‹ Herculanum et Pompéi (volume 4)Chapitre 9 sur 17 · PLA^C11K · texte numérisé non relu

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Les trois personnages représentés daîis ce monochrome (i) paraissent figurer une action tragique. La forme de leurs masques (|ui respirent une tristesse profonde et imitent les pleurs; leurs \ètements, dont la longueur et les liandes inférieures se rapportent parfaitement à Xïi palla, des Latins,

Lonija' tepniiiio palkv (:2),

et au ryj'^<j.y. des Grecs (')) ; enfin k'uis chaussures, (pii se

(1) Dans cet ou\raj,'o , deuxième (-2) Viii;ile, .1i.)ieid.,\\.

série, 1. 1, p. 63 et suiv. :}) PoUux, \\\, Se. 07.

si 8S1

cachent sous les plis de leurs manteaux , et que nous appellerions sans doute xoOôfvoj?, èaéarîa; (i), s'il nous était permis de les distiui^uer, ne peuvent laisser aucun doute sur notre assertion. Disons en passant que les èaÇàr^j;, les emhadcs , étaient la chaussure la plus orduiaire, et que leur forme l'essemblait à celle des cothurnes peu élevés :

Èaêa'îe; l'j-Clkz \J.hi 'j-r.uhvi-y-- ■ ■ Tr,v oè t'-k'av x.oOo'pvci'.; Ta77£ivoî'; (ii).

Il paraît même que nos fîi2,ures , ou au moins deux d'entre elles, n'ont eu ([ne riionncnr des emhadcs. Le cothurne n'aurait été accordé ([u'à la première ligure, dont la taille est phis élevée et un peu disproportionnée. L'ensemble de ce personnage, ses longs cheveux en désordre, indiquent d'ailleurs que le peintre a voidu lui prêter toute la majesté d'un iiéros ; et le cothurne, en exhaussant sa taille, devait contribuera lui donner un caractère de grandeur.

Le sujet de cette planclie pourrait se rapporter à plusieurs scènes du théâtre antique; mais convenir également à plusieurs, c'est ne convenir à aucune. 11 se pourrait encore ([iiau lieu d une scène, on ne dut voir ici ([u'un chœur tragi(jue, f[ui était toujours empreint (Tini caractère de tristesse , et faisait entendre une triste méloche , 'j.yi.'7..v. -.''> -«pov, /.al -rr/yiwt â'Oo;, y.al {AéXo; (3).

T.a figure du milieu reiul ave;- une parfaite exactitude

(I)Por.ux, IV, 5c. I i 4. (;j) Aiistote, Vrob., XIX, qu. il).

(2)Pollux, YII,Sf. «S,-:.

l'attitude de Télémaque, qui versa des larmes en entendant le nom de son père, et leva vers ses yeux ses deux mains enveloppées de sa robe couleur de pourpre :

XXaTvav irop-^up£V5v âvr' ô:j/9aXjj.ot(Jiv àvcta^wv (I).

Le caractère de tristesse qui distingue ces trois figures rappelle assez naturellement les ^ray^c^Tf, qui accompagnaient les convois et pleuraient, moyennant salaire, les vertus et les mérites du défunt :

iNIercede quii-

Conducttk' fient alieno funero in pra-ticif, Multo et capillos scindunt, et clamant niagis (2).

Mais , outre qu'on n'aperçoit dans la peinture aucune trace dune ponqie funèln-e, on se demande aussi ce qui pourrait justifier l'emploi des masques dans dépareilles cérémonies. Il est vrai que l'interprétation un peu forcée de quelques mots de Suétone : Ai'chimimns personam ejus ferens imitansque, ut est mos,facta ac dicta viviÇf); et \e mot /?ersona, rétabli dans sa signification la plus vraie et la plus exacte, pourraient, sinon nous expliquer, du moins nous certifier l'usage des masques dans les pompes funèbres. Cependant on ne peut s'empêcher de

(1) Odijss.. IV, 1 i 'hM 1 10. (3) Vespasian.. cap. I'.).

(2) Lucilius.

i-kinti;ke..s

i<ie.ïi.?-ib.i.

__) I 4 IWce 3

6 Ponces

eco nnaître que \es prœficœ une fois masquées perdraient leur caractère d'authenticité et de vérité, et que toute apparence de douleur et de regrets sincères s'évanouirait devant les visages d'emprunt inventés par la comédie. Si l'on tient absolument à voir trois prœficœ dans les ligures de ce tableau, il faudra penser qu'elles ont été représentées d'après quelque pièce du théâtre antique, où elles paraissaient, non autour du cadavre, mais devant la maison du défunt. Encore faudrait-il reprocher un défaut de jugement au peintre qui n'aurait pas indiqué son intention d'une manière plus positive.

PLANCHES 47 ET 47 bis.

Sur un fond blanc sont trois figures , dont les vêtements et les masques indiquent une action comique. L'homme tient une main appuyée à sa ceinture , et , avec les doigts de l'autre main disposés de telle sorte que l'index et le minimus restent levés, il semble exprimer le geste que l'on fait aux maris trompés, à l'imitation des cornes qu'ils reçoivent de leurs épouses. Ce geste et cette expression de raillei'ie se trouvent chez les Romains et aussi dans l'antiquité grecque. Un songe où l'on avait vu un époux tomber d'un bélier sur lequel il chevauchait , était interprété de la manière suivante : ',-.<. -h yjvr; coj — opve'JEi, xal, TÔ y.v^'i'jAi's'i., y.i^9.-x aÙTtô lïoirlcei, « que sa femme serait adultère, et lui ferait des cornes, comme dit le

ICO PEINTURES.

proverl)e (i). » Les gestes injurieux en usage chez les Romains ont été énumérés dans les vers suivants :

0 Jane, a torgo quoni niilla ciconia pinsil, Nec iiianus auriciilas iniitala est niobilis albas, Nec lingua^, quantum sitiat oanis Appula, tanta» (-2).

