‹ Herculanum et Pompéi (volume 4)Chapitre 8 sur 17 · TIL · texte numérisé non relu

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tion de la médecine eu général était attribuée à Apollon (i) ou au Soleil. C'est en effet le soleil qui , en variant la température et la salubrité de l'air, influe sans cesse sur la santé de nos corps. Pourquoi donc restreindre la découverte de ce dieu à l'art de traiter les maladies des yeux ? On en a donné diverses raisons. La seule plausible, ce semble , est prise de ce que la lumièi'e, celle du moins qui charme le plus nos yeux, émane du soleil, qu'Orphée nomme le doux objet de la vue des mortels (2). Aussi dans les longs adieux qui précèdent la mort des héros de tragédies, la lumière du soleil a-t-elle presque toujours sa part (3). La lumière, en latin lux, en grec cpôj;, était lui terme de caresse dont les amants usaient souvent à l'égard de leurs maîtresses (4). Plutarque raconte même qu'un amantà qui l'abus des plaisirs aA^ait presque conté la vue, dit, envoyant sa maîtresse, adieubeaujour, saluant ainsi son amante en même temps qu'il prenait en quelque sorte congé de la lumièi'e (j). Ceci explique encore d'une manière satisfaisante l'usage où étaient les Egyptiens de joindre un œil droit avix symboles qui servaient à désigner Apollon. Ce peuple, on lésait, s'attribuait l'invention de la médecine ((>) , et il avait des médecins pour les différentes parties du corps (7). Les gens

(l)Pindare,7^y//j., IV, 480. et 12.50, 1280, loOo. V, 80; ELii-ii)i(le, Alceat., 08(i, et (i) Plante, Cure, I, 3, 47; Mar-

Androm.,'M(); Horace, Garni., V, liai, V, 30. 63. (5) Plutarch., Symp., VII, 5.

(2) H. in Sol. (6) Pline, VII, 18.

(3) Euripide , /^j/iii/. in Au/., V, (7) Hérodote, II, 84.

de l'art avaient fait des recueils d'observations très-anciennes pour les traitements d'un grand nondire de maladies. Ces recueils étaient réputés livres sacrés. Le médecin qui se conformait à ces oracles de son art n'encourait aucune peine , quoi qu'il arrivât aux malades. Mais s'il voulait guérir par d'autres procédés, et que son audace ne fût pas couronnée par le succès , il était puni de la peine capitale (i). Ces livres, au nombre de six, sont mentionnés expressément par Clément d'Alexandrie (a), et l'un d'eux traitait spécialement des maladies des yeux. Ces maladies, on le sait d'ailleurs, ont été et sont encore les plus communes en Egypte (3). Il n'y a donc pas à s'étonner que les habitants de ce pays eussent fait honneur à Orus, l'Apollon des Grecs, fds d'Isis, inventeur, d'après eux, de la médecine, d'une découverte aussi importante pour eux. D'autre part, de nombreux monuments attestent que l'art de guérir passa d'Egypte en Grèce et de Grèce à Rome avec tous ses usages ; celui entre autres de confier à différents médecins le soin de diverses parties du corps. N'est-il pas dès lors à supposer qu'il entraîna aussi après lui les mythes dont les Égyptiens avaient enrichi son histoire.*'

Disons cependant que dans le texte d'Hyginus qui vient défaire l'objet de notre examen, on a proposé de lire oraculariani Viiûienà' oculariam rnedicinam.lu'usage

(I ) Aristote, PoL, IIl, ii, Diodore, (3) iMailIet, Descript de l'Egypte,

I, 82. t. I, p. 18; Perse, V, 186.

(2) .S7r.,\"I, p. 269 ou 758.

de demander aux oracles des remèdes contre les maladies était assez fréquent chez les anciens, et l'invention de cette sorte de médecine appartenait sans contredit à Apollon, comme l'atteste un passage d'Hippocrate, qui, après avoir dit que la médecine et la science de la divination étaient proches parentes, ^uYysvs-.; dai, ajoute qu'Apollon est leur père à toutes deux. « Ce dieu traite les « maladies présentes conune les maladies futures, gué- « rissant ceux qui sont malades comme ceux qui doivent l'être (i). » La divination et la médecine ont en effet dans le pronostic un point de contact; et c'est peut-être là l'itlée dominante du passage d'Hippocrate.

Le second personnage mythologique mentionné dans le passage d'Hyginus , et l'eprésenté sur notre tableau, est le centaure Chiron. Il était fils de Saturne et de Philyre (2); c'est lui, selon quelques-uns, qui apprit aux hommes lamédecine vétérinaire. Cette conjecture, fondée uniquement sur la forme de son corps , n'est pas conforme à la croyance générale qui attribuait à Chiron la découverte de la chirurgie et de la botanique (3), et c'est sans doute pour cette raison qu'il est ici représenté une plante à la main. Un grand nombre de témoignages concourent à donner à la chirurgie le premier rang dans l'ordre des temps (4), et à la placer avant les autres branches de la médecine. Hippocrate cependant paraît

(1) Hipp., Epist. 2 ad Philopœm. (3)Prme,VII,o6; Hyg., Fab.,<llk.

(i>)Hyi;inus, /="a&., 138;Scoliaste (i) Colse, I, et Vil, in Prœf. ;

d'ApoUuiiius, I, oo-i, et II, 1235. Servius, jEn., 369; Pline, XXIX, i.

n'être pas de cet avis. II remarque en effet que le premier soin (les hommes a dû être de choisir parmi les animaux et les fruits de la terre les plus sains et les plus agréables au goût , et il conclut que la diététique a dû d'abord fixer leur attention (i). Cette raison, se pouvant à peu près appli(pierà la botanique, ferait remonter à une haute antiquité les découvertes de Chiron.

Esculape naquit d'Apollon et de Coronis ou Arsinoé (2). Il fut disciple de Chiron. On le voit toujours représenté avec une longue barbe : peut-être à cause du proverbe jeune chirurgien, vieux médecin. Car c'est à lui que l'antiquité fait honneur de l'invention de la clinique, ainsi nommée d'un mot grec qui signifie lit, parce que le médecin va trouver le malade dans soji lit. La clinique compi'end le traitement de toutes les maladies internes, à la difféx'encedela chirurgie, qui guérit les plaies extérieures.

Notre tableau réunit les trois inventeurs de la médecine ; l'exécution en est aussi remarquable que le sujet.

Son cadre est en forme de corniche jaune sur un tond rovige. Le fond du tableau est vui ciel. On y aperçoit des rochers , des arbres et diverses plantes. Apollon , que nous voyons debout, est revêtu d'une draperie de couleur changeante du rouge au vert. Il est couronné de laurier, dont il porte à la main un rameau. Son bras droit relevé repose sur sa tête. Le gauche s'appuie sur

(1) Hippocrato, de Yet. ined., G /'y/yi.,III,80,etScol.,î'6?f;.;Homer., et suiv. //., S, 193, et Scol:asle,/6if/.; Span-

(2) Hyginus, Fub., 20-2; Pindare, heiin, H. in Ccr.,'2ti.

une cithare, signe distinctif du dieu de la musique, qui lui appartiendrait même connue tlieu de la médecine, puisque la musique guérissait, à ce que l'on croyait, certaines maladies. La cithare pose sur une cortine de couleur rouge cuivré. La cortine est, comme l'on sait, le couvercle du trépied d'Apollon. Elle a valu quelquefois à ce dieu l'épithète de cortinipotens .

Le centaure Chiron vient ensuite. Dans la partie où il est cheval, son corps est de couleur alezane. Ses épau les sont couvertes d'une peau jaune sombre ; sa main gauche est armée d'un bâton noueux, et il tient des plantes dans la droite.

Esculape , conTine nous l'avons dit, porte une longue barbe ; il est assis sur un siège garni d'un coussin vert ; une draperie, dont la couleur change du vert au rouge, l'enveloppe en partie. Il tient un bâton de la main gauche; la droite est placée sur sa bouche, symbole du silence que l'antiquité recommandait au médecin. De là l'épithète de muta, art muet, donnée à la médecine dans ces vers de Virgile (i) :

Scirp potestates heibanini, usumque medendi Maluit, et mutas ai,'itare inglorius artes.

Car, disent Celse et Galien, le médecin n'a nul besoin d'être éloquent; sa science doit se borner à trouver de bons remèdes.

