô co^o; ( celui-là même qui, d'aj)rès Porphyre, eonnneneait la prière à l'ouverture du temple), et que le dernier du cortège était \e prophète XvwAniV hydria sur son sein : i-\ Tràci^è 6 TvpoipviT/;; é';£wi, -fooavè; -h ûfîscîov hf/.iy.rSkm<:[j.i^rjr, Le nom de prophète était donné au ministre égyptien le plus élevé en dignité.
La vignette représente un cerf poursuivi par un chien et \\\\ tigre qui vient vers le cerf. A quelque distance est une biche qui s'arrête indécise et timide.
Dans le milieu du tableau (pii fait le sujet de cette planche est un autel carré, d'où s'élève la flanune du feu sacré. Sur le piédestal sont deux ibis de couleur blanche à l'exception de la tête, du cou, et de l'extrémité des ailes et de la queue, qui sont noirs. Il y avait aussi des ibis sauvages qui étaient tout noirs et qui se partageaient avec les ibis domestiques les honneurs du culte des Egyptiens. Ces oiseaux consacrés à isis, ([ui empruntait quelquefois leur tête (y), et vénérés dans toute l'Egypte,
(I) Slr.,\, p. 6;W. (-2jPignor.,/l/e«A-./.sî«c.,p."tiet77.
oui beaucoup occupé les auteurs de l'anticpiité (i), ([ui
les ont décrits avec plus de merveilleux <[ue de vérité,
et (pii scinhient les avoir souvent couf()ndus avec les
cii;oi;ucs.
\ulou r de I autel ou compte onze personnages de se\es, dàges, d'attitudes et de costumes diTtérents. J^e princi|>ai persounaj^e. ou plutôt celui dont l'action est la plus cNtraordinairc cl l'accoutrenient leplussinççulier, est une Iciume à i;('noii\, \ctue d'une tiuii([ue hlanche et d'une su|)ertuni([iu' rouge, (|ui, passant sous le bras droit, rctondjent sur l'épaule gauche et sur le dos. Elle tient un sistre (v.) et un bassin rempli de fruits (3). Son front est ceint d'une couroiuie rpii semble faite de feuilles de palmier, et dont la forme ressendile à la description <[ue donne Apulée des coiu-onnes des initiés aux mystères d'Isis : « Caput décore corona cinxerat, palinœ candidœ « foliis in modum radiorum prosistentibiis (4). » Cette couronne était sans doute une allusion à Osiris ou au Soleil. Klle était aussi un symbole propre à Fsis, qui, aussi bien ([ue la déesse Syria et la déesse Hadargate (")), ornait son front d'une couronne de rayons.
Les cheveux de cette figure sont dénoués et flottants,
(1) Prosp. Alp., ner. Vu/., IV, 1 ; IX, il. Haidouin, adPlin., VIII, il ; Héro- (2) Apulée, IHel., \l.
dote, II, ":>, 1(1; Itiodoie, I, S7 ; (.l) Diodoie, I, \i, ihid. AVo.-m--
Strabon, XVll, p. Ii7'.t; l'liitiir(|Ui', ling, ii. ."w et (i(t. de Is., p. 381 ; Gicéroii, de i\. l)., I, (i) Apulée, loc. cil.
30; Pline, \, iO ; Aristote, //. A., (.S) Macrobe, Sal., I, ••2:t.
et ses pieds nus comme ceux de tous les personnages du tableau (i).
Derrière cette fennue est une jeune fille vêtue de violet, (|ui tient de la main droite un slinpuviuni (2) ou un iirrcns (3) on une autre espèce de vase sacré, et porte sur la tète lui canistruni, <[ui est sans doute la cista sccreluruin cajMfXOii Vaurca vaiinus aiircis cu/igestaraniidis, ou hieti encore le vaniiiis oniista aromatiùus et sujjp/iciis, dont j)ai'le Apulée (i). Le rôle de cette jeune lille correspond à la canép/iurc des (irecs et à la carnilla des Tiatiiis.
