XXIII, 155. VII
WSM
Itliaque, et pour qu'il ne fût par x^econmi par ses rivaux, les traits d'un vieillard chauve, il est vrai aussi qu'il apparut jeune et beau aux yeux de Téléinaque et de Pénélope, par qui il devait être reconnu (i). L'on peut supposer encore qu'Ulysse a été figuré ici tel que Pénélope le vit dans son imagination ,ye;frte et beau, comme le jour où il l'avait quittée ; et à l'appui de cette hypothèse on dirait avec quelque apparence de raison qu'une pareille idée a été fournie au peintre par le poëte, qui fait parler ainsi Pénélope au moment où elle commence à croire à la vérité des discours de l'homme qui se tient debout devant elle : « Je sais très-bien comment tu étais quand « tu t'embarquas pour quitter Ithaque. »
aâ),a S' £Ù oiS' oîo; ï-tflfix
i\ 'lOâxr,; îwv.
Le bas de la planche est occupé par une petite vignette qui représente un paysage avec des animaux.
L'enlèvement du jeune Hylas par les nymphes du fleuve Ascagne est une des fictions les plus gracieuses de la Fable. Au souvenir de cette aventure, l'imagination revêt de tous les charmes qu'elle peut créer le bel ado-
(1) Od., XVI, 171 et suiv., 210, et XXIII, 136 et suiv.
2"= Série. — Peintures. 12
It'scent qui voulait , imprudent! profaner les ondes limpides où trois belles femmes régnaient en souveraines. Elle prête une hardiesse mêlée de pudeur aux n\ niphes amoureuses , et une pitié irrésistible à la voix et aux accents douloureux du malheureux Hercule, cpii demande, mais en vain, son Hylas aux bois et aux rochers d'alentour.
Pour expliquer cette planche, nous n'aurons pas choisir entre plusieurs faits de la Fable ou de l'Histoire. Il n'en est qu'un qui pourra s'y l'apporter, c'est celui dont nous venons de parler. En effet , dans cette peinture, dont le fond est formé par ini paysage peint de couleurs naturelles , pour le ciel , les arbres, l'eau et les rochers, on reconnaîtra, à ne pas s'y méprendi'e, les personnaiies et toutes les circonstances de ce ftiit fabuleux. Le jeune homme qui s'apprête à puiser de l'eau dans un vase jaune (yà>./.£ov ayyo;) (i), sera le bel Hylas. Ses cheveux sont châtains, et sa carnation un peu rouge. Les trois uvmphes aux cheveux blonds et au teint délicat seront Eunica , ^Lilis et N} chéa , dont Théocrite (-a) nous a transmis les noms. Enfin on reconnaît Hercule dans la figure qui se tient debout, et dont il n'existe plus qu'un fragment. La carnation du héros est bronzée; sa tête semble couverte d'iuie peau de lion qui retombe peutêtre sur ses épaules ; le geste de son doigt posé sur ses
(I) Théocrite, IdijlL, XIII, v. 39; (2) Loc. cil., v.
Apollonius, I, 1207.
lèvres indique l'état d'un homme qui réfléchit, et (jui est incertain sur la conduite qu'il doit tenir. Ainsi dans Perse (j) , Cherestratus ne sait s'il doit abandonner Chrysès , et il ronge son ongle , cruduni unguem abrodit. On peut y voir encore une indication de la rage, et du désir de la veneeance :
Unrjue nieam rnorso sivpe quierere fidem (2).
Au reste , tous les auteurs de l'antiquité sont d'accord sur la douleur d'Hercule. Ilsle représentent tous courant par le bois, et appelant de tous les côtés Hylas, qu'il croyait égaré. Cette fable était même si répandue, qu'ilav /.aXsîv , appeler Hylas , était passé en proverbe (3).
La fin de l'aventure, au rapport des mythologues, fut qu'Hercule, après des recherches inutiles, laissa sur les bords de l'Ascagne Polyphème, qu'il chargea du soin de trouver Hylas , et partit avec les Argonautes (4).