l^e mot xépa; avait unv signification bien moins restreinte encore que le mot français correspondant corne. Nous rappellerons, à ce sujet, l'épitliète naïve donnée à Paris par Homère (3), y.=pa ày).aov, ettraduite communément par cr///c dcconim, lorsf[u'il n'est personne qui ne sache à (pioi s en tenir sur l'exactitude d'une pareille traduction. En considérant le geste qui tait les cornes, /ipaTa, comme un sym])ole, un signe de l'objet désigné quelquefois chez les Grecs par le mot xipa;, l'action comique représentée ici sera une scène d'wn genre plus que libre , et les deux femmes recevront la plusgrande injure qu'on puisse leur faire. Du reste , une plaisanterie dégoûtante se concevra fiicilement chez un personnage qui paraît jouer ici un rùlc d'esclave, autant qu'on peut en juger à son habit court de couleur jaune , avec des bandes blanches ; servi comici amictn e.x-i<^ito coiitcgiintiir [\), Son manteau est jaune aussi, et la partie de son vêtement qui lui couvre le haut du corps et la moitié des bras, et (pie l'on pourra appeler çi.yj.y-w, (■-)), ou i-ilrr.ij.y. ou enfin iyA')fijWj.-j. ((>) est

(1) Artémidoi-p, 11, \ï; Spanlifini, (i) Donato, Fragment de Traçi. el de V.etP. A'.,cliss.Yl[,t.p. 1, 10^2. Com.

(2) Perse, Sat., 1, riX et sui\ . (.■>) Pollux, 11, 2Xi ; IV, I \:>.

(3) Eustathe. //. A, p. 8ol, v. 53. (d) Polliix, IV, 1 19.

DEUXIÉiME SÉRIE. 161

de couleur blanche. Des deux f'eaunes, la plus jeune, celle qui a des rubans noués sur la tète, est vêtue d'un habit de dessous bleu et d'un habit de dessus blanc; sa chaussure est jaune.

L'autre est coiffée avec une étoffe rouge. C'est l'ajustement que Pollux donne aux mères des courtisanes et aux vieilles femmes ([ui trafiquent du déshonneur des jeunes filles, -raivtâiov -t iropçupouv TOpl Tv;v /.EçyAriv (i). Le reste de sa toilette est rouge aussi, à l'exception d'une petite draperie blanche qu'elle tient devant sa poitrine.

Les quatre masques gravés dans la vignette placée au bas de la planche 47 sont sur fond noir. Leur chevelure élevée et bien arrangée, le caractère sérieux et souffrant des visages , nous font croire qu'ils appartiennent à la scène tragique. Ovide a dit de la tragédie :

Hactenus et inovil picfis innixa cothurnis Densuin cxsaric terque quaterque caput (2)

La planche 4/ bis n'est pas la reproduction d'une peinture d'Herculanniu , mais nous l'avons prise d'un bas-relief de la collection Farnèse, et nous la donnons ici connue terme d'analogie avec le tableau de la planche 4/.

C'est aussi une scène comique où l'on voit un patron sortant de son appartement pour battre, avec un bâton recourbé, un esclave qui cherche à se soustraire à la

(I) Polliix, IV, 1-20. (2) Amor., Hl ; EL, 1,3-2.

2' S ji'ie. — Peintures. 2 1

J62 PEIMURKS.

corrt'ctioii dclotmius (i), de riiomnie charité de llagfUer et de lier les eselaves dont on avait à se plaindre. Le maître irrité est retenn j)ar nn de ses amis. La jenne fille qui souffle dans deux llùtes charme les spectateui's par le son de ses instruments pendant cette scène de coups et de menaces (u).

L'on remarquera sans doute le costume de l'esclave, absolument le même dans ce bas-relief. (jue dans la planche qui précède. Enfin, cette scène comique nous confirmera dans l'opinion peu favoial)le que nous avions conçue du théâtre comique des anciens sons le rapport de la décence, de la noblesse et de la dignité.

A oici encore ini sujet qui a rapport à la scène comique. \]n vieillard, appuyé sur vui bâton, est vêtu d'une draperie blanche; coiuicis scnihiis caudubis vcstitus inducitur, fjiiod is (tiitiquixsinius J'uisse nieinoratur (3). Sa mandie^ qui appartient sans doute à l'iiabit de dessous, est jaune. C'est aussi la couleur de ses jandjes, et alors il fraudra supposer qu'une teinte (pii primitivement imitait la chair a été dénaturée et foncée par le temps; à moins

(1) Aulii-t'icllf, lilj. X, (^ III; e ftgnris corn icis. Horace, Ode IV. (3) Donato, Fragm. de Tr. et

(•2) Ficoi'oiii, de Larvis scenicis Com.

l'KlNTlTK K S

J^Ji.'màft .iW tt^.

DKUXIÉMK SÉRIF,. 1G3

qu'on ne veuille croire qu'il est chaussé d'une espèce de bas de cuir, comme le vieux Laërte dans Homère :

■:r£p\ oè xvvî|jir,st poîîai;

KvTjjjiioaç ^aîiiiç oÉîsTO, if^nz-u^ àXîîîvoiv (I),

OU d'une espèce de chaussure qu'on appelait /.vriaî'îa; , les jambières^ et qui servaitauxchasseui'setauxguerriers (2). On ne saurait penser que les anciens connussent l'usage des bas; seulement, les vieillards et les malades entouraient leurs jambes de liandelettes qu'ils appelaient crurales. Les Grecs avaient donné le nom de iî:a-/.ovTa à l'étoffe que les femmes employaient à cet usage ; sans doute à cause de la forme en spirale qu'elles adoptaient pour cet ajustement (3). Les sandales ou Jjrodequins qui chaussent les pieds de cette figure sont noirs. Le masque qui couvre son visage figure une tête chauve, un sourcil

relevé, un menton pointu, àva(px).avTÎa;, iofj: àvaTcTafjsvo;,

ô;'j--sveio;. C'est celui que les Grecs appelaient crorvoTTwywv, à la barbe pointue (4).

Des deux personnages assis sur un banc, l'nn, celui qui joue de deux flûtes à la fois, est couronné de lierre entrelacé avec des bandelettes couleur d'or. Il est vêtu d'un habit de dessous à manches et de couleur jaune. Son ha])it de dessus est l'onge; il est recouvert d'une étoffe longue et étroite d'un rouge plus foncé, et traversée

(1) Odys.,il. V. i>-2S et suiv. xpûoaÀov, n. .'j.

