‹ Herculanum et Pompéi (volume 4)Chapitre 2 sur 17 · I:f R/yMcc^ (Xjine · texte numérisé non relu

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une retraite inaccessible, ou par celui de Minos, qui voulait dérober aux regards le fruit monstrueux de l'adultère de sa femme (i). Dans le haut du tableau une divinité est assise avec un carquois sur l'épaule, un arc et une flèche à la main. Thésée avait imploré pour son entreprise périlleuse l'intervention de Vénus (y.). Cependant il paraît qu'après sa victoire, et pour s'acquitter envers Diane, qui l'aurait plus efficacement favorisé, il lui érigea un temple à Trézène (3). On peut donc voir également dans cette figure Diane ou Vénus. Les flèches, l'arc et le carquois conviennent à toutes deux; mais il est vrai de dire que Diane a ordinairement une tunique courte qui laisse apercevoir ses jambes.

Dederatque comam diffundere ventis,

Nuda genu, nodosque sinu collecta fluentes (i).

Au-dessus du genou, les nœuds do sa ceinture De ses légers habits serrent les plis mouvants, Et ses cheveux épars flottent au gré des vents.

Cette peinture, trouvée avec lasuivante dans les fouilles

(1) Virgile, ^m., VÎ;Pliilostrate, in Del., v. 307, 313. livret, //«., XVI; Ovide, Met., (3) Pausanias, II, 31.

VIII, lori. (4) Virgile , .iin., I, 317 ; Ovide ,

(2) Plutarque, Vie de Thésée; Amor., III; El., 2. Pausanias, IX ; CaUimaque , Hymn.

T Série. — Peintures. •>

10 PEIMURES.

de Résine en i joy , est une de celles qui ont le plus arrêté l'attention des connaisseurs; ils en ont admiré et ils en admirent tous les jours encore la beauté et la perfection. Elle représente le centaure Chiron enseignant à Achille l'art de jouer de la lyre ou de la cithare.

Chiron, moitié homme et moitié cheval, devait le jour à Philyre et à Saturne, qui s'était métamorphosé en cheval pour dérober à la jalousie de Rhéa, sou épouse, son intrigue amoureuse avec cette jeune nymphe (i). Philyre ressentit tant de honte de cet accouchement monstrueux qu'elle désira n'y pas survivre, et qu'elle obtint de Jupiter d'être changée en tilleul (2). On a donné à Chiron une autre origine : on a prétendu qu'Ixion, amoureux de Junon, eut l'audace de lui faire violence ; que la reine des dieux, pour se dérobera ses embrassements, laissa une nuée l'evêtue de sa forme entre les bras du jeune téméraire; et que l'accouplement d'Ixion et du nuage donna naissance au centaure Chiron (3). Quelle (jue soit son origine, Chiron fut le père des centaures , et il doinia à la terre des exemples iiuiltipliés de justice et de sagesse. Il inventa la botanique, et acquit une grande habileté dans la chirurgie. C'est même à cette science qu'il emprunta son nom. Il enseigna à Esculape les premiers éléments de la médecine, à Hercule ceux de l'astrologie, et, comme on le voit ici, <à Achille ceux de la

(1) Apollonius, Argon., II. (3)NatalisComes,IV, 12etVII,4.

(2) Hyginus, Fab., 138.

DEUXIÈME SÉRIE. Il

musique (i). Il parait aussi qu'il introduisit l'usage des plantes dans la médecine, et qu'il écrivit à ce sujet pour Achille des préceptes en vers; enfin, il aurait inventé la médecine vétérinaire, ce qui lui aurait valu le nom de Centaure, /.évTaupo; , de jcevTÉoj, piquer^ et Taùpo:, taureau. Il mourut d'une blessure qu'Hercule lui fit avec une flèche empoisonnée. Selon Pline (2), sa mort devrait être attribuée à une autre cause, car il aurait guéri cette bles- . sure en y appliquant une plante qui, depuis lors, a été appelée centaurée .

L'attitude que l'artiste lui a donnée dans cette peinture est littéralement exprimée par Stace : .... Imos submissus in arinos (3).

Il repose sur ses jarrets de derrière. La peau dont il est couvert lui convient à plusieurs titres : d'abord, à cause de son goût pour lâchasse, dont l'invention lui a été attribuée, et ensuite parce que le Centaure taisait partie du cortège de Bacchus (4).

Sa tête, remarquable d'ailleurs sous tous les rapports, est couronnée d'un feuillage qui appartient sans doute à une des plantes auxquelles il a donné son nom (5). Il tient de la main droite un plectruni d'une forme assez singulière (6), et semble apporter beaucoup d'attention à la leçon qu'il donne au jeune Achille.

(1) Hyginus, Astron. Poe/., II, iii (i) Buonarotti dans le Camée du Centaurus; Apollodore, Biblioth., Triomphe de Bacchus

III; Philostrate, Her., IX. (ri) Pline, liv. XXV, 6.

(2) Pline , XXV , 6. (6) Montf'aucon, Ant. Expl. ,tom.