Les nymphes , dans la crainte que leur larcin ne fût découvert, changèrent Hylas en écho. Il paraît cjueles habitants de ces lieux gardèrent longtemps le souvenir de cette aventure ; car dans une fête annuelle , après avoir sacrifié au fleuve Ascagne , ini prêtre appelait trois fois Hylas , et, comme de raison , l'écho lui répondait autant de fois (5).
(1) V. 162. leScoliasted'Aristophane,/'/.1128.
(2) Properce, III, El. XXIII, 24; (-4) Anton. Liberalis, cap. 26. Horace, EpocL, V, 47. (o) .\nton. Liberalis, loc. cit.
(3) Eustache, Dionys., Y, 805;
Il importe peu dans l'intérêt de notre explication que tous les auteurs qui ont traité de ce sujet s'accordent sur lescirconstanceset les détails, et, par exemple, qu'ils n'attribuent l'enlèvement d'IIylas qu'à une seule nymphe appelée Ephidacie (i) , ou à deux, ou à lui plus grand nombre , ou enfin à toutes les nymphes (a) ; que le fleuve fût appelé Pégé (3) , Cio (4), ouAscagne. Toujours est-il qu'on ne peut pas donner à cette planche une explication plus naturelle.
Ce tableau est entouré d'un cadre formé de bandes rouges, bleues et blanches. Il nous représente une nymphe îiux cheveux l)londsqui se défend, en jetant des cris, contre la violence d'un jeune homme que l'on peut, à son carquois couleur d'or, reconnaître pour Apollon. Le manteau du dieu est rouge; la draperie qui laisse apercevoir les charmes delà jeune fille est d'une couleur incertaine , entre le bleu et le vert. La Fable met sur le compte d'Apollon beaucoup d'aventures pareilles à celle que l'on a figurée ici. « Phœbus, dit Clément d'Alexan- « drie (5), est chaste , bon conseiller, mais les nymphes
(1) Apollonius, I, 1229. (i) Apollonius , 1223.
(2) Gronov., A. G., I, Hhh. 2. (o) Hyginus, Fab., 1 i; Servius,
(3) Le Scoliaste d'Apollonius, I , Ed., VI, 43. d235.
A . i'H V a P \ZZ
A.jijUc/lCi , ^'£Î
« Stérope, ^tluise , Arsinoé , Zeuxippe , Piothoé , Mar- « pesse , Hypsipv le , pourraient attester le contraire ; car a la seule Daphné a été assez heureuse pour fuir ce dieu, « et se soustraire à sa violence. » Cette énumération n'est pas complète , et l'on nommait encore Cyrène, Climène et Chione (i).
La plus connue pourtant des aventures de ce genre est celle de Daphné , fille du fleuve Pénée , rpii , poursuivie par le jeune dieu, supplia la Terre, sa mère, de venir à son secours et de la cacher. La prière de la nymphe fut exaucée ; la Terre s'ouvrit , reçut sa fille dans son sein , et fit naître à sa place une plante qui porta le nom de Daphné, et dont Apollon couronna son front en souvenir de son amour (2). La présence de Daphné a été indiquée ici par le laurier que l'on peut reconnaître dans un desarl)ustes verts qui croissent sur le lieu de la scène. Cependant les pierres , coideur de porphyre, qui ressemblent aux débris d'un autel , rappellent aussi Creuse , mèred'Ione, qui fut violée par Apollon près de l'autel du dieu Pan , dans un lieu appelé [y.a/,pai irarpai, les pierres longues (3); et la trace de sang que l'on aperçoit sur la
(1) Natalis Cornes, IV, 10. X, 5 ; Parthenius, Krot.,XV; Eusta-
{•âjovid., Met. I, 450; iElian., the. Diomjs., p. i\T, -467; Casau-
V. H., III, 1 ; V, 4; Hy^inus, fab., bon dans Gapitolinus, p. 141 ; Mont-
140; Spanheim dans CaUiinaque, //. faucon, t. I, p. I, pi. LU.
«nZ>e/.,Y.'2l();Servius,/£rt.,III,93; (.3) Euripide, Ion,\. 946etsuiv.;
Tzetzès dans Lycophron, p. 7 1 ; Pa- Pausanias, I, ^8; Meursius, Alh. atl.,
lephat., de Incrcd., ch. 50; Stace, II, 6. Thcb., IV, 290 ; Pausanias, VIII, 20;
94 PELMURF.S.
pierre blauclie carrée, posée au pied d'un arbuste, est encore ici une indication plus manifeste. Car c'est de ce même lieu que les filles de Cécrops se précipitèrent après avoir vu Eryttou , fils de 3Iinerve :
Toivip Ôavoîjaïi (Txo7r£)>ov f'aa;av TTETpn; (1).
