‹ Herculanum et Pompéi (volume 4)Chapitre 12 sur 17 · I>EI MURES · texte numérisé non relu

I>EI MURES

fleurs , assises sur lui roelier et spectatrices du fliit merveilleux qui se passe devant elles, peuvent être considérées comme des prêtresses de JNeptune, f[ui devaient assister au sacrifice de la jjelleet malheureuse Andromède. Leur couronne et la forme de lenr vêtement donnent quelque poids àcette coujectui'e. L'ijidifférenceet la froideur de leur physionomie, qui n'exprime d'autre sentiment qu'une vive curiosité , ne permettent pas de croire que l'une d'elles soit Cassiopée , dont le visage et l'attitude devx'aient être empreints d'ini vif ressentiment de douleur et d'un grand étonnemeutpourle salut inespéré de sa fille.

\'oici un tai)leau (\u\ est digne à tous les titres d'occu- ])er un rang distingué parmi les monvunents de la peinture antique. Il fut déconvcrt à Pompéi en i8a7,etla nouveauté du sujet, l'unité l't la grâce de l'invention, et le choix des figures les plus attrayantes , lui assignèrent aussitôt mi très-grand piix. Si i'evécutionne l'épondpas il daussiéminentes qualités, nous devons supposer, comme nous l'avons déjà fait dans des cas pai'eils , que l'idée en fut empruntée à lui des chefs-d'œuvre des plus grands maîtres, mais que, malheureusement pour nous , la copie dut se ressentir de l'inhabileté de la main qui l'entreprit.

La scène de ce petit drame enchanteur est un paysage que l'imagination a assez richement doté; c'est l'empire

l'KINTlTKKS r /Ivr //■/■/■ / .

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d'une déesse (jiii trùne majestueiiseinent entourée par deux Amours oeeupés à la servir. L'un soulève une draperie, l'autre tient une haste dont l'extrémité , emportée avec la partie supérieure du tal)]eau , était sans doute, décorée de quelque synd)o1e propre à\ énus, souveraine de ces lieux et mère des Amours. La déesse tient nn voile ([ui Hotte dans lair et entoure la fii^ure ailée et entièrement nui' qui descend i\u ciel, tenant embrassés deux petits Amours (piisemhlent la i;nider. Deux petites ailes ornent le Iront de ce Génie, et sortent d'entre les fleurs (]ui composent sa couronne; d'autres petites fleurs occupent les doigts de sa main droite. Ce Génie est bien certainement Zéphire, le plus généreux des vents, dont l'haleine l'ait éclore les trésors de la végétation. Nous le reconnaissons à sa ressemblance avec le Zéphire de la Tour des vents li Athènes, et aussi à la description que nous en a donnée Philostrate. Le jeune dieu , au cœur rempli d'amour, s"ai)at sur la terre oii dort d'un paisible sommeil une l)ellenynq)he demi-nue , dont le corps s'appuie mollement sur les genoux d'un autre Génie , brillant lui aussi de jeunesse et de beauté. La tète de ce Génie est ceinte d'inie auréole; il portede la main gauche un bouquet de fleurs et \\\\ cdUtthds. Son regard est d'iuie expression admirable; fixé sur les yeux de Zéphire, il invite, il appelle le dieu, qui fend l'air , et l'attire avec une force irrésistible dans les hrasde réponse qui lui est destinée. Un petit Amour seconde son désir en soulevant le voile ])U(li(pie fpii cachait à l'époux les l^eantés de la umu-

i>ao pi:i>TLUi:s.

|ilu\ Le iLiiuhtMu (le riivnicnée, entouré de bandelettes et de i^uiilandes de fleiii's , l)rùle appmé eontre le ro- »'lier. L'hymen va trioinplier; l'union tant désirée est sur le point d'être aeeoniplie ; la helle (^Idoris, la Flora des J^atins , la mère future ties Heurs sera bientôt fécondée par les tièdes baisers, par les caresses de Zéphire qui s'avance. Jl dit connue Catulle : « Viens , ô mari viens; l'épouse aux joues fleuries est sur sa couche. » Jamais l'heureux néi'ociateur des unions divines, Hvménée , n'exerça mie mission plus salutaire. La nature attoid avec nnpatience rpie sa fonction sublime lui ait redonné la vie, et que luiiion de Zépliire et de Flore Tait jiarée de sa couronne de Heurs.