(3) Achill., 1 , 12.5. I, P. I, pi. .}9 et 60.

Thétis, fille (II' iXérée, était si belle que Jupiter, Neptuue et Apollou se disputaient sa main; Prométliée prédit que le fils qui naîtrait d'elle serait plus illustre et plus puissant que son père. Cette prédiction découragea les divins prétendants, qui laissèrent le champ libre aux mortels. Alors Pelée, plus amoureux et moins jaloux de sa gloire que les habitants de l'Olympe, demanda et obtint la main de la fille de Nérée (i). De cette unioli naquit Achille. Thétis, craignant pour les jours de son fils, dont elle prévoyait sans doute la destinée guerrière , voulut le rendre in\ ulnérable en le plongeant dans les eaux du Styx. Mais comme, pour faire subir à son jeune fds cette immersion préservatrice, elle l'avait tenu parle talon, cette partie de son corps resta exposée à l'atteinte des blessures (2). Les étymologistes ont exercé leur imagination pour donner unei'aison du nom à'AcJiille : les uns ont voulu que le héros grec ait été ainsi nommé de «.'liCkoti, sans lèvres, lesautresde à'-/uVj?, sans chjle. Son nom ferait allusion alors à ce fait bien connu , que le héros grec ne fut pas allaité. Tout ce qui a rapport à ce sujet se trouve d'ailleurs recueilli avec soin par Bayle , dans ses deux articles Aclùlle. L'éducation du jeune héros paraît avoir été confiée au centaure Chiron; cependant Homère (3) accorde à Phénix l'honneur d'avoir élevé Achille, et ne réserve à Chiron que celui de lui avoir

(1) Apnllodoi'P, T>ibL,\\\\ llysi- vins, sur Virgile, Yl, ."i". nus, Uab., rii. ' (:!) //., IX.

(2)Fulgeiice, .I//////0/., lU, 7 ; Ser-

enseigné le nom et l'usage des plantes. Ce ([ni est Ijien eertain, c'estque, d'après Homère lui-même, Achille était musicien. Quand il se tenait renfermé dans sa tente, il conjurait l'ennui par les accords de sa lyre (i), dont il se servait peut-être aussi pour accompagner ses improvisations poétiques (2). Son intervention dans la guerre de Troie et sa mort étant des conditions nécessaires à la victoire des Grecs et à leur entrée dans les murs d'Ilion, Thétis, qui connaissait l'ari'êt du destin, voulut le soustraire à la fatalité en le cachant chez Lycomède, roi de Scyros, où des habits de femme devaient le mettre à l'abri des recherches de l'adroit Ulysse, ^lais la ruse du main de Pénélope triompha de la supercherie ilune mère, qui ne put dérober son fils à la gloire qui l'attendait sous les murs de Troie, et à la mort que lui donna Paris, dont Apollon dirigea le bras.

L'artiste lui a donné dans cette peinture les formes graciensesde l'adolescence, et l'on aura à décider s'il a rendu l'idée d'Homère, qui appelle Achille le plus beau des Grecs; ou bien encore celle du Scoliaste (3), qui le nomme le plus beau de tous les héros. Ses pieds, contrairement à l'avis de Philostrate (4), qui prétend que les héros étaient toujours représentés nu-pieds, sont chaussés de sandales. Achille, mrîaç wy-J;, aux pieds légers, Achille, qui, suivant la tradition de la Fable, avait été nourri de moelle de lion et de cerf, sans doute parce

(l)Homère, //., IX, v. ISOet suiv. (3) //., 673.

(-2) Philostrate, Hrr., c. 10. (i) Epist., XXII.

qu'il était impétueux comme le premier et agile comme le second (i), devait, plus que tout autre héros, avoir les pieds nus.

Il semble toucher avec les doigts de sa main gauche les cordes de la lyre pu de la cithare. Ici s'élève une question qui consiste à savoir si ces deux mots ont été employés indistinctement dans l'antiquité pour désigner le même instrument, ou si chacun d'eux a une signification particulière. La plupart des auteurs anciens (2) ne semblent faire aucune distinction entre ces deux mots. Ainsi, par exemple, ils attribuent à Apollon tantôt l'invention de la lyre et tantôt celle de la cithare. D'autres, au contraire (3), distinguent et prétendent qu'il était de tradition chez les Grecs que Mercure a inventé la lyre et Apollon la cithare. Les auteurs ne sont pas plus d'accord sur le nombre des cordes de cet instrument. Mercui'e (4), quand il l'inventa, l'arma de trois cordes pour obtenir trois tons (pii pussent correspondre aux saisons de l'année : un ton aigu, qui se rapportait à l'été, un ton grave, qui indiquait l'hiver, et un ton intermédiaire, qui rappelait les saisons tempérées. Les nombres quatre et cinq ont eu aussi leurs partisans (5); cependant on s'est généralement accordé (6) à donner sept cordes à la lyre,

(1) S.Grégoire de Nazianze, Oral., (4) Diodore, I, 16.

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