(l)yt"«., XII, 393.

A côté d'Escnlape nous voyons une petite colonne couleur de porphyre , et au-dessus un trépied couleur de bronze, qui sans doute sert ici d'emblème à cette médecine qui empruntait ses secours à la divination, et dont on a déjà parlé.

Ce tableau sert de pendant au précédent, auquel il est absolument seniblai)le pour le cadre et pour le fond. Il représente une cérémonie bachique. On aperçoit d'abord une femme assise sur lui siège recouvert d'une draperie verte et supporté par des pieds de bronze. Un vêtement jaune la couvre jusqu'à mi-jambe; sa robe de dessous est de couleur changeante du vert au l'ouge; de la main droite elle tient une coupe, de la gauche un thyrse; elle est couronnée par une autre femme, (|ui elle-même porte nue couronne de feuilles parsemées de petites fleurs blanches. Son costume se conq^ose d'une tunique de couleur changeante du jaune au rouge. De la main droite elle tient un objet qu'il est difficile de distinguer, et de la gauche une couronne de feuilles , parmi lesquelles on aperçoit quelques fleurs. Des deux autres femmes ici représentées, l'une, celle qui tient le thyrse, est vêtue de rouge ; l'autre, celle qui tient un bassin rempli d'objets dont on ne peut distinguer la forme, la peinture ayant beaucoup souftért en cette partie, porte un premier vê-

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2? Série

A.Bauchet^.de.i' U^ ^f.

DEUXIEME SERIE. ICi

temeiit de couleur jaune qui descend jusf[u a nii-janibe; riiabit de dessous est de couleur changeante entre le jaune et le vert. Quant à la jeune fille que l'on aperçoit sur le derrière, elle est vêtue de rouge.

Les cérémonies en l'honneur de Racchus étaient confiées aux teninies , dans l'origine : quant au rapport que ce tableau peut avoir avec le précédent , nous n'en voyons qu'un seul, c'est cpie Bacchus, le dieu tlu vin, était, lui aussi, mis au nombre des inventeurs de la médecine. Le fait, si singulier qu'il puisse paraître, est attesté par Plutarque (i).

PLAXCHL '27.

Le cadre de ce tableau se compose de cinq bandes : l'intérieure est noire, la seconde blanche, la troisième rouge, la (piatrième verte, et la cinquième imite un marbre jaune. Le sofite est d'un jaune plus foncé; la corniche paraît figurer un marbre blanc; le reste du fond est d'un blanc moins clair , Le cheval, dont on n'aperçoit qu'une partie, est bai foncé. Derrière on distingue, non sans difficulté , une ligure vêtue d'une draperie jaune clair. I^a figure debout, qui s'appuie sur un bâton de couleur jau!ie qu'elle tient avec sa main gauche sous le bras droit, paraît être un héros de la Fable, à (jui

(1) Symp., III, 1 ; V. Clerr, His(. de la méd., I. ;..

2* Série. — Peintures. 14

lOfi PEINTURES.

on n'a gnère pu assigner nn nom. On sait que dans les monuments antiques le clieval est l'attribut favori des héros, et que d'ailleurs les poètes, et Homère surtout , font suivre les noms de leurs héros des adjectifs Î77:t£jç, [--■rXi-r;, îriTo^a-xo; (i); expressions qui , chez eux, équivalent aux épithètes de noble ^ courageux , etc. Cette figure est nue, ses pieds sont chaussés de sandales couleur ponceau, et la draperie que l'on aperçoit sous son bras droit est de la même couleur. Une autre figure nue est assise sur un siège jainie couvert d'une draperie rouge. Son épée est dans un fourreau noir, et la bande ou le ceinturon qui tient après est de couleur verte.

Cette peinture a été trouvée avec d'autres tableaux représentant des actions scéniques , et cette circonstance a porté à croire ([u'on devait y voir un de ces faits fabuleux qui avaient envahi la scène antique. Le sphinx, qui n'est peut-être qu'un ornement prêté au siège sans aucune intention , pourrait alors rappeler la fable du sphinx de Thèbes et le règne d'OKdipe. Il va sans dire que, cette première hypothèse une fois admise , les deux jeunes gens, dont l'un est assis et paraît écouter l'autre, qui, par son bâton et sa chaussure, ressendjle assez ù nu voyageur, à un envoyé, seront Etéocle et Polynice, dont les aventures forment le sujet de V /4 ntigone de Sophocle, des Phéniciennes, d'Euripide, et des Sept Chefs devant Thèbes d'Eschyh'i

(I) l'iiidare, iVewj., IV, 48,

l'K.lNTUU£S

A./ti^ittA.r Jilti ^(

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DKUXIKME SÉRIE. 107

La vignette placée au bas de cette planche représente un petit f>énie qui vient de lâcher sur un ours, occupé à manger une pomme, un chien qu'il tenait en laisse.

PLANCHK 28.

Le mérite de la composition, le coloris, et surtout le fini et la richesse des draperies, rangent cette peinture parmi les plus belles du Museo Reale. Elle fut trouvée à Portici, en ijdi. La première et la dernière bande du cadre sont rouges; la seconde et la quatrième, blaiiches, et la troisième, verte. Le fond, qui semble représenter un intérieur d'appartement, est d'une teinte plombée ; on ne saurait trop préciser le coloris de l'ouverture de la porte qui occupe le milieu, car la partie claire est jaunâtre, tandis (jue la partie obscure est ponceau, et le tout est traversé par des lignes rougeâtres. Le gradin qui coupe toute la peinture imite nu marbre blanc. Il supporte \\n siège doré avec des bandes couleur d'argent, sur lequel est assis un honune à la carnation olivâtre et aux cheveux châtains. Sa tunique blanche est retenue par une ceinture couleur d'or qui lui serre la taille. Le siège est recouvert par une draperie d'un rouge incarnat, qui traverse et cache en partie les cuisses de la figure assise.- Le ceinturon de l'épée cachée dans le fourreau est vert; le sceptre, couleur d'argent, et l'ornement qui en décore l'extrémité, jaune clair. Enfin, son cothurne

se compose d'une semelle rouj^e foncé, et de rubans ou de petites courroies , les unes jaunes, les autres rouges. Le reste est couleur de laque. Une jeune femme, un genou à terre, s'occupe à écrire. Ses boucles d'oreilles et l'anneau de son bras semblent enor ; ses cheveux blonds sont attachés en tresses par des rubans verts (jni forment un grand nœud sur sa tête ; sa tunique, de couleur changeante du vert au jaune , est serrée par une ceinture rose; et l'habit de dessus ou le manteau, qui lui retombe sur les cuisses et sur le pied droit, est d'une teinte qui change du bleu à la couleur de laque. Son style est jaune; la table ou le pupitre, qui imite le marbre, sert d'appui à son bras et porte un objet dont on ne peut guère déterminer la nature , mais sur lequel sont des traits obscurs qui figurent des caractères. Sur le même appui est posé un masque tragique qui semble en terre cuite. La chevelure en est noire. Derrière s'élève une autre petite table recouverte d'une étoffe bleue. D'un côté est une petite draperie blanche, et de l'autre une bandelette blanche aussi avec deux rubans. Un homme vêtu de ijlanc, qui serre avec ses deux mains un objet qu'il est difficile de déterminer à cause de la dégradation de l'enduit, appuie un de ses coudes sur cette dernière table. Voilà la description exacte de tous les détails de cette peinture; il s'agit à présent de leur donner une signification. La vue de ce tableau a fait naître l'idée d'un poète tragique dictant une œuvre dramatique à la ^luse de la tragédie. Le sceptre, le cothurne, le masque et la forme

des hal)its prêtaient ([iiel(|ue vraisemblance à cette perniière hypotlièse. Or, entre les poètes tra<^iques dignes d'inspirer un snjetdepeinture, nous ne connaissons guère qu'Eschyle, Enripide et Sophocle, et comme les bustes de ces deux derniers ([ui nous ont été conservés (i) ne se rapportent en aucnne manière à notre figure, il a fallu penser que c'est Eschyle que l'auteur de ce tableau amis en scène. D'ailleurs lajeunesse de notre figure principale, la richesse et le bon goût des costumes, sont justifiés par ces lignes de la vie du tragique grec : « Jeune encore, « il connnença à écrire des tragédies, et il laissa l)ien eu (( arrière ceux qui l'avaient précédé, tant pour la poésie « que pour l'arrangement de la scène, la splendeur des « décorations et l'ajustement des acteurs; » et si Aristophane a dit de lui :

' 'AXX' 0) TrpôjTo; TÔiv 'EV/.yÎvwv irupviôjaç ^-(-ULOiTa utuivi n Kal xoTurîffsiî Tpay'^ôv Xripov...