Des deux figures (pii sont auprès de la jeune (il le , l'uue ressend)le à une fciiune aux cheveux épars; l'autre, à la tète rasée, tient un rameau de la main gauche et un sistre de la main droite; elle est niu' jusqu'à la ceinture, d'où pend une draperie blanche qui la couvre jusqu'aux pieds.
De l'autre côté on voit un vieillard à genoux et les mains élevées vers le ciel, (jette attitude indi(pie la prière :
Cvlo su|)iiiiis si lulerjs manus (.S}.
« Crinibtis passis, nixa genilnis, supinas n\n-
nwsudcœluni acdeos tendentes (6). » Sa tète est prescpu' chauve, et la partie supérieure Ae son corps entièrement découverte. La draperie qui le couvre à demi est blan-
(1) Clerc, ad II , Sam., XV , :i(). (i) Lov. cit.
(•2) Vossius, Elym. ; Uubeii. , {^î) Horucc, ïl\, OJ., 'ï.i.
Elevt, II, 18. («) T. Live, XXVt, 11.
{;)) Grutor, p. MLXXIll.
chc. Derrière lui sont trois fiirures entièrement vêtues : d'abord luie f'eninie aux cheveux épars, tenant en main un instrument de musique, qui peut être une espèce de sistre (i), ou (|nl répond au v.vly.i^j.u^ cyi'Coasvo;, dont il est question dans le scoliaste d'Aristophane (•>.), ou bien encore au Sî'C'j; •/aV/.o; mentionné par iVoiuius (3); ensuite , une jeune fille, et plus loin un vieillard. Des trois figures qui restent autour de l'autel, l'une est encore une jeune fille; l'autre joue de la iromba, dont l'invention était attribuée à Osiris par les Egyptiens, on de la tibia ; la troisième tient de la main gauche une chaîne de quatre anneaux, et de la main droite un instrument composé d'un bâton ([ui sert de diamètre à un petit cercle entouré de grelots. Ces deux attributs sont dignes de remarque.
Quant à la petite chaîne , elle nous rappelle des vers de Lucrèce qui établissent que dans les fêtes de la { iiaude-^Ière les Curetés portaient des chaînes :
l!ic nrinata nianus, Curclas iioininr (Iraii Oiios inenioranl riu'y(,'ios, iiiter se forte calenas Luduiit (i).
Le mot catcnas dans Lucrèce avait fort eudiarrassé les érudits, (pii pensaient que luderc catenas signifie dan-
(1) Guper, Hnri)., ]). 118; (Irulcr, (•^) Scaligor, Cop. Virg. in App., p. .MLXXIII ; Mus. Rom. , 1. Il, s^ |). .V2(); Salnias./W Vopisc, [>. W:2. IV; t. VIII, 11. II. (i) II. (!.!().
(2) Nub., V. '2.V.I.
scf en i'oikI et en foniiniit !a ohaine; mais notre peinture e\plif|iie la verilaMe portée du mot, et nous de- \()ns eroire que, par les mots ludcrc catenas , le poëte latin a entendu raction des Curetés (pii seeouaieut en dansant et faisaient résonner, en siii\ant la mesure, les anneaux, de la eliaîne qu'ils portaient à la main. Nous rei^rettons de n'avoir pu déeouvrir ni même soupeonner le mystère caelié sous eet emblème. L'instrunu'ut ([ui oeenpe la main droite de notre figure, et dont nous avons donné la description , est une espèce de crotale qu'on \ oit dans quelques monuments antiques (i) : Crotala qu.o(jue d'ici so/iui'as spliœridas quœ , quibiisddin granis interpositis, pro quantitatc sui et specie luetcdli , varias sonos edunt (2).
