V. 5G. (3)Mart. lib. XIV, Ep. CLXXVI
DEUXIÈME SÉRIK. 247
de Pompéi appelé Panthéon. 11 représente un moulin et les Génies de l'art du meunier.
L'art du meunier, chez les anciens, avait pour objet de transformer en pain les céréales ; le pistrinum était un atelier renfermant et réiuiissant le four et le moulin. Et dans les fouilles de Pompéi on a si souvent rencontré à côté l'un de l'autre ces deux instruments de la fabrication du pain qu'on ne peut concevoir aucun doute à ce sujet.
L'invention de l'art de moudre se perd dans les fables des temps les plus reculés. On prétend que Gérés le découvrit et dota les hommes de ce grand bienfait. 11 paraît que les femmes d'abord (i), les esclaves et les condamnés ensuite, prêtèrent leurs bras au travail fatigant de tourner la meule ; mais que le soin en était le plus souvent abandonné à l'àne, animal de patience et de fatigue (2).
Le moulin qu'on voit ici est tout à fait pareil à ceux qu'on a i-etirés en si grand nondire des fouilles de Pompéi ; cel ui-ci est même plus complet et a conservé , grâce à la solidité de la pierrequi porte l'enduit sur lequel il est peint, les détails que le bois dont les autres sont formés n'a pu transmettre à l'intervalle de dix-huit siècles. Le Digeste (3) nousest fortutile pour lenom que portaient les différentes parties du moulin, quiétait divisé en deuxprincipaux compartiments, dontlun, inférieur, étaitappelé ;;2eta, et l'autre, supérieui', cati/liis. Les deux ânes placés sur les deux
(l)0(/)/55., Vllet XX. 111,290.
(2) Apulée, Mel. , IX , p. 278; (3) Paul, lib. 18, §0, D. de lutid.
Ovide, Fas(:, III, 307 ; Ars ainal. , et instr. kg.
côtés du tableau oonfirmcnt ce que nous avancions plus haut, que cet animal était employé par les anciens à tourner les moulins. Sept petits Génies complètent le tableau. L'un d'eux attelle un des ânes qui doivent commencer leur travail ; parmi les autres, quatre se reposent de leurs fatif'ues autourd'un disque qui portedeux verres pleinsde vin. Enfin, deux de sexe difféi'ent sont debout etpai'aissent assister en curieux à la scène qu'ils ont sous les yeux. Un manteau rouge couvre les épaules du petit Génie ; la jeiuie fille ailée est vêtue d'une tunique jaune, relevée par deux larges plis sous le sein et à la hauteur des hanches. Il est probable que cette peinture a une signification allégorique ; il est même assez vraisendjiableque les petits Amours représentent ici, soit le travail, soit la Providence, qui satisfont également aux besoins des honunes : ou bien encore, comme l'ont prouvé des archéologues reconnnandables, et comme nous aurons occasion de l'établir nousmêmes , on doit penser (jue les différents métiers, les diverses corporations industrielles, avaient toutes leurs Génies particuliers, chargés de veiller sur leurs intérêts.
Ce tableau trouve naturellement sa place après celui qu'on a vu dans la planche précédente. Nous avons admiré les Génies meuniers, nous devons à présent nous occuper des Génies fleuristes.
Il est un fait que nous tenonsà bien poser, et qui expliquera comment l'art du fleuriste a étéjugé digne de former lependantdel'artdu meunier, dont l'utilité est si grande : c'est que les fleurs, qui sont pour nous un objet de luxe, étaient chez les anciens un ol)jet de première nécessité, et d'une importance capitale. On ne saurait guère trouver dans la vie antique nu acte f[ui puisse s'accomplir sans l'emploi des fleurs. Si nous mettons le pas sur la porte du triclinium, nous apercevons la table et le parquet jonchés de fleurs, qui couronnent aussi les fronts desconvives. Les spectacles , les cérémonies profanes , les cérémonies sacrées, la victime, leprêtre, les assistants, l'autel, le temple, tout cela nous envoie des émanations suaves qui charment et captivent notre odorat. Les amants ornent de fleurs les portes des maisons qu'habitent leurs maîtresses.
