‹ Herculanum et Pompéi (volume 4)Chapitre 4 sur 17 · XX · texte numérisé non relu

XX

Pri

(è'/^^M/^-Zirir /^J d^éU^lCY"

i)h;i \ii:mk skrii;. h»

les groupes de Chiroii et d'Aoliille, de Pan et d Olympe. Cette citation pouvait porter à croire que le personnage qui, dans notre peinture, donne des leçons à Olympe, est le dieu Pan et non le satyre Marsyas. Mais comme on s'est toujours accordé à dire qu'Olympe avait été l'élève de ce satyre, que d'ailleurs on ne saurait voir quel rapport il y a entre Pan et Olympe , il vaut mieux penser que Pline a confondu le dieu Pan avec le satj^re Marsyas. L'architecture qui forme le fond du tableau a été traitée dans l'explication de la planche précédente.

Ce tableau, trouvé en 1745 dans les fouilles de Résine, représente l'éducation de Bacchus, sur le compte duquel il y a eu des traditions si diverses, que les peuples de l'antiquité eux-mêmes en étaient venus à mettre en doute l'existence de ce dieu, et à ne plus le considérer que comme un mythe et une personnification de la vigne, du vin et de l'ivresse (i). Cependant, suivant la tradition la plus généralement répandue , Bacchus devait le jour à Jupiter et à Sémélé, fille de Cadmus , fondateur de Thèbes. Junon, jalouse de cette princesse, lui inspira l'idée de demander à Jupiter de se présenter à elle, comme à son épouse, accompagné des attributs de sa gloire et de sa puissance. Le roi des dieux ne put résister aux prières de sa maîtresse, et, s'étant approché d'elle,

(I) Diodoi-p . III. (i-2 l'i siiiv.

20 l'KIMl UtS.

la foudre à la main, elle expia par une mort subite son orgueil irréfléelii. Sémélé était alors enceinte de six mois ; Jupiter cacha dans sa cuisse le fruit de son commerce nxec la princesse de Thèbes, et trois mois après il mit au jour Bacchus, qu'il confia à Mercure. Ce dieu l'apporta d'abord chez Ino, sœur de Sémélé, et ensuite aux nymphes de Nysa, en Asie (i). Dans le tableau cpii fait le sujet de cette planche, la disposition des figures, la grâce et l'expression du sujet, sont tellement supérieures à l'exécution, que le peintre peu habile qui en est l'auteur a fl\it sans doute une copie ou une imitation de quelque bon original. On y voit trois jeunes filles qui seront ou les trois soeurs de Sémélé, Ino, Autonoë et Agave (y.), ou Philia, Coronideet Cléide, nymphes del'îledeNaxos (3), ou Brome, Bacchè et Nysa (4) ou enfin trois des cinq lades, Phésule, Coronide, Cléèa, Phéo et Eudore , qui ont été transportées dans le ciel et sont devenues des constellations (5). Suivant Plutarque (G), on donnait à Bacchus plusieurs nymphes pour nourrices , parce que l'ardeur de ce dieu avait besoin d'être modérée. Amphietyon, roi d'Athènes, qui introduisit l'usage de mouilleile vin, lui avait dédié un autel avec cette inscription : ôpOoO AioTJGO'j, à Bacclius bien dirigé (j). Deux des ti'ois nvm-

(1) Apollodore, Ht, i, § 3; Ovide, (-ijServiussur Viiplo,ie/. VI, lo. Met., lIl,'i>o',tetsuiv.;Hyginus,Frt6., (5) Hésiode, Hyginus, Asir. II,'2I . 163 et 179; Diodore, loc. cil. (6) Plularque, Sijmp. III, tju. !),

(2) Oppien, Kuvriy., TV, 23.'). p. 657.

(3) Diodore , V , li-2. (7) Athénée, II. p. 38; XV.p. 603.

UI.UXili.ME SKIUF.. 21

phes sont debout dcriifie uu arbre \^i^. L autre est eotironnée de feuillage, et porte en sautoir la dépouille d un cerf ou d'un chevreau (2); son attitude est gracieuse. Elle offre une grappe de raisin au jeune Bacchus. qui étend avec avidité ses deux mains pour la saisir, pendant qu'il est soulevé par le vieux Silène. Ce dieu, dont l'origine est fort controversée (3), est assez, généralement reconnu pour le père nourricier et l'instituteur de Bacchus; c'est lui (jui, non-seulement lui aurait inspiré les premières idées de vertu et de gloire, mais encore qui l'aurait conduit et dirigé dans ses expéditions guerrières. Cependant on a prétendu aussi que l'enfance de Bacchus fut confiée à ^isus, et on s'est appuyé sur ce fait pour donner un sens au nom de A'.ôvvco;, Dionysos, que ce dieu portait chez les Grecs (4). D'autres étymologies ont été proposées pour le mot Dionysos : les uns le font dériver de Njsa, où Bacchus fut apporté par Mercure (5), et les autres d'un mot que les Syracusains employaient poiudésigner Vaction de boiter , et qui aurait été appliqué à Bacchus pour rappeler cpie Jupiter boitait quand il portait son fils dans sa cuisse (6). Un âne couronné dort aux pieds de Silène dont il fut toujours le compagnon le plus fidèle (7). C'est à l'àne de Silène ([ue les dieux durent

(l)Eurip., /?««•/<., V. lOOetsuiv. (i)Hyginus, f'«6., i:jl.l<i", IT'.t.

Oppien, Kuv, VI, iJi-J. (5) Diodore, IH, 63.

(2) Euripide, Bacch.,\. .i,Phmi., (6)Nonnus,D/on//s.,I.\,19etsiiiv.

798 ; Ovide, Met., IV, (i. (7) Properce, IV, EL, I, 21; I'a>-

(3) Diodore, III. 71. ehalius, Coron., IV. I«.