Hvménée a paru suffisamment indiqué parle fland)eau et le calathus, s\iid)()l(' de la fécondité, pour qu'on s'arrctàtà l'explication déjà présentée et qu'on crût pouvoir se dispenser d'autres inveslii>ations.

Le sujet de ce tableau est très-obscur pour nous. Xous avons beau chercher dans les tenqis faljuleux ou héroïques et dans les fictions des poètes , aucun fait, aucune aventure , aucune réminiscence poétique ne vient à notre aide. Cependant, à défaut d'iuie explication assez positive pour que nous consentions à en accepter la responsabilité , nous donnerons les conjectures qui se sont présen-

Jd'.Jivuch^t^, ny.

•yt.ej .

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tées il notre esprit. Et d'abord nous devons dire qu'anssitùt après avoir aper(;ti la figure principale de notre tableau, deux noms sont venus simultanément à la bouche , celui d'Adonis et celui de Narcisse. Adonis était jeune, il était beau, il était chasseur. Nous espérons cpic la beauté pleine de jeunesse et d'éclat de la iij^ure ([ui nous occupe ne sera mise en question par personne: sa ([ualitéet ses habitudes de cliasseur sont iu(lif[uées à la Ibis par le lieu de la scène et par l'haste f|u'il tient de sa maini^auche. Mais lorscju'il a fallu rattacher le nom et l'histoire d'Adonis au sujet de la peinture f[ni nous occupe, nous devons avouer que nous n'avons su que faire (le la jeune feiiune debout à C(\té de lui , de l'Amour (pii tient à deux mains un vase (rari;('ut dont il verse l'eau dans un l)assindu même métal , ni enfui de la femme assise sur un i-oclier qui domine les autres personnages. Si l'on disait qu'Adonis, deretourde lâchasse, Aase livrer aux soins de sa toilette avant de voler dans les bras de \ énus repi'ésentée sur le liant du i-ocher d'oii elle le regarde avec amour, après avoir chargé son fils et une nymphe de prêter leurs soins au beau chasseur cprelle aime d Un si iin))rn(lcnt amour, ou s'exposi'rait à entendre des objections très-fondées à tons les points de cette explication.

Quant à Narcisse, il n'\ aurait })as moinsd invraisemblance à le voir se mirant dans uw bassin cpTon aurait mesquinement, et nous ne voyons pas trop à quel propos , substitué au miroir plus poéti([ne d'une fontainelinipide.

tandis que la l)elU* Kclio aurait été fii>iirée par la fiiriire inclinée sur le liant du rocher, et fjne la jenne femme debout à côté du jeune honnne serait ici un hors-d'(envre et \\n personnage tout à fait inutile. Ou voit doue cpie nous ne pouvons donner de ee tableau aucune explication complète et raisonnable.

fl

Dans nne salle ouvrant sur un jardin est assise nue fignre dont la partie supérieure jusqu'au nombril est entièrement perdue. C'est nu homme vêtu d'une draperie jaune qni présente sou j)ied droit à une esclave accj'oupie ponr qu'elle le chausse; son pied gauche est nu et posé sur ini escabeau doré ; sa main gauche tient un plectrum ; sa main droite retient et fait résoinicren )némc temps une Ivre appu\ée sur le conssinbleu du siège sur lc(pu'l il est assis. rueligni-e de femme , debontderrière le personnage assis , tient des bandelettes <pii doivent ser\ ir à la toilette etceindr;' le Iront du |ouci!r de cithare. L'espèce d'apparat (pi i semble présidei- à cette scène |)eut portera croire (piOn a xoiilu représenter nn cithai'iste se disposant à un eombiit iiHisi<'al , et préliulant avec la main gauche, ce (pii était un e\ercice de la plus grande difficulté, dont l'iineution remontait à Aspentlius. A droite di\ eithariste est une autre fî"ure del)out dont on n'aper(;oit pas le haut , et qui rt'prés.'iitait sans doute luic

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autre esclave; à gauche, uue jeune et helle femme dont le corps et l'ajustement respirent une douce et voluptueuse harmonie, et soulève avec les doii:;ts de sa main droite vine tuniffiu' blanche et transparente qui découvre à moitié son sein ; son cou est orné de deux rangs de perles; elle est enveloppée dans ini péplum jaune. Cette figure est gracieusement dessinée et vêtue avec luxe.

