‹ Herculanum et Pompéi (volume 4)Chapitre 6 sur 17 · J'I•'.1^TL'RES · texte numérisé non relu

J'I•'.1^TL'RES

h ]nMi |)rès hlancliàtrc. J^a corniche et les colonnes paraissent (le marbre hlane. Le plancher et le reste de rarehitecture intérieure sont plus fortement ombi-és. La jeune lille qui est debout a les cheveux blonds, entrelacés de rubans rouj^es et Ijlancs; ses boucles d'oreilles sont couleiu"d'or. L'étoffe qui lui couvre le sein est jaune. Son vêtement de dessus est blanchâtre; elle a des manches violettes, que l'on dirait doublées de vert. La partie du vêtement de dessous que l'on aperçoit est violette avec bordures vertes; l'autre habit de dessous, qui descend jusqu'aux pieds, estjaune; elle a des sandales rouges. Un ruban bleu attache à son bias son instrument, (pii est, ainsi que le plectrum, de couleur jaune. C'est une de ces citharistes (|ue l'on voyait non-seulement dans les repas publics, mais même dans les spectacles, jusqu'à ce (ju'une loi ( 1 ) fût venue interdire cette profession.

Au milieu du tableau est un joueur de flûte, aux cheveux châtains, et à la carnation un peu rouge. L'espèce de bande ou capistrani qui lui serre les deux joues est blanche, et son manteau, qui retombe sur sa cuisse, et du côté opposé sur son siège, est de couleur jaune. Son habit, changeant du bleu au rouge clair, est bordé de franges, dont les bandes sont au nombre de trois, deux jaxuies et une verte au milieu. Les broderies dont l'haljit est parsemé présentent de petites fleurs couleur d'or sur lui fond pourpre. Le mot broderie, au surplus, pourrait

(1)L. 10, G. Th., de Scen.

ici être impropre, et l'on devrait peut-être voir dans les ornements dont est parsemé le vêtement du tibicen quelques-unes de ces crustœ prohibées par Téodose ( i ). C'étaient des pièces rapportées absolument conune on le fait pour orner des vases d'or ou d'ari^ent; la loi citée en note nous dit que le fond des crustœ étuit pourpre ; quant à l'autre couleur, elle variait beaucoup. Revenant au costume du joueur de flûte, nous voyons au-dessous de sa poitrine une sorte de ceinture jaune, bordée de rouge, qui serre ses vêtements. Ses sandales sont jaunes: c'est aussi à peu près la couleur des deux flûtes qui s'introduisent dans sa bouche par l'ouverture pratiquée à cet effet dans le cnpistnun. Son siège et l'escabeau placé devant lui sont jaunes aussi, mais ornés de raies rouges. Le siège est couvert d'une grande draperie rouge à bandes jaunes, (|ue l'on voit retondjer derrière le tibicen.

Comme l'on voit, il est très-probable que les joueurs d'instruments exécutent ici un de ces concerts auxquels Horace fait allusion :

Sonante luixliuii lihiis oannrii hjra, llac Doriuiii, illis barbarum (2),

et que les Grecs nommaient <;jva'Aîa, suivant le témoignage exprès de Suidas, lequel définit ce mot : irav •/.'.Qx'pa, /.al aùVj: cjaçtov?. . . Pour plus de détails à ce sujet,

(1) L. lu, <;. Th., de Scen. (-2) Epod., W, r,.

54 PEUNTUUES.

on peut voir une dissertation sur la symphonie des anciens ( i ).

En examinant les antres parties du tableau, nous trouvons un siège de couleur jaunâtre, puis un escabeau aux raies rouges, un coussin et sa garniture, le tout d'un beau jaune. La femme assise sur un siège a les cheveux châtains , sous une couronne de feuilles vertes , sur laquelle on aperçoit nombre de fleurs jaunes et blanches; elle porte des boucles d'oreilles et un double bracelet d'or. Son habit de dessous, de couleur changeante du bleu au rouge, laisse à découvert une partie de la poitrine, va retond)er siu- le bras droit et reparaît ensuite an bas tic la ligure. Le vêtement de dessus est blanc ; la chaussure est jaune avec une semelle rouge. Les pages du volume ouvert (|u elle tient entre ses mains, dans une attitude qui semble indicpier qu'elle va chanter, sontchargées de lignes de couleur brune. Seraient-ce des chiffres ou d'autres signes propres à exprimer les notes de iiuisi([iu".^ Ce point sera peut-être éclairei par de savantes dissertations sur le rhythme delà nuisique ancienne que nous devons à l'Académie des Inscriptions ( 2 ).

Les (\on\ hommes sont couronnés de feuilles vertes et (le lierre. Celui que l'on aperçoit de prohi est vêtu de bleu, l'autre de violet.

Ce tableau représente évidemment un concert. Seraitce un chœur dramatique? La présence d'une fenune

(1) .\ca(léniie des inscriptions, 2) T. Vil.

FEINTURKS

parmi les chanteurs le fiiit supposer. Que les femmes fissent partie des chœurs , c'est ce dont on ne peut douter en présence d'un passage d'Aristote ou de l'auteur, quel qu'il soit, du livre intitulé de Mundo ; nous y trouvons, en effet, qu'au signal donné par le chef du chœur, on entend résonner îi la fois des voix d'hommes et de

femmes... E yopw y.'jyjij7.wj y.aTap^avTo; G'jvsrYiysî 77a; ô yooo;

àv^pwv xal Y'jvaty.tôv. Séuèquc , parlant aussi des chœurs, dit en propres termes : Accediint viris feminre, interponuntur \\\yv!e . Nous apprenons, d'autre part(i), que le chœur tragique se composait de quinze personnes qui entraient en scène trois à trois. Chacun de ces groupes se nommait i^uyo; ; il pourrait se fiiire qu'un ^-jyo; fût ici représenté. Quant à la musicienne , elle fait sa partie dans le chœur; à moins qu'on n'aime mieux la prendre pour une monodaria. C'est ainsi f[ue l'on appelait les femmes qui chantîiient seules; [xovwiîiîc en grec, et sici/iiii/n en latin, c'était un chanta une seule voix (a). Nous savons d'ailleurs (juechez les anciens, en Grèce comme en Toscane et à Rome, les femmes s'exerçaient au chant (3).

PLANCHE i4.

Un vieillard est assis sur un rocher, an pied d'un arbre. Il est presque entièrement nu ; seulement on aper-

(1) Pollux, IV, 108. (3) Macrobe, Sa/., Il, 10. ; Ovid.,

(i) Ilosychius, in vprho MovcoSîa ; Ars, lll, 31o ot siiiv. Isidoro, VI, 19.

roit une peau (| ni lui en ton ri' la ciiisse gauche. Nous disons une peau sans |)Ouvoir eependant l'affirnier, ear à eet endroit la peinture a heancoup souffert. Ce vieillard est sans aucun doute le satyre ^larsyas, qui montre à jouer de la flûte à un jeune homme. Nous avons eu déjà occasion de direqueMarsyas, nommé aussi Massa (i), devait le jour à Hvaj^nis. Son père était un des nond)reux personnages de la mythologie antique auxquels on a attril)ué l'invention de la llùte (•>.). Plutarque (3) fait à Apollon l'honnenr de cette découverte, Kustathe tient pour Osiris; mais les preuves qu'ils apportent ne paraissent pas suffisantes.

Nous remarquons <[ne les deux liâtes ici représentées portent des chevilles. Les anciens s'en servaient en effet pour A'arier les tons; mais elles sont ici \\n véritable anaehi'onisme, attendu que lenr inveutcui-, Prononnis, de Ihèbes, qui leur dut riiouiieurde se voir éleverune statue dans sa patrie, ne vécut que bien longtemps après Marsyas (4). D'ailleurs, dansun autre tableau, représentant à peu près le même sujet, mais dont les détails paraissent bcaucoiqi pins soignés, nous ne retrouvons pas ces chevilles.