Cinq gradins, deux: colonnes et lui épist}le forment l'entrée du temple, an([nel sont adjacents deux miu's <pii closent un bosquet , d'oii s'élève un palmier. Cet arbre , qui se trouvait déjà dans la peinture précédente, a été placé ici avec intention; les deux palmes qui, avec le lierre consacré à Osiris ()) , décorent les deux colonnes, en sont une preuve incontestable. On a pi'étendu que le palmier était, connue Isis, un svml)ole de l'année lunaire , ce qui était cause qu'lsis et ses prêtres devaient toujours être chaussés de sandales faites de palmier (4).
Six personnages occupent l'entrée du temple; deux
(l)Pigiior., deServ., ]i. Iti.'i. (3) Diodorc, I, 17.
(aisarisljpr., Pal., \IU, 12. (i) Apulée, XI, Mrf.
210 l'KliNÏURES.
sur les côtés jouent du sistre, uu troisième du cymbalum ; un autre élève l'index de la main droite, et seml)le recommander le secret si rijifoureusement observé dans les mystères d'Isis(i) ; une jeune fille, gesticule ou agite dans ses mains un instrument (ju'on ne distingue pas. Enfin dans le milieu, un lionune d'un teint très-brun, couroiuic de feuilles , portant une longue barbe , et vêtu d'une draperie violette, connue le sont Osiris et Isis sur la Table Isiaque (•>.), est dans l'attitude d'iuie figure qui danse,
La vignette placée au-dessous de cette cérémonie Isia- (pie représente deux griffons et un petit char à deux roues avec son timon, son joug et ses rênes. Sur le char sont une cithare , un car([uois , un arc et des flèches. A quelque distance, un rameau delaurier est appuyé sur un autel. Tous ces o^)jets conviennent à Apollon, au Soleil et à Osiris.
l'LWCIIK 70.
Ce tableau est cahpu- sur l'Iliade. L'artiste a voulu représenter la visite que la superbe Junon fit à .lupiterpour essayer surlui les effets de sa beauté .sévère, et le détourner de favoriser les Troyens qui battaient les Grecs dans
(l) Apulée, X[. p. II, pi. CXXXIX, CXL, CLI,
(-2) Voyez aussi Montfaucon, t. Il, t'.LII.
PKINTURES - /('rt/err/ .
DKUXIEMK SERIE. 217
toiitt's les rencontres tiepnis qu'Achille se tenait renfiernic dans sa tente.
\ oici comment l'épopée antique expose le fait dont le peintre s'est inspiré. Junon , qui ne pouvait pardonnera Paris de n'avoir tenu dans son juf^ement aucun compte de ses charmes, avait formé le projet de poursuivre sa venj^eance en secondant les efforts des Grecs. « Elle se « mit en route vers le mont Ida, oiile roi de l'Olympe, « son infidèle époux, contre lequel elle avait tant de « griefs légitimes, tenait sa cour souveraine, et, pen- « dant le trajet, l'auguste déesse chercha les moyens de « venirà bout de sou projet. Clouter sur la cime de l'Ida, « appeler à son aide tous ses charmes , enilammer d'a- « mour le roi del'OJympe, l'attirer dans ses bras ravi « d'une beauté trop longtemps dédaignée, et, cares- « saute, appeler le sommeil et sur les paupières et dans (c l'esprit trop vigilant du maître des dieux , ce fut là le « parti qui lui parut le meilleur. » Mais pour assurer le succès de son adroite combinaison, elle courut auprès de Vénus, qu'elle enchanta par des caresses perfides, et, sous prétexte de vouloir mettre un terme à certains différends entre l'Océan et Tétliys, elle la pria de lui prêter ce philtre enchanteur « (pii lui soumet tous les mortels et tous les dieux , » sa ceinture merveilleuse qui renfermait les attraits les plus doux et les plus puissants (if l'amoiu'. Vénus se laissa persuader par les discours de .[unonet lui (hjuna l'objet de ses désirs. Aussitôt la reine des dieux revêtit tout ce qui pouvait le plus rehausser
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ses rliannes, et monta sur le mont Ida, où elle conduisit abonne fin sa nouvelle perfidie. Pondant (jue .(upiter se livrait dans ses ])ras aux douceurs d'un volupteux sommeil, Neptune fut informé par Morphée lui-même , corrompu par Junon , <|ue l'occasion était favorable pour seconder les armes des (jrecs.