« Toi qui, le premier des Grecs, as su arranger des discours sérieux et w orner le dialogue tragique... »

Horace lui attribue aussi l'invention du masque, de l'habit tragique et du cothurne :

Post \mne personœ, fallœqve repertor lionesta? - jEschyles et modicis instravit pulpita tignis : Et docuit magnumque loqui, nitique colhurno{'2).

(1) Gronovius, A. G., t. H, p. 0 (-2) Art. poet., v. 278.

et G-2.

Enfin, comme Eschyle tut célèbre encore à d'antres titres, et qu'il assista aux coinhats de Marathon et de Salaiiiine, l'épée n'est pas tout à fait déplacée entre ses mains. 11 serait possible encore que le personnage à qui nous donnons le nom d'Eschyle fût tout simplement un acteur tragique. Les caractères que trace la jeune femme expriment sans doute un titre de drame, ou, dans la dernière supposition, le nom de l'acteur. La troisième figure est peut-être aussi un acteur, et les draperies placées près du masque tragique appartiennent sans doute à un de ses rôles.

PTANCHE 29.

Trois femmes forment le sujet de cette composition. L'une d'elles, qui parait être le personnage principal, est nue jusqu'à la ceinture. Le l)as de son corps est caché par une tunique blanche. Son bras droit, enveloppé d'une large draperie ponceau, vient se poser sur ses cheveux, et le gauche s'appuie sur un vase de métal, autant qu'on peut en juger par la couleur. Elle est assise et porte des boucles d'oreilles, des anneaux d'or aux bras et des sandales. L'autre femme assise est vêtue d'une tunique ponceau. Son vêtement de dessus, dont la couleur est bleue, l'enveloppe en entier, et ne laisse apercevoir que sa main gauche. Une étoffe blanche compose sa coiffure; elle porte aussi des sandales. La troisième , qui se tient de-

2"^ Se

l'Kl XTllJKS

. 'I fr/c/'i.i.

DEUXIEME SÉRIE. Ht

I)oiit, a pourvètement unetunujue bleue avec des manches, dont l'une couvre tout son bras gauche, et l'autre la moitié du bras droit. Son habit de dessus est rouge foncé. Une bande d'étofï'e jaune retient ses cheveux, et forme un petit nœud sur le milieu de la tête.

Ses oreilles sont ornées de pendants. Il n'est pas facile d'assigner un nom aux trois femmes réunies dans ce tableau. Cependant on a cherché à rapprocher cette scène de la visite fpie .Tunon et Pallas firent à Vénus dans la circonstance suivante. Lorsque Jason fut arrivé dans la Colchide pour la conquête de la Toison d'or, les deux protectrices du jeune héros, Junon et Pallas, pensèrent que tous les obstacles seraient levés si elles pouvaient inspirer à Médéede l'amour pour Jason. Pour cela, elles se rendirent auprès de Vénus, qu'elles trouvèrent occupée à sa toilette. Ses longs cheveux étaient épars sur ses blanches épaules; elle réparait leur désordre avec un peigne d'or, et en formait des tresses :

AeiixoÎiîiv o' IxaTipÔE xôi^aç ènisijxÉvï) touo'.;, Ko'oaîi /pu(r£(r| ôià xspx(Sf [jtIXXe Ss ijiaxpoùî IIXî;oto6ai TrXoxdfuouç.

La mère de Cupidon les fit asseoir , retint avec ses mains les flots de sa chevelure,

et demanda aux deux déesses de quoi il s'agissait, .lunon réclama de Vénus l'intervention de l'Amour; et la ntère

112 l'KIMl HKS.

(le Ciinidoii, iipics ;i\f)ii(lc|)l()i(' les inalicrs et le caiactric iiidomptahlf de son lils, promit de s'intéresser pour i'll('s(i). Si Ton \('iil hicii troiiv (MwpicNpic lapport entre le réeit d \|)olloiiiiis et le taldeaii (jiii nous occupe, il sera facile dassii^ner un r(')lc à chacnn de nos trois personnai;es. La l'ciuinc deini-iuic, (pii stMnhIc axoir été interrompue dans le soin de sa toilette, scia \ enus. (lelle (pii est assise en lace (relie, cl dont lattitndc est plciiu* de modestie et de pudeur, sera l'allas, cpii se trou\ c toute liouteuse sans dont*' de set\ ir dinteriuédiaire à une intriiiue amoui'ciisc. l'.nlin .Innon devra être lii;in('c par la Icmiiu' (pii se tient dehout dans niu^ attitiule et un costunu' (pii couvieniu'ut assez aune matrone. I,e \ase posé à c(\t('' de \ ('mis contenait sans doute un des uoiid)reu\ |)arlnms (pTcmploNait la déesse, >vjw yj.v.wi.vn., pleine de parfum^ conune l'appelle Soplioele (v."!. ]^e pareils \ases étaient d'àillcnrs doruK's à \ éiuis connue attribut (')).

PIAXCIIK 30.

Uiu' future, vètnc d inie lonL;iic draperie i'oni;(' etclianss(''c de sandales jaunes cpii lui montent à mi-jandx", s'ap- |)nie sur un ])ilastre on uneespèce d'autel. !> aiurolcfpii

(l).\p(>llonius(lpltlio(lt's, .lA'r/o/i., nii'TP,0(/.,i;, l'.>lctsni\.;S|iiiiilH'itii.

m, 7 à 1 12. //. m A. /'«//., V. i;i; .M<iiiiiial..

(■2) AlliciiiT. \V. (iST. Art. (/'jmiiast., I, K». (3) Aiilliiiloiiir. I. 7:/;.. 70 ; llo-

ff.R^luc^, ain<'

-(6 Poucea -

JpmESSES Jk. SSAWS,

ter //r( .

entoure ses longs clieveux blonds retenus par un ruban vert est iei l'indication manifeste de la présence d'une divinité :

Fa puni per noctem in luoc refulsit

Almaparpiis, confessa deam, qualisquo videri Cœlicolis et quanta solet(l).

L'arc détendu qu'elle tient de la main droite et le carquois de diverses couleurs déposé à terre au pied du pilastre conviennent plus particulièrement à Apollon on à Diane. La jeune fennne aux cheveux blonds tombant sur les épaules, dont la tète est couronnée de feuillage, et qui tient un rameau de laurier dans su main gauche , est vêtue d'iuie étoffe très-mince attachée par quatre agrafes sur le bras droit. La forme de ce vêtement se rapporte assez à «^elle ihi pep/um, qui était blanc, sans manches, et s'agrafait sur les épaules (a). Une chaîne d'or, que les (ïrecs appelaient xâôsaa et ^iaôer/fp (o), orne son cou et luie partie de son sein, laissé à découvert par la draperie. Son habit de dessus, de couleur jaune clair, tombe sur son siège , et elle en retient les plis avec sa main droite. Ses sandales sont attachées avec des cordons rouges. Son front incliné semble gémir sous le poids de la honte ou de la tristesse.

(1) Virgile, yEn., H, 58» et Prob.,\>. 123.

suiv., Euripide, Ion, v. 1549. (3) Hesychius, in verbo KâOeua.

(2) Spanheim , Cœsar. Julian.

2' Série. — Peintures. 15

Au reste, on n'a rien à reprendre dans cette peinture; le dessin et le coloris en sont parfaits, et la composition en est gracieuse. Il est vraiment malheureux qu'on ne puisse découvrir dans cette œuvre pleine de mérite, et sortie sans doute des mains d'un grand maître, un sujet connu dans la Fable ou dans l'Histoire, et «ju'on soit forcé de se contenter de suppositions plus ou moins hasardées.