L'autre personnage de notre tableau, le jeune élève de IMarsyas, est Olympe, qui apporta de Phrygie en Grèce, dit IMutarque, des chants en l'honneur des dieux ("j). Il

(I) Plut.,«/e Mvs..\). 1 13.!;Xoiin. (3) De Mus., p. 1 136.

aj). llionys., X, 233. ('OPaus.,lX, l2,otAthon.,XIV,7.

(-2) S|mnlioim. ad Calliinacli. (o) Plularque, de .Vus., p. 1133.

fut dans l'antiquité plus illustre que son maître, et on le regardait en Grèce comme le premier de tous les joueurs de flûte connus (i).

En examinant avec attention le principal personnage de notre tableau , nous sonnnes étonné de ne rencontrer presque aucun des traits sous lesquels les anciens le dépeignaient. Sans doute, cette clievelure hérissée, cette hiivhe pi'o fonde , <[iii lui avait valu le surnom de pa9'j-wywv (2), et le rendait semblable à un bouc, ces oreilles pointues, ou, connue le dit Lucien, ces oreilles longues et droites, o>-y. yi-KAa, opO'.a(3), appartiennent au 3Iarsyas si souvent décrit par les écrivains de l'antiquité; mais les cornes et le visage, dont l'aspect n'a rien de rude ni les traits rien de bien outré, méritent quelque attention. Et d'abord, dans aucun des tableaux qui font partie de cette collection, on ne représente Marsyas avec descoi'nes, et difficilement on le trouverait ainsi dans un monument antique; cependant de même que Silène, toujours représenté sans cornes par les poètes, en a quelquefois sur les médailles, notre personnage peut bien avoir reçu les siennes de la pleine puissance du peintre. Pour l'ensemble des traits du visage, rien ici ne rappelle lé portrait tracé par Apidée (4). Ce n'est pas cette figure de bête si effrayante : vultu/eriiw trax. Nous ne vo} ons pas qu'elle soit hérissée de poils et d'épines : spinis et

(l)^lian., Y. H.,\\\\,HS.\)\on. (3) Lucien, in Bacch., i.

Chrys., Oral. I. (i) Apulée, Flor., l.

1^) Lucien , in Bucch.

2" Série. — Peintures. 8

pilis obsitiis. Elle n'a rien de difforme ni d'agreste. Les médailles, il est vrai, adoucissent ({uelc[ues-uns de ses traits; mais jamais on n'avait prêté à Marsyas cette expression de l)onté et cette physionomie qui inspire le respect (i). L'artiste aura eu peut-être en vue le récit de quelques poètes qui faisaient de notre joueur de flûte un roi phrygien, le fds d une nymphe (2), lui honnne enfin tout à fait différent de l'être bizarre que nous décrivent ordinairement les anciens.

Hercule a été trop célèbre dans la Fable pour (pie, dans le courant de cet ouvrage, nous n'ayons pas souvent à nous occuper de lui. Les ruines d'Herculanum et de Pompéi ont livré aux arts un nombre iniini de monuments qui se rapportent à ce héros d'une manière plus on moins directe , et qui réclament tous des explications plus ou moins longues.

Ici nous dirons qu'il y a peu de personnages sur le compte desqiu^ls les auteurs aient autant varié. 11 en est qui ont nié son existence ; on en voit qui admettent quarante-trois Hercule, d'autres douze, d'autres six, d'autres trois et d'autres deux (3). Enfin nous connaissons Hercule Égyptien, Hercule Cretois {.\), et Hercule

(1) V. Bpj,'er., Th. Br., t. III, {;.i]V,\YA\d\, HcrciilisvilaeiSijnt.

p. 106. Deor.; X, in Hercul.

(2)Teiest.,;ip.Allicn.,XIV,p.(il7. (4) Diodore, III, 73.

lils de Jupiter et d'AIemèiie, à qui l'on attribua dans la suite les exploits de tous les autres héros du même nom, et que l'on désigna par la dénomination à'Argien et de Tlicbnin (i). On connaissait encore Hercule P/tenicien (2) , Hercule Gaulois (3) et Hercule Prodicien, ainsi nommé de Prodicus , qui avait représenté ce héros, tout jeune encore, rencontrant sur son chemin la A olupté et la Vertu, et s'attachant aux pas du dernier de ces deux génies. L'on a dit que le nom d'Hercule n'a été le nom propre d'aucun personnage de la Fable, mais que ce fut une qualification attachée à tous les hommes courageux , aux conquérants et aux fondateurs de colonies ; qu'ainsi, par exemple, les Egyptiens, les Phéniciens et les Grecs appelèrent de ce nom leur héros Osiris , Mélicerte et Aleée (4)- On a voulu voir aussi dans Hercule et dans ses exploits le soleil et ses effets merveilleux (5). Quant à l'étymologie de ce nom , nous avons eu occasion de dire qu'Alcide, chez les Grecs, aurait été appelé Hercule, Hpa/.V^:, à cause du courroux de Junon, Hpa, dont il faillit être la victime. Le mot hébreu , SsilH, Harohel, marchand, a fait penser que le héros de la Fable ne fut autre chose qu'un marchand tyrien. Le mot Har-KuU, qui signifiait chez les Carthaginois conducteur de troupes, semble avoir plus de rapport avec l'idée que nous nous

(1) Diodore, FV, 10; V, 76; ibi, (4) Clerc, Bibl. Univ., t. let U; Wesseling, Vossius , Iclol. . I, I -2 et 1 3, 2-2, 34 et

(2) Hérodote, II, 41 ; Philostrate, suiv.

Apoll. ,\.i;C\cvc. Bibl. chois. ,l.X\. (5) Vossius, Mol., II, ia;Cuperus,

(3) Lucien, in Herc. Harpoc, p. 93 et 90.

60 PEINTURKS.

faisons (rilerciile. Eiinn, si l'on consent à considérer ce héros connue une personnification du soleil, coiinne le roi diifcn, à'va; Tvjpo; (i), on trouvera très-bien la raison de son nom dans le mot hébreu -î-iH) Harac, qui veut dire brûler.

Dans cette planche on a représenté un des exploits (pii illustrèrent la jeunesse du héros.

Le fond lie la peinture est un ciel et \\n pa\saf>e avec des arbres et des rochers au milieu desquels on aperçoit un antre qui servait sans doute de repaire au lion. Hercule a des cheveux châtains et une carnation bronzée. Il a jeté à ses pieds son carquois argenté rempli de flèches, son arc, sa massue, et une draperie d'un jaune assez foncé. L'enduit, qui n'est pas très-bien conservé à cet endroit, peut laisser voir dans le dernier des objets que nous avons énumérés une peau de lion. \ a\ dépouille des animaux fut le vêtement primitif des honuues, et celle du lion convenait si bien à Hercule que Théocrite en a orné le berceau du héros :

AÉpiAa XeÔvtîiov, [xâXa o'i x'.•/lxçna[l.iyo^^ auTÔJ (i).

Il y a cependant plus de vraisemblance à dire que le peintre a figuré une draperie dans son tableau. Tl aura trouvé ainsi un nioyenassez ingénieux de faire devinerl'issue du combat qu'il a représenté. Car, comme on sait très-

(1) Nonnus, DioHijs, XL. (2) Id., XXIV, i3-i.

Ijit'ii (ju'IItMTuU' l'iait toujours revêtu diuu' peau lie lion, on pense qu'il va conquérir celle de son terrihle adversaire. On le voit ici luttant tout nu , sans autre défense que sa souplesse et son agilité, sans aucune arme autre que son hras vigoureux. Il tient l'animal à la gorge et s'efforce de l'étouffer dans ses mains.