■J> l'KIMLKKS.

leur victoire contre les j^éants, qui luieiit Jiiis eu fuite par sa voix l)ruyante. Ce service lui valutl'honneur d'être rangé au nombre des constellations (i). Celui-ci porte un bat, chez les Grecs pâarov ; chez les Latins, clitcllœ et sagma, ou une selle qui ressemble tout à fait à celle de nos jours. Cette particularité de notre peinture est en contradiction manifeste avec un texte de Godefroy (a), (\\\\ prétend que l'usage des selles ne date que du règne de Théodose le Grand. Il est \rai de dire que le mot latin sella a été employé pour la "première fois dans la loi 47 du code Théodosien de Cursn public. ; mais on a pensé f|ue, bien avant Théodose, les cavaliers se servaient de la selle, k laqnelle ils donnaient le nom à'ephippium (3). Juste Lipse en a trouvé d'ailleurs des preuves authentiques sur la colonne Trajane (4). On a voulu Aoir encore dans le bât de l'àne de Silène luie espèce de selle ■.\\-)Yie\ée astraba par les Romains, et ([ui servait non aux guerriers ni aux voyageurs, mais aux femmes et aux vieillards, qui aimaient à s'asseoir mollement et commodément (5). Les pieds de l'àne sont dans une position telle qu'on peut apercevoir dans le tableau original des traces fie fers, dont l'usage remonte à la plus haute antiquité (6). Une pierre semble avoir été placée avec inten-

(1) Ovide, de Arie, l, 34.5, Fasl., (4) Dion . liv. LXlll.

in, 7iO, Melam., IV, 27; Séiièque, (.5) Dewil. Rom., liii. 111. dial. 7.

Œdlp. , V , i-2S. (()) Sclipfter, de lie veh., II ; Hps\ -

(-2) Hyginus, Aslr. Puet., M . -2.!; chius; Pollux, VII, 18.">, l8(i;I)émos-

.Elian , H. A., VI , 51. thène, .Uù/., p. &2:^\ Atliont'o,XIIl.

{3)U\veV7,C.Th.deCursupubl. p. .582.

l)Kll\li:\lK SKRIE. Ti

tioii tout piôs (If lànt!. Les anciens, ne connaissant pas les étriers, devaient se servir ponr monter à cheval d'un exhaussement quelconque. Sur le devant du tableau une panthère lèche une cymbale garnie de sonnettes (i). Les nourrices de Bacchus furent métamorphosées en panthères, et depuis Ion a supposé que cet animal a du penchant à s'enivrer, et qu'il est cher à Bacchus, tlout il est un des attributs distinctif's (;>,). Mercure, h'is de Jupiter et de Maia, messager des dieux, inventeur fin langage, de la lutte, de la lyre, du vol, des lettres et des nombres, protecteur tlu commerce, auquel il donna son nom (3), est assis sur un tonneau (4) et touche avec la main gauche les cordes d'une lyre; sa main droite tient un objet qui paraît être un plcctrum . Il est presque nu, et ses formes, qui sont celles d'un adolescent, rappellent un dialogue de Lucien où il se glorifie d'être beau et sans barbe (5). Plutarque l'appelle ■/ap'.TOfîÔTv;;, donneur de grâce ((i). 11 est coitïc d un petasus ailé. Le pétasus était porté par les voyageurs, les courriers,

(1) Fabretti, de Col. Traj.. cli. 7. Senius, *'/(., IV, ïûl et VUI, I.J«; p. 223 et 226. Isidore, VIII, 1 1 ; Fulgence, Mythol. ,

(2) Voyez la pi. XX, tome I deret I, iS; le seoliaste d'Aristophane, pi. ouvrage. ^' , llll, e( eelui d'Apollonius,

(3) Oppien, Kuv., III, T'.t, IV, 2.11 Arg., I, 517.

et suiv.; Philostrate, I, Im., I.S, lil ; (."i) Pline, XIV, 21 ; Ulpien , I. 17,

Bochait, H/er.,l\i, liv. 3, cli.7; pi. Proprietaf. de iisuf., 1.3, ddril. vi.

XXX, 1. 1, de cet ouvrage. f^o/.,- Cuias, I.X, obs. 26; .Strabon,

(i) Homère, Hymne à Mercure, III, p. l.M.

V. 3 ; Hésiode , Theog. , 938 el 939 ; (c; Dial. de Pan et Mercure. Eschyle, Prom.,941; Arnobe.liv.IlI ;

•j) l'Ci.Mi r>i;s.

les cochers et les athlètes (i). 11 était le plus souvent rond ; cependant on en voit qui sont carrés et d'antres qui ont plusieurs angles (a). Le dieu Pan, ou un satyre (pii sourit en montrant Bacchus, détache les talonnières ailées qui ornent les pieds de Mercure. Sur une pierre line gravée dans Monttaucon (3), Ion voit un Amour (pii rend à Mercure le service que lui rend ici le satyre ou le dieu Pan. Les ailes qui ornent la tête et les pieds de Mercure ont été prises pour un symbole de la rapidité de la parole, dont il est l'inventeur, et pour l'expression de la pensée, formulée ainsi par un poëte latin : verha volant (j). La colonne que l'on voit dans le fond du tableau a semlilé un symbole de la stabilité et de l'immutabilité divines ("i). Elle a porté à croire que l'artiste peut avoir voulu opposer les découvertes et les victoires de Bacchus en Orient, aux découvertes et aux victoires d'Hercule en Occident, et doinier au premier la gloire d'avoir posé des colonnes au terme de ses voyages, comme le second l'avait fait au terme des siens (6). Enfin, et sans donner par là une signification à la colonne de cette peinture, on a trouvé (\uc Bacchus fut appelé par les Grecs :*t'j)>o:, colonne (7).

(1) Fabri, Agon., II, 3i, livre Ili. (ri) Clément d'Alexandrie, À7ro?«., cil. 27. I,p. .TiS.

(2) Spon. Mix. Er. AnI.. p. 2."i. («) Strahun, III . p. 170. 171 ; lle-

(3) T. 1, p. I, Pi. .'). nys, de Silu orb.