Nous avons déjà dit (pie l'auréole qui entoure la tête d'une des deux ligures indicpie la présence d'une divinité , qui doit être Diane ou Apollon , si l'on veut en juger par l'are et le carquois. Alors il faudra se décider en faveur de l'une de ces deux divinités, et ce ne sera pas chose /acile; car elles se plaisent toutes deux aux mêmes exercices; elles ont les mêmes pouvoirs, les mêmes attributs, les mêmes noms, tels ([uUlius (i), Laphreiis {•->) , Agveus , A^reuths , Agrotcra ()) ; et leurs visages, leurs ajustements, leurs sexes se ressemblent tellement dans tous les monuments antiques , qu'on ne peut guère les distinguer, à moins (piApoUon ne soit caractérisé par la lyre et Diane parle croissant. La robe longue, vcstis talaris, est donnée à l'un et à l'autre (4).

(1) Macruhe, Sut., I, 17; Sti'a- (;j) l'ausanias, I, il.

1)011, XIV, p. 03.'). (i)Ovide,,Ve/.,XI,C(i;Spanheim,

(2) Pausanias, Vil, !S; Stral)on, CrsarJuliati. ,n.lH\)f>l l(tO;Brouk. X, j). -l.")'.); Ijogerus, Thés, lirund., dans Tibiiile, L. III, E. YI, v. X> ; p. ^(U»; Tzelzès dans Lycopliron , Begerus,7'/jPs./?/'rt«rf.,p.64;Antho- V. 3.%(1. ' logif, liv. IV, chap. i2, Epig. III.

DEUXIÈME SÉRIE. lli

Si les poètes oniljrageiit les épaules du dieu d'une longue chevelure blonde :

Intonsi crinos lonj^a ccrvice llucl)ant](l)... ' Ille caput llavuiii lauro Pariiasside ciiictus (■2)

ils l'accordent aussi à la déesse

Innupta'qiiP annula Fliccbes, Vilta coerccl)at posilos siiip lege capillos (3).

et ils comparent Pliœbus à une jeune et belle épouse : Ut juveni priimim virga deducta marito (4). Koc! XEV àei xiÀo;, x»i ii\ vîoi;' ouTtote <|)oi'êou

Quant au rapport qu'Apollon ou Diane peut avoiravec la figure assise, il estditïicile de l'établir, et voici toutes les explications c[u'on a proposées, l.a plus fondée est sans doute celle qui ne s'appuie (pie sur des généralités, et cpii consiste à ne voir dans nos deux ligures autre chose ([u'une jeune fille en prière devant la statue de Diane. La couronne tle léuiliagi', le rameau de lau-

(1) TibuUe, lll, El. IV, v. 17 ; (i) Tilmllc, IK, EL IV.

Mus. Ronl., sect. I, pi. VIII. (.'i) Calliiiiaque, H. in Ap., :2. 3«;

(2) Ovide , Met., I, v. l(i(i. Tristan, t. II, p. r>i9; Vaillant, ^um. (3)0vide, (rf., I,i70; Albric, f/e Imp. ^ir.,\^. l,->8; Scliott, Suv.

D.I,c\\.';Be'^er[is,Thcs.Iirand., r.xpL Uom, apolh., t. H, p. 327. p. 311.

rier (i), le reciieillemcnt de son attitude et ledésordre de sa chevelure (a) ii'exelueiit pas une telle intention. On peut, ton joiH's dans la inêine hypothèse, prêter à ce tableau une sii^nilieation inj^énieuse, et dire qu'une jeune épouse vient déposer un carquois aux pieds de la statue de la chaste Diane, et supplier la déesse de lui pardonner si elle abandonne son cortésïe :

Cette coutume existait réellement ('3) , et les jeunes filles athéniennes, aussitôt f[u'elles étaient devenues nubiles, apportaient des présents à Diane, en expiation de leur virj'inité qu'elles devaient perdre bientôt (4). Peutêtre l'arc détendu placé dans la main de la déesse est-il un sviid)ole de son bon vouloir et de la chute de son

courroux.

Arcus, Victor pace relata

Phœbe, relaxa, Humeroque graves levibus telis Pone pharetras ; (."i).

(I) Sophocle, Œdip. Tijr., v, '3, v. (m ; Servius, -En., VI , iK ; Ti-

IS; Scnt'qiie, Agam., t. 31 1 ; Eu- bulle, II, EL, v. (xi; Lucien, Pseu-

ripide. Ion; Siippl., v. iO; Iphig. in dom.

AuUd.,\.\Wo; .SidoirieAppollinaire, (3) l'ollux, III, Se. 38; Euripide,

Epilh.Pol.ctAran., v.l'.t8; Eschyle, Iphig. in Aulid., v. I H3. Aga)n.,\ .\i~ 'i;Lo\vm\,del'iol'css., (i)Tliéocritc, Id., II, v. 6(j,et ses

cap. 2, in Thés., G . ^ . , t . X , p. 1 1 70. scoliastes.

(-2) Virgile, JLn., 1, 48t; III,. (o) Sénèque, J^., v. 3-22 etsuiv.

Di:UXllvME SERIK. 117

Disoiis cependant que l'attitude delafigurequise tient debout appuyée sur le pilastre, son vêtement, sa chaussure, l'auréole (jui couronne son front et surtout le coloris de son visage, de ses mains et de sa chevelure semblent convenir assez peu à une statue. Mais le peintre a figuré peut-être une apparition, une épiphanie , s'il est permis d'employer ce mot, de la divinité elle-même, qui parle à la jeune femme recueillie et suppliante. Les anciens étaient persuadés que leurs dieux se rendaient visibles quekpietbis non-seulement à leurs favoris, mais encore à tous les gens de bien qui les invoquaient avec pureté de cœur :

'iiiTo'XXwv OÙ îTOf/Ti «EÎvîTai, àÀX' 0 Tt; ÈcOÀô; (I).

L'ornement (lu cou de la figure assise a rappelé le fameux collier d'Hermione et d'Ériphile, que \ ulcain avait fabriqué pour se venger de A émis. Il avait la propriété de rendre malheureuse la femme ([ui le portait : aussi le dieu jaloux l'avait-il donné à Hermione , née des amours adultères de Mars et de \ énus. Il appartint successivement à Sémélé,à Ino, à Agave et à.Iocaste, toutes célèbres par leurs infortunes, et enfin à Eriphile, (jui fut tuée par son propre fils (y.). La jeune femme ornéedu collier serait alors Hermione, qui vient de recevoir de

(I) Calliinarjup, H. in Apotl.,\.\). Laclaiicc, Apollodoi'c, IH; Diodore. (-2)raasanias,IX,'tl;S(ace,7/if^., XVI, «l; Athénée, V[ , 5, p. 233. II, V. "205 etsuiv., lli, v. 27 i; ibid.,

118 PEl.MURKS.

Minerve ce funeste cadeau. On aiiia à décider encore si la jeune fennne assise ne pou riait pas être Cassandre. lillede Priani, à <|ni Apollon enseigna l'art de lire dans l'avenir, l^'attitude de ce personnage, l'expression de son visage, la corpietterie et la recherche de sa mise seraient d'accord aAcc la circonstance. Cassandre espérait d'Apollon une grande (iiveur, et il était assez naturel ([u'elio cherchât à cnlianuuer sesdésirs. La ligure du fond jouerait ici le rôle de la Persuasion , de Pitho, que les artistes anciens figuraient dans tous les sujets où l'un dei personnages tenait à persuader ([uelque chose, et par conséquent dans beaucoup de scènes amoureuses.

La guirlande placée dans le bas de cette planche est peinte avec beaucoup de goût et bien conservée. Elle porte un mascjue dans le milieu, et ses deux bouts sont noués avec des rubans. Cet ornement est sans doute du genre de ceux <pic Vitruve (i) apjiclle encarpl. Les commentateurs ont pensé ([ne ce nom désignait des guirlandes de fleurs, de fruits et de feuillage employées par les peintres etles sculpteurs pour orner et relever le tour des portes, des autels, etc.

Le mot e«c«r/?o,y signifiait , chez les Grecs, un mélange de choses de diverse nature. Il parait correspondre assez exactement au mot latin misccllanea {•->?).

{t)IV, I. (-2) Voir l'appeiidicp.

fi R^ii^ , ut*:

Q^£€CeÂ-<0^ .