La Fable nous a transmis le nom de plusieurs lions vaincus et tués par Hercule (i). Il s'agit de savoir quel est celui (juc le peintre a voulu nous montrer ici. Est-ce celui du mont lîélicon, de Lesbos, de Teumésis, du mont Cythéron , ou, le plus célèbre de tous, celui de Némée? La réputation du dernier parlerait en sa faveur. On doit prendre aussi en considération que sa mort fut un des douze travaux d'Hercule ; et surtout que , comme il était invulnérable, le héros ne put employer pour le tuer ni sa puissante massue, ni ses flèches, et qu'il fut obligé de l'étouffer dans ses bras. Sous ce dernier rapport notre peinture s'accorderait paifaitement avec la Fable et avec toutes les poésies mythologiques. Il n'y aurait qu'un seul poète qui viendrait contredire le détail de la lutte telle que l'artiste l'a figurée : ce serait Théoerite, qui veut qu'Hercule , pour se soustraire aux griffes du monstre, l'ait attaqué par derrière :

'Vihtt; tÔ;ov spot^s TToXûppaTtTov T£ '^«pïTpotv, 'Hvyov 8' tiAfx-czôii; <JTi6o(poc; (7Ùv y£Îpa; Ipsicaç

(I) Scoliaste de ïlléociitp, Id., Iiasted'HésinfIp,(-').,32fl;Apollodore, XIII,6;Lactance,inStac.,7'/tp6., I, Jiv. Il; Théocrite, W., XXV; Dio- 48ri;Seivius, J5:n.,YIlI,29:i;leSco- dore, IV, I i ; Hyginus, Fab., XXX.

11 est vrai que cette idée est, sinon l)ien poétique, du moins pleine de bon sens et de raison, car Hercule n'était pas invulnéral)le (i). Mais on nen voudra pas à l'artiste pour avoir donné à son combat une couleur de générosité en nous montrant le héros et le lion luttant corps à corps, et nous avoir intéressés plus vivement à iliomme pour qui on redoute les griffes dangereuses de l'animal. Cette vérité a été si bien sentie que cette attitude des deux combattants a été adoptée dans plusieurs médailles de la Grande-Grèce, dans beaucoup de lampes antiques (-a) et dans quelques statues. La seule considération qui pourrait exclure le lion de Némée, et faire penser aux autres lions tués par Hercule, c'est que la victoire sur le premier fut remportée par le héros quand il avait déjà tonte la vigueur de l'âge viril , tandis que les autres furent des joiu^ts qui servirent à amuser son enfance, et à éprouver son courage (3). Et dans la peinture reproduite par cette planche , il est bien certain que le héros est encore dans la fleur de la jeunesse.

Ce tableau et les suivants sont sur marbre et appartiennent au genre des monochromes. Les anciens avaient

(I) AppoUodoro, II, p. f.O ; Ilygi- {'2) Montfaucon, t. V, pi. 17f>.

nus, Aatron. l'oeL, II, 0. {,'i) iVarm, O.ron., p. I, pi. Xli.

DliUXlKME SÉRIE. 63

noniinéainsi les peintures d'une seule couleur (i). Si l'on en croit Pline, le cinabre était celle que l'on donuait le plus volontiers à ces sortes d'ouvrages : « Cinnabarl vcteres, quœ ctiam nunc vacant monochromata, pingcbant (!i). » C'est aussi la teinte qui paraît avoir appartenu, autant qu'il est permis d'en juger aujourd'hui, à ce tableau etanx suivants. Ce genre, qui ne l'éclaniait en aucune manière l'entente du coloris, devait être adopté de préférence par les artistes, lorsqu'ils n'étaient pas encore initiés à toutes les parties de l'art. L'unité de teinte, la froideur et la sécheresse qui s'attachent à ces ouvrages , étaient cause que l'on hésitait souvent à les x'anger parmi les peintures parfaites, et ([u'on voulait les reléguer dans la classe, moins estimée, des dessins etdes clairs-obscurs ; mais ces chicanes n'étaient pas xnie raison suffisante pour qu'ils fussent dédaignés ])ar les grands maîtres , qui s'en servaient quand, par\('iius au comble de la gloire, ils étaient assez sûrs d'eux-mêmes ])<)ui- renoncer au prestige de la couleur et se confier au seul mérite du dessin. Polygnote et Zeuxis avaient peint des monochromes (')). Sous les empereurs, ;i une époque où l'art était bien loin de son enfance , les monochromes étaient encore en vogue.

Celui-ci a été tellement altéré par le temps qu'on en distingue à peine les contours; et cela est d'autant plus

(1) Pline, XXXV, :j. (Sj Quinlilien, Inslil., XI, ;j ;

(2) /</., XXXIII, 7. Pline, XXXV, 9.

64 PEIMURES.

fâcheux que le sujet était déjà par lui-même assez difficile à expliquer, et qu'où aurait eu besoin ici , plus que jamais, de toute la précision d'un ouvrage bien conservé.

Comme l'enfant paraît être la figure principale du tableau, on a cherché dans l'histoire et dans la Fable un nom qu'il put porter avec quelque vraisemblance, et à l'aide duquel on pût prêter une intention et un rôle à toutes les autres figures du tal)leau.

On a pensé à l'éducation d'Achille, à celle de Neptune , et enfin à la naissance d'Arion , et l'on a été assez embarrassé pour adopter d'une manière définitive l'une de ces trois explications.

Au dire de presque tous les poètes, l'éducation d'Achille fut confiée par Thétis au centaure Chiron ; mais Homère prétend que son héros fut élevé par l'hénix dans la Phthiotide. Ainsi le maître dit à son élève : « J'habitais les confins de la Phtliiotide, et c'est moi, ô « Achille, qui te lis ce ([ue tu es aujourd'hui. Je t'aimais « de tout mou cœur; tu ne voulais pas aller avec d'au- « très (jue moi; tu ne mangeais que quand je te tenais « assis sur mes genoux ; je te présentais les morceaux , et « je te donnais à boire (i). » On sait en outre que chez les anciens l'éducation des enfants était divisée en deux parties , et avait deux objets bien distincts : l'esprit et le corps; que l'un était confié aux soins des pédagogues^ et l'autre à ceux des nourrices.

(I) //., IX, V. iSO; Q. Calahru5, III, 467 et suiv.

DKIXIKMF. SF.Kir.. 6.i

Le vieillard que Fou voit dans cette planche tenir nn enfant sur ses genoux sera donc Phénix, qui, en montrant du doigt un autel à Achille, son élève, l'initie à ces sentiments de religion et de pitié qu'il lui rappelle dans Homère (i). La femme qui appuie une de ses mains sur l'épaule de Phénix sera la nourrice du jeune héros, , qu'elle caresse sans doute de son autre main. Et enfin l'autre femme du tableau et le cheval qu'elle tient par la bride seront destinés ici à représenter la Phthiotide , où naquit Achille, et qui était célèbre dans l'antiquité parle nombre et la bonté des chevaux qu'elle produisait (2). On trouvera d'autres exemples de ces images allégoriques. Ainsi Philostrate (3) offre l'île de Scyros sous la forme d'une femme belle et majestueuse, ornée de tous les produits de cette contrée; et dans le piédestal du temple de Pou/zol , érigé en l'honneur de Tibère, quinze cités de l'Asie Mineure sont représentées par autant déjeunes filles que l'on distingue par des symboles de circonstance.

On connaît toutes les supercheries que Rhéa , femme de Saturne , était forcée de mettre en usage pour dérober ses enfants à la férocité de son mari. Quand elle eut mis au monde Neptune, elle confia son éducation à des pasteurs d'Arcadie, et fit croire à Saturne qu'elle était accouchée d'un poulain, (jue le dieu dévora (4). A l'aide de cette fable on pourra reconnaître Neptune dans le

(1) Loc. cil.,\. 49:2 et suiv. (3) Imay. 1.