(2) Pollux, X, 14-2. (i) Polliix, IV, 1 ir,.

(3) Kuster, ad Suidaw, in Ks-

164 PELMURES.

de bandes coideur d'or. Cette figure est précieuse en ce qu'elle nous offre un modèle du costume des joueurs de flûte, qui s'habillaient à peu près comme les femmes (i). Les citharèdes avaieiit adopté aussi le même genre de A'êtement (2); ils mettaient l)eaucoup de luxe dans leur toilette, se couvraient d'une palla dorée et d'une chlamyde de pourpre, tissues de diverses couleiu's, et ornaient leur front d'une couronne d'or (3). C'est à peu près ainsi qu'est vêtu notre tibicen (4).

La troisième figure a, comme les deux autres, un habit de dessous à manches, de couleur verte; celui de dessus est blanc. Sa tête est coui-onnée d'un feuillage qu'on distingue à peine; on ne peut pas apercevoir sa chaussure. Ce personnage seml)le chanter quelque chose qui excite le rire. Le masque n'empêchait pas les histrions de chanter; qiium ex pcrsona nn/ii ardere ociili liominis histrlonis viderentur spandolia il/a dlcentis (5). Ceci a fait penser qu'on avait voulu représenter ici un intermède. L'intermède était confié au seul tibicen :

Concedere aliquantisper hiiio niilii iiitio libet, Diim concenturio in corde sycophantias : Tibicen vos iiiterea hic délecta verit (0).

(J)Ovide, Fa*/., VI,(iji;Plutar- III, 13; Hahens, I, 17 ; Juvénal,

que, Prob. Rom., LV; Valerius Ma- Sat.,X; Lucien,Advers.indoct.,%9.

xiinus, II, .'i, n. i. (o) Cicéron, de Orat., lib. Il;

{-2) Barlholin, de Tib., III, A. Festus, in Personata , Hodiiiino,

(3)Erennius, IV, i". IX, (j.

(i) Ferrari, de Revesl., P. Il, lil>. (<>) Piaule, P«(?af7.,act.I,scen. ul

.1.^ /iri..-A^f .tV.V

A.dHV5 Î.'J/

On y joignait qnelqnefois la pantomime, le chant (i) et les atellanes. Ce tablean paraît être de genre étrusque (2).

Quatre masques forment le sujet de la vignette.

Dans ce tablean, sur fond blanc, l'on voit un homme, aux cheveux, noirs, assis sur un siège d'airain. Un manteau ronge le laisse nu en partie; il est chaussé de sandales de cuir qui garantissent seulement la plante de ses pieds. Dans sa main droite est un long bâton, et dans sa main gauche un papyrus qu'il a pris sans doute dans la petite cassette ronde, de couleur noire, où sont arrangés d'antres papyrus de la même forme. Cette cassette a un couvercle que l'on attache avec des cordons rouges, et qui tiennent au moyen d'un anneau. Nous avons eu occasion de doinier déjà à luie cassette tout à fait semblable les noms de scriniuin et de capsula (3) . Les Grecs l'appelaient /.lêwTiov et yaoTO'^jAaV.iov. Cependant on a appliqué ces deux mots à des espèces de portefeuilles (4), et l'on a prétendn (pic les Grecs portaient

(I) Uioniède, liv. III. Spon, Mise, //cr.,4'*/., p•^10;Mont- (:2) Muséeétrusque, t. Il, ])1. ISCi, faucrtn, t. III, pi. .%, (i, et 7;<)vide, p. ;{S."i. Trist., I, 1, 100; Juvénal, X, lli. (.■J)Uaii.scet ouvrage, S' sér., pi..!; (l) PuUux, X, 01.

et serraient leurs volumes èv ir/pai;, clans de petits sacs (i).

Derrière la cassette, un enfant, aux cheveux blonds, à demi vêtu d'une draperie cendrée, qui laisse à découvert tout le côté droit de son corps, tient un papyrus entre ses mains. Enfin, tnie femme ii la chevelure blonde est debout, et s'appuie sur une colonne blanchâtre. Ses boucles d'oreilles d'or sont ornées de perles. Sa robe est rouge et cachée en partie par un manteau à franges de couleur changeante.

Une explication tonte naturelle se présente à l'esprit à la vue de cette peinture. On voit dans l'homme assis un précepteur qui donne au jeune garçon inie leçon sous les yeux de sa mère.

Si l'on veut aller plus loin et chercher quelle est la nature de cette leçon on ne rencontrera plus que des conjectures et des hypothèses. Cependant, on pourra prendre parti en faveur de la philosophie. Et voici les raisons qui appuient cette décision.

Le pallium, ceci ne peut être contesté, était le manteau de la sagesse, qui s'en servait pour voiler ses mystères; c'était là, du reste, son seul vêtement. Elle méprisait la tuni(|ue comme lui habit de luxe (■à). Les philosophes, les cyniques surtout, méritaient les noms d'à/iTtjvs; et de yjiAvot (3); et l'épigramme suivante a été faite à leur intention :

(1) l'iiilostiate, .So/;//. II, -27, :;. Ph., i.

(2) Casaubon ad Capitolin., Ani. (3) Lucien, Cn. I.

'li; -h irpi'v oiî aipei ipopTÎa ijuaôapîou.

'A/.Xà xpéssi -KÔyfMva, xa'i sx Tpidoou ;ijXov apa;

Tï;; àpSTï;; êîvai 3T,a'iv 5 TrpojTOxuiôv

'EpaoooTou To'oô Sôvaa tÔ Trâvuosov. E* ti; iyx/.Y.ii

MtiXÉti Ticivârw, 6c'i; lô /iTWvâpiov (1).