Le cadre de ce talileauest diin rouge foncé toinljaiit sur le noir. Le rocher, la terre, les plantes, et le ciel qui forme le fond, sont peints au naturel. On y voitune panthère hlanclie tachetée de vert, viridcs pnrc/i (i), qui lèche un vase à deux anses couleur de métal. La figure, sur les genoux de laf[uelle l'animal a posé ses pattes, est le dieu Bacchus. La draperie suspendue à son bras gauche est ponceau; celle qui couvre la partie inférieure de son corps est ronge. Enfin, ses cheveux sont châtains , et son thyrse est orné de ruhans verts. Nous avons eu occasion de dire déjà que la panthère (ttxvO/.p, Ilavô; f)v;'p, la béte de /'«//) (y.) était rangée parmi les attributs de Bacchus. Et il paraît même qu'on représentait souvent ce dieu versant du vin à son animal fil vori (')). C'est à peu près le sujet de cette peinture. Le vase que tient Bacchus sera cette coupe à deux anses que lui donnent les poètes, et qu'ils appellent à;j.oop£u;(4.).

Cinq oiseaux, qui formentautant de fragments, ont été rassemblés dans la vignette. On reconnaît deux paons et un aigle; les deux autres sont posés sur de petites branches, et il est difficile de leur assigner un nom.

(l)CliiU(iioii.^e Mail, cona., ;tO.'>, {',]) Siiumaise, loc. cil.

etS^î7/c, III. ;ii,';. (i) Tzptzès dans Lycopliron,

(2) Saumaise, £■.!•. PL. p. I i!). v. 27.']; /6/V/.. Meursius.

120 PEirvTL'RES

PLA^^CHK 32.

Ariane se réveille sur le rivaj^e de File de Naxos, surpiise de ne pas trouver à ses côtés l'uigrat Thésée , qui vient de rabandonner. Elle est assise deiiii-iuie avec de larges anneaux d'or aux bras, des pendants aux oreilles, etun beau collier orné de grosses perles. Un petit Amour ailé se tient debout devant elle. De sa «nain droite il cache ses yeux, ([ui semblent verser des larmes, et sa main gauche porte un arc sans corde et des flèches. Une femme ailée et coiffée d'un eas([ue s'appuie avec la main gauche sur l'épaule de l'amante délaissée, et lui montre du doigt avec la main droite le vaisseau de Thésée (pii s'éloigne à force de rames et de voiles du rivage de l'ile, sur le(|uel on a laissé par oubli un gouvernail. La peinture reproduite par cette planche a été trouvée aux fouilles de Civita , le y.o août i ']'>'].

On a saisi parliiitement l'intention de l'artiste dans l'Amour dont l'are est rompu , et dont le visage est rempli de tristesse. 11 pleure de douleur et de rage son inlluenee perdue, le mépris et le dédain de Thésée. Son arc est désormais une arme iiuitile, dont il n'a plus que faire. Au reste, cette forme a été cjnployée d'autres fois parles artistes; et Ovide, pleurant la mort de Tihulle, ce poëte si doux et si voluptueux, a dit :

Kccp puer Yencris Ceit cversaiiiquo pliarolram.

l'F, INTUHES . '( tr/i f( e

k-imxzi.^].

Ad B.'L.l.-f JfJ ^t^.-

Et fractos arcus, ot siiio luco lactyii. Excipiunt hicryiuas sparsi per colla capilli, Oraque singultu concutiente sonant.

« Voici que le fils de Vénus porle son carquois renversé, son arc rompu « et sa torche sans flanniie. Des larmes mouillent sa chevelure qui inonde « ses épaules ; et sa bouche ne fait plus entendre que des sanglots. »

Mais si la figure du petit Amour ne laisse aucune prise au doute et à la discussion, on ne saurait en dire autant de la femme ailée qui s appuie sur l'épaule d'Ariane.

Est-ce Minerve, qui est déjà venue avec Bacchus engager Thésée pendant son sommeil à délaisser son amante (i), et qui maintenant console Ariane en lui annonçant que Thésée s'est conformé aux ordres de Bacchus, et que ce dieu l'épousera bientôt? ^linerve était adorée à Athènes sous le nom de Nice , Victoire, et sa statue avait des ailes d'or (a).

Est-ce la \ictoire elle-même, les ailes an dos et le ci~ mier entête, que le peintre a voulu représenter ici, pour nous faire comprendre que ce qui fait le plus de mal à Ariane , c'est le souvenir de la victoire de Thésée contre le Minotaure , souvenir qui accroît à ses yeux l'ingratitude de son amant ?

Est-ce Diane ([ue Bacchus a envoyée soit pour consoler Ariane (3), soit pour la punir de ce qu'à son arrivée dans l'île de Naxos, elle a profané le temple de cette déesse

{\)l'rod., in Chrestom., p. di^\}. (3) Homère, Odijs., XI, v. 220

(2) MeursiuSjtcc/. ad., I. 20. cl suiv.

2" Série. — Peintures. 10

li>2 PEINTURES.

fu s'y livrant aii\ transports de Thésée (i) ?Les ailes conviendraient à Diane au moins aussi bien qu'à Minei've(a). Est-ce Vénus qui rappelle à Ariane tout ce f|u'elle a fait pour Thésée, et qui accroît sa douleur par des souvenirs d'amour et de volupté ?

Ah ! niiseram ! assiduis qiiaiu liiclilms oxleiuia\ it Spinosas Enjcina serons in pectorp curas (.'3).

« A! mallipurouso ! Vénus la rendit insensée en lui faisant entendre des « plaintes continuelles, et en semant dans son cœur des soucis épineux. »

Est-ce INémésis, la vengeresse des offenses et surtout des torts des amants? « Cette déesse, dit Pausanias (4), « estla plus implacable des divinités qui se chargent de « venger les offenses des mortels. Chez les habitants de « Smyrne, ses statues avaient des ailes; sans doute pour « in(Ii([uer (pie cette déesse, aussi bien que le fils de « Vénus, s'occupe particulièrement de querelles d'a- « mour. » Le gouvernail que l'on voit sur le rivage se rapporterait alors à Némésis, dont il est (juelquefois un attribut distinctif, comme il l'est aussi de la Fortune (5).

Enfin, ne serait-ce pas ia personnification de la pensée d'Ariane, ou des soucis poignants ([ue l'ingratitude du ieune Athénien fais;iit naître dans le cœiu- de l'amante

(l)Eustathe, sur Homère. (i) l'ausanias, I, .i.'t.

(:2) Tausaniasj y. l'J. (3) Montfaucon, 1. 1, p. 11, lili. 11 .

(3) Catul, de i\upl. l'el. et Tliel. cap. 8, § 2.

al)aiKloniîée? Horace (i ) n'appelle-t-il pas les soucis, cnrœ volantes, ociores ccnùs, octores Euro, les soucis vo/aiits , plus rapides que le eerf, jjIus rapides que l'Eurus ('2) ?

Le cœurd'Ai'iane nousa été révélé par Catulle avec une hardiesse etiinaljandoii pleins de charmes : « Je t'ai sauvé (c bien sur du milieu du gouffre de la mort; et j'ai mieux (i aimé perdre mon frère que de manquer à toi, trompeur, « dans ce moment suprême. Pour cela, je serai donnée à K manger aux bêtes fauves et aux vautours ; et, morte , je u ne serai pas ensevelie dans la terre. Quelle est la lionne K qui t'a engendré SOUS une roche solitaire , toi , qui réc( compenses ainsi ceux qui t'ont conservé la vie (3)? »

Le vaisseau de Thésée avait des voiles noires quand il quitta les rivages de l'Attique, et il avait été convenu entre Egée et son lils, ([ue , si celui-ci retournait vainqueur, les voiles noires seraient remplacées par des voiles blanches; tandis que s'il succombait dans son expédition périlleuse, le navire rentreraitdansleport d'Athènes telqu'il en était sorti, c'est-à-dire avec les insignes du deuil et de la douleur. Thésée et ses compagnons oublièrent ce qui avait été convenu entre eux et le malheureux roi d'Athènés; et quand Egée aperçut du rivage les voiles noires du navire, il se précipita dans la mer pour ne pas survivre à son fds chéri, qui revenait triomphant auprès de lui. Peutêtre bien la femme ailée, <|uelle <|u'elle soit, Minerve,

(1)11, Of/. XVI. (;j)(;iiiuii.. loc. cil.

(2) Hyfîiiius. i'ab. -2-20.

Diane, Néniésis,('tc., console-t-elle Arianeen lui montrant les voiles noiresdu vaisseau, eten lui disant que Thésée sera puni de son ingratitude par la mort deson vieux père(i).