(2) Q. Crtlabrus. (4) Pausanias, Vl|[, s.

2' Série. — Peinturos. '.t

jeune enfant assis sur les i^enoux du \ieillartl, (|ui sera le berger auquel la déesse Rhéa l'aura eonfié. Enfin la femme qui se tient deliout , derrière le vieillard , devra être Arnè, nourrice de Neptune, et la draperie qui lui couvre la bouche exprimera assez ingénieusement la discrétion dont elle doit faire preuve. La déesse Rhéa aura été figurée par la jeune femme f[ui semble recommander le mystère au vieillard et à la nourrice ; elle tient par la bride le poulain qu'elle sidistitue à son fils , et qui doit satisf lire la voracité de Saturne.

I^'eptnue, amoureux de Cérès, sa sœur, essaya d'assouvir sur elle la brutalité de sa passion. La déesse s'étant métamorphosée en jument et cachée en Arcadie au milieu des troupeaux, Neptune vint à bout de la découvrir, prit la forme d'un cheval , et devint père d'une fille dont le nom fut un mystère <[ne l'on cacha religieusement aux profanes, et d'un cheval que l'on appela Arion (i). Alors Cérès tiendra par la l)ride Arion, son fils, et recommandera le silence au pasteur et à la nymphe, tant sur son accouchement monstrueux que sur le nom de sa iille, qu'elle abandonne aux soins du vieillard et de la nourrice.

Quel (\u(' soit le véritable sujet de ce tableau, il est probable ([ue le piédestal surmonté d'un autel a été placé avec l'intention d'indiquer (jue l'aventure se rapporte à nnt' divinité.

(I) l'ausaniasVlll, ar;.

2'^' Série.

AAEEmàPOZ AH m

AQHMAIOZ EFPAljlEN

NIOBH

(jJOIBH

lAEAlPA

Jx. Roita^ o-yw- -

DKl \II.\1K SERIE. 67

PLANCHK 17.

L'auteur de ce nionoclironie ne l'a pas cru indigne de porter son nom; on pensera, comme nous, qu'il n'a pas trop préjugé de son œuvre ; et quand on en aura apprécié le mérite, on applaudira à cette noble confiance de l'artiste qui a sauvé de l'oubli un nom qu'on ne retrouve dans aucun monument antique et qui méritait d'arriver pourtant à la postérité. AAEÏANAP02 A0H\AIO2 ErPA<ï>EN. Alexandre, Athénien, peignait. Epigraphe pleine de modestie, et qui justifie bien la terreur avec la- (jnelle les artistes anciens abordaient la publicité! 11 n'y avait pas d'œuvre si parfaite ([u'ils ne voulussent ranger dans le domaine de l'imparfait, et pour laquelle ils ne voulussent se réserver en quelque sorte le droit de la correction , (|uand la critique sévère aurait mis le doigt sur les défauts. T>'imparfait, dans leurs épigraphes, était encore une fiction ingénieuse , dont ils coloraient leurs erreurs. lueurs contemporains leur reprochaient-ils d'avoir livré au public \u\ ouvrage indigne d'eux et de lui , ils répondaient : \ ous ave/, tort de prononcer un arrêt définitif et sans appel sur un tableau que nous avons donné conmiencé et non ache\é. Nous avons écrit au-dessous : faciebamus et nonfecimus ; nous faisions et non pas nous avons fait. Enfin, après leur mort, quand ils n'étaient plus là pour corriger leurs erreurs et suivre les conseils de la critique, on pouvait dire pour eux

r.8 PKIINTURF.S.

(|ii"iiiit' mort prématurée les axait privés du piixiléj^e de la correction. Cette forme était généralement adoptée. Apelles et Polyclète enx-mèmes en réclamaient tous les avantages, et on ne saurait pas trouver plus de trois inscriptions dont le verbe soit au temps parfait. Tria non amplius, utopinor, absulutequœ traduntur inscripta : II, LE FECiT (i). Phidias avait écrit sous la fameuse statue du .lupiter Olympien :

Phidias, fils dr Clinrmide, Athénien, tue fit (i).

Enfin, sur tui huste du musée de Naples on lit : AllOA- AiîNI02 EnOII2E, Apollonius fccit ; et sur un vase étrusque de la belle collection de D. Giuseppe \ aletta : MAEIMOC. ErPATE, Maxinius pinxit.

Pour en revenir an peintre Alexandre, tout ce que nous pouvons savoir de lui, c'est qu'il vécut quelcjuc temps avant l'ère chrétienne. Nous l'induisons de la forme des caractères grecs qui composent les inscriptions de son ta])leau, et surtout de celle de V epsilon , du sigma et du phi.

Connue nous l'avons déjà dit, ce tableau est d'ini mérite tout particnlier; mais il a ponr les anti((uaires et les archéologues une valeiu" inestimable, en ce qne

(I) Plino, Dédicace du suii His- (2) Pausaiiius, V, 10.

loiri' naturelle <i Peinperem- Tilun.

DEUXIKAIF. SKUIK. r.9

cliaciiiu' (les fij^iirt's est ac'('ompaii;iiét' de son nom. On y voit t'iiuj héroïnes : Lnlone ^ Niobc, Pliœbc, IllUkera et Aglaé. Deux d'entre elles jonent an\ osselets. Les anciens donnaient à ee jeu le nom i\v pentalithizare {At rfvTs, cinq, )i9o'., pierres); et ils le fiiisaient avec cinq petites pierres qu'ils lan(;aient en lair de la paume de la main pour les recevoir sur le revers, saut à prendre ensuite, d'une manière pins on moins eomplicpiée, celles qu'ilsavaientlaissées tomber à terre. Pollux(i), àquinous empruntons ces détails, a soin de nous prévenir que c'était un jeu de femmes. Les petits cailloux furent remplacés par les osselets, àcTpxyaVji chez les Grecs, tali chez les Latins. Les femmes de notre peinture ont mêlé à leurs osselets de petits objets fjui , sans doute, compliquent le jeu et le rendent plus aj^réahle. Les érudits ont fait des traités entiers sur le jeu des osselets chez les anciens; quanta nous, nous nous hornérons à dire que ce jeu a fourni plusieurs sujets aux artistes de l'antiquité; qu'un des heauxouvrages de Polyclète était connu sous le nom d' Astragnlizontes (-j.) ; et que dans iuie i>einture de Polygnote on voyait Camiro et Clylie, filles de Pandare, -(xCC,vj>:ol'. ùct^ol-^'ÔIoi; ('3), jouant aux osselets.

Il est difficile de deviner dans quelle intention l'artiste à qui nous devons ce tableau a groupé ainsi ces cinq héroïnes, sur le compte desquelles les écrivains anciens ne fournissent que des documents peu )iond)reux. lia-

{[) PoUux, liv. I^Sï sw;t. I^2(;. (;?) Pausanias, X, :»».

(-21 Klinn. XXXIV. 10.

70 PEl.MTTUI-.S,

tonc, lillc (l('(>(riiscl (K' IMi()t:'l)é, iloiiiiii U' joiir ii Vpolloii l't à Diane, mais, suivant Hérodote, elle n'aurait été que la nourriee deees deux divinités (i). Lu Fable fait mention de deux Niobé; lune nesf connne (j ne pour avoir été la première des mortelles à (pii Jupiter ait fait violence; l'autre est la célèbre fille de Tantale et l'épouse d'Aiiipliion, roi de Phèbcs, dont elle eut sept fils et autant de filles. Fière d'une aussi belle fécondité, elle manqua de respect à Lalone, en s'opposant à ce qu'on rendit les honneurs (][\ culte divin à cette déesse, qui n'avait eu que deux enfants, Apollon et Diane; et ces deux divinités, indii^iiées d'un tel mépiis, détruisirent à coups de Hèches, en (ui seul jour, la postcrifc dv Niobé {•>.). Il parait fpi'axaut le mépris de Niobé et la ven<>eance de l^atone ces deux femmes \ivaient en grande amitié, ce (|ui i('-sultc d'ailleurs d'iui vers de Saplio :

Lninnc ri iSiitbr ridirnt (unirs iii/imps,

et ce (pii cxplicpie aussi I attitude (amilière (pic lepeintre leur a donnée.