« Que tout homme pauvre et ignorant se garde bien d'aller, comme au- « trefois, tourner la meule et porter des ferdeaux; il lui suffit de nourrir « une belle barbe, de prendre un bâton dans un carrefour, et de devenir M le premier chien de la vertu ; enfin de suivre le précepte d'Hermodote , « qui dit : Que tous ceux qui n'ont pas le sou se gardent de souffrir la taim, <( ils n'ont qu'à quitter la tunique. »

Les hommes qui étiuliaieiit la philosophie grecque, et les professeurs de toutes les sciences, ravirent plus tard aux cyniques le privilège d'aller sans tunique (2); ils voulurent se donner ainsi un caractère d'hommes sérieux et austères. L'on a rapproché aussi du costume des anciens philosophes païens la manière de se A'êtir des premiers chrétiens, et principalement des oixlres religieux (3); mais ce rapprochement est peut-être un peu foi'cé. Datas rAnthologie, quj nous a fourni l'épigramiîie citée plus haut, nous voyons que les trois attributs du savoir étaient le bâton, le palliumet la barbe :

Ka\ ctÔXiov, rxâXtov ■Koyfiît'jiO'i, waiov £;fc), 'Ex toÛtwv eî vîjv eùîoxtaET coiîx (i).

>«ous trouvons chez le précepteur figuré dans cette

(1) Anthologie, III, 32,2. (3) Sauniaise, loc. cit.

(2) Tertullien, de PalL. in fine, (i) Anthologie, III, 52, ri. ib., Sauniaise.

plandie les deux premiers earactères de la science; il ne lui manque que le troisième. Un philosophe sans l)arbe était un phénomène, à tel point que Lucien se demande si nu eunuque peut être philosophe (i). 11 faut avant tout, dit le l'ailleur antique, ([ue le philosophe ait une barbe épaisse, qui le mette en crédit auprès des gens qui le visitent et de ses disciples, et surtout qu'il soit digne des dix mille drachmes de l'empereur. Ces derniers mots tout allusion à la subvention qui était allouée aux philosophes, aux rhéteurs et aux grammairiens. Faut-il conclure de là que chez les Grecs la barbe poussât aux hommes en raison de leur savoir? Hélas ! non. Plusieurs philosophes (a), Apulée (3), Aristote peut-être (4), Antisthène (5) et Asclépiade (()), eurent le malheur d'être imberbes. Enfin, le genre de chaussure du philosophe de notre peinture convient aussi à son état. Les haxcœ, c'est-à-dire les sandales tout à tait découvertes, faisaient partie de l'attirail des cyniques (7). Quant à l'éducation chez les anciens, à l'emploi et aux fonctions des jiédagogues , comme aussi à la part que les femmes prenaient aux études de leurs enfants, nous renvoyons aux auteurs cités en note (<S).

(l)E!m.,8. (5)0rsini, pi. 20.

(f>) l'Iiilostrate, .SopA., 1, 8. («) Mus. Gapit., pi. III.

(3) Oisini.pl. 2ri; Busto duMust-fi (7) Apuléo, .Vrt.,XI.

(luCapitol(\ t. I, pi. I ; Bcllori, hn. (S) Lipsius ad Soiiec, de Ira, II,

illusl. vir.,\\.\,n.'i. :22 ; Pignorio, de Sen\, p. 233;

(i) Orsini, pi. 3."> ; Mus. Gapit., Piaule , Bacch., III, 2, 17 et suiv. ;

pl.VIIl,p. 12;^lian.T'.//.,III, 19. Feilli, A.H.,\\, 18.

l'K.INTVKKS

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On ne peut assez regretter que ce tableau ne nous ait pas été plus heureusement conservé. Il est enfermé dans un cadre formé d'une bande extérieure jaune, de deux filets blancs et d'une bande intérieure rouge. La corniclie et les deux colonnes imitent le marbre blanc ; le sofite et le reste de l'architecture sont d'une demi-teinte noire. Tout l'autre fond est phis clair. Sur un siège couvert d'une draperie rouge bordée de l)leu est assis un homme rpii semblemediterprofondement.il pose ses pieds, chaussés de jaune foncé, sur un marchepied de bois. Son habit à manches courtes est blanchâtre. Son manteau est jaune. Sur le même siège on voit une armoire, dont les deux petites portes ouvertes laissent apercevoir une ligure brune sur un fond bleu. Cette petite armoire est souteiuie , d'un côté, parla main droite d'une jeune fille qui se tient debout et dont il ne reste que la partie inférieure du corps. Ce que l'on voit de son vêtement est violet, avec une bordure bleue. L'autre femme assise, et dont la tète manque, est vêtue sur la poitrine d'une étoffe rouge clair ; elle est habillée en outre d'une rcrlje bleu clair, avec Tui ourlet violet, etd'unedraperie violette aussi, qui couvre ses cuisses et une partie de son siège. L'escabeau qui supporte un de ses pieds est jaune et de la même teinte c|ue le siège. Le mascpie posé sur les genoux de cette

'1" St-rif . — l'ciiiliiic-!. 'i-i

l/il PEINTURES.

rciriiiic et l'ohjet ([u'elle tient dans sa main droite ont

nne conlenr rouureatre.

Dans les planehes précédentes nonsavons vu des scènes traj^if[nes et comiques. Tl faudra voir ici l'intérieur de la partie du tliéàti'c oii se faisaient les études et les travaux qui devaient précéder la représentation d'un ouvrage. A Athènes, le lieu où les acteurs préparaient leurs rôles, était appelé iirfeov, Odciim (i). Dans tous les théâtres, il y avait, derrière la scène , des porti([ues oîi l'on disposait tout ce qui était nécessaire pour le spectacle : on leur donnait le nom (Xc Clioragium (•>,).

Cette explication préliminaire ne jette pas encore l)eaucoup de clarté sur le tableau retracé dans cette planche; cependant elle nous servira d'acheminement à l'intcllii'encedu sujet. Le personnage principal du Chol'aginm devait être le Clwragus; or, le Choragus n'était pas d'ahord ce (piil fut dans la suite, un administrateiu' préposé aux costumes :

ridÔEv ornaïupiita? Al) Chorayo smiiito : Darc (Ipbot : l'iwbcnda /Ediles locavcic (3).