Le navire que Thésée avait choisi pour se rendre eu Crète avait trente rames. On le conserva à Athènes jus- (ju'au temps de Démétrius de Plialère; il est pourtant vrai de dire qu'il avait été radoubé tant de fois, que les philosophes de l'antirpiité s'exercèrent à résoudre un problème qui consistait à savoir si ce vaisseau était bien encore le vaisseau de Thésée (2).

Cinq oiseaux, un aigle , deux paons et deux autres oiseaux moins caractérisés forment le sujet de la vignette.

C'estencore Ariane qui a fourni le sujet de ce tableau. L'amante délaissée dort paisiblement sous une tente qui préserve son corps à demi nu des intempéries de l'air et de l'ardeur du soleil. Sa tête, appuyée sur un oreiller blanc , est ceinte d'une bandelette de même couleur. Ses bras, oi'nés de deux bracelets, sont posés avec grâce, le droit sous la tête, qu'il semble soutenir, et le gauche sur son lit. Le dieu Bacchus, couronné de panqore et de raisin, vêtu d'une longue draperie rouge, et chaussé

(1) Catitll., loc. cil. consullps sur la loi (il. de Roi riti-

(2J Plutarque, in Thés. Lesjuris- die.

de cotluiriies qui montent ;i mi-jambes , s'avance conduit par l'Amour. Il est accompagné du vieux Silène , qui tient le thyrse eu main, et suivi de loin par une troupe de Bacchantes. Un satyre, le dieu Pan peut-être, découvre la jeune femme, dont les charmes^^xcitent l'admiration de Silène et l'enthousiasme de Bacchus qui, au raport de Nonnus (i), conçut à la vue d'Ariane une surpiuse mêlée d'amour, ^

uTTvaÂeriV ôj

'AOpi^ija; Aiôvudo; lpy)u.ai'r,v 'ApiotSiriv

Le petit garçon ailé attire Bacchus d'inie main, et de l'autre luimontre les beautés de la jeune femmeendormie. La physionomie du Faune , placé derrière un rocher, est empreinte d'ironie, et exprime en même temps les idées lascives que fait naître en lui cette scène voluptueuse.

Ce tableau, outre le mérite de la composition et de l'effet, est précieux encore en ce qu'il révèle l'intention de l'artiste avec tant de netteté, de justesse et de précision, qu'il ne peut fournir aucun prétexte aux doutes et aux interprétations diverses des archéologues et des érudits. La pompe de Bacchus est indiquée, à ne pas s'y méprendre, par la corbeille mystique placée sur la tête d'une des Bacchantes, et par les deux flûtes, dont joue une de ses compagnes. Ledieu lui-même ne pouvait être personnifié

(i) Nonnus, Dionys., XLVH, v. 271.

avec plus d'esprit et de vérité. Le vieux Silène est bien représenté tel que nous l'avons toujours conçu : (ipa/jv,

irpscÊ'jTViv , .ÛTCOTTayuv TvpoYa^Tijpa , pivfji7ij;/jv , UIL Vieulai'd COllI't , gros, ventru, avec /es/Kiri/ws écartées (i). Le petit i!;énie est encore ici un sMubole très-animé de la Passion. 1 ai lubricité du Satyre, qui appartient au cortège deBacchus, se révèle dans l'action que le peintre hii a prêtée, et aussi dans son attitude et dans le mouvement des traits de son visage. Enfin, dans un sujet qui se rapporte à lîacchus, une tente doit indicjuer le mystère de ses orgies.

Un aigle et trois autres oiseaux sont représentés dans la vignette qui complète cette planche.

Le récit tlu délaissement d'Ariane était si populaire chez les anciens, que, s'il faut en croire Philostrate (a), les nourrices s'en étaient emparées pour orner la mémoire de leurs nourrissons. On l'a déjà vu représenté dans plusieurs planches de cet ouvrage. Il fait encore le sujet de celle-ci. Seulement, on remarquera ijue la même aventure a été exprimée avec des formes et des circonstances différentes. Cela tient sans aucun doute au peu d'accord qui règne entre les mythologues anciens dans les récits qu'ils ont faits des événements de la Fable. Les circonstances

(1) Lucien, in liaicho. (2) I-, lin., XV.

PKIKTnif, s

2'. Série

AdJl.V.ï.PoL

A -mviP,-.;

DKUXIK.ME SKRIE. 127

eu sont racontées par eux de diverses manières, et, autour du mythe principal, toujours relii^ieusement conservé, ils ont disposé à leur guise tout ce ([ue leur imai^ination pouvait produire de plus gracieux. De toutes les peintures ([ui se rapportent au même fait , celle-ci est peutêtre la plus simple.

La jeune femme a les cheveux en désordre. Son cou est orné d'un collier, et ses bras de bracelets d'or. Des anneaux de même métal, que les anciens appelaient rafi<jy.ù.iSi<; (i), periscelides {-i), et compedes (3), entourent le bas de ses jambes. Elle se soulève dedessusson lit, où l'on remarquei'a le nombre et le luxe des coussins (jui soutenaient sa tête et ses épaules (i). Le raffinement des Romains dans l'arrangement de leurs couches avait été poussé si loin , que les draperies de pourpre et les tapis des hides étaient supportés par des lits à pieds d'argent; et que Juvénal s'écrie :

Credo pudk'itiani Satunio rege niuriit;iiii

In terris

Silvestreni niontiina torum quuni stcrneiet uxor Frondibus, et culiuo, viciiiaïuiiique feraruni Pellibus

Comme on le voit, le satii'ique romain pensait que la pudeur ne pouvait exister que sur des lits de feuillage,

(l)Pollux,II,,Se. lUi; Se. KHI. (i) AiUicliilà di Ercolaiio, t. II,

(2) Horace , 1, Episl. 17. p. 88, ii. 8.

(3) Pline, XXX, 12.

coiivi'i'ts (II' peaux (k- l)èt('s. Ivacouclu' cl Ariaiu' est abritée par un rocher escarpé.. Les flots de la mer viennent mourir à SCS pieds. Aussi paisibles, aussi calmes que le cœur de la jeune feunne est triste et ai^ité,ils send)lent respecter son émotion et sa douleur. Une draperie I)lanche laisse à découvert le haut de son corps et le bas de sesjandîes. Thésée est flt^uré peut-être ici dans l'iionnne c[ue l'on voit attentif à diriger le vaisseau dont on distingue parfaitement d'ailleurs les voiles, lescordages, la poupe avec ses ornements , et les deux gouvernails. Les anciens faisaient manœuvrer leurs vaisseaux au moyen de deux gouvernails, et quelquefois plus. Les Carthaginois ne s'en tenaient jamais à un seul, aussi employaientils toujours deux pilotes (i). Pour ce qui concerne les diverses parties des vaisseaux chez les anciens, nous renvoyons aux auteurs cités en note (2).

Quatre fragments entrent dans la composition de la vignette. Dans le premier, on voit un oiseau becquetant tnie grappe de raisin. Dans le second, un antre oiseau et des plantes. Dans le troisième, une espèce de griffon à face humaine, et avec tnie barbe. Kniin, dans le quatrième et dernier, un Pégase ailé.

( 1 ) .Klian. , V. II. , IX, iO ; Tacilp, Isidore , Véi,'èco , Pollux, I , Sr. !)() ;

Ann. Il, (i ; Scliplïcr, de Mil. nav., I, Hyginus, Astr.,poct.,\\\, 3."i; Eiisla-

(i;ll,'2l. the, Odijss.,\\V(:{\v\w ,cap.~r,t.

(^2)Sclicnrr, (■/r,)///.'/i^»-.,II;siiint

2? Série

Ad'H. V, S P 131

S A^K*-' {Kn-cy.

2"' Se ne

t //v<ïv-//^dU- .

DEUXIÈME SÉR.1E. 129

C'est encore Ariane quia inspiré l'auteur de cette peinture. On la voit ici demi-nue et couverte jusqu'au buste par une draperie blanche. Ses cheveux déliés tombent sur ses épaules, qu'elle appuie sur un coussin d'une demiteinte noire. Son front est orné d'un ruban blanc. On aperçoit en pleine mer le vaisseau de Thésée qui fu t avec toutes ses voiles, et sur le rivage un petit Amour, qui pleure et tient son arc débandé en signe de défaite. Le carquois attaché sur son dos paraît dépourvu de flèches.

Le fond de ce tableau est un ciel. Il est enfermé dans un cadre qui se compose d'une bande noire et d'une autre jaiuie.