La Pliœbé de notre peinture ne saurait être Phœbé

mère dcLatone, mais plutôt celle qui est coiuiue dans

, la mythologie comme fille de Lencippeet sœur d'Hi-

lé?era (4). T^es i]vu\ Ijcucippides (c'est le nom qu'on

(l)Nalalis Coiiu's. IV, 10. (;i) Livre XIII, C. i.

(i) (tvidi' . Vrtainorpfwsps. n" .">. ('0 ApoWodovc.Bih/iolh.. liv. 111.

!)Kl \IK\li; SKlUi;. 71

(loiiiiait ;iii\ deux s(jimiis) tiiiciil ciilfvées par Castor et J'olliiv , et on leur eoiisacra un tciiiplc à Laeédémoiie (i). Ji'orthographedu noiiid llilé;era suijitquelcpie variation. Cependant, eomuiece mot paraît dériver dt>,ao;, propice, oud't>.apô;, gai, il send)le qu'on doitl'eerire en latin et en français avec une //.

Il est (piestion d.uis iloinère d une \giaé épouse de Charopus et mère de Nirée, le pins beau des (irees après Veliille; mais eonniic toutes les compagnes de la ligure (pii porte ce nom dans notre tahlcau reiuontent à (uie antitpùté bien [)lus lectdée, il \audra mieux penser ([ue notre Agiaé est la plus jeune des trois Graees, celle ([ue \ ulcain choisit en mariage (a).

Quant au rapport (jue les cinq jeunes tènuues de cette peinture peuvent avoir entre elles , il nous sera assez difficile de rétahlir. Hérodote ne doune à Niohé ([ne trois filles C^) ; elles s'appelaient peut-être Pliœhé, Aglaé et Hiléaera. On pouiia dire aussi (pie le peintre Alexandre a réuni dans un même cadre ciii(| ligures ([u'il a copiées d'après les originaux des plus grands maîtres, pour s'en servir (;onnne de modèles: ou bien encore, ipiil a pris les figures de ces ciii(| lieroiiies dans les teiiq)les (pii leur a\ai<'nt clé consacres; cl (pi après leur a\()ir donne des attitudes gracieuses, il a écrit le nom de cliaciine d'elles pour (pi On ne piit pas les [)rcii(lre riinc poiii' laiitre, ce qui aurait été un sacrilège.

fl) l'ausiiiiias, III, Iti: Ovide, Ai/ (-J^llésiutif . T/icuij., v. '.1(17 cl 11 '(."..

d'aimer. y. r>H(): \'rn])cin\ \. f'J.-î. K) Aji liloildi-i-. III. p. II.-;.

ri^ai^dlli, 18.

Cette peinture sur inarljre a été trouvée, le 24 mai ij'li), dans les fouilles de Résine. L'aetion qu'elle représente rappelle aussitôt ees vers de l'Enéide, au sujet de Corynée (i) :

Super ipse secutus

Cœsariem Iseva turbati corripit hostis, Impressoqup f;enii iiitons, lerra? applicat ipsuni, Sic l'igido latus cnsp forit.

Conjnée à l'iiislant. s'élance avec ardeur, Saisit ses longs cheveux, arec force l'entraîne, Et, d'un genou nerveux l'appliquant sur l'arène, Lève sur lui le fer et le plonge en son sein.

L'attitude déerite ainsi par le poëte ressemble tellement à eelle des personnai>esde ee tableau, (ju'on ne peut s'enipèeher de penser que le poëte a inspiré le peintre, ou le peintre le poëte. {^'ailleurs il faut reeonnaitre cpie les {\e\\\ œuvres seraient dignes l'une de l'autre, et que cette j)einture, qui est très-bien conservée, ne le céderait pas en beauté aux belles conq^ositions de Virgile. On ne peut s'empèehei' d'admirer dans le jeune assaillant et dans la hardiesse de son attitude la noble inspiration de l'arliste,et le sens qu'il a voulu doinier à son tableau est

fl) Ml, .KM (M suivant^.

révélé parfaitement par le centaure attaqué au moment où il porte une main téméraire surlajeune fille effrayée, qui cherche à l'éloigner. Le peintre a-t-il confié à ce marbre un caprice de son imagination, ou bien a-t-il voulu retracer un fait de la Fable ou de l'Histoire? Cette dernière liNpothèse a prévalu, et on a cru voir dans la composition de ce tableau la représentation de l'aventure qui donna naissance à la guerre des Centaures contre les Lapithes.

Pirithoiis, fils d'Ixion, roi des Lapithes, peuple de la Thessalie, avait épousé Hippodamie, et avait invité les Centaures à ses noces. Ceux-ci, échauffés par le vin, se portèrentàdes violences envers les femmes des Lapithes, et Eur\tus ou Eurytion enlevait la fiancée elle-même, quand Thésée et Hercule vinrent au secours des offensés , massacrèrent les Centaures et dissipèrent ceux qui avaient échappé au carnage (i). La jeune femme que l'on voit dans ce tableau sera donc Hippodamie (a). Le centaure s'appellera Eurytusou Eurytion, et le personnage qui attaque et qui va percer de son épée Eurjtus au moment même où il saisit Hippodamie , sera Thésée , ou tout autre héros.

L'auteur de ce tableau n'est par le seul artiste qui se soit exercéàreprésentercette scène tragique. On lit dans la description du temple de Jupiter Olympien, jiar Pausanias (3) : « Dans la voûte , on voit les Lapithes se battant avec les « Centaures aux noces de Pirithoùs. Le roi des Lapithes

(1) Diodore, liv. IV; Flutarque, sée, l'appelle Dàidamie, et Pro-

Vie de Thésée. perce, II, '2, v. (II, hchomac/ié. (-2)Plutarque, dansla viedeThé- (3) V, 10.

2* Série. — Peintures. JO

« estdansle milieu; prèsde lui est unEurytion, qui lui ravit « son épouse ; mais Cîenée la défend, pendant que Thésée « massacre les Centaures à coups de hache. » Plutarque( i ) croit aussi que cet événement se sera passé tel qu'il était représenté dans la voûte du temple de Jupiter Olympien, et il parle de l'intervention de Thésée dans la querelle qui ensanglanta les noces de Pirithoiis, où il aurait été invité. Il ne cache pas cependant qu'au rapport de plusieurs auteurs anciens, Thésée n'arriva chez, les Lapithes que lorsque la guerre était déjà allumée entre eux et les Centaures.

Du reste, Ovide, qui a raconté aussi cette aventure, donne un rôle à Thésée dans les noces de Pirithoiis, et il fait mourir le centaure Eurytus sous les coups de ce héros ; seulement, dans la description qu'il donne, il varie les accidents du combat; mais l'on conq^rend sans peine que le peintre, qui n'a pas comme le poëte la faculté de nous l'eprésenter l'un après l'autre plusieurs accidents du môme fait, en doit choisir le plus saillant et celui qui paraît le plus propre à émouvoir et à intéresser.

Ce tableau est, comme nous l'avons déjà dit, d'un mérite particulier, et quelques personnes ont voulu l'attril^uer au même pinceau qui a composé les trois autres monochromes de cette collection.

(I) Lnc. cit.

