‹ Herculanum et Pompéi (volume 4)Chapitre 5 sur 17 · XXXV · texte numérisé non relu

XXXV

vention de la peintnro à lliuile de noix ou de lin ne fut découverte qu'an connnencenient du quinzième sièele, par Jean Eyk , Flamand , connu sous le nom de Jean de Hruaes.

Dans la peintiue (jue nous décrivons, un entant, tenant un tableau , est appuyé sur le piédestal de l'hermès. Les enfants étaient en effet employés par les anciens dans les ateliers de peinture. Ils apprêtaient les couleurs, et faisaient ainsi un connnencement d'apprentissage. Apelles . engageant un jour Alexandre à ne pas parler de peinture, lui disait (|ue les enfants chargés de délayer les couleurs riaient de l'entendre : Ridcri eum diceiis a pueris qui colores tercrcnt (i). L'enfant figuré ici est en partie couvert d'une draperie jaune; il tient un petit tableau cpii offre inie figure vêtue de rouge sur un fond bleu. Des deux femmes que l'on aperçoit en arrière, la première tient une feuille ronge : serait-ce une sorte d'éventail ? Sa tête est toute couverte d'une étoffe couleur de la(|iu'; l'Iiabit de dessus dont elle est entourée est vert ;i bords rouges ; sa tunique est d'un vert plus clair. A la voir ainsi drapée, on croirait qu'elle relève de maladie (jà) , et que la peinture qui s'exécute au-devant du tableau est l'accomplissement d'un \œ\\ qu'elle a fait pour sa guérison. L'autre femme, (|ui a une bandelette blanche autour des cheveux, porte un

(1) Pline. XXXV, 10 ; Plulni-que, (2) Horace, II, Sat. 3, 254. ; Sénè-

de A(hil. et amie, dise, p. 58. que, IV, i\al. qti., 13.

manteau jaune et une tunique rouge qui lui descend jusqu'aux pieds. I^e petit tableau suspendu au pilastre a un tond vert ; une petite figure } est peinte. L'architrave est ornée de guirlandes, et au milieu se trouve ime tête de bœuf avec des bandelettes. Le champ de toute la peinture est d un rouge faible, excepté dans l'ouverture eutre les deux pilastres, où l'on voit, sur un tond de ciel , deux antres pilastres dans le lointain. Sur l'un est un dieu Terme, sur l'autre lui vase.

Ce tableau aurait lui grand prix si on pouvait voir dans le peintre qu'il nous représente la célèbre Lala, qui s'est illustrée dans cette partie même de l'Italie par ses nombreuses compositions. On vantait son habileté dans les deux genres de peinture, au burin et au pinceau (i). Peut-être les deux tableaux, celui auquel elle travaille et celui tenu par l'enfant , sont-ils supposés d'un genre ditférent , et chargés ainsi de rappeler le double talent de l'artiste; ou bien encore sont-ils un syndjole de cette promptitude à exécuter les ouvrages de son art, (|ui lui aurait permis de passer, sans auciui intervalle, d'une composition à une autre : Nec nl/iiis , dit Pline, vclocior in juctura manusfidti^i).

(1) l'iiii., XXXV, 11. (i>) riiu., ibid,

Le cuclre de ce tableau se eoinpose de ein([ bandes de couleurs dilléreiites. I>a bande extérieure est noire, la seconde blanche, la troisième rouj>e, la ([uatrièiiie verte, enfin la cinquième est couleur de marbre clair. La colonne que l'on aperçoit au milieu de la peiutiur est de cette dernière couleur, mais un peu plus loncée. I«i corniche de la cloison transversale est jaune. C'est à peu près aussi la teinte du plafond , dont il ne reste que très-peu de chose.

Quant au sujet, la circonstance (pie ce tableau a été découvert parmi des peintures toutes rclatixesau théâtre feraitsoupçonnerfprils'y rapporte aussi; ou aurait probablement figuré ici le lieu où les acteurs s'habillaient |)onr la représentation, et (pie l'on nommait choragiiiin (i) ; notre peinture pourrait représenter aussi bien luie salle d'unemaisonparticulière,destinéeàlatoilettedesf'emmes. On sait que sur ce point la sollicitude des anciens Grecs était poussée à l'excès. A Athènes et à I.acédémone elle était allée jusqu'à créer des mai;istiat8 du nom de Yuvai-/.()'y.o5[7.oi , •^iM-^M'/.i^niJM, etc. , qui , de concert avec les aréopagites, étaient chargés de surveiller les femmes,

(I) V. Vitruv,, V, 0, rt Polkix, IV , 100,

et de punir d'une amende de mille drachmes celles dont les vêtements étaient en désordre; yaïaçsCviatoôvTo ai A-j-h. -rà; û^où; à}coçpj!J(7aiYuvaî;t£;,dit Harpocration (l).