Les deux sujets qui complètent cette planche sont sur fond jaune et ont des cadres bleus à filetsbiancs. Sur le fond jaune se détachent deux petites surfaces semicirculaires peintes couleur d'eau, avec des, poissons coloriés au naturel.'

Ce tableau a pour fond un ciel. Il est entouré d'un cadre composé de trois bandes, une intérieure noire, une 2' Série. —Peintures. i7

130 PEINTLIRKS.

extérieure jaune, et une intermédiaire blanche. Un jeune homme est assis sur un roelier au ])ord d'une fontaine. Une draperie roufije cache une partie de ses cuisses. Sa main droite est armée de deux javelots de chasse. On donnerait à cette figure le nom de Narcisse, si le bâton noueux, ou la massue appuyée sur le rocher ne rappelait Hercule, qui, dans sa jeunesse, exerçait son courage aux périls de la chasse et combattait les lions. La massue, dans les monuments anti(|ues, est exclusivement consacrée à caractériser les héros. Cette idée semble exclure tout à fait le souvenir de Narcisse, qui cependant, comme chasseur (i) et comme ])erger(2), peut revendiquer cette arme puissante.

Cette peinture peut se rapporter encore à la jeunesse de Thésée, ou à celle de tout autre héros.

La vignette placée au-dessous offre un paysage, avec un ciel , un lac, des tours bâties sur les bords, et divers oiseaux aquatiques.

Le sommeil d'Kndvmion est une des plus gracieuses fictions de la Viable. Le bel adolescent avait osé élever ses désirs jusqu'à la leine de l'Olvmpe, et Jupiter punit

{i) X('noph(in, de Ymat., p.OSi. son Scoliaste et Wartnn ; Aiitho (2) Tliroiiitc, Itl. IX, -2:i- Mil. lojiie, IV, 22 , /;>;. .M et iO.

2"« Séné

A iH V 3, P. S7.

— ( ) i I I I 6 Pouces

1 I 1 '■'ei

DKUXIKMK SIJUi:. 131

sii témérité eu l'affligeant d'imsoiunieil éternel. Depuis, l 'amant malheureux a tou jours dorm i , et il dort encore ( i ) . Heureux danssonint'ortune;eartoutesIes nuits, laLune, Pliœbé, la belle immortelle , au lari^e manteau, tocvûttc- -Vj; {:>) , se revêt à la liàte d'uni' (lra|)erie rouge qui, soulevée par le Zéphyr, laisse apercevoir ses charmes ; timide et modeste, elle s'avance sur la pointe des pieds,

i~ ax.pcov Tiôv hfXY.-'JXwi [isê-zj-ituia , <'o; av ^rr, àvsypo'iy.EVfjç s/.TapayÔst'/i ,

de peur de le réveiller ('5). (,)iii la détourne ainsi de sa course silencieuse? Qui l'arrache à son palais enchanté;' C'est l'Amour, dont la voix irrésistible a autant d'empire sur les dieux que sur les simples mortels. Le fils de Cypris preiul Phœbé parle bras et la conduit vers Endymion. La belle déesse voudrait en vain résister... Elle ne peut pas, elle va, et, l'objet de sa passion, elle le trouve reposant à l'ombre d'un arbre, tout un et rejetant loin de lui luie draperie rouge tlont il n'a ([ue faire. Peut-il croire, lui-, simple pasteur , /'///^///tvw,

I'lv5ua((i)v oi Tiç i^v ; &ù [iouxoÀo;; ovt£ }LcXâva U'j'jxoXî'ovTK OtXo(CÎV (I) ...

que la "Lune descend de sa sphère céleste pour le visiter pendant son sommeil ? Peut-il savoir combien il est beau avec ses cheveux tombant sur ses épaules, et s'échappant

(I) Giroron, TuscuL, quast. 1; (û) Orphée. Hyi)meàlalu?ie,\.[0.

0\\th\ Lpiat. Saph., v. i)() ; Théo- {'J) Lucien, Dial Vcner. et Lun.

(■rite , lil. lll, V. U». (l) Théocrite, Ici. XX, 37.

132 l'KIM'URKS.

en désordre i\i\ ruban qui lui ceint le front, et son bras qui retient à peine les deux dards qui lui servent de défense? Oui , il est si beau que Phœbé l'aime, tout pasteur, tout l)ouvier fju'il est, firjwoleVjvTa (piXa^ev. Kt c'est là le châtiment d'Kndymion! Combien il doit bénir la main qui l'a frappé ! Car il ne pent s'avouer son infortune , lorsque la Luii.>, qui le croit endormi, le couvre de ses caresses et reçoit les siennes avec ardeur (i).

ZaXwTÔç (jicv Êaiv o tÔv àrpoTTOv Ûttvov îautov 'EvSuuî(i)v (i).

« Je porte envie à Endymion qui jouit d'un sommeil éternel, » dit Théocrite. Enfin on a eu pitié de la Lune amoureuse d'un homme endormi et privée de son regard, et l'on a dit ([ue leSommeil accorda aux supplications de Phœbé qn'Endymion put dormir les yeux ouverts (3). Il paraît anssi que cette union fut des plus heureuses, car les deux amants donnèrent le jour à cinquante tilles Ç\). Sur la tète du beau jeune honnne endormi on aperçoit le croissant de la Lune. Ce détail est encore une de ces fictions ingénieuses, et quelquefois lui peu forcées, que les peintres anciens mettaient en usage. Il paraît cependant que dans cette circonstance l'artiste a été l'organe d'un préjugé des païens, qui croyaient que si la Lune

(1) Cicéron , TmcuL, quœsi, 1; (3) Athénée, XIII, 2, p. SGf.

Tliéociitp , Id., III , V. ii). (i) Pausanias, VI.

(2)Tliéocrilo, hl., III, v. -4if.

l'K. IXTlIiKi!

ISUluJuCd^ r,

i dBTE- Ijly-.

ïî A. m (S El

Qyia/'c^M

DKUXIÈMK SÉRIE. 133

n'était pas toujours visible, c'est qu'elle allait visiter Eudymion.

Nous avons rapporté toute la partie poétique des amours- de la Lune et d'Endyniion. Mais au fond des mythes il y a toujours une valeur et une signification. Le Scoliaste d'Apollonius (i) s'est chargé d'interpréter celui-ci, et il l'a fait ainsi : Endymion était un chasseur ([ui dormait pendant le jour, et sortait de sa demeure à la nuit, lorsque les hètes quittent leurs tanières et vont au clair de lune chercher leur nourriture. Ses compatriotes, qui le trouvaient toujours endormi, inventèrent la iàble de son sommeil éternel. L'on a dit encore qu'Endymion fut le premier hoiiuue qui s'occupa d'observations astronomiques; et que, comme la Lune surtout était le sujet de ses études , il veillait pendant la nuit, et dormait pendant le jour ; ce qui aurait donné lieu aux fables et aux inventions des poètes que nous avons rapportées plus haut (il).

La vignette renferme cinq fragments. Au milieu un vase en verre rempli de cerises, et sur les côtés, quatre paons peints avec leurs couleurs naturelles.

La fable de Narcisse est très-coiuiue. Elle est la même

(1) Sroliaslp d'Apollonius, IV, :2C)i; !?coIlastedc Théocrite,/(/.,III^ V. o". V. i'.l ; Nonrius , XLI , 31'.) ; l'iiiic ,

(2) Scoliaste d'Apollonius, IV, II, it; Fulgentius, MythuL, II, I'.l.

134 l'KliNTIJUES.

dans tons les nntenrs anciens, historiens on poètes, qni l'ont rapportée (i). C'est tonjonis un jennc hoinnie (pii aperçoit son image dansl'ean dniie fontaine, admire sa propre beauté, devientamonrenx de Ini-mème, menrt consumé par son étrange passion, et se métamorphose en nue fleurqniprend sonnom. On voitici \v bel adolescent eonronnéde fleurs et languissamment app^l^é avec sa main gauche sur le rocher où il est assis. Son bras droit retient avec peine une lance; une petite draperie rouge convre nue partit" de sa cnissc gauche. 11 regarde avec auu)nr la réflexion de son image dans la source qui coule à s(.'s pieds, et nnjietit Vmonr en plenrs tourne sa torche vers la terre en signe de ti'istcsse et d'infortune. Cette fiction ulIégori(jne exprime ici ou la ]>assion malheureuse, ou la mort prochaine de Naicisse. Cette peinture, sur fond bleu deciel , est entourée d'ini cadre formé par une l)ande noire, un filet blanc et une haiulc jaune. Le sujet qu'elle représente est reproduit dans les planches suivantes, sous des formes à peu près semblables. Il a d'ailleurs inspiré un grand nombre d'artistes, et les arts lui doivent plusieurs monuments remarquables (-i).