Dans la philosophie ancienne , le polythéisme se trouvait étroitement lié à la métaphysique, qu'il suivait pas à pas pour s'égarer avec elle dans les routes ténébreuses. Il lui prêtait ses formes, ses attributs tout matériels, et jetait ainsi, il faut le reconnaître, quelques lueurs fngitives, quelques éclairs sur un dédale le plus souvent sans issue. Ainsi il ne se contentait pas de diviniser les passions, de leur créer à chacune une existence, une individualité. Comme la métaphysique les analysait, et cherchait leurs causes et leurs effets; comme chaque passion première devenait pour elle un genre qu'elle subdivisait en un nombre infini d'espèces, la religion faisait de chaque passion une divinité dont elle précisait la naissance, la manière d'être, les goûts, les antipathies, et à toutes les phases, à toutes les modifications que la passion était appelée à subir, elle donnait une origine et un nom particuliers. Elle en faisait autant de petites divinités secondaires qui se rattachaient à la grande divinité première. On retrouvait encore ici le genre et l'espèce.

L'Amour était, pour le vulgaire, fils de Vénus; mais les philosophes le disaient engendré par Poros, dieu de l'abondance, et par Pénia, déesse de l'indigence; car l'amour est-il autre chose que le désir d'un bien que l'on n'a pas, et la jouissance de l'objet que l'on désire ( i ) P H

[i) Platon, Conviv.

ne faut pas croire non plus que l'on ne connût qu'un seul Amour; les écrivainsen comptaient deux, trois, et quelquefois un plus grand nombre ; ils ne s'accordaient pas davantaiie sur leurs noms ni sur leurs attributs. Comme notre peinture met en scène trois Amours, nous ne nous occupei'ons que des mythes qui se rapportaient à ce nombre. Nous lisons dans Pausanias (i) que l'on voyait à Mégare, dans le temple de Vénus, trois statues représentant Ëpioç, î[A£poçetno6o;;Épw;, c'est-à-dire l'amour arrivé à sa fin, la possession de l'objet aimé; ï[j.£po;, le désir que fait naître la vue de la beauté ; c'est du moins la signification ([u'un ancien donne à ce mot, et qui forme le sens allégorique d'un récit d'Hésiode. Vénus, dit ce poëte, naît des flots de la mer, et marche accompagnée d'Épwç et suivie d'ïaspo; ( i ). Quant à no9o;, c'est le désir vague et sans oijjet déterminé.

Deux philosophes , Platon (3) et Apulée (4) , ont voulu voir dans les trois Amours des emblèmes de l'amour i)liysique, moral, et d'un troisième pour qui le corps et l'esprit ont un égal attrait.

Enfin Servius, dans son commentaire sur l'Enéide (5), divise l'amour en trois classes : Épw;, Âvtcsm; , A'J<:rcp(o; , l'amour en général, l'amour réciproque, et l'amour malheureux , celui qui n'est pas payé de retour.

Cette planche offre un exemple des mille et une al-

(1)1, .i3. (4) De Philos.

(2) rheog., 201 ; le Scoliaste, ibid. (5) IV, 520.

(3) Convir.

léc;ories si pleines fie grâce dont l'amour a fourni le svijetà l'art antique. Celui que nous voyons en cage rappelle le chasseur qui. dans Bion (i) , aperçoit l'Amour sur un arbi'e et le prend pour un granil oiseau, [xeyîc opvsov ; et le nid que les Amoui's avaient bâti dans le cœur d'Anacréoii. Stace a décrit aussi la cage de l'Amour; elle est formée de baguettes d'argent réunies par de l'ivoire, et couverte d'une voûte pourprée :

At lilii quanta diimus, rutila tesliuliiic fulgens Connexusque ebori virgaruin argent eus ordo (2).

La scène représentée ici se passe dans luie salle obscure d'un côté, dontl'entrée est ornée dans le haut d'une draperie jaune. L'autre côté est éclairé ; on y voit une porte, au-devant de laquelle est tiré un rideau verdâtre.

Des trois Amours, l'unse trouve entre les jambes dune femme qu'il regarde attentivement, et dont le front et une partie de la tête sont couverts d'une étoffe blanche. Elle a ses cheveux blonds réunis en tresse, un vêtement bleu de ciel, lui habit de dessus vert, inie chaussure et des bracelets couleur d'or. C'est probablement Vénus ; et alors la femme qui se tient deri'ière elle , et qui s'appuie sur son épaule, sera Pitho ou Suada , la Persuasion , compagne ordinaire de Vénus (3). Car ce n'est pas la beauté seule qui engendre 1 amour. Ulysse n'était pas beau , et

{\) Id. II. (3)Pausanias,V,H;Nonnus,D/07«.,

(-2) In Psillac, Sylv. II, A. XXXIII, 1 10; lIorace,£/).,I,6,v.3-.

78 PEI^TURES.

pointant son éloquence fît souffrir, même à des déesses, le tourment de l'aimer :

Non formosus crat, scd erat facundus Ulysses, Et tanieii a^quoreas torsit amore dcas (1).

Pitho est revêtue ici d'une draperie verte , et ses liras sont ornés de bracelets d'or.

La troisième femme a la tête couverte d'une coiffe à peu près blanche , d'où sortent des cheveux blonds en désordre. Elle a un vêtement jaune avec des demi-manches vertes et une chaussure blanche. Nous y verrons l'bidigence, et notre conjecture sera fondée sur le rapprochement de passages des auteurs anciens où le portrait de cette déesse est tracé d'une manière assez semblable à la figure de notre tableau. Plaute et Aristophane ont mis en scène la déesse biopia. Le premier la fait fille de la Débauche; le second, dans son Plutus, lui donne un visage blême, eo/pa, un regard animé, et l'aspect d'une furie de tragédie (2). Il l'appelle aussi une fille d'auberge, Trav^oxEUTpia, marchande d'œufs, ).£)ct6o77M'Xii; (3). On trouvera sans doute comme nouscpie les cheveux en désordre qui s'échappent de la mitra dont la figure qui nous occupe est coiffée, et queles vieilles femmes affectionnaient beaucoup, sa chaussure grossière , ses demi-manches, ses yeux et tout son visage la l'approchent beaucoup du personnage décrit par Aristophane.

(l)Ovide, ^r/. II, i;î3. (3) Ibid., v. 426. Y. Scoliast.,

(2) riiil., V. -422, 423. ibid.

2'!>« Séné.

->s-?'iJ

UJB

/f 7ioua> iuvi^

A.d'H. V. 1. P. 79 et 101 ,

A présent que nous sommes bien fixés sur les personnages que représentent les figures de notre tableau, nous devrons découvrir le sens de l'allégorie qui en fait le sujet. On a voulu nous montrer ici sans doute les trois Amours s'échappant des mains de Pénia leur mère. Ëpw; est déjà sur les genoiix de Vénus, qu'il dévore du regai'd :

Si nescis , oculi sunt in amore duces (1).

ï[j!.£po;veut, en voyant la Beauté, échapper à sa mère, qui leretient parles ailes. Enfin Iloâo;, l'amour naissant, le désir vague , reste encore dans la cage où cependant il agite ses ailes comme s'il se préparait à s'envoler aussi.

Enfin si les trois petits génies sont ici les emblèmes de l'amour moral , de l'amour physique, et d'un troisième qui tient de la matière et de l'esprit, nous prendrons pour l'amour moral ou céleste celui qui est dans le sein de Vénus ; l'amour physique ou terrestre, captif des sens, sera figuré par le génie ailé enfermé dans la cage ; et enfin le troisième, celui qui se débat entre l'esprit et la matière , aura son symbole dans la représentation du petit génie s'élançant vers Vénus et retenu par les ailes.

On ne saurait considérer avec trop d'attention les détails du repas domestique que représente cette peinture trouvée dans les fouilles deRésine. Chez les Egyptiens, les

(1) Properce, II, EL, XII, 12.