Il présidait à l'étude des paititions de la musique, et ce lut (le ce! emploi (pi il prit son nom (/|). Dans des inscriptions, publiées à diverses époques, on a lu : Lo-

(I) Suidas, in 'iiôJov; scoliaste (3)PlaiilP, reM., A. I, se. 111. 7!t.

d'.Vrislopliaiie, Vesp., V. 1 1(14 ; les (4) Athénée, XIV, K, p. Ii33; ibid.

inleiprètes (le Suétone, Donvt., ."). Casnubon,

y-2) Itouleii^'cr, de Thrnl., II. 15.

cator scenicornm (i); Locator a scena (u); et enfin, Jocator scenicornm ('5). dette dernière inscription paraît moins exacte, et on a concin des deux premières, ([ue le CItoragus était une espèce d'entrepreneur (jui louait aux édiles ou à ceux (jui donnaient des jeux scénicpies la troupe entière des acteurs ('|) et payait à son tour lui prix dont on convenait pour la location des costumes. Cependant on pourrait apj)li(pier à ces entrepreneurs de spectacles les noms grecs de OeaTpôivai et OsaTpoTvôj'Xai (5) ; et alors le Clwragus conserverait seulement les attributions indiquées par son nom ; il réglerait les rôles et les

emplois des acteurs : aÙTWv i'itaTTOV ù -/'j^-rqhc, àTrElai/; T-7.:

T/z/iv?,;, oj/. éVi ^ewOa-. Asywv (()). Jl est M'ai f[ue c'était là encore la fonction du iii(îa7/.a>.o; et de la 'îi^'/Tx.aXv; (7).

Nous nous arrêtons ici dans nos investigations archéologiques, et nous donnerons à la figure assise le nom de Clioragus ou de Didascalus, et nous désignerons par ce mot soit un maître de musique, soit nu directeur des spectiicles, qui sera un magistrat préposé à l'administration des jeux , comme étaient les Ediles chez les Romains , et les cinq Juges chez les Grecs (8) ; on un simple particulier qui faisait largesse au peuple en lui donnant des spectacles à ses frais (9) .

(l)Giorgi, Dissert, de Locator. f'har., XIF, ibid. Casaul)OtT.

scenic. ((») Lucien, Icaromen., 17.

(2)Gori, t. H, Symb. litter.Dec. I. (7) Épictèle, Enchir., I(i.

{'^)F\coroni, Masc/iere, cap. i."». (S) Hesyohius, Pollux, IV, 1-21,

(i) Gori Joe. cit., cap. 0. III, 140.

(.">) Pollux, VII, 99;ïhéophi-aslp, (<.t) Houlcnf,'Pi', de Ciiro, cap. 'i.?.

172 l'KINTURES.

11 est vrai (|u ou pourrait dire eueore (|ue ee uièiiie persouutige représente le poète lui-uièiue, l'auteur de l'ouvraj;e que l'on semble étudier ici. Chez les anciens, comme chez, nous, les auteurs ne se bornaient pas à écrire leurs pièces de théâtre; ils devaient encore en diriger l'étude, et ils les représentaient eux-mêmes quelquefois (i). On sait que Labérius contiiuia , pour plaire à César, et tout chevalier (pi'il était, à prendre un rôle dans ses comédies (;>.). 11 serait possible encore qu'au lieu d'un poëte, d'un auteur dramaticiue , on dût voir ici tout simplement un acteur.

La petite armoire posée à son côté renferme sans doute l'image de l'acteur qui joue dans la pièce le principal rôle. Ces end)]èmes tenaient lieu d'affiches, et, posés siu' la porte du théâtre, ils servaient de progranune pour la représentation (î).

La figure en pied est sans doute l'actrice qui répète son rôle ou sa partition dans le chœur ; et la jeune ft-mme assise, que nous appellerons ^i^olc-mIt, ou Mésoclwra , nianpie peut-ctre la mesure sur le petit escabeau où est posé son pied. Les Mésochores avaient à leurs brodequins une verge de fer qui produisait un assez grand

bruit, T'.và y.avfjva ci^roo'jv àivà txç fi'Xa'Jr/i; ôp[ji.wjjt,evov àpî40Ùcav

•/■yr.v ÈpyacacSai (4)- On pourra supposer aussi c[u'elle lui

(l)Diogènp Laercp, 2rt £«rfoa"o, (3) Grovonius, t. l.A.G., Gg.

4; M\m., V. «.,X1II. (i) Libanius, adv. Aristid. pro

("2) AuIu-GpHo, XVI,7;Maci'obp, sallat. ; Valesius, ad Amtnian.

Sat. U, G ; Suétone, in Cces. lHarcellin., Xl\, U, n. U.

donne son voie contenu dans le petit volume placé dans sa main droite. Gronovius a donné une explication à peu près pareille d'un objet senihlahle. Enfin le masque qu'elle tient sur ses }>enoux appartient aussi à la figure (|ue nous prenons pour une actrice. La forme virile des traits ne vient pas à l'encontrede cette explication (i).

^ous aurons occasion d'exposer ailleurs , et dans de plus longs détails, la part que les fenunes prirent à l'art dramatique chez les anciens, et à préciser l'époque où elles commencèrent à monter sur la scène; nous nous bornerons à dire ici (jue tlu temps de la république il y avait déjà à Rome des comédiennes en réputation. Pline nous a conservé les noms de deux actrices qui occupèrent la scène pendant bien longtemps. I/une , Lucceia, joua la comédie à l'âge de cent ans; l'autre, Géléria (]opiola, reparut sur la scène à l'âge de cent quatre ans , sous le consulat de C. Poppa'us et de Q, Snlpitius. Il y avait quatre-vingt-onze ans qu'elle avait fait sesdébuts (a). Du reste, les femmes du théâtre étaient frappées par les législateurs anciens d'une telle réprobation, que les mariages contractés avec elles par les sénateurs étaient déclarés nuls de plein droit, en vertu des lois Julia et Pappia (3). Elles se vengeaient de cette espèce d'interdit lancé contre elles, par un luxe si inouï et par un pouvoir si étendu, ((uils devaient les consoler des rigueurs de la loi (4).

(i) Ficoroni, Maschere antichc, (■') L. iH df Rita nupl.