(i) Servius, .^«., yill, i;W ; sainl (7) Cléni. d'Alex., /oc. cil. ; Euri-

Angustin, C. D. , y il . 1 i ; Fulgenro, pide . Antiope. Mylhol.. I. 1!l.

--EilTTUREc

i.h^'^.W^ liai

j^ /i.}u/^ cun» .

A.dH. V. Z. P, 15

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DEUXIÈiMK SÉRIE. 25

La vignette sur fond noir que l'on a ajoutée à cette planche représente un taureau protégeant deux génissescontre l'attaque d'un lion, tandis qu'un léopard ou une lionne attend l'issue du combat, et qu'une biche prend la fuite.

La lutte du dieu Pan et de l'Amour avait acquis une certaine célébrité dans les fastes de la mythologie. Seulement il paraît que l'on ne s'accordait pas sur le nom du vainqueur, et que l'on attribuait tantôt à l'une, tantôt à l'autre de ces deux divinités les palmes et les honneurs du triomphe (i). On voulait que l'Amour eût terrassé son adversaire, parce que, comme l'a dit le poëte, ce dieu triomphe de tout : omnia vincit Anior. L'on prétendait même qu'il n'avait fait quartier au vaincu qu'à la condition expresse qu'il aimerait la nymphe Syringa (2) ; on représentait l'enfant barbare s'apprètant à arracher le cœur à son malheureux adversaire. D'autres fois cependant l'Amour (3), appelé par Sophocle (4) l invincible, et par Anacréon (5) le souverain et le dompteur des dieux et des hommes, était vu gisant à côté du dieu Pan (6).

Notre peinture, trouvée dans les fouilles de Portici, eu 1747) représente ces deux divinités luttant encore, et

' (l)Servius, Ed., II, 31 ; Boccace, (4) Antig., v. IWl.

Gencfl/., I, i; Albricus, f/pD., 1,9. (."J) Dans Clément d'Alexandrie,

(2) Boccace, loc. vit. Stromat., \'\, p. (1-2.3.

(3) Dans un bas-relief de bronze (fi) Alhrieus. loc. cil. de Rossi, Memor. llrcsc, p. KiS.

T Série. — Peintures. 1

2r> l'EI.MUHES.

nous laisse tout aussi incertains sui- l'issue du combat. L'Amour est caractérisé par ses ailes ; ses autres attributs ordinaires, l'arc et le carquois, n'auraient pas eu de but dans la scène représentée par l'artiste, et auraient gêné les mouvements du dieu , qui devait jouir de la liberté de tous ses membres. Pour égaliser les forces, on a donné au dieu Pan une taille et des formes enfantines. Ce dieu, qui devait son nom Ilsév, tout, partout, toujours, à ses attributions, qui consistaient à personnifier la nature entière, et que les Grecs appelaient aussi 'EçiaXT/,;, Ephialtes, en latin Incuhus, à cause de ses moeurs et de son temjjérament lascifs (i), était fils de Bacchus (2). L'origine que lui ont donnée les mythologues n'est pas aussi gracieuse que celle qu'Aristophane (3) a prêtée à l'Amour. Le comique grec, cherchant à s'expliquer l'origine des choses, admet l'existence de la JNuit et du Chaos. La ?vuit accoucha d un œuf, d'où sortit l'Amour avec des ailesd'or. L'Amour s'unit au Chaos et engendra les dieux, les hommes et tout l'univers. On a dit aussi que les dieux méconnurent dans la suite leur père comnuin , le chassèrent du ciel et lui arrachèrent ses ailes pour les donner à la Fortune (4). L'idée que les poètes nous ont transmise du fils de Cypris, de sa nature, de sa beauté et de ses grâces, contraste d'une manière assez originale avec celle qu'ils se sont faite du dieu Pan, de sa monstruosité et de ses formes à

(1) Albricus, loc. vil. (3) Les Oiseaux, 691 et suiv.

^2) Hyarinus, Fab..'2i'i. (4-) Alhénée, XUI. p. .")»>:!.

DKUXIRMK SRRIE. 27

demi bestiales, qui lui avaient valu les noms de AiXoirpocuTco; xal Tpayo'ïice'Xv-;;, tétes et jambes de houe (i). Ce contraste a peut-être séduit l'auteur de cette peinture, qui a voulu en tirer parti pour donner à son œuvre une couleur de bizarrerie.

Un Silène, dont la tête a été dépouillée par la vieillesse, et dont l'embonpoint ressort sur une draperie blanche qui ne lui cache que la partie inférieure du corps (2), retient le petit satyi'e par les cornes, ou pour l'empêcher de tomber , ou pour s'opposer à ce qu'il blesse l'Amour avec les armes dont la nature a orné son front. Il porte à sa main gauche ujie palme, qui doit être le prix du vainqueur (3), ou une îévuXe^ferula, qui convient très-bien au maître du cho'ur bachique (4j et au suivant fidèle du dieu de la vendange. De l'autre côtédu tableau, l'on voit lui Bacchus couronné de raisins et de pampres. Il est à demi vêtu d'une draperie rouge, et ses pieds sont chaussés de cothurnes jaunes. On ne doit pas s'étonner de trouver ce dieu en compagnie de Pan et de Silène, qui étaient toujours à la tête du cortège, et que Lucien (5), le railleur antique, appelle ses deux généraux. Bacchus est aussi très-bien placé dans une scène où l'Amour joue un rôle :

Tbv ofiÔTpoitôv y' 'EptoTt Tôv Èpo'jjjiEvov Ku9>if •/;; ((>).

(1) Hérodote, II, 46. Virgile.

(2) Lucien, Coiicil. deor. (i>) In Bacch.

(3) Fabrl, Agon., II, '2.">. (6) Anacréon, O.M; Cuperus,

(4) Philargyre. Krl..\'\. I i. de A'polJi.Hri., p. KiO Pt suiv.

28 l'EIiMURES.

Derrière iiii mie jeune femme, vêtue de blaiie, qui sera Ariane, ou ^ énus (i), ou Sémélé, ou Proserpine (2), ou Cérès, joue avec le rul)an rose de son tliyrse. Ses cheveux blonds sont enfermés dans une coiffe en usage cliez les (Irecs, et retenus par un bandeau de couleur d'or.