()n voit dans notre tableau l'arrivée de Junon auprès de Jupiter. Le roi de l'Olympe est demi-vêtu d'une draperie pourpre violacée, qui, de son front couronné de feuilles de chêne , tondic sur ses épaules. Il est chaussé de sandales à agrafes d'or, retient son sceptre de sa main gauche, etétendsadextre vers Junon, qui s'est fiiit suivre par Iris. A l'exception du sceptre, Jupiter ne présente ici aucun des emblèmes de sa puissance ; mais loin (le voir dans l'appareil assez mesquin du roi des dieux un sujet de doute sur le véritable esprit de notre peinture, nous devons au contraire y reconnaître la fidèle observation de l'invention homérique. Le poète avait présenté le séjour de Jupiter sur le mont Ida comme luie espèce de retraite où il voulait goûter incognito les douceurs de l'oisiveté et oublier les soucis et les affaires de l'Olympe; c'eût donc été un contre-sens, ou du moins une négation explicite de la version d'Homère, que de mêlera la composition de ce tableau l'aigle, la foudre et les attributs ordinaires de Jupiter. Les grands yeux et le regard flamboyant de Junon ont été suggérés sans doute à l'artiste par ce f[ue dit Homère de la reine des dieux , « ([ue dans ce sourire, ses grands yeux lancèrent des
éclairs de joie » et que « la vénérable Junon baissa ses jçrands yeux. » La toilette de la déesse a été prise aussi à Homère, lambeaux par lambeaux. Ainsi l'arrangement de ses cheveux nous rappelle « qu'elle a confié au peigne sa belle chevelure, et qu'elle l'a disposée en boucles flottantes. » La bandelette qui ceint son front ^c est blanche « et pure comme le soleil. A ses oreilles bien percées elle « suspendit ses pendants éclatants et formés de trois 'c perles. Elle revêtit le divin péplum que Minerve avait « tissu avec un si grand soin , et ceignit sa taille d'une « belle ceinture à plusieurs franges; enfin à ses jolis « pieds elle attacha de beaux cothurnes. »
C'est à tort que le peintre, comme quelques personnes l'auraient voulu peut-être , aurait représenté Junon laissant apercevoir la ceinture de ^ énus. L'artiste savait trèsbien que Vénus avait dit en la prêtant ; « Prenez-la et mettez-la dans votre sein » et qu'en effet « Junon la mit dans son sein ». Sans cette précaution d'ailleurs, la supercherie de Junon eût manqué son effet, et elle avait trop l'usage de ces sortes de détours pour se laisser prendre en faute.
Le seul point sur lequel l'artiste s'est écarté de l'invention d'Homère, c'est la présence d'Iris qu'il a jugé à propos d'introduire. On ne saurait lui en faire un crime. Iris était la messagère de Junon et de Jupiter, et le peintre a concilié à la fois les intérêts de sa composition et ceux de la vérité mythologique, lorsqu'il a mêlé sa gracieuse figureau colloque du roi et de la reine des dieux. Nous donnons à la figure ailée et vêtue de vert qui a été
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placée derrière Jimon, le nom d'Iris, parce qu'aiicuii autre Génie niytliolof»if[ue, (pie nous sacliions, ne pourrait avoir i-e(;u la mission de pousser ainsi l'épouse de Jupiter à la démarche qu'elle tente. Une Iris ainsi vêtue a été découvertedansles fouillesd'Herculanum (i) , et c'est une preuve de plus en faveur de notre interprétation. Quant aux petits Génies vêtus de vert et couronnés de feuillage que l'on adisposés sous la figure de Jupiter dont les proportions gigantesques ressortent du contraste établi à dessein entic eux et le souverain de l'Glympe ; (piaut à la colonne portant des lions sur la corniche, aux flûtes etau\ c\nd)ales suspendues et attachées au moyen d'une bandelette, ils n'ont pas d'autre portée dans cette composition f[ue d'indiquer le lieu où se passe 1,1 scène représentée par l'artiste. C'est là une mode adoptée par les anciens , soit dans la peinture , soit dans la sculpture, soit dans la numismatique ; un grand nom- ])re de monunu-nts en sontla preuve. Le mont Ida était célèbre par les orgies de la déesse Cybèle , dont le char était tiré et le troue défendu par des lions. Ces orgies, nous aurons occasion d'appuyer ce fait sur des preuves nondjreuses , ces orgies, disions-nous, donnèrent naissance plus tard aux Bacchanales, et, connue les cérémonies en l'honneur de Bacchus , elles étaient célébrées par les Curetés au son îles cvmbalesetdes crotales, dont l'invention était attribuée à la Grande ^lère. La colonne
(I) Antiili. ili Eirolan.