Mortes, elles tachèrent les pierres de leur sang.
La partie inférieure de cette planche est occupée par cinq petits masques de femme peints sur fond noir. Leurs cheveux sont blonds, et leurs visages blancs; l'ornemeut ou ai^abesque qui entoure le second et la bandelette qui ceint le front du premier sont blancs aussi ; les espèces de draperie qui couvrent la tête des quatre autres, et tombent après avoir formé des nœuds à la hauteur des oreilles , sont jaunes.
Cassiopé, femme de Géphée, s'était vantée d'êti'e plus belle que les Néréides. Neptune , indigné , envoya un monstre marin qui dévasta le pays où régnait l'orgueilleuse Cassiopé, rÉtliiopie selon les uns, la Palestine ou laPhénicie, selon les autres (2). L'oracle de Jupiter Ammon, consulté dans ces tristes conjonctures, répondit
(1) Euripide, loc. cit., v. 274. sèpho, de B.H. , III , 11 ; Pline,
(2) Poniponius :\Iéla, 1 . 1 1 ; Jo- V, 31.
2'Série
A.dH.V.4.P. 37,
A.Botij:h<<'. J'C-
DEUXIÈME SÉRIE. 9à
que le seul moyen d'apaiser le courroux du dieu offensé était de livrer à la voracité du monstre la princesse Andromède. Et la fille de Céphée aurait été dévorée , si Persée n'eût combattu le monstre , et ne lui eût donné la mort. La main de la jeune fille fut la récompense que le héros réclama pour sa victoire (i). On a dépouillé aussi cette aventure de la couleur fabuleuse qu'on s'accorde à lui donner. Alors Andromède , fille de Céphée, fut demandée en mariage par Phénix et par Phinée; le vieux roi , son père , aurait bien voulu se décider en faveur de Phénix ; mais comme il redoutait le courroux de Phinée, il laissa enlever sa fille par l'amant qu'il protégeait. Phénix partit avec la piincesse, et s'embarqua sur un vaisseau qui avait la forme d'un monstre marin , et que pour cette raison on appelait Kvi-ro?. Pendant la traversée , Andromède, qui se croyait enlevée contre la volonté de son père, appelait du secours, lorsque Pei'sée, qui naviguait dans les mêmes parages, entendit ses cris , et l'enleva à son ravisseur (^>,).
Le libérateur d'Andromède est célèbre dans la Fable pour ses exploits et aussi pour la manière merveilleuse dont il fut engendré par Jupiter, qui se métamorphosa en pluie d'or, et s'introduisit ainsi chez Danaé , que sou
(l)Apollodore, II,9;0vide, iUfeV., tosthèiie, Calnst., 15 et 16; Hygi-
rV,669etsuiv.; Hyginus, Fa&.,6i; nus ; .4.s<r. Poet., Il, 10; Aristo-
Philostrate, t, Im. 29; Tzetzès dans phane, Beuaoi., y. H09.
Lycophron, v. 83U; Sophoclp et Eu- (2) Conon, ch. 40, dans Pliotius.
ripide, Andromed., cités par Era-
père Acrisius tenait l'enfermée dans une tonr d'airain (i).
Virgo in cnnolavi sedet
Suspectans tabulam quamdam pictam, ubi iticrat pictuia Iwc Joveni Quo pacto Danaë nuisisse aiunt quondam in gremium imbrem aureum (2).
Ce mythe a sans contredit une signification bien éneri^ique ; aussi un commentateur a-t-il dit au sujet des vers de Térence que nous venons de citer : « Une courtisane « ne peut certes pas trouver de taljleau qui convienne «. mieux à sa maison... Ne croit-on pas l'entendre dire « aux jeunes gens, en s'appuyant de l'autorité de Jupiter, « que ses faveurs sont au prix de l'or; illani corporis « partem,auctoreJove, 'vcliitauratam fuisse? » Lactance dit aussi en parlant de Jupiter : « Pour posséder Danaé , « il versa dans son sein une pluie de pièces d'or (3). » Il paraît que cette aventure avait valu au roi de l'Olympe le nom de Pecunla (4) .