Dans le fond est une construction surmontée d'un vase en cuivre, d'une espèce de torche posée en travers, ou d'un autre objet assez difficile à distinguer.

IH,\NCHR 7.

On pourrait invoquer plusieurs événements de la Fable ou de l'Histoire pour donner une explication de la peinture qui fait le sujet de cette planche. Cependant entre ces faits, il faut le reconnaître, il nen est qu'un qui s'adapte dans tous ses détails et dans toutes ses circonstances, avec notre tableau : c'est Oreste reconnu par sa sœur Ipliigénie.

L'histoire des Atridesa tellement occupé les historiens et les auteurs tragiques de l'antiquité, elle est d'ailleurs si fertile en aventures romanesques et en péripéties, qu'il serait oiseux de rappeler au lecteur les événements qui ont précédé et amené la scène représentée dans cette peinture; cependant il sera peut-être nécessaire d'en

(l)FornutUS, in Z/rtrr//.,-Apiil(''f>. (2)r,ict''ron, de.\. /)., IH; Miiiu-

iJel., Il, \). Km. liiisFolix, Oc'ar., \t. iiH).

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(%aféed( etjêc/n^Tié' (^a/fcÀ^ ^^yi^^^rua/

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donner iwi ix'simic snccirirl poiii' liicilitci- l'intelligence du sujet.

Après la prise de Troie, Agameninon retourna victorieux dans Argos, sa patrie, où il conduisit Cassandre, lille de Priam, sa noble captive. Il espérait sans doute (ju'une paix achetée partant de t"atij;nes lui permettrait enfin dégoûter lesdouceursd'nn voluptueux loisir; mais il étaità peine arrivé que Clytemnestre, jalousede Tamour du roi son époux pour la princesse troyenne, et pousée sans doute aussi parEgisthe, qui avait souillé la couche royale, lui donna la mort. Oreste, encore ejifant, aurait partagé le sort de son père, si Electre, sa sœur, ne l'avaitsoustrait aux poignardsdelareineetde son complice. Onand le fils d'Agamemnon fut de\ enu grand, il se rendit à Argos pour exécuter les ordres d'v\pollon, qui lui avait conunandé de venger la mort de son père. Il tua sa mère etEgisthe. Depuis, les Furies s'acharnèrent à sa poursuite et secouèrent sur lui leurs torches vengeresses. Dans son malheur, il eut recours encore à l'oracle d'Apollon. Le dieu lui ainionça qu'il ne pourrait se soustraire à la persécution des Furies qu'en dérobant la statue de Diane au culte des féroces habitants de la Tauride(i). Le fils d'Agamemnon, aidéduconcoursde sonamiPylade, semit aussitôt en mesure d'accomplir les ordres d'Apollon ; et notre peinture représente un des incidents principaux de son voyage dans la TaiM-ide.

(I) ITviiinus, Fab.. I!7, 1-2;!. ini.

Ce tableau, trouvé à Résine, eu J 740, a été iiiit sans doute d'après la tragédie d'Euripide, avec laquelle il se rapporte dans tous ses détails. Raconter le sujet de la pièce du tragique grec, ce sera aussi, en même temps , expliquer la scène représentée dans cette planche.

Oreste et Pylade, arrivés en Tauride, sont trouvés par des bergers du roi Thoas, qui fait conduire les deux étrangers dans le temple de Diane, où ils doivent être immolés, suivant la coutume barbare du pays. Iphigénie , prêti'esse de Diane, interroge les deux jeunes gens, et demande à Oreste son frère, qu'elle ne connaît pas et dont elle est inconnue , le nom de leur patrie. Quand elle apprend qu'ils sont d'Argos, elle promet la vie à celui des deux qui voudra secharger déporter une lettre dans cette ville. A cette proposition, les deux amis font assaut de générosité; tous deux refusent de secharger de la missive de la prêtresse ; tous deux veulent rester pour le sacrifice ; maisOreste estpluséloquentque Pylade , etil est convenu que ce dernier partira pour Argos. Alors Iphigénie lui confie la lettre, et, de crainte qu'il ne l'égaré, elle lui en litle contenu. Pylade surprisse retournevers Oi'esteetlui dit : c( J'accomplis la promesse que je viens de faire à la « prêtresse , et je te remets la lettredetasœur Iphigénie. »

L'explication de notre peinture est maintenant bien simple : dans le jeune honnne pensif et mélancolique nous reconnaissons Oreste, tristis Orestes (1). Pylade est

(I) Horace, Art i»(»fli(jiu', \. 1-24.

nElJXIÈMK SÉRIK. 3i

assis en f'are rh* lui, et tient inie feuille à moitié déroulée , sur laquelle on aperçoit des caractères effacés par le temps. Le peintre y avait inscrit peut-être les noms d'Oreste et d'Ipliij>énie. On devra considérer avec une attention particulière l'attitude expressive de Pylade, qui semble montrer du doigt son malheureux ami. Le peintre n'a pas jugé convenable de revêtir d'une draperie un personnage qui est sur le point d'être immolé (i), et il n'a pas été fâché sans doute que ce prétexte lui fournît l'occasion de tirer parti de toutes les ressources de son art. Oreste est drapé : un large vêtement convient à sa tristesse, et contribue à lui donner un air souffrant. Les deux amis sont assis sur des sièges où les anciens avaient coutume de se reposer pendant les cérémonies sacrées , et lorsqu'ils adressaient aux dieux des vœux et des prières (2). Celui d'Oreste est recouvert d'une peau de bête (3). Ces deux sièges sont peut-être encore des tables sacrées, sacrce mensœ , qui portent les deux victimes (4).

Une jeune femme , vêtue de blanc et la tête couverte d'un voile, embrasse Oreste en versant des larmes. A sa tendresse et au vif intérêt qu'elle porte au jeune étranger, on reconnaît sa sœur Jphigénie. Euripide a

(1) Monttaucon/t. III, cli. XVI. (;j) Homère, Od., XVII, 32 ; Virpl. LXXXIV. pilp, Ain., VIII, 177.