Cette peinture, trouvée le 7 septend)re 1748 dans les fouilles de Résine, est assez médiocre de coloris et de dessin, mais le sujet est gracieux et animé, et les figures en sont jolies et bien disposées. Sans rechercher quel peut être le sens allégorique de cette planche , nous y verrons, comme tout le monde, et sans craindre d'être contredits, un petit Amour qui touche la lyre avec ses doigts. Assis sur un char, il se fait tirer par deux griffons guidés par un autre petit Amour qui tient les rênes de la main droite et un Ijassin plein de fiiiits de la main gauche. Le fond est rempli par une grande draperie relevée avec deux bouts de draperie jaune dans le milieu.

Pour l'explication de cette peinture, et dans le cas oii on voiidiait y voir non pas une fantaisie ou un caprice d'artiste, mais l'expression d'un m\the des croyances païennes, nous dirons d'abord que les anciens ont donné à l'Amour, dans la' combinaison de l'iniivers, à peu près

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le même rôle qu'an Soleil. Vénus sij^nifiait la beauté, l'ordre, la symétrie des parties du monde ; et l'-^/ww/r était cette force cachée qui poussait d'une manière irrésistible les choses à l'ordre et à la symétrie. II était lîls de Chaos. Vénus était fille du Jour (i). L'Amour, aussi bien que le Soleil, était, dans la philosophie ancienne, l'auteur de toute chose, le père des dieux et des hommes, et, ce qui se rapporte bien plus encore à notre sujet, le roi des cieux, le conducteur des sphères et le ré{;[ulatenr de l'harmonie céleste {^x). Une fois cela admis, on comprendra tout l'à-propos de la lyre, des griffons, du char, des fruits et des deux Amours que l'on voit dans cette peinture. La lyre sera le symbole de l'harmonie. Les griffons, qui sont d'ailleurs dédiés au Soleil à causede l'ardeur de leur tempérament (3), indiqueront le pouvoir de ce dieu sur la nature; les fruits rappelleront la fécondité; le char i-eprésentera la confusion et la connnunauté des sentiments et des idées chez les amants et les époux, que l'on appelait conjuges, réunis sous le même joug (4).

Nous tirerons parti maintenant des subtilités de la philosophie platonicienne pour donner encore un autre sens au sujet de ce tableau. Platon, dans son Banquet , distingue trois sortes d'amour : un qui se complaît et s'absorbe tout entier dans la contemplation de la l)eauté

(1) Phurnutus, cap. 21 H 2.%. (3)Buonarotti,/Wf<Za<7//on/;p. 130

(2) Natal Comte, IV, 13 et 1 i ; V, et suiv. \~;k\cvAm.,inAntliol. Dissert. ,W, (i) Isidore. IX, cap. ult. XLVII et LV.

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spirituelle, et qu'il appelle divin ; un second, directement opposé à celui-ci, qui ne vit que par les sens, et par les plaisirs brutaux de la beauté corporelle: enfin un troisième qui réunit en lui les deux premiers, qui emprunte à l'un la vertu, à l'autre le plaisir, et fjui procure à la lois la volupté des sens et celle de l'intelligence. Alors, et se conformant à cette division méthodique, le petit Amour de notre tableau, qui tient des fruits d'une main , et de l'autre attire à lui les deux }>riffons, sera la personnification de l'appétit sensuel qui appelle les amants à la participation du plaisir exprimé par les fruits (i). Et l'autre petit Amour, assis sur le char et jouant de la hre, sera au contraire la personnification de l'amour divin, qui ne cherche du plaisir que dans l'union des cœurs et dans la communauté des sentiments. Les griffons, les rênes et l'acte servile du petit Amour qui est destiné à représenter l'amour vulgaire, seraient l'expression de cette vérité sublime que les sens ne sont autre chose que les serviteurs de lintelligence, et feraient allusion à l'épithète de cjvspyjv, aidant, que Platon a donnée à l'amour vulgaire.

Ces deux interprétations, dont nous sommes d'ailleurs bien loin d'assumer la responsabilité, ont été ingénieusement trouvées et exposées par les académiciens de Naples. Quant à nous, sans prétendre réglementer à ce sujet les consciences , nous laisserons le champ libre à

(1) Plutarquo in ^>o/. appelle le délire amoureux u^Xov -f/.w.'j, le doux fruit.

tontes les suppositions, et nous nous garderons de faire (le la philosophie mythologique; nous taclierons seulement de démontrer la eonvenance des divers oh jets de eette peinture avec l'Amonr, tel que le vulgaire païen le comprenait, et selon les idées générales que nous en

avons conservées.