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est donc ici un accessoire sans valeur sur lequel le peintre a pu, assez naïvement et maladroitement à notre avis, x'éunir tous les emjjlèmes indiquant le mont Ida ou Cybèle, que Gratins Faliscus appelle Idœa, souveraine des lions [i). Les petits Génies, dans le sytème d'explication que nous nous sommes fait, seront les Curetés, dont la légende est luiageuse, incertaine, et souvent de nature difficile à saisir au milieu des diverses versions mytliologicfues. D'après les versions les plus accréditées, c'étaient des ministres sacrés eharj^és de célébrer les cérémonies relatives aux orj^ies de Cybèle et à la naissance de Jupiter. ( )u a prétendu que leur nom dérivait du soin, cura, (pi'ils avaient de leurs cheveux, de la beauté desquels ils aimaient à se prévaloir. On les a confondus avec lesCabires, les Telchiues, les Corybantes. jNous nous occuperonsd'enx d'une manière toute spéciale à propos d'un Cabire en jjronze qTii trouvera sa j)Iace dans notre collection à la série des Bronzes, ^^ous nous rappelons du reste à ce sujet quelques vers de\ irgile où ce poète énumère tous les emblèmes (pii caractérisent ici le mont Ida :
Hinc matfr cultrix Cyhfla', Coryhanliaquc tera, Ida-unique nemus; liiiic fida silciilia saoris, El juiicti ruiTuni domina' siihipro looncs (•2).
C'est de là que nous vient le culte de Cybèle, Far qui le ?oe appi-it à vaincre un sol rebelle; De ses honneurs divins le nivstèie secret ,
(1) Ti. (:2) Virgile, Mn.. lib. 111, v. III.
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Que jamais ne dévoile un ttMiioin indiscret; Et de l'airain saeré la bruyante allégresse, Et ces lions soumis qui traînent la déesse; Enfin du mont Ida le bois reli'Meux.
Une observation qu'on taxeia peut-être de siil)tilité trouve sa place à la tin de l'explication de cette planche. T.e mouvement de Juiion, qui se couvre le sein avec le jK'plum, ne peut-il pas être considéré comme une expression du refus perfide cpiclle oppose aux propositions amoureuses de Jupiter, dont la passion s accroît de toutes les ditlicidtés qu'il rencontre et qu'il ne s'attendait pas à trouver dans une intrigue amoureuse avec Junoii son épouse? Junon, d'après Homère, alléguait, pour motiver son refus de se rendre aux désirs de son époux, la difficulté du lieu et du temps, difliculté que le dieu toutpuissant sut aplanir en faisant descendre du ciel un nuage qui cacha aux railleurs de l'Olympe le spectacle d Hue harmonie à laquelle ils n'étaient point habitués.
Nous prendrons occasion de cette peinture pour faire observer avec quel art inliui les artistes anciens étaient venus à jjout de diviniser les formes hiunaines. Les traits luimains revêtaient sous leur pinceau un caractère de dignité, une expression noble, l'roide et impassible, et une énergie qui ne demandait rien à l'étrangeté et à l'exagération de la forme.