(2) TibuUe, II, El., VII, lo; Pro- (.i)Montfaucon,in<.fc"vr;)/., t.IIi, perce, II, EL, XXI, 45; Macrobe. pi. LXXVMI.

.Sa'.. 1, 10; PliitarqiiP. iS'innn.

32 l'KI.MUUKS.

rendu avec ijoiilieiir raniitié respective dO reste et de sa sœur. Jl fait dire au premier : « Ma chère sœvir, je te serre « bien dans mes bras, et cependant j'en doute encore (i). K Des larmes mêlées de douleur et de plaisir baignent tes « paupières et les miennes (a). » Le vêtement d'ipliigénie est très-approprié à la circonstance et à son double état de vierge et de prêtresse. On pourra reconnaître encore Iphigéuiedaus l'autre jeune femme vêtue comme sa compagne. Alors son attitude indiquera qu'elle recommande aux autres figures du tableau le silence qui doit être observé sur tout ce cjui se passe. Les bas-reliefs antiques ont déjà montré la même personne sculptée plusieurs fois dans la même scène, et cela poiu' indiquer les actions diverses qu'ellea dû accomplir dans un seul et même évéjieluent (3). Ainsi, par exemple, îphigénie reconnaissant son frère Orestea dû l'embrasser en pleurant, et recommander ensuite le silence aux témoins de cette scène attendrissante. Il se pourrait encore (|ue cette seconde jeune fille fût Electre, sœur d'Oreste et d'ipliigénie, et que l'auteur du tableau se fût laissé prendre à une équivoque d'Euripide. Dans la tragédie grecque, Iphigénie doute de son bonheur, et demande àOreste s'il est bien vrai qu'il soit son frère, et le jeune captif, dans sa réponse, lui donne le nom d'Electre (4).

Enfin, la jeune fille qui nous occuj)e joue peut-être

(1) V. "'.),■) et siii\ . iiate et la description des Peintures

(2) V. 827, 28. grecques par Pausanias.

(3) Voyez les /wff/f/M de Pliiios- (i.)V. 811.

DEUXIÈMK SKRIE. 33

encore ici avec la vieille femme le rùle du clKeiii-. Cette dernière est vêtue en esclave, et le chœur de la tragédie d'Euripide se compose des suivantes d Iphigcnie. Elle porte ses doigts à la bouche pour indiquer qu'elle observera le silence qu'on lui recommande, et son attitutle correspond assez à ces paroles du chœnr : « Ma chère « maîtresse, sauve-toi toute seule; nous ta i ion s tout, « sois tranquille (i). » Iphigénie avait dit à une de ses suivantes : « Puisqu'il liuit ([ue je m'en aille, tu parta- « géras ma fortune, et tu viendras en Grèce avec nous. «

Le vieillard que l'on aperçoit dans le fond du tal)lean sera le roi Thoas, retenu par Minerve (2), ou émerveillé du récit d'Iphigénie, qui lui dit que la statue de Diane a reculé d'horrenr quand elle a apercui les deux victimes (3).

Enfin l'idole (pii sendjle j)lacée dans une niche du temple ne poiu'ra être que la statue de Diane, qui joue nn si grand rôle dans la tragédie du poëte grec. Le carquois sur l'épaule et la chlamjde verte sont les attributs de la déesse des bois ; sa tête et le nu de son épaule semblent être, de couleur naturelle; ce qui ferait supposer que l'artiste a voulu mettre en scène une statue de JJois peint, plutôt qu'une statue de pierre (4) ; et ce qui est d'autant plus probable que, dans la tragédie d'Euripide, Iphi-

(i) V. ipo7 et siiiv. . (i) Pausanias, Vlll, IC; Pline,

(2) Euripide, lphi(j., v. Pi"o> XXXlV, 7. {3)Icl.,ibid.,\. ilortct suiv.

2' Série. — Peintiircsi 5

34 PEINTURKS.

i;énie devait elle seule prendre la statue et la porter au bord de la mer (i).

Nous terminerons Texplication de cette planche en rapportant deux autres faits qui pourraient aussi, à la rigueur, tonner le sujet du tableau.

Apollon avait ohteiui des Parques qu'elles épargneraient Adniète, s'il trouvait (pielqu'un (pii voulût se dévouer pour lui. Son vieux père, sa mère, et peut-être sa sœur, reculent devant un tel sacrifice, tandis (pi'Alceste, son épouse, consentà donner sa vie pour sauver celle de son mari (2).

Étéocle refuse di~ céder le trône à son frère Polynice, qui lui rappelle, en présence de la statue d'Apollon, le pacte ipiils ont fait de régner chacun à leur tour, .locastc, li'ur mère , Aniigoneet Ismène, leurs sœurs, et leur oncle Créon, s'efforcent , mais en vain, de les mettre d'accord (i). Mais dans ce fiit, comme dans le premier, le feuillet c(ue tient une des figures ne peut être expliqué d'une manière satisfûsante.

Phèdre et Hippolvte ont été mis en scène dans la tragédie classi(]ue, au moins aussi souvent qu'Orestc et

;!) //)//'>/■ f" Taiiride, v. I ir.7 et (3) Sophocle, Œdipn a Cnlone ;

suiv. Fùiripidf, Plinnic { Uyii'nnis, Fab,,

('2j laiiip'iili', .l/(Tj/r,- l'alclaliis, 08. f/(? Incrp.d., (h. -27.

2^« Série

/I. Jiau/t' cunt^

A, à' H V. 3. P. 83. et. P. 89.

=(l.Ti

DEUXIÈME SÉRIE. 3ô

Iphiji^énie; et l'amour incestueux de l'une a fait conler autant de larmes que la tendresse filiale et fraternelle de l'autre. Grâce à l'œuvre sublime de Racine, qui a introduit dans la scène française le sujet traité par Euripide (i), Sophocle [-j.] et Sénèque, cette planche n'aura pas besoin d'une explication très-détaillée.