• La lyre était très-bien placée entre les mains de IV/moiir. Paris chantait au son de cet instrument, v-Hr, aoi/i/.à, v.ù oia cîscîv yuvarx.a; zoà Gr/.yîiv, des chausons propres à séduire les cœurs des femmes et à gagner leur affection (i). La cithare, selon Eustathe, était ainsi nonunée comme x.îvc'jca OU x.£iGo'ji7a epeoTa, excitant l'aïuoiu'. Va le )uot cordes, si nous en croyons Cassiodore, déri\e de la tacidté qu'elles ont de toucher les cœurs. Paulin Anacréon nous dit que la lyre ne pouvait chanter autre chose que l'amour. Cet instrument avait pourtant une mission plus noble et plus utile. Il servait à célébrer les louanges des dixinités anciennes. Aristophane (y.) l'appelle la mère des liyniiies ; Platon (>) l'avait gardé dans sa République, d'oii il avait exilé la flûte. Eschyb- dans Athénée, et Athénée Ini-inèiue, appellent les gens ([ni jouaient de cet instrument co'j-t^Ta;, sages ; enfin Homère nous dit (pi'Agamemnou laissa aiqorès de Clytemnestre un joueur de lyre qui était chargé de lui chanter les louanges des daines honnêtes, pour la maintenir dans la piatique de ses .devoirs de fidélité, et qu'Egisthe, en lui donnant la mort, se dé-

(1) lilion, //., IX, 38. {■3)Ul,deJiep.

(2) 0£ïaoa.

barrassa du plus i^rand des ol)staclt's qui s'opposaient à ses projets adultères.

] /Amour jouant de la lyre ne se sert pas dn plcctrittn ^ (|ui n'est i^uère eniplo\é dans les fij^ures ([ue nous ont eoiiservées les nioniinients antirpies, que par le eentaure Cliiron donnant des leçons à Aehille. Un maître de lyre, on le comprend très-bien, devait, quand il jonait en présence de son élève, se conformer à toutes les rèj^les et à toutes les exigences de son art.

Nous avons dit plus haut ([ue le eliar peut être considéré connue le svmbole de la communauté de sentiments et d'affections chez les époux. On peut dire encore que l'artiste s'en est servi connue d'un mo\en propre à amener l'cjuploi des griiïous. Les chars de la forme de celuici étaient employés pour les coinses. Ils n'avaient pas de siège, et le cocher devait se tenir debout pour conduire ses chevaux. Le petit Amour ([ui joue de la Ivre est assis à rebours sur une traverse que l'on aperçoit dans la partie antérieure du char (i). {Juaut au griffon, Elien (y.) le décrit : des (jiuidnipcdcs de l'Inde assez scwhlcn)lcs nu lion, qui ont comme lui des ongles, i/vs-J'orts, des plumes noires sur le dos et rouges sur la poitrine ; des ailes hlanclics et une tète d aigle. IMine (3) leiu^ doiuie encore de longues oreilles, et les appelle aurituni. Selon Hérodote (4), les griffons sont préposés à l.i garde de l'or, et

(1) Scheffer, de Hc ve/iic, IF, I ; (3) X, -4'.1.

Chimenlplli. de lion. Biset. . c. iï. (i) III, I l(i ; IV. 13.

(-2) r. H., IV, -27.

238 PEIINTURES.

le détendent contre les assauts des Ariinaspes, qui n'ont qu'un œil. Laeliair du i^riffon avait été interdite aux Hébreux par ^loïse; l'on a pensé (i) fju'il avait voulu parler d'une espèce d'aigles énormes, au liée très-recourbé, qu'.Eschyle et Aristophane appellent Ypwai'êToi. Cet animal était consacré au Soleil (a) ; mais on le trouve quelquefois avec Némésis, Diane, Bacchus et Minerve, qui n'avaient pas plus de droit que nen a l'Amour à être entourés d'un pareil attribut. Les crins que l'on voit sur celui qui occupe la droite indiquent peut-être (|u'il est du sexe masculin. Enfin, la circonstance que le griffon est une création fabuleuse des imaginations indiennes a fait penser qtie ce tableau n'avait peut-être d'autre but que d'imiter sur la muraille une tenture faite avec des étoffes de l'bide Çl). Les fruits dans les mains de l'Amour rappellent lui grand nond)re décompositions gracieuses de Tliéoerite, d'Ovide et de Virgile, où l'on voit les nymphes lascives, les bergères et leurs amants se jeter et se renvoyer des fruits; et ces vers énergiques d'Aristophane (i) :

