‹ Herculanum et Pompéi (volume 4)Chapitre 14 sur 17 · H NO · texte numérisé non relu

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fantaisies vraiment curieuses, où l'on a représenté des Amours, ou plutôt de petits Génies prenant leurs ébats et se livrant avec une grâce enfantine à tous les jeux de leur âge , auront cela de bien remarquable, qu'elles nous feront retrouver dans les mœurs antiques les mêmes puérilités qui récréent les enfants de notre époque. La tradition est donc bien puissante, ou plutôt, nous sommes bien peu inventifs, nous vivons bien peu par nos propres idées ! Eh quoi! les premiers jeux, les premiers rires, les premières espiègleries, les premiers plaisirs de notre enfance, que nous avions tant de raison de nous attribuer en propre, que nous croyions pouvoir appeler nôtres sans crainte d'être démentis, voilà qu'il faut en rapporter l'origine à la tradition! Ainsi, à peine avons-nous vu le jour que nous recommençons la vie telle qu'on la vivait il y a deux mille ans ! En vérité le progrès n'est qu'un mot. Il n'est pas jusqu'au jeu de cache-cache que les modernes ne peuvent soustraire à l'antiquité qui nous a faits et qui nous revendique tout entiers, telsquenous sommes. Le jeu de cache-cache était donc connu avant la destruction d'Herculanum, c'est-à-dire, il y a dix-huit cents ans, et les habitants d'Herculanum eux-mêmes étaient peut-être tout étonnés à leur tour d'en retrouver les traces dans ce qu'ils appelaient l'antiquité grecque et x'omaine. On le voit ici exécuté avec une grâce et une espièglerie charmantes, par trois petits Amours, dont l'un tient sa main surses yeux en tournant le dos aux deux autres. Un de ceux-ci est déjà caché derrière la porte d'une salle plus

obscure, et il épieavec précaution. L'autre court vers sa cachette, en détournant la tête, pour s'assurer que son camarade, qui doit le découvrir, ne triche pas et ne l'observe pas à la dérobée. Cette explication, qui d'ailleurs saute aux yeux, estd'autant moins susceptible de difficulté que, si notre peinture nous montre une partie de cache-cache,Pollux nous a conservé la description de plusieursjeux du même genre. — Voici, parexemple, connnent on jouait à l'apodidraskindè, à-o5tSpac/a'v^yi : « Quelqu'un est assis « dans le milieu, tenant les yeux fermés, ou, ce qui revient a au même, unautre les lui ferme; lesautres vont se cacher; « il se lève, va les chercher et doit trouver chacun dans sa « cachette. » Ecoutons encore Pollux nous expliquer comment on jouait à la mouche de bronze, p^a ya'Xx.vi , et à la imiinda, pîvrîa : « A la mouche de bronze, les enfants « bandent les yeux à un de la troupe, et celui-ci crie : Je « chasserai la mouche de bronze. Lesautres répondent : ce Tu lacliasseras , mais tune la prendras pas .YjX,\\?>Vi\^^-

tt cent ainsi jusqu'à ce qu'un d'eux ait été pris(i) La

« muinda se fait lorsque quelqu'un, les yeux fermés, crie : « Gare! et?,' ï\ parvient à prendre quelqu'un de la troupe a qui se sauve, il lui foitfermerlesyeuxàsaplace; ou bien a encore, celui qui a les yeux fermés doit chercher les « antres qui se cachent, ou prendre celui qui le touche, « ou deviner quel est celui d'entre tous ceux qui l'en- « tourent qui le montre au doigt (a). » La muinda ressemble beaucoup à notre colin-maillard.

(I) Pollux, vu, Sr. l-2;i. (2) Pollux, VU, Se. 113.

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deuxième serie. 245

PLAlNCHE 82.

Nous venons de nous occuper des jeux de cache-cache et de colin-niailiard chez les Grecs et chez les Romains; nousavons à parler ici derépouvautail que les nourrices de l'antiquité avaient adopté pour porter la terreur dans l'esprit des petits enfants rebelles, ou en d'autres termes, du Croquemitaine des temps antiques. Croquemitaine portait chez les Grecs le nom terrible de Mormolycion, [AoppTvU/caov. Dans Théocrite (i), une mère dit à son enfant pour l'effrayer : p.rjpy.co ^a/.si '1-7:0;. Clément d'Alexandrie écrit: . . . beaucoup s' effrayaient de la philosophie des gentils,comme des enfants r/eMormolycion. Or, cjuel était ce Mormolycion? Quelle forme, quelleorigine lui donnait-on c'est ce qui nous l'este à découvrir. Ecoutons le scoliaste d'Aristophane (2) : Mormolycion se prend en général pour tout ce quif ait peur aux enfants^ et particulièrement pour ces masques tragiques ou comiques d'une laideur telle qu'ils jettent i effroi dans l'dmc . Et si l'on s'étonnait d'un si grand effet de répulsion produit par les traits difformes d'un masque scénique, nous rappellerions que le jour où Eschyle introduisit le masque sur la scène , plusieurs femmes éprouvèrent un tel sentiment d'horreur qu'elles avortèrent en le voyant (3). Chez les Latins, ces sortes

(l), PoUux, XV, 40. (3) iMaresc, de Person. et Larv.,

{îi)Pac., Acharn.,Equit. \Etijmo- rap. I. log.; Suidas in MopaoXuxeia. <

de mas(]iies portaientle nom de lamiœ, maidœ, mondiici. . . mixnvxdicunturindecorivultiispersonœ, quihus piieriterreiitiir. On appelle iiiani?e des masques très- laids (jni effrayent les enfants (i).

Pei'sona» palleiUis hialuni

In gremio matris fastidit rustifus intans {•!).

Sum figuli lusus, Rufii persona Batavi : QuH' tu dérides,- ha>c tiniet ora puer (3),

Le sens du tableau que nous donnons ici n'est plus nn mystère pour nous. Nous eoniprenonsparfaitenient le coup de théâtre produit par 1 arrivée inattent-lue d'un des petits Amours qui se présente, tenant en main \\\\ mormolycion, comme une autre tète de Méduse. Un des deux autres Génies a été renversé d'effroi, et crie au secours en se débattant siu' nu siège, dans une attitude admirable de vérité et d'expression. Le troisième petit Génie, plus courageux et plus maître de lui, paraît secourir celui de ses camarades en proie à la frayeur, et conjurer l'autre de cesser son espièglerie.

Ce tableau, très-curieux à notre avis, fut trouvé, avec le suivant, ([ui lui sert de pendant, à l'entrée de l'édifice

(l)LescoliastedePerse, 5a/., VI, (2) Juvénal, Sai., III.

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