Tav. 3ri ot 44. (i) Code Théod., lib. XV, tit. VII.

(-2) Pline, VII, 48.

174 PEIMUUKS.

J^a vignette, (jui mérite la plus grande attention, a été trouvée avec deux autres du même genre aux fouilles de Gragnano. Elle est précieuse en ee qu'elle nous prouve qu'il faut remonter jusqu'à l'antiquité pour voir les premiers essais dans le genre de la caricature. [I est vrai f[ue plusieurs textesdes aiiteursanciens pouvaient faire soiq^eonner jusqu'à un certain point l'existence de pareils monuments. Ainsi, lors([tie Cicéron parle de ces imagesqui exagèrent tellement une certaine difformité du corps qu'elles excitent le rire : Valde aiitcm ridentur imagines, quœ fcre in defonnitatcni aut in aliquod vitium corjjoris ducunturcum similitudine ttirpioris (i); Aristide, des peintres qui se plaisent à contrefaire les figures d'iuie manière ridicule : /.al Cwyp'î^o; [/.èv âv wv étoit aïi7ypco:/,al ysXo'.'J- Tsp' ajTO'j; ;y.i;/.ouaevQ; (m) ; Ulpieu , d'une injure qu'il nomme è-i9E(7i; (3), etenfinPline, d'un peintre dunom d'Antipliile qui s'était fait une céléNrité en créant un genre (pion appela Giyllus : ide/njocosu numine grylhwi ridiculi habitiis jùiixit : undehoc geuus pictune gryllus vocatur[\) ; on nedoitpas s'étonner de rencontrer (juehpies caricatures parmi les peintures sévères qui composent ce recueil.

Celle-ci nous semble assez originale. Il est assez pro- Ijable que l'auteur au pinceau tluquel nous en sommes redevables a voulu représenter, sous la forme de singes, des individus dont il a chargé les visages, et peut-être

(t)/>e Orat., lib. W. Alciat, Prafcnï., lih. II. tit deln-

(2) T. Il, p. .'.03. jur.

(3) L. Lpx Cornelia, o, de Injur.; (i) X.XXV, 10.

DF.rxii^Mr. si;r.ir,. 173

certains usages ou certaines liaNitndes de son siècle dont il a fait ici une eriti([ne ([ne nous ne saisirons peut-être pas. Les caricalnristes anciens l'approchaient presque toujours ieu?'s cliarges de la forme de f[nelque animal. Ainsi celle de (ialien dans le médaillon de Buonarotti (1) a de l'analogie avec le bouc, et celle -tlu sophiste A arus (a) , avec une cigogne. S'il liiut voir ici une critique des mœurs de l'époque, nous devrons penser que le peintre a ridiculisé la manie de l'imitation, qui est le caractère du singe (3),

Knfin , comme les anciens s'occupaient beaucoup de la fable des Pygmées, qu'ils se donnaient beaucoup de mal, soit pour prouver leur existence, soit pour leur assigner un pays (i), et que les voyageurs se plaisaient alors à émerveiller par des récits exagérés et empreints de fausseté (j), on peut penser encore que le peintre a voulu se moquer ici des romans des érudits, ou des fables des touristes de son temps.

Faut-il dire à présent que cette peinture a été douée d'une importance si grande ([u'on a fondé sur elle tout lui système qui ne tend à rien moins cpi'à donner aux (Chinois une origine égyptienne? (^)uelques plantes de ce

(I) Médriillons, p. ,>2-2. HtTodoIc, (IF, 37; Mémoirps de l'A-

{•i) l'IiiloslratP, liv. II. cadéniie des Inscriptions, 1. 1 ; Juvé-

(.'!) l'iinp loji'uiiP, I, /f/)..'>;l'lino nal, Sa/. , Xni;AntoninusLibcralis,

l'ancipii. Mil. M, «M XI, U. /•'a6.,l(i;Bochart,Wiero.,P.II,p.*0.

(i) IIoin.Ti', //., III, i Pt suiv. ; (.'i) l'iinp, VI, M et Vil, -2 ; Cte-

Aristole, H. A , Vlll, 12; Pline, VII, sias, in Ind. ; Stiabon, VII, p. 20».

2;StraI)on. liv. \\\. Pliotiiis, p. 7;

176 PEhMURES.

petit tableau paraissent appartenir au sol de l'Ëj^ypte; le sujet de ce tableau est donc égyptien, voilà le premier point du raisonnement. Mais les constructions, les ligures et la forme de leurs coiffures sont dans le goût des peintures chinoises. Donc les Chinois ont été Kgyptiens. INous ninsistei'onspas, quanta nous, sur la vérité de cette conclusion, nous admirerons tout au plus la forme ingénieuse du syllogisme. Cette opinion d'ailleurs a été avancée par un lionune grave, et appuyée sur d'autres rapprochements ( i). Les choses égyptiennes étaient devenues tellement à la mode à Rome (v,) , qu'il se pourrait bien aussi qu'on dût voir ici une critique de cet engouement. La peinture est sur fond blanc; les corniches sont jaunes, et les filets rouges. Le terrain, les constructions et les plantes sont peints avec des couleurs iViiturelles ; les fiiiures ont une carnation bronzée. La première tient d'une main un bâton recourbé, et de l'autre un petit seau . La seconde a aussi un seau et lui petit bâton. Elle est coiffée d'un chapeau poijitu de coideur jaune; la troisième tient un bâton, ses épaules sont couvertes d'une petite draperie rouge, et sa tète est coiffée d'un chapeau jaune avec un panache; la (jtiatrième et dernière porte entravers sur son épaule droite une longue verge, aux extrémités de laquelle sont suspendus deux seaux. Elle est coiffée aussi d'un chapeau avec une pointe, ou une petite

(1) Uuonarotti, Appendix ii 1 e iip- (-->) Hiiic.'XXXllI,. .i, II,

stcr, p. 8».

2® SS SFAIPMWS

tonff'f (le clievt'ux, sans doute Vapcx ou le tatulus (\\n ornait \f /fileus des fianiines. On prétend que cet ornement leur était doiuié pour épouvanter les oiseaux et les tenir écartes des entrailles des victimes (i). Ici Vapcx ou le tutuliis sera une plaisanterie du peintre : il aiua voulu dire ([ue les Pygmées sont si petits qu'ils craignent de devenir la proie des oiseaux.