Cette peintin-e que nous donnons ici est digne en tous points, et surtout pour le soin et le fini de l'exécution, de l'idée qui la inspirée. Des Génies des deux sexes, au nombre de sept, comme dans la planche précédente, exécutent avecardeur les diverses fonctions du métierde fleuriste. On voit d'abord, en commençant par la droite, une jeune fille, ailée comme tous les autres petits personnages qui figurent dans cette composition, et vêtue d'une tunique relevée par deux larges plis. Elle puise dans une corbeille de joncs, posée sur un banc, et remplie de fleurs, de quoi occuper les quatre petits Génies, drapés avec assez de variété, et assis sur deux bancs et devant la table qui occupe le milieu du tableau. Au-dessus de cettetable cou-
2* Série. — Peintures. 32
250 PEINTIIRES.
verte de fleurs est un eliàssis Hehé au mur et portant des chevilles d'où pendent les fils et les rubans auxquels on attache les feuilles et les fleurs qui doivent composer les couronnes ou les eruirlandes. L'un des iïentils ouvriers se tourne vers celui qui semble puiser dans la corbeille, comme pour lui demander de quoi travailler. Celui qui tient des ciseaux se dispose sans doute à détacher du châssis sa guirlande achevée; les deux autres Génies tressent ensendjle des feuilles et des fleurs. Enfin, à gauche du tableau, une jeune fille, aux ailes de papillon, <pii paraît être la maîtresse et la directrice de latelier, remet à un petit Amour, entièrement nu par devant, etcouvei't sur le dos d'une chlamvde, (juelques guirlandes qu'elle le charge de faire parvenir à leur destination.
Cette planche c\ le tahlcnii (iiTclIc reproduit représentent deux Amours attelés à ini char conduit par un troisième petit Génie. }^ous n'insisterons pas beaucoup sur icsnjetde cette composition, (Hii peut fort bien être une (cu\ reile pure imagination et neserattaeheràaucunusage de l'antiquité; seidenient, nous croyons devoir dire que les jciiK (lu cirque jouissaient d'une si grande faveur, qu'il est tiès-probal)leque les enfnits de l'Italie et de la Grèce s'amusaientà les parodier, etavaient, euxaussi, leurs cirques et leurs chars ; les chevaux étaient remplacés parles
Ad'H.V.a.P. £4]
©5SA§g5S J!.W SLES'^yMSi
cX'
C/re^z^/ff^z^ a/?zc^ c/Ai^s-^(',
H Jioiujc a^^jt^
A.d H, V , 2- P. ail
©3IÎA®g3g MM ©SSïTo
DEUXIÈME Sf.RIE. 2r,l
pluscornplaisaiitsde la troupe enfantine qui consentaient à s'attacher au tinion et même à recevoir, lorsque leur ardeur se ralentissait, et d'ailleurs pour la plus parfiiite imitation des grandes courses du cirque, l'aiguillon du fouet du cocher (i). Ce jeu paraît être celui qui est désigné parmi les jeux prohibés sous le nom de îr:;txôv çJ),ivov, équestre ligncum ('^). Un érudit(3) a prétendu « que le jeu appelé « tT:-'aôv ^JXivov se faisait par les enfants qui, dans l'exer- « cice du char, attellentdeshommesen guisede chevaux.» Du reste , on doit remarquer que le char monté par le petit Amour, et traîné par ses camarades, est tout à lait semblable à ceux qui servaient aux courses du cirque. Il est à deux roues, et doit par conséquent porter le nom grec SiTpoyov , ou le nom latin correspondant birota , birotum (4).
Ces deux tableaux furent trouvés ensemble aux fouilles de Civita. Les deux Génies qu'ils représentent se livrant à l 'exercice de la chasse sont vrais de mouvement et assez gracieusement rendus. Dans le premier, c'est un lièvre qui est poursuivi par un chien et un petit Amour armé d'un long bâton; dans le second, c'est un daim qui sent déjà la dent
{l)Rhodig.,lib. XVII[,oap. 2(î. (:}) Balsam. , ad Phot., loc. cil.
(2) Photius, ISomocan., lit. Xlll, (i) Sclieffer, de Re vehicuL, 11,