Phèdre, dont la physionomie est empreinte à la fois de tristesse et de fierté, est assise sur un siège dont on n'aperçoit que les pieds. Elle appuie néjj,lij;emment son bras droit sur le dossier, où elle a jeté, pour appeler à son secours la nudité d'une partie de ses charmes, son large manteau bleu. Avec la main gauche, elle semble agrafer sur son épaule sa tunique blanche. Elle ne cherche peut-être qu à se donner une contenance et à dissimuler son embarras , pendant f[ue sa nourrice fait à Hippolyte un tableau séducteur de la passion que Phèdre a conçue ponr lui. Hippolyte est frappé d'étonnement et refuse de croire à l'amour incestueux de sa marâtre. Il tient en main une lance et se dirige vers la porte, oîi l'on aperçoit un jeune esclave qui tient un cht*val en laisse. Le coursier d "Hippolyte porte une draperie en guise de selle, un poitrail orné d'un croissant (3), et une têtière avec un mors et une bride à deux courroies. On voit inie bride pareille sur les colonnes Trajane et Antonine {\),

(1) Dans Hippolyte couronné. purnius, Ed., VI.

(2) Hippolyte. (4) Fabretti, Col. Trnj.. p. i-26.

(3) Stace, Theb., IX, 085 ; Cal-

36 PEINTURFS.

et clans 1111 hion/o de cette collection, dont nous parlerons en son lieu.

On ne saurait oliiecterà cette explication rien de bien spécieux. On pourrait dire (pu' la lance dont le bras d'Hippolyte est aniié inaïujued'à-propos, et que l'épée, qui, dans la tragédie de Sénèque, est l'arme accusatrice dont Phèdre se sert pour convaincre Thésée son mari, aurait été plus conforme à la circonstance; mais on répondrait aussi (pic la lance était l'arme favorite des chasseurs, et que, dans la trai^édic d'Knripide (i), Phèdre veut s'habituer à l'exercice de la chasse, pour accompagner llippolyte, qu'elle ne peut plus se passer de voir :

'EpKjjiai pî'|c(i Os'adïXov opTn^c.ï, £7rîXoy/ov "Iv/ouî' £v '/Eipi p:').o<;.

« Je veux lancer le dcird thessaliquo , et avoir en niain la lance année (I d'une pointe de fer. »

Et plus bas (y.) elle dit encore :

« Paissé-je devenir habile dans l'art de dompter les chevaux ! »

Ce qui se rapporte assez à la peinture que nous expliquons.

L'aventure de Pelée, rejetant les propositions amoureuses d'Astydamie, femme d'Acaste (3); et celle de Bel-

(1) Hipp., v. 221. (3) Apollonius, I, 224, et ses sco-

(2) V. 230. liastes.

1 KIMIUKS

2me 5ç^^

léroplioii , auprès de qui Sthénobée , femme de Prœtus, roi d'Argos , ne fut pas plus heureuse qu'Astydamie ue l'avait été auprès de Pelée (i), sont tellement semblables à eelle de Phèdre et d'Hippolv te , ([non pourrait attribuer encore à chacune d'elles le sujet de ce tableau.

La vignette (pii complète cette planche représente deux chevreuils blancs peints sur un fond rouge.

Alcmène avait juré de n'accorder ses faveurs à Amphitryon son mari f(ue lorsqu'il aurait vengé siu" les fds de Ptérélas la mort tragique de ses frères. Pendant ([ue le l'oi de Thèlies poursuivait le cours de ses exploits guerriers, Jupiter revêtit ses traits et s'introduisit dans la couche de la reine. Alcmène, trompée par l'apparence, laissa cueillir au maître de l'Olympe une fleur qu'elle réservait à son époux; et le roi des dieux trouva la réception si aimable, ([u'une nuit lui sembla trop courte pour sa passion, et qu'il arrêta le cours du soleil. Le malheureux Amplutr\on arriva le lendemain, mais il était trop tard; Alcmène lui avait déjà donné, à lui qui n'avait pourtant rien reçu, la récompense de ses exploits, et elle portait dans son sein le fruit des caresses de Jupiter. Elle mit au monde deux jumeaux : Hercule, fils de Ju-

(1) Hyginus, Fab., o7 ; Astrov. Homère, //., VI, loi etsuiv. Poet., Il, 18, etses commentateurs;

piter, t't JpIlicIc'S, fils d'Aiiipliitryon , <\\\\ lut, selon Texpressioii de Théocrito (i), plus jeune (pie son frère d'une seule nuit, vj/.tI vseÔTepov (y.). Junon poursuivait île sa liaine jalouse toutes les mortelles que son époux volage honorait de ses faveurs, et ne laissait sans vengeance aueun des uond)reu\ affronts (pi'elle en recevait. Elle envoya deux .serpents monstrueux dans le berceau oîi reposaient les deux fils de sa livale, qui auraient péri sans doute, si Ipliiclès Ji'eut éveillé par ses cris Hercule, qui se traîna vers les deux monstres et les étouffa dans ses mains (3) :

Alterum altéra apprehendit eos manu perniciter (i).

Ce fut là le premier de ses exploits :

Cunamm Inbor est anguos superare moarum (S),

et le travail par lequel il préluda dignement à ses douze autres travaux. C'est à lui qu'il dut son nom d'Hercule, de liera, .Tunon , cléos, gloire : f^aa/clea, ÔTifîi'Hpav âV/E/.îio;; et c'est lui aussi que l'on a voulu représenter dans cette peinture.

On V voit le héros ((i), étranglant dans ses mains les monstres envoyés par Junon. L'attitude d'Alcmène exprime avec énergie l'effroi que dut éprouver la jeune

(1) Théocritp, Id., XXXI, 2. li) Plante, Amph., act. V, se 1.

(2) Apollodore, Iliblinlh., liv. II. (o) Ovide, Met., IX, G7. [3] Ici. id. id- (6)Diodore, IV, 9.