Indiens, les Lucédénioniens , il existait d'anciennes lois ou des usages passés en foi^ce de lois qui prescrivaient luie certaine publicité pour les repas des familles. A Rome, l'on devait manger les portes ouvertes (i). Cesloisnefurentpas longtemps en vigueur, et les Romains dérobèrent bientôt à la publicité le luxe et les scènes trop souvent lascives de leur triclinluin (2). Le lit que l'on voit dans celui-ci est couvert d'une draperie blanche. Un jeune homme, qui a laissétomberdesesépaules, sausdoutedans Vagitatioii du repas, un vêtement qui était peut-être une vcstis cœ/iatoriaoïi une sy//t/icsis (3), estàdemi couché, et s'appuie sur le coude gauche. Il boit avec un vase en foiMue de corne, cpie l'on appelle rhyton. Les cornes des animaux paraissent avoir été les premiers vases à boire des peuples de l'antiquité (4). Cette circonstance nous explique l'usage où l'on était de mêler une corne aux attributs de Bacchus, que l'on appelait TaSpoç, nom qui avait été donné aussi par les habitants d Ephèse à leurs échansons (5). Enfin , selon Athénée ((i) , la coupe des anciens aurait été nommée xpar/fp , de -/.î^y-rj; (corne) , et le mot /.spaca-. , que l'on employait pour désigner l'action de mêler l'eau avec le viii , aurait eu la menu? origine, i^ansle suite, le luxe mit eu usage des vases d'or et d argent, qui conservè-

(1) Hérodote, M:'1li, Slrahju et Athénée, -XI, 7. Plularque. (4) Pline, XI, 37.

(2) Macrobe, 5«/., III, 17; Yale- (5) Ezocliiel Spanlieini, de Vsu ri'.is Alaxhnus , li, 1. et prxst.numism., dissevt.Y.

(3)Mercuiial., Art. r/j/iiin., I, li, ^6) Athénée, XI, 7.

rent toujours la forme de corne. Il y en avait aussi en verre, et l'on en voit un dans la collection du Miiseo Reale. Vider une grande coupe d'un seul trait , en faisant tomber le vin d'une certaine hauteur, comme on le voit ici, était considéré par les Grecs comme une prouesse à laquelle ils avaient donné le nom d'àauc-iCsiv et de Triveiv à:îV£'j(7Tt (i). Une jeune femme, l'épouse ou la maîtresse du jeune homme, est assise sur le bord du lit. Il paraîtrait que chez les Grecs et les Romains les femmes ne se couchaient pas, mais s'asseyaient à table : In l'psis lectis ciim viris cubantibus, f émince sedentes cœnitabant (a). Il en était d'ailleurs ainsi dans les lectisternium , oii l'on préparait des lits pour les dieux et des sièges pour les déesses (3).

La femme que l'on voit dans cette peinture a la partie inférieure du corps vêtue de la synthésis ; mais une draperie , qui est peut-être le siipparum des Latins (4), lui couvre l'épaule droite, la poitrine, et vient s'agrafer sur le bras gauche. Ses cheveux sont enfermés tlans un réseau couleur d'or :

Reliculumque comis auratum ingentibus implet (o).

Une esclave (6) lui présente un cassette qui renferme des vins ou des essences que les anciens mêlaient quel-

(1) Aristophane in Acharn., act. (4)Ferrari, part. I, deRevestiar., V, scène II, v. 30 ; Callimaque dans liv. III, chap. 20 ; Sidonius, Carm., Athénée , XI, 7 ; Atiiénée, X, 11 ; II, v. 32J; Lucain, II, 362 et suiv. Horace, livre, I, Od. XXXVI. (o) Juvénal, Sat., II, 96.

(2) Valerius Maximus, liv. II, c. 1. (6) Sénèque, de Benefic, III, 27;

(3) Valerius Maximus, loc. cit. Martial, Ejjig., XII, 88.

2° Série. — Peintures. 1 1 1

quefois à leurs boissons (i) , et dont ils se parfumaient la tête pour empêcher les vapeurs du vin de leur monter au cerveau (2). Dans cette dernière hypothèse , la cassette porterait le nom particuViev de myrothecium (3). Peut-être encore, la boîte que l'on voit dans les mains de l'esclave contient-elle les souliers de la jeune femme. Et cette explication ne paraît pas dénuée de fondement, si l'on admet que le repas tire à sa fin ; que les pieds nus de la jeune femme réclament une chaussure; et quand on sait, d'ailleurs (:}) , que le luxe et le soin pour les chassures étaient poussés si loin par les femmes élégantes de l'antiquité , qu'elles posaient leurs souliers au moment de se mettre à table , pour les confier à des esclaves qui les serraient dans les boîtes appelées cavSaVj6v)xa; (5), et les rapportaient ensuite lorsque le repas était fini. Ce serait pour cette raison que Plaute aurait appelé les femmes esc\n\es sandaligeruloi (6).

La taljle que l'on voit ici est ronde et supportée par trois pieds :

Modo sit mihi mensa tripes et

Goncha salis puii (7).

Elleestdunombredecelles quel'on appelait TpiTro^e;, par opposition auxTpaTO^ai, ou aux Texparei^ai qui avaient quatre pieds. II y en avait aussi à un seul pied, onlesappelaitmo-

(1) Diog. Laerce in Anachnrsis ; (4.) Casaubon, notes sur Suétone,

Athénée, I, 18, XV, 13. Vitcllius, cliap. II.

(^2).Elian., Var. Histor., Xll,31 ; (ri) Ménandre, Pollux, X.

Pline, XIII, 3; Juvénal, Sat., VI. (6) Trin., act. II. se. I, 22.

(3) Pline, VII, 30; XIII, l. (7) Horace, livre I, Sat. III.

nopodia (i). Les tables étaient carrées quelquefois ; mais quand elles étaient rondes, elles avaient l'avantage de s adapter à la forme des lits, que l'on désignait parle nom de sigwata (2).

On voit sur celle-ci trois vases , renq:>lis de vin, autant qu'on peut en juger à la couleur du liquide qu'ils contiennent. Connue tout indique que le peinti^e a voulu représenter ici la fin du repas, il est très-probable qu'ils sont destinés aux libations que les Grecs faisaient toujours en l'honneur de Mercure , des Grâces , et de Jupiter conservateur. La dernière était ordinairement pour 3Iercure, père du sommeil (3).

A côté des trois vases est une espèce de cuiller percée de petits trous, et destinée à recevoir une certaine quantité de neige, sur laquelle on versait ensuite du vin pour le tremper et pour le rafraîchir. Ces ustensiles étaient de cuivre ou d'arcfent. On eu a conservé des uns et des autres dans le Museo Reale ( j).

Les convives ornaient de fleurs leurs poitrines, leurs cous, mais surtout leurs tètes, car ils les considéraient comme un moyen de conjurer l'ivresse. Ils en répandaient sur leurs lits, sur leur table et sur le plancher (5), qu'ils arrosaient aussi quelquefois d'eaux odoriférantes.

(1) Tite-Live, XXXIX, 0; Plin., (4) Pollux.. X, 2-i; Martial, XIV, XXXIV, 3. Epig. 102.

(2) ilartial, IV, Ep. 77. (o)Spartian., in^Elius Fer«s,-St-

(3) Homère, Odyss., VII, 137; Grégoire de Nazianze7ï£p\i)iXo:rTw/^.; Boulenger, III, 15; Stuchius, cap. et Plutarque, I, Symp. Prob., I; ult., p. iiO et suivantes. Stuchius, II, 1 i.

Les peuples de l'antiquité la plus reculée s'asseyaient pour manger (i), et si les lits (que l'on appelait triclinaires pour les distinguer de ceux qui étaient destinés au repos et qu'on désignait par le nom de cuhiculares) devinrent à la mode , et furent employés pour les repas (2), on doit l'attribuer à l'usage où l'on était de sortir du bain pour se mettre à table. Plutarque prétend cependant que le lit est plus commode que la chaise (3).