\ ovez Jupiter, et Junon surtout; ces deux figures ont été exécutées avec inie simplicité admirable, sans aucinie tendance à l'effet, et pourtant on n'a mil besoin d'è-
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tre initié aux mystères de l'art pour déclarer, à la première vue de ces deux personnages, qu'ils sont trop nobles, trop majestueux, trop divins enfin pour appartenir à la race des mortels.
Agamennion, malgré la violence de sa passion pour Chryséis, fut forcé de la renvoyer à son père Chrysès pour faire cesser la peste cpii désolait les Grecs. Apollon, touché de la douleur de son prêtre Chrysès, qui, après avoir prodigué les présents et les supplications pour essayer de revoir sa fille, avait eu recours à l'intervention du dieu, venait d'obtenir enfin, par le fléau dont il avait châtié l'impiété d'Agamenuion, cet acte de justice et cette éclatante réparation. « Atride fait lancer à la mer une « galère rapide armée de vingt rames choisies et portant '( une hécatombe sacrée; il conduit par la main et fait « monter lui-même la belle fille de Chrysès. Le sage Ulysse « s'embarque le premier, et tous ceux qui le suivent par- K courent la route humide. » Clnyséis est vêtue d'un paliiuiu , qu'elle relève potu- ne pas être embarrassée de ses plis traînants en entrant sur la galère. Elle s'appuie sur le bras d'Agaiiu'iunon et a déjà posé le pied sur la planche qui conduit au navire. Son attitude et sa physionomie sont admirables. Elle est triste, et son cœur est combattu sans doute par deux sentiments contraires, l'amour et le devoir : elle regrette la couche d'un vain([ueur <|ui
tut si j^énéreux pour elle, et peuse avec uue douce éinotiou à sa patrie, à sou vieux père qu'elle doit revoir l)ieutôt. 11 y a dans le mouvement delà figure d'Agamemnon une sollicitude excessive et une attention toute particulière. Il s'incline vers la captive pour lui dire à demi-voix un triste et dernier adieu. Il est suivi de deux guerriers, dont l'un est sans doute Ulysse; l'enfant rpii occupe la droite de Chiyséisest peut-être le Camille qui doit assister à l'hécatombe offerte à Apollon.
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L'Iliade a inspiré ce tableau. Nous ne croyons pas qu'il y ait lieu de rappeler le toiicliant épisode de Briséis; il est présent à tous les esprits. Nous le prendrons seulement au point oii il a été mis en scène par le peintre qui nous a doté de l'œuvre remarquable repi'oduite par cette planche. Agamemnon, brûlant d'amour et de vengeance, donna ordre à ses hérauts Eurybate et Talthybius d'aller trouver Briséis dans la tente d'Achille, et de l'amener auprès de lui. On les voit ici remplissant à coiitre-cœur la pénible mission dont ils étaient chargés. Ils ont trouvé Achille assis avec Patrocle près des vaisseaux , et n'ont pas eu le courage de lui exposer l'objet de leur visite. 3Iais le fils de Pelée les a à peine aperçus, (pi'il a pressenti la triste nouvelle qu'ils sont chargés de lui annoncer, et, imposant silence à la voix de sa passion, il a
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autorisé Patrocle à remettre Briséls entre les mains des en- Aovés d'Ami inemnon. lei eommeneeraetion de ce tableau. Le héros est assis devant sa tente au milieu de ses fidèles ^hrmidons, à demi vêtu diiu paliium qui tombe sur ses cuisses et laisse à découvert le haut de son corps; il montre au\ hérauts, qui semblent tout confus de remplir un pareil messaj^e, lîriséis (pii fond eu larmes et se résout avec peine à suivre Patrocle, (pii l'attire à lui et l'engage à renoncer à son c/icr sai^i/iciir et à sa prison chérie. Infortii née ! couuwi.' dit le poëte, si ses /jicds marchent en ■avant, ses ycax se dirii^ent en arrière. Elle essuie ses Jarnicsavec ]ej)allimii blanc <pii couvre sa tête et tombe à larges plis sur sa tuni([ue jaune. Le spectacle de sa douleur attendrit tous les assistants. Un seul paraît insensible à son désespoir, c'est celui-là même qui en est cause ; c'est Achille, dont les traits sont empreints d'une rudesse forcée, dont les gestes indicpient une assurance et une fermeté sous l'apparence desc[uelles il s'efforce de (■achefla douleur et la colère f[ui bouillent dans son âme avec d'autant plus de violence ([n il fait plus d'efforts pour les comprimer, et le ])lus courageux des héros dompte le plus tendre, le plus désespéré des amants. Si notre tableau, d'ailleurs, n'était exécuté avec un soin particidier, la seule figure d'Achille et l'expression très-heureuse des divers sentiments (|iii l'animent et qui se coni- Jjattent, suffi raieiit pour lui donner un grand prix.