l\IrÀ(i) jiXr|Oî'iç Ï/TTO Ttopvioiou , tÎ;<; i'yyr,ij.{yii àTroOpxuaOriç.

« Ne t'approche pas de celle dayiscuse, si tu ne veux pas, en tournant « autour de ces choses-là, être frappé par \e fruil de la courtisane, et « perdre toute ta l)oiine réputation (o). »

(l)Uoch..///e/o.v.,p.II,liv.IV,c.2, Théophraste, Charact., cap. (!.

(•2) l'iiiloslrate, Vie iV Apollon {'i,)]Suécs,iw{.\\\,sc.\\\,\.X\

Tijanec, 111, iS. et suiv.

(3) Uuonarotti , Medaglioni,' \^. (5)VoyezaussiPhilostrate,/ma(7.,

20o; Philostrate, 11, Imog. . ;>2 ; VI, livre I.

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Ces deux peintures, qui brillent surtout par l'éclat et le mérite de la couleur, furent trouvées dans la même salle, en 1748, aux fouilles de Résine. Dans le milieu de chacune est un siège remarquable, qui mérite certainement le nom de trône , pour la délicatesse et la richesse du travail, etquipeut dédaigner le nom moins honorable de clismos, xî-iciiôç. Les anciens attachaient une grande importance à la nature du siège, qui devait répondre au rang et à la dignité de la personne à laquelle il était offert. S'agissait-il de recevoir un personnage d'une classe etd'un étatvulgaires, on lui offrait le dip/iros, lîtçpo;, qui était une espèce de banc ou d'escabeau sans coussin et sans dossier; une condition plus relevée etini certain rang exigeaient les honneurs du clismos, plus bas que le trône, et au dossier recourbé. Enfin le trône, « un noble siège, » dit Eustathe (i), avec un marchepied ou escabeau, était le privilège des dieux, des personnes de sa ng royal et des hauts dignitaires. Ainsi Télémaque fait asseoir Minerve sur le trône et prend pour lui un clismos (a) ; et Ulysse, arrivant à Ithaque sous l 'aspect d'un mendiant doit se contenter du dipJiros (3). La question de l'étiquette avait, comme on le voit, assez sérieusement préoccupé

(I) Odyss., IV. (3) Odyss. XVII, 330 et suiv.

(-2) Odysf., I, 103 et suiv.

240 PEINTUUES.

les aiu'ieiis et tenait nneplace importante clans les mœurs antiques. Ce n'est pas eependant (nie eette distinction soit constamment observée, même tians Homère, qui jiaraft attacher nn si ifraïul pii\ à la peinture exacte des moindres détails et des plus imperceptibles nuances. Ainsi le trône et leclismos sont bien certainement confondus par lui, lorsque, après avoirdit qu'Acliiile saute tout à coup de son trône :

AÙli/.' àzo Oio'vOU (ôpTO (I),

il ajoute : « Il retourna s'asseoir sur le elismos qu'il avait quitté. »

Une autre fois, il (ait asseoir Hector sur wndiphros (:i). Eniînle nom de (i/jj/i/osest app]if|uéàla désignation des chaises curulespar les auteurs grecs écrivant l'histoire de Jloine.

Les deiiv ti(Hi('S (pii ])araisseiit tonner le sujet ])rincipal des deux, tableanx. qui nous occn})eut sont couleiu' d'or et accompagnés de leur marchepied , que les Grecs aj)|H'laient j-orô^.ov ,0--7,vj: et Opavîov.

IjC piH'iiiicr, celui de la |ilanehe~() ,a|)partient à ^ énns. La colondie jtosée sur \e /ut/vi/uir ou coussin en est uae preuve certaine, l/i raison de Ta 'i'ction et du lienqiii existaienteiitre \ énus et la colondje se trouvi' dans la r.'s-

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