PJ.ANCriE 51.

fvCs fouilles de Pompéi ont mis au jour, en i8'.i8, ce tableau d'nn mérite particulier. Snr nu fond d'aznr, on voit une fenuiie, dont les traits et l'attitude sont empreints d'une certaine noblesse. Assise au pied d'une roche escarpée, elle prête une oreille attentive, on bien elle parle elle-même à un jeiuie héros qui se tient debout à ses côtés. Sa tnni(|ue est rose, son manteau verdàtre , et ses pieds sont chaussés. De son front, plein de majesté, sortent deux cornes de génisse; ses cheveux, reteiuis et liés par une bandelette très-simple, sont divisés en deux petites touffes sur le sommet de sa tète. L'épée et la lance arnu'nt Icjeiuie héros. Il est tout lui ; une draperie rouge cache seulement une partie de son épaule gauche et revient snr son bras droit; son corps porte sur sa jambe droite, et son attitude exprime parfaitement la position

(I) Servius,./^)., VFIl, (kii; Pignor.,rfeSr'n'., p. 41 1 ; Kippincr, l, i2.0. 2" Série. — l'iMiitiiirs. 2.'i

(le qiiel([u'iiii qiiise penche vers une autre personne pour la mieux écouter ou poin" s'en taire mieux entendre. De son coté, la femme assise lui fait signe avec sa main droite connue si, d un air inspiré, elle lui prédisait de grands événements. Un chêne termine cette belle composition.

La physionomie de la figure assise, où règne une evpression de mélancolie, produite sans doute par une longue série de malheurs, les cornes de génisse qui sortent de son front, le caractère héroïque du jeune guerrier, enfin le chêne, ([ui ne doit pas être considéré comme un simple accessoire, mais comme une indication du sujet de ce tableau, doivent le faire rapporter aux aventures de la fille d'inachus, plus belle encore (pie malheureuse.

Prêtresse du temple de Junon, la jeune Jo eut le malheur d'inspirer \\n violent amour au père des dieux. Poiu' se dérober aux poursuites de Jupiter, elle s'enfuit dans les champs d'Arcadie. Mais, hélas! ce fut en vain; le roi de l'Olympe la poursuivit, l'atteignit et enveloppa dans les voiles d'une nuit prématiu'ée les mystères de son triomphe. Junon, toujours en éveil sur la conduite de son époux infidèle, fut surprise de voir la terre ploiigée dans les ténèbres; elle descendit de l'Olynqie, et ordonna aux images de se disperser. Mais Jupitei- avait déjà jnis en défaut les soup(;ons de son épouse : la belle lo avait été métamorphosée par lui en génisse; et si l'on en croit la Fable, il lui avait conservé, sous cette fornu-, tout le caractère de sa beauté; (]c fut une maladresse, car Junon

devina la fouibe'rie. Kllc fei-^nit 1 etonnenient, et demaiula la génisse à Jnpiter, f(ni ne put la refuser. Devenue maîtresse de sa rivale, clic l;i mit sous la garde d'Arji us aux centyeux. Le père des dieux enjoignit à Mercure de tuer Argus, et il délivra ainsi la malheureuse jeune fille. Junon ne se tint pas pour battue; elle s'acharna après Jo avec cette haine qu'elle avait pour ses rivales, et envoya contre elle une horrible Furie qui devait entourer les pas de la jeune fille d'une épouvante continuelle. lo ne put résister à ses souffrances, elle crut qu'elle se débarrasserait de sou supplice, si entre elle et lui elle mettait la distance des mers. Les noms de la mer Ionienne et du Bosphore (passage des Bœufs) attestent encore les voyages de la jeune nymphe (i). Toutes ces traversées ne produisirent pas l'effet qu'elle en attendait. La Furie était toujours aux côtés de l'infortunée, et remplissait trop fidèlement la mission qu'elle avait reçue de la déesse irritée. lo se réfugiait en Egypte, lorsque Jupiter, touché de pitié pour cette victime de sa passion, lui rendit sa forme primitive et s'engagea par serment à renoncer pour toujours à la fille d'Inachus. Telles étaient les conditions • que Jinion avait imposées à la délivrance de sa rivale (a) Jo , redevenue femme, mit au monde, sur les bords du INil, un jeune enfant qu'elle appela Epaphus, et que l'implacable Junon lui ravit pour 1^ mettre entre les

(1) Strabon, VII; Eschyle, Pronicth.

(2) ^Eschyle, loc. cit., Apollodori", liv. II; Ovidf, Met. liv. I.

tso PEIiMUUES.

mains des Gnrètes. Jupiter, ayant appris ce nouveau trait (le la jalousie impitoyahledelareinedes dieux, tua tous les Curetés, et délivra ainsi Kpaphus, qui resta libre, mais sans aucun appui sur la terre. En proie au plus violent désespoir, lo s'était mise à la recherche de son fils, et après de nouveaux malheurs, elle le trouva eidhi en Phénicie, chez la reine des lîihiieus. Joyeuse, elle le ramena en Egypte, dont il fut plus tard le souverain (i).

Telle est l'histoire des aventures d'Io. On a pensé que le peintre de Ponq^éi avait voulu représenter ici la mère infortunée au moment où elle retrouve son fils. File lui raconte sans doute l'histoire de ses malheurs, et lui prédit qu'en considération de son origine, les destins lui réservent le trône d'Egypte. LeProniéthée d'Eschyle peut avoir inspiré cette œuvre d'une beauté remarquable.

Nous avons exposé déjà, pour l'intelligence de la planche qui précède, les aventures de la belle et malheureuse ' lo. Nous avons dit que Jupiter, pour la soustraire à la vengeance de Junon , lui donna la forme d'une génisse; mais (pie la reine des dieux, qui pénétrait avec l'instinct desajalonsietoujoursen éveil, et peut-être aussi à l'aide

(l) Apollodore, loc. cit.; Ovido, Met., I.