2' Sérif'. — Peinliiies. SO
22C PEIKTURFS.
Hercule se trouvant à tal)le eliez OFlnée, père de Déjaiiire, tua d'un coup de poinj^ Eunonius d'Arcliitèle, (pii avait eomniis la distraction ot'tensante de verser sur les mains du héros Tean destinée à ses pieds. Ee père du mort pardonna au meurtrier, mais Hercule, dont la colère n'était pas encore apaisée, aima mieux aller en exil et se condanuier lui-même à la peine établie contre les homicides mvolontaires. Il partit, et emmena avec lui son épouse Déjanire. Arrivés an bord du Heiive Kvénus, ils y trouvèrent le centaure ^Ne.ssns, qui exigeait un tribut j)onr transporter les voyageurs d'une rl\e à l'autre, et se prétendait autorisé à percevoir ce droit de passage par les dieux, c[ni avaient voulu récompenser l'honnêteté et la loyauté de sa conduite. Le dieu n'eut pas besoin de l'aide du centaure pour se transporter de l'antre C(Ué du ilenvc; seulement il lui confia néjanire, et Nessus reçut d'Hercule le salaire de son service. Le cciitauie Aoidut prendre de t'orce des faveurs que la (idèle é]K)use d'Her- (mHc lui reiusa en jetant les hauts cris et a])pelant son mari à son secours. Le dieu aeconiut sur l'autre rive, et punit de mort l'insolence de Nessns. \ oilà le récit iu\th()l()i;ique (pu doit nous conduii'eà l'expiication du taliliMii r'cpiv)diiit ])ar cette planclii'. Le jeiiiie entant d'Mt'r- <ide, Hyllus, (pii, d après li'S auteurs anciens, voxagi'a
'S:l!5,!7î)S-5"'if ■=!])?
sur les épaiik'sde son père, i-' olaojv, ;iéte mêlé à l'action, représentée sans doute d'après une tradition qui ditïère peut-être de celle que nous avons rapportée. Sa mère Déjanire , debout sur un char attelé de deux chevaux , se dispose à prendre dans ses bras l'enfant porté par son père. Celui-ci s'appuie sur sa massue noueuse, et se prépare à la vengeance en regardant d'un air niena- (;ant dessus, qui le supplie et implore son pardon. Lii circonstance du passage du fleuve n'a pas trouvé place dans la composition qui lunis occupe, et il est probable que l'artiste a supposé ([ue le centaure s'était livré à sa tentative criminelle pendant qu'Hercule était resté en arrière sans doute pour cueillir la pomme qu'Hyllus tient dans sa main. Le dédain et le courroux d'Hercule, la terreur du centaure et la tristesse de Déjanire nous semblent assez heureusement rendus.
J^e sujet d'Andromède et de Persée a été si souvent traitépar les artistes d'Herculanum et de Pompéi , il s'est reproduit si souvent dans cette collection , que la peinture qui fait le sujet de cette planche réclamera de trèseourtes observations. Nous remarquerons d'abord (pie le monstre marin est ici d'une forme nouvelle et ne ressemble en rien à ceux qui avaient déjà paru dans les sujets de ce i>enre. Les deux femmes au front couronné de