Notre tableau nous offre d'abord une femme assise, ses cheveux châtains sont noués d'une bandelette jaune; elle porte des boucles d'oreilles et un collier d'or; son voile, rejeté en arrière et amené en partie devant elle par les doigts de sa main gauche, est couleur d'or. Son vêtement de dessus est blanc, mais si mince qu'il laisse aper- «■evoirsur la poitrine la couleur de la peau. Le vêtement de dessous qui l'entoure, à partir de la ceinture, est couleur de laque. Sa chaussure est jaune. Le siège sur lequel elle est assise est d'argent, avec des bandes d'or. Elle a posé sa main sur l'épaule d'une autre femme, placée à côté d'elle , dont les cheveux blonds sont retenus parune bandelette blanche. Elle a des boucles d'oreilles et des bracelets d'or. Son vêtement de dessous est blanc, celui de dessus est jaune, avec des garnitures de couleur bleue. Sa chaussure est rouge, mais la semelle et le talon en sont jaunâti'es. Il faut remarquer ici que la chaussure des anciens se composait, au dire de Pollux, de quatre parties principales, nommées en grec : yl&lTT«'., les courroies; y.aTTjaaTx, les talons ; Û77X0'. , les semelles; et C^yoi, littéralement, les jougs : c'est la partie où entre le pied (2).

(1) V. Philochor. ap. AthentPum, (•2) Poil., VU, 81 ; et sur \c mot

I.IV;Meursius,iect.a/</e.,II,u;Si- KaTTuaa, V. Schot sup. Aristopli. gonius, de liep. Athe7i., IV, 3; et Vesp., v. 11,^, Erjvit'il~. Kuhnius sur l'ollux, VIII, 1 1-2.

2" Série. — Peintures. 7

La troisième femme que l'on aperçoit debout porte sur ses cheveux châtains une don])le bandelette. Elle a un collier et des bracelets d'or; sa tunique est couleur de laque, avec une bordure d'une couleur plus foncée. Ces sortes de bordures étaient appelées acu pictœ , et les ouvrières qui les fabriquaient P/zr/g-ione^, parce f|u'on croyait ces sortes de travaux inventés en Phryj^ie (i). Quant à Ihabit de dessus, il est couleur d'azur. Pour la quatrième femme, celle qui est occupée à coiffer i'atitre, il en reste peu de chose. C'était, selon toute apparence, une de ces ornatriccs (2), que les inscriptions nomment quelquefois, en ajoutant f[uelques particularités, par exemple : ornatrix a tutiilo, ornatrix galcœ. On les appelait aussi cosmetce (3).

Le personnage dont nous nous occupons avait probablement la tête couverte d'un bonnet blanc; ses autres vêtements devaient être bleus. La petite table est couleur de bois jaunâtre. Des deux draperies qui la couvrent en partie, l'une est jjlanche, l'autre est rougeâtre. On peut penser que c'est une toilette contenant tout ce qui sert à la coiffure. Les petites branches d'arbre sont vertes. Le petit coffre est en partie blanc et en partie jaiuie. Seraitce \Apyxis, où était renfermé le inundas i?iidiebris, qui comprenait les instruments en usage pour l'arrangement des cheveux ? Ils étaient au nombre de quatre, et leurs

(1) V. Senius, ^., IH, .48i. (3) Juvénal, Sut., VI. i7G, ot

(2) Macroho, Sut., II, 5. Scliol., hicil)iil.,PlL. 40, (leLrg.,3.

rKlNl'UUES

noms nous ont été conservés, ce sont : calamistri, espèce de fers à crêper, nommés par Lucien oi^r^^cn ôpyava; discernicidum, on s'en servait pour diviser les cheveux en boucles; pecten, c'est le peif^ne ; et enfin le miroir, spéculum, qui chez les anciens était fait d'un métal poli(i).

Au-dessous de la toilette se trouve un vase, qui paraît être en veri^e. Il faut supposer qu'il contient des parfums. Lucien (2) en effet, dans une longue énumération de tout ce qui concei-ne la toilette des femmes, nous parle de vases pleins de drogues magi([ues , 7:o>.Xâ; /caxo5at[/.ovia;, a l'aide desquelles on polissait les dents et on noircissait les soui'cils , et il passe iiinnédiatement après à la description de la coiffure.

Ce tableau est d'un goût excellent et d'un fini qui le fait ressembler à une miniature. On doit regretter vivement qu'il soit aussi fortement endonunagé. Le cadre a plusieurs bandes de diverses couleurs. La bande extérieure est noire, la seconde et la dernière sont blanches ; la troisième et la cinquième sont d'un rouge sombre ; entre elles deux s'en trouve une verte, et la septième est

(I) Pignor., de Serv.; Lucien, {i)Amor.,%39.

Amor., §10; Var.,(/ei. I., 1. i-

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