DF.UXIÈME SÉRIE. 39

mère devant le rlanger (|ue couraient ses deux enfants ( i ). Jupiter, assis sur un trône d'une forme dont les hasreliefs et les médailles offrent de nombreux exemjjles , tient d'une main un sceptre très-court (v,), et de l'autre un fléau, dont on armait toujours les dieux Avciiiuicl (qui détournent les malheurs) (3), etdontil se sert petitêtre ici pour chasser les serpents. Amphitryon est \ètu d une fiu;on assez singulière : il porte luie tuni(jue à longues manches, /sipt^wTÔ; y.TtW Cj), par-dessus une épontis ^ ï-w)\',, longue par derrière , courte sur le devant, et pardessus encore un manteau; sa coiffure parait ètic im pétasus; c'est d'ailleurs celle (|ne Plante lui a donnée dans sa comédie :

Timi inpo patri autem tnrulus inoiit aurons Sul) pctaso (.■>).

Sa chaussure est attachée;! nii-jainheaNcc de petits cordons de cuir; et sous la plante du ])ied on aperçoit une espèce de semelle ([ui devait être fiiite avec de gros cuir, ou un tissu de p;ipyrus, ou du liège (6). Le pétasus et la chaussure indicpient f[ue l'intention du peintre a été de représenter Am|)hitryon eu costume de

(1) Théocritc, W., XXXI, 1. (i) La Chausse, loin. I. s. I, pi.

(-2) Philostiate, //«., V ; Pindaro, XXXtlI.

r. IV, 3()o;Staco, 7'/ip6f/<^/p,YI,28S. (.'i) Polliix, \\\, .->« ; Aulu-Gello,

(^.i)V\w\\\\Xi. Anliq. Homcr., liv. VU, l'i.

II,c. i,§ i;Sorvius,afl.i'»('»/.,XII, {i>) Prol-, \. I(i;j et suiv,'

voyageur (i). Hercule a le cou orué duu collier d argent (u).

Ce même sujet avait été traité par Zeuxis (3) , et le rapport ({ue son tableau avait avec cette peinture autorise à croire que l'artiste a imité en partie un aussi ])on original. On sait aussi que Plante a tiré parti de cette aventure pour enrichir la scène latine d'une œuvre très-originale, sous le nom de tragi-comédie, où il respecte fort |)en les traditions de la f;d)le et les règles établies par Aristote. On lui a longtemps l'eproché d'avoir fait arriver dans le même drame la conception et la naissance d'Hercule, et d'avoir eiu'ore fait assez grandir son héros pour (ju'il eût la force d'étrangler des seipents. L'imité de teiiq)s, si inqiériensement inqiosée par le philosophe grec et ses disciples, était indignement violée, et il était inqiossible de circonscrire dans les deux jours de rigueur trois faits aussi éloignés l'un de l'antre. Ce n'est pas tout : ou s'indignait aussi (pie le comique latin eût chaussé un pied de sa Mnse du cothurne tragique, et l'autre du brodequin comi([iie; (pi'il eût mêlé des bouffonneries communes et triviales au dialogue des dieux et des héros; on le justifiait cependant, et on aimait mieux rejeter la faute d'un pareil dévergondage sur le poëte Ilhinthon , de Tarente, inventeur de V Ilaro-Tragé-

(i) Xénophon, Cyropéd., \U\. v. iHi;S[iAnhehn, HijMneàApoltorl,

f). Ii2. V. lii.

(-2) l'iaulo, DJcrc, \,-2, Cl Vseiid., (3) Sdieffer, de Torquibus. II, i; Homère, Hymne à Mercure,

PEINTURES ^ lÙ.aUi'Ct''

J.iJ/.'».-A,-t J.-i .t

SEUIIalSi^OIEIl

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DEUXIEME SERIE. 4l

die, et créateur du genre appelé de lui Rhiiithunique ; aujourd'hui l'on est généralement plus indulgent, et Plante n'aurait sans doute pas besoin, pour obtenir son pardon, de se prévaloir devant nous de l'autorité dn poète Rhinthon.

La partie inférieure de cette planche contient nn masque tragique, un griffon, une lyre et mi laurier. Ces quatre objets conviennent à Apollon.

Le sanglier dont on aperçoit la tète et la partie antérieure du corps pai-ait indiquer que cette peinture a rapport à la fameuse chasse de la forêt de Calydon. Diane, furieuse d'avoir été ouljliée dans le sacrifice des Calydoniens, envoya tians lenrs campagnes un horrible sanglier qui y porta la terreuret la désolation. i\Liis Méléagre se mit à la tête d'une troupe de chasseurs qu'il avait l'assemblés dans tous les pays voisins, et il débarrassa son royaume du monstre qui l'infestait ( i ). Les poètes postérieurs à Homère ont compliipié l'histoire de Méléagre et du sanglier de Calydon, et l'ont dramatisée à leur manière. S'il fant les croii-e, Méléagre donna à Atalante la peau et la hure du sanglier; les fils de riiestius, jaloux de cette distinction, ravirent à l'amazone le prix de son coui'age;

(1) lluiuère, //., IX; lùislaclio , ibid-. 2" Série. — Pcinturesi

42 fEUNTURËS.

l'amant, indigné, lava dans leur sangTontragc qn'ilavait reçu, et enfin Altliée , fille de Thestius et mère de Méléagre, vengea la mort de ses frères en jetant au feu le tison fatal, auquel était attachée l'existence de son fils ( i). En admettant <|ne ce taljleau représente ime scène relative à la chasse du sanglier de Calydon , on devra voir dans le personnage assis sur lui trône OEnée, roi des Calydoniens : il tient un sceptre dont la simplicité convient assez à un roi des temps héroïques; une draperie, dont on ne distingue pas la couleur, est rejetée en arrière, et laisse son corps à découvert. Il écoute l'ambassade de l'envoyé des Etoliens, qui se tient debout et s'appuie sur un l)àton. La qualité et les fonctions de ce personnage sont indiquées pai- le sceptre qui lui sert d'appui (a) et par les sandales attachées à ses pieds au moyen de petites cordes ou de lanières de cuir. Il a sur la tête une espèce fie bonnet, et luie draperie verte lui couvre l'épaule gauche, passe sous son jjras droit, et lui descend jusc[u'à mijambe. L'anneau qui orne le doigt annulaire de sa main gauche pourrait porter à croire que cette peinture représente un sujet étrusque (3). ÏMais nous avons déjà trouvé le même ornement à la main de Thésée et à celle d'une jeune fille grecque. Et il paraît certain aussi ([ue l'anneau appartenait de droit aux ambassadeurs, de quelque na-

(l)Eustache,/ocd/.; Athénée, IX, I, v. I.").