Arrivons à notre tableau , (pii n'est pas dépourvu de mérite , et oii l'on doit remarquer du mouvement et des attitudes bien étudiées. Le coloris en est excellent , et les nus en sont peints avec beaucoup d'art et de délicatesse. Le fond estformépar un ciel , la mer et des rochers. Andromède a des cheveux blonds attachés par un ruban. Son vêtement est couleur d'or et bordé par une frange
(1) Apollodore , II, -i; Eratos- (2) Térence, £Mn.,act. III. se.
thène, CataM. 22; Hyginus, Fab. (3) I, -4.
03, Astr. l'oet., II, 12. (4) Saint Augustin, C./).,YII, 12.
d'unbleu très-clair. II est attaché sur son épaule gauche, et laisserait son corps entièrement nvi si elle ne le retenait avec sa main droite à peu près à la hauteur de la lianche. Son bras droit est orné d'un bracelet d'or. Son bras gauche s'appuie sur la main droite de Persée , qui l'aide à descendre d'un rocher escarpé sur lequel elle s'était l'éfugiée. Le héros a des cheveux châtains et une carnation animée. Il est tout nu , et une chlamyde rouge foncé , attachée avec des cordons sur sa poitrine , cache à peine une partie de sa cuisse droite et de son bras gauche. La tête de Méduse est suspendue à un cordon qui lui descend le long du corps. On l'aperçoit sous la chlamyde. La main gauche de Persée est armée de Vharpé, qu'il a rendue si célèbre dans la Fable (i). Elle a à peu près la forme d'une petite hallebarde, et se compose de deux pointes, une longue et droite , l'autre courte et recourbée. La partie inférieure de la peinture se trouve dégradée , et ne permet pas de voir le monstre vaincu , ni la fameuse chaussure que Persée avait reçue des nymphes et qui le rendait invisible (2). Il est difficile encore de bien distinguer la forme de l'objet qu'il porte surson dos. C'est peut-être la xw/ï, le casque ou le pétasus, qui contribuait aussi à le rendre invisible (3). Un autre objet
(I) Apollodore, II, p. 76; Hygi- nus, loc. cil.; Caylus, t. IV, pi. 54.
nus, Asir. poet., II, 1-2; Grotius, (3) Hésiode, Se, v. 227; Hyginus,
ad Imag., p. 53. loc. cit.; Zenobius, Cent. I, prov.
("2) Les Scoliastes d'Apollonius, 41; Cuperus, Mon. An.,^. 194. IV, 1515; Pausanias, III, 17; Hygi-
2' Série. — Peintures. 13
placé sur le rivage est encore assez confus, et on ne peut guère en déterminer la forme. Cependant les cordons , que l'on distingue avec assez de peine , peuvent porter à croire que le peintre a vovdu représenter le sac , ou la besace , /.iÇtGi:, destiné à recevoir la tête de Méduse (i). A quelque distance, deux nymphes sont assises sur des rochers. La première , dont on voit tout le profil , est vêtue de blanc , et son front est couronné de plantes marines. Au bas de ce tableau est un motif qui représente quelques fruits, et des saucisses suspendues (2).
La découverte de la médecine , comme tous les grands événements d'une haute antiquité, était tombée chez les anciens dans le domaine de la mythologie, qui, selon son habitude, s'était plus occupée d'exalter par ses fables la gloire de cette invention que de mettre d'accord les fables entre elles.
D'après Hyginus (3), c'est le centaure Chiron, fils de Saturne, qui inventa la chirurgie et introduisit l'usage des simples. On attribue à Apollon le traitement des maladiesdes yeux, et à Esculape, fils d'Apollon, l'invention de la clinique. Le plus ordinairement cependant, l'inven-
(1) Hésiodo,.Çc.,v. 229 et suiv ; ib- (2) Voir l'appendice.
€lerc ; Grtevius,/pc/. Hc.<tiod.,eh.\S. (3) Fab., 274.