Au reste, les anciens se couchaient pour manger dans une position tout à fait semblable à celle du jeune homme que l'on voit dans notre peinture. Et quand ils étaient rassasiés, ils s'allongeaient tout à fait, et reposaient leur tête sur un oreiller (4).

Les monuments antiques nous offrent d'autres scènes de repas domestiques; on pourra les consulter dans IMontfaucon (5).

Ce tableau est si simple et si peu compliqué; les costumes , les attitudes et les actions des deux personnages qui en font le sujet sont tellement inhérents aux habitudes et à la vie des peuples anciens, qu'on peut le l'apporter à peu près à tous les héros de l'antiquité.

(1) Athénée, I,14;Virgil.,.^ne«(/., chius, Antiq. conviral., livre II, ch. VII; Vairon, de L. L., lib. IV. XXXIV, p. 417.

(2) IMontfaucon, toni. III, part. I, (A)Mercnv\iil., Art. gi/?)in., I, II. livr. III. ch. VII, pi. LVII, LVIII. (5)T. III, part. I, liv. III, ch. VII,

(3) VU, Sympos. Probl., 1 1 ; Slu- pi. LVII, LVIII.

A a H V . P 515 I I II I I 6-P

I I I I I il. P.'

On a pensé à Paiis se présentant en suppliant devant OEnone irritée, par qui il veut se faire guérir de la blessure qu'il a reçue de Philoctète (i). 11 est certain que la coiffure pourrait à la rigueur passer pour un bonnet phrygien ; que l'arc et le carquois ne seraient pas déplacés dans les mains de Paris, dont Homère célèbre l'habileté à lancer les flèches.

Après Paris, vient le jeune Anchise, à qui Vénus se présente sous la forme d'une nymphe pour lui découvrir son amour, se faire connaître à lui, et lui ordonner le secret. L'amant fortuné, ayant voulu tirer vanité de l'amour de la déesse, fut atteint par le foudre de Jupiter, qui ne le tua pas, mais le rendit impuissant (a). Le bonnet phrygien, l'arc et le carquois conviendraient à Anchise aussi bien qu'à Paris; et enfin l'attitude des personnages se rapporterait assez, au récit qu'Homère (3) a fait de leur rencontre. Anchise, dit-il, prit par la main Vénus, qui jouait la pudeur et tenait les yeux baissés. Enfin le costume de la jeune femme serait bien celui d'une nymphe. On a pensé encore à Céphale, qui se rendit auprès de sa femme Procris pour éprouver sa fidélité (4). On a nommé enfin Orion et l'Aurore (5), Ulysse et Calypso (G) ; mais cependant on s'est généralement arrêté à Ulysse et à Pénélope.

(1) QuintusCalabrus, liv. X; Hi- (3) Loc. vit., v. iof. oX suiv.

gynus, Fab., 11:2; TzetzesdiinsZ.y- (4) Hyginus, Fab. 189.

coph., V. 913. (5) Homère, Od., X, 121 et suiv.;

(2)Homère, A^//»i«eà renî«,-Ser- Hyginus, ,4s/r.,II, 34. vius, Aineid., I, 021. (G) Homère, Od.,\.

Il vient d'exterminer les amants de Pénélope à l'aide de ce fameux arc que lui seul avait la force de tendre. L'incertitude et le doute de l'épouse fidèle qui ne peut se résoudre à croire à tant de bonheur dans la crainte d'éprouver ensuite un cruel désenchantement , nous semblent assezexactement rendus dans l'attitude de la femme. Dans la narration de la reconnaissance d'Ulysse, Homère (i) dit que Pénélope, ayant appris par sa nourrice Euryclée l'arrivée du roi son mari, se leva de son lit, et s'assit enlace de lui sans le reconnaître. Il lui fait dire avec une naïveté charmante :

OùSÉ Tt irpoatpâcOai Sûvauiai Étio;, oio' èpÉscOai,

Mon cœur se glace dans ma poitrine; je ne puis prononcer une parole, lui faire une question, ni regarder son visage.

Pénélope a des cheveux blonds, en partie noués, en partie déliés. Elle est assise sur un siège d'ini travail délicat, et ses pieds reposent sur un escabeau.

La chaise et le marchepied de la reine d'Ithaque avaient été décrits dans l'Odyssée (a) avec leurs moindres détails, et il est assez naturel que le peintre les ait fait entrer dans la composition de son tableau. Le geste de la main gauche de Pénélope exprime l'étonnement et l'incrédu-

(1) Odi/s.s., XXXIII, 89. (-2) XIX, oo.

deuxiè:me série. 87

lité. Comment se pourrait-il qu'Ulysse eût exterminé lui seul tousses rivaux?

Moùvo; £0)v, oî à'otUv ooXXéi; hoo't laiiAvov (I).

Il pourrait encore indiquer ici un signe de convention, par lequel Pénélope s'assure que l'homme qui est devant elle connaît son lit qui n'a jamais été vu par d'autre homme qu'Ulysse, et par d'autre femme que sa servante Actoride. Cette épreuve doit la convaincre de la vérité des disconrs d'Ulysse.

Quant à Ulysse, il ne pouvait être mieux caractérisé que par son arc, si célèbre dans l'épopée antique, et au- (juel Homère a consacré un chant entier de son Odyssée. Il tenait son arc débandé et son carquois rempli de flèches, parmi lesquelles il y en avait beaucoup qui faisaient des blessures mortelles :

Td;ov syouij'ev ysipi^r iiaXîvTOvov, Vjoï cfotpîTpriV 'looôxov TToXÀoi o' Évecav ctovÔsvts; oÎutoÎ (2).

L'espèce de capuchon couleur d'or dont il est coiffé, lui a été donné dans beaucoup d'autres monuments antiques (3). Il est probable que sa forme se rapporte au pileus des anciens qui convenait à Ulysse comme voya-

(!) Homère , loc. cil., 37 et 38. tiquP placé dans le frontispice des

(2) Od., XXXI, .')i)ct 60. 7ne(l. de Buonarroti; les médailles

(3) Tab. Ilinc, n" 1 14 ; Fabretti, de la famille Mamilia dans Orsini et Co/. rra/., p. 21."). V. un marbrean- Gronovius, A. 6'., T. II, n. 3.

geur, et aussi comme époux d'une femme Spartiate (i). Cependant on pourra peut-être avec autant de raison donner à l'ornement de sa tête le nom de credentne , xp-fl'^EijLvov. Les autres parties du vêtement, la tvuiique rouge avec bordure bleue, la lœna d'un bleu plus clair (c'est la draperie qui descend de la tête sur le dos), et l'étoffe couleur d'or qui enveloppe ses jambes, ne seront pas déplacés chez Ulysse autant qu'on pourrait le croire d'abord. Il est vrai qu'Homère a représenté le père de Télémaque sans chaussure, couvert de haillons et la tête nue , puisque ses rivaux se moquent de sa tête chauve; mais on peut dire que l'artiste s'est conformé au texte même d'Homère qui ne fait arriver la reconnaissance d'Ulysse qu'après qu'il a oint et lavé son corps, et qu'il s'est revêtu de sa tunique et de son manteau :

'Aucpi oi [iiv iôtpoi; xaXôv ^^xk=.^^ rflï yiTwva (:2).

Il étend sa main droite vers Pénélope , et cherche par ses raisons à la convaincre et à la rassurer. Une seule chose dont on peut avoir Heu de s'étonner, c'est la jeunesse qui est empreinte sur les traits de son visage (3) ; mais on peut encore invoquer ici pour la justification du peintre l'autorité du poète. S'il est vrai que, dans l'Odyssée, ^liuerve donna à Ulysse avant son entrée dans

(l)Meursius, iflfora.,!, 17; Buo- (3) Gronovius, loc. cit., Philos-

narotti, loc. cit. ; Prœm., p. 8. trate, Hero. ,ch. 12 et livre II, fmag.,

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