PEINTrHES

de sa st'ience surluimaiiie, les projets de sou époux infidèle , exigea que la génisse lui t'ùt remise et la confia à la garde du vigilant Argus , appelé Panoptès, Polyophtha/nios, Myviophtliolmos. Argus la conduisit dans une vallée près deMycènes, et, se tenant assis sur une hauteur, il promenait tout à l'entour ses regards attentifs, et veillait ainsi sur le dépôt précieux qui lui avait été confié. Cependant Jupiter, dont les désirs s'enflammaient d'autant plus que l'objet de son amour était plus dilficile à atteindre, chargea le dieu des voleurs de dérober lo. Mercure se présenta à Argus sous la forme d'un berger, le charma par les accords harmonieux de sa flûte, et vint à bout de l'endormir. Déjà il enlevait lo lors([ue Argus, se réveillant tout à coup, voulut retenir le bien sur lequel il était chargé de veiller. Le dieu , pour accomplir sa mission, fut obligé de tuer Argus, ce qu'il fit avec un caillou , et il mérita ainsi le nom A' Argiphontès. Telle est la fable à laquelle se rapporte ce tableau. Nous y voyons lo assise sur le rocher d'où son gardien exerçait la surveillance qu'on lui avait imposée. Les cornes qu'elle porte sur son front indiquent sa métamorphose, et la mélancolie de son visage témoigne (pi'elle ne fut pas insensible à la triste condition où la réduisit l'amour du roi de l'Olympe. Au dessous, et sur un rocher, est assis Argns. Sa chevelure est longue et tombe sur ses épaules; luie tunif[ue à demi-manches, couverte par un manteau agrafé sur l'épaule, et tles espèces de sandales composent son vêtement. Mercure se tient en face de lui.

Jl est iiii t't sappiiif avi-c la main gauche sur un caducée d'une forme particulière, autant qu'on peut en juger du moins par la partie qui sort d'entre les plis de la chlamyde portée par le bras gauche. Il offre à Argus la tlùte de Pan, cpii vient sans doute de résonner sur ses lèvres; et on peutcroire qu'il engage le gardien d'Io à en jouer à son tour, sans doute pour le tuer pendant (pie son attention sera captivée tout entière par cet exercice. Argus semble refuser l'invitation du dieu, connue s'il désespérait d'égaler l'harmonie (pi'il vient d'entendre. On voit aux pieds de Mercure plusieurs cailloux ([ui rappellent la manière dont Argus finit ses jonrs. 11 y a dans ce tableau de l'esprit et de l'expression; le sujet qu'il représente n'a pas été traité ailleurs, et cette circonstance donne un certain prix à la peinture que nous venons d'expliquer.

Ce tableau est nu de ceux que nous devons nous borner à décrire. Nous aurions beau passer en revue toutes les fables des religions anciennes , tous les faits des tenqjs fabuleux, héroïques et historiques, nous n'en trouverions pas un seul <jui pût explitpier dune manière lui peu vraisend)lable la peinture (pie nous reproduisons dans cette planche. 11 est probable (pie nous ne serions pas dans le même embarras si toutes les

^mxii

nErXIÈMK SÉRIi:. 183

oeuvres poétiques et (Iram.itiques de la littérature aucienne étaient parvenues jusqu'à nous.

Un homme, dans la vi joueur de l'âge, est assis sur un rocher. Il est tout nu, et appuie son dos sur une peau de panthère. 11 a des oreilles de faune, et dans la main gauche un hàton pastoral. Deux femmes s'avancent vers lui. Une d'elles vient de lui toucher le bras pour l'avertir de la présence de sa compagne , dont elle est sans doute l'esclave ou la confidente. En effet la jeune femme à gauche, qui porte wnflabcUum ou un éventail rouge , est vêtue avec recherche. Son vêtement se compose d'tui manteau blanc d'un tissu si fin, qu'il laisse apercevoir sous ses plis une tunique jaune qui couvre à son tour une autre tuniqiu' violette, dont on n'aperçoit que le bas, La femme rpii est plus près du priiu'ipal personnage porte une tunique de couleur changeante entre le blanc et le rougeàtre, et un manteau bleu. Le lieu de la scène est un paysage, oîi l'on a placé une espèce de plinthe, imitant le marbre, sur hupielle est une base ou piédestal peint à l'imitation du bronze. Ce piédestal est formé de bas-reliefs qui représentent d'un côté un homme qui semble fuir, et de l'autre , une jeune femme qui vient de se laisser tomber, et (jni voulait fuir sans doute pour se soustraire à la violence d'inv iionnne armé d'un javc lot ou d'une épée. Ce sujet est peut-être une image de l'aventure d'Apollon et de Daphné.

La principale figure de ce tableau peut être prise pour le dieu Faune amateur des nymphes sauvages^ grand

buveur, aux habitudes luxurieuses , et divinité tutclaire des forets et de la culture (i). La peau de panthère , le bâton pastoral et le lien tie la scène l'indiqnent jusqn'à nn certain point.

PLANCHA 54.

Snr nn fond hien f'enné par un petit cadre noir on voit Jupiter couroinié de reuillesde chêne. Il est vctu d'une draperie rouii;e pâle, chaussé de sandales, et se tient assis sur les nnaj^es. Derrière lui un petit Amour ailé semble prêt à retenir son hras droit armé de la foudre. 11 lui montre du doij^t , avec beaucoup de vivacité et d'expression , le sceptre c[ui arme sa main gauche. Knfni les coideurs de l'arc-en-ciel traversent le tableau, et dans le fond un aigle est posé sur un groupe de nuages.

Jupiter nous a déjà occupé bien souvent, et nous nous sonnnes toujours attaché à démontrer sa toute-puissance, son universalité et l'i-mpire rpi'il exerçait sur les autres divinités. L'étude de ce dieu est d'autantplus importante, qu'il était placé plus haut dans l'estime et dans la superstition des peuples anciens. On ne peut guère s'aventurer dans les ténèbres des mythologies grecque et égyptienne, sans avoir arrêté un jugement sur la nature d'un dieu ([ui était pour ainsi dire la base du culte anti-

(1) Hor., liv. m, oilc XVIll.

s il

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