I Kp.iOlpt.in^iHyginus,^^^.,!?^; (.Jj Dempster, E(i:, Reg. III, 58.

rausanias,X,31;Stral)0ii, X,p. i(jti. Buonarotti, Append., g 3.'i; Pline,

(2) Pheitius, I, ieto; Homère, //., XXXHI, 1 .

' H^^bdttt fiel ttft:

A â H V 3 FiOj

Bîipmssii

J^U'iy/'ui/ij^i,^

tion qu'ils fussent (i). Ils avaient dû s'en servir dans le principe coninie d'un sceau qui donnait de l'autlienticité à lenrs actes (a). Le jeune lioinnie qui se tient deliout derrière le roi OEnée sera Méléagre. Il a les yeux fixés sur Cléopàtre son épouse , ([\n le prie de prendre les armes pour aller an conijjat , et pour voler ati secours des Etoliens :

Kai tÔtî Sï) RhXÉaypov Euijdjvoi; rapâxoiTiç AiU!T£t' oôupouÉvï] (3).

On poiu'rait encore rapporter le sujet de cette peinture au saui^lier dErymanthe , tué par Hercule et offert par

lui à Eurysthée.

PLANCHE n.

Cette peinture peut être regardée connue une des plus remarquables que possède le musée de Naples. Dans un temple, etsiu' une base quadrangulaire entourée de plantes , on aperçoit un hermès dont la tête représente un Bacchus à longue bar])e. Le culte de ce dieu était fort répandu en Italie (4), oîi il était adoré sous des formes et des noms différents. Le Bacchus indien, le plus ancien de

(1) Pline, loc. cit. (-4) T. Live, XXXIX, IG; Tertul-

(2) Macrobe, Sat., Ml, 13. lien, Apol. , VI.

(3) Homère, /. c, v. 58C.

tons, portait iiiu' Jjarbe; de là son nom ji;reo K«T«T:«.jyw\( (i). On distinguait aussi, an dire du scoliasto de Perse, un Haechns surnommé Briseiis , l't nn autre (jne l'on appelait Letiœus. Le premier était barbu, le second tout à fait imberbe. Enfin le Bacchns Eho, fidoré par les Napolitains, avait une Ijarbe (vl). Quel que soit celui que représente notre peinture, ses cheveux ne sont pas, comme à l'ordinaire, retenus par \\n bandeau. Il tient un vase de sa main droite, un tliyrse de sa main gauche. Il est couvert d'une draperie jaune.

La jeune femme assise sur un siège dont les coussins sont jaunes a les cheveux retenus par une bandelette. Sa tunique jaunâtre est d'étoffe transparente , et laisse apercevoir ime partie de sa gorge. Son habit de dessous, de couleur violette , la couvre presque entièrement jusqu'aux pieds. Elle est chaussée de sandales , attachées par de petites courroies ; derrière l'on voit un pan de sa tunique jainie. L'œil attentivement fixé sur Thermes pour le peindre sur la tablette qu'elle tient dans la main gauche, notre jeune femme prend de l'autre main, avec un pinceau, des couleurs dans une cassette rougeatre. C'est sur \\\\ ])loc de pierre, qui semble avoir appartenu à luie colonne, que la cassette est placée. Les divers procédés de la peinture des anciens nous sont connus avec quelque précision. Leurs pinceaux étaient faits des poils de la queue de certains animaux; c'est même, à ce que croit

(1) Diodore, III, U3, et IV, 3. (2) Macrobe, Sat., I, 18.

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Cicéron (i), de l'ancien mot htin peiiis , queue, qu'est dérivé le mot penicillus, pinceau. On employait aussi an même usiige des éponges, comme l'établissent plusieurs passages d'auteurs anciens, et entre autres de Pline (2) , qui nous parle d'une espèce particulière d'épongés dont on faisait des pinceaux : Spon^'iarum gênas tenue densiimque, ex qiio penicUli. Le même auteur, dans un autre passage, raconte le trait assez célèbre de Protogène , qui , rencontrant un jour de grandes difficultés daiis une de ses peintures, appliqua fortement et avec dépit son pinceau contre l'endroit du tableau sur lequel il s'évertuait depuis longtemps, et aperçut, à son grand étomiemeut, que ce mouvement d'impatience avait produit ce qu'il avait cherché avec tant d'efforts ; le pinceau est nommé , dans ce récit, éponge : Spongiam impegit inviso loco tahulce. On délayait les coideurs dans l'eau , la gomme ou la colle fo7idue dans l'eau ; on les étendait ensuite avec le pinceau. Une autre manière fort en \isage était appelée encaustica. Nous savons qu'on y employait de la cire et des burins, dont la pointe était rougie au feu et a l'aide desquels on traçait, peut-être sur le bois, les contours des figures. Oii suppose que dfins les lignes ainsi creusées on coulait de la cire colorée et fondue , et qu'ensuite on terminait avec le pinceau et des coideurs délayées d'après l'autre procédé (3). On sait que l'in-

(1) IX, Ep. fam., 22. (3)V.Hardouin sur Pline, XXXV,

(2) Plutarque, de Fort. Alex., \\. Sect. XLI, et. Boulen^er, de p. m ; Pline, IX, -i.j; id., XXI, 10; Pict., 1, 7 et 8.

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