(!) Ovido, Me'., Ht, i02 ot suiv. rausaiiias, IX , ;tl.

toc.cit.,\.:U(y,Ttmrs, Cliil.,\,S); (-2) l'iiilostrato, I, Im. •2;i ; Callis-

IV, 1 1!) ; Liirien, Y. H-., II, 17, ot Iratp, Slal. V, Mus('p de lloroiicc,

C//rtn,:2't;C()non, /N'sr.'iidansPlu)- t. Il, pi. 36, (n.) 2; Wiiiki'linaiin,

tius; Ausonc, I-ipif/r. ilO. !)" ; Slare, Mon. Aîtt., t. I, pi. -2ï. m, Silv. IV, II, et Thrb.XU, .'tiO;

P li I N T U K K S

2? Série .

J-SoutrJi^f,dfl ft .

\ 6 Fouctf!

C ^ /trr ///// rr'/i .

Le jeune honiine que l'on voit ici endormi sur luie pierre au pied d'un arbre paraît être un chasseur qui se repose de ses fati<>ues; on en juge à la lance dont il est armé,

lato venabula ferro (I),

à ses bottines bleues (2), à la disposition de la draperie rouge qui tombe sur ses épaules et lui laisse la liberté de tons ses mouvements, enfin au chien qui est près de lui et semble protéger son repos. On pourra aussi donner à ce beau dormeur le nom d'Endymion, dont les amours avec la Lune avaient pour témoins les vieux chênes des forêts de Latmo.

V); en vuv Tiep

L'attitude de cette figure est facile et pleine de grâce. Le bras droit est nonchalamment posé sur la tête , qui se laisse aller sur l'épaule gauche; tandis que l'autre retient la lance et porte sur un appui plus élevé que celui sur lequel est assis le jeinie chasseur.

(l) Virfjile, .7:«., IV , I.JI. (3) O. Calabms. X, 131.

(^) NeniPsiaiuis , Cijneg., v. !li).

Le fond est un ciel avec une indication de paysage, La frise de la vignette est formée, en dessus et en dessous, par des ornements jaunes, sur les côtés par deux figures ailées qui se terminent en arabesques , et sont supportées par deux petits boucliers , dans le milieu desquels on distingue une espèce de figure. Le fond de toute la frise est blanc; les troncs d'arbres, le terrain et les animaux sont peints au naturel.

Ce tableau sur fond de ciel représente une figure au milieu d'un paysage borné par de petites collines, peint avec xuie gradation de teintes assez, bien sentie, des rochers rougeâtres foncés, uji arbre et des plantes decoideurs naturelles. La figure est encore un Narcisse. Il est couronné de feuillages, ses cuisses sont voilées en partie par une draperie rouge ; il tient dans sa main droite deux lances qui lui servent sans doute pour lâchasse; ses sandales sont couleur de cuir. Enfin il est assis sur un rocher d'où sort un ruisseau qui l'éfléchit son image.

Nous retrouvons encore Narcisse dans cette peinture. Ses cheveux blonds sont couronnés de fleurs, et il dé-

l'Kl.VTURES.

^Vi.yci,

AiiH.VSP^ÎiÇ)

A,' R.uiihnÂ^ tlJC

o roaces

couvre son corps pour pouvoir eu contempler toute la beauté clans l'eau qui coule à ses pieds. Son admiration passionnée semble assez bien exprimée dans le mouvement (pion lui a donné, et l'idée qua eue l'artiste de le représenter se débarrassant des plis de la draperie rouge qui le couvre, paraît assez heureuse. On croit le voir tel que l'a imaginé Ovide ;

Adstupet ipse silii, vultiique immotus eodem Hitrel, ut e l'ario formatuni inarmore signuni (I).

Enfin un Amour aux cheveux blonds et aux ailes vertes le regarde et éteint son flambeau. Le fond du taljleau est bleu de ciel; les rochers et l'eau sont peints au naturel; le tout est enfermé dans \\n cadre noir avec des filets blancs.

Deux fragments à peu près semblables forment la vignette. Dans le premier l'on voit un petit autel, un paon, vuie corbeille recouverte d'une étoffe blanche et vnï bâton ou un roseau posé en travers. Dans le second on distingue deux autels, un aigle, un foudre rougeâtre,un vase sphérique de couleur bleue avec une guirlande verte et un bâton noueux ou un roseau de couleur jaunâtre. Les objets rassemblés dans le premier fragment paraissent appartenir à Junon (.'î). Ceux qui sont représentés dans le second conviennent à Jupiter Tonnant (3).

(I) Me/., III , ils. (3) Antichilà di Ercolano, t. Il,

(2)Pausanias, 11, 17. p. 331.

2' Série. — Peintures. 1 8

PLAiNGHE 42.

La déesse Néphélé s'unit à Atliamas, fils d'Éole, et donna le jour àHellé et à Phryxus. Indignée de l'infidélité du père de ses deux enfants, elle retourna dans l'O- Ijmpe, d'où elle envoya un fléau qui désola le royaume d'Athamas. Un oracle fut consulté , comme cela arrivait toujours en pareille circonstance, et le messager qui rapportait sa réponse s'étant laissé gagner par Ino, rivale de Néphélé, annonça que le ciel demandait la mort d'Hellé et de Phryxus. Les intrigues d'Ino furent révélées au jeune prince et à sa sœur par un bélier qui prit une voix humaine, leur pi'êta le secours de son dos et les emporta sur les flots. Hellé, pendant la traversée, tomba dans la mer, qui prit son nom et fut appelée Hellespont ; et Phryxus arriva en Colchide, où il immola le bélierqui l'avait sauvé. Néphélé aurait vengé sa fille par la mort d'Athamas, ([ni allait être sacrifié à Jupiter s'il n'eût été délivré par Hercule (i). Cette fable a été racontée diversement par les auteurs anciens (2) ; mais il est un point sur lequel ils s'accordent tous, c'est la chute et la mort d'Hellé dans les flots de l'Hellespont. C'est aussi tout ce (pi'il nous importe d'établir pour l'explication

(1) Colonna, Fragments d'En- (2) Ovide, Fast., III, 802et suiv.;

nius, p. 2G;J ; le scoliaste d'Aristo- Hyginiis, Fab., I, II et III; Asir. pliane, Amcw, v. 25G. Poei., II, 20.

2™' Série

A.i'H V. 3, P 2 5 I I I I 1^ ?ouce8 ,

s'ss'^sifi S'a? ssaai

de cette peinture. Ainsi nous ne nous arrêterons pas à chercher le degré de vérité auquel on doit élever cette aventure, fabideuse selon les uns , historique selon les autres (i); à fixer le point géographique de la mer où Hellé fut submergée (2) ; à choisir entre toutes les explications que l'on a voulu donner de l'intervention du bélier, qui, à en croire Diodore et les scoliastes d'Apollonius (3), était tout simplement un vaisseau appelé le Bélier, ou un homme nommé Crios, c'est-à-dire Bélier (4) ; ni à 1-attacher lafajjle du bélier de Phryxus, immolé en Colchide , à celle de la Toison d'or, cause de la célèbre expédition des Argonautes (5) ; ni enfin à décider si l'animal généreux qui sauva les enfants d'Athamas prit sa route à travers les plaines de l'air ou dans les flots euxmêmes de l'Hellespont (G), et si l'auteur de cette peinture a heureusement tranché la difficulté.

Nous ne verrons ici simplement que la représentation heureuse et animée d'un mythe dont nous n'étudierons pas le sens, et nous n'apprécierons d'autre vérité que celle

(I) Palpph., cap. ;JI; Tzetzès ad Poet., Il , 20; Eschyle, Pers., 747;

Lycopli., V. ^î'î; Uiodorp, IV, 17; les Lucien . Dial. Nept. el i\'cr.

scoliastes d'Apollonius. (;j) IV , Il ; les scoliastes d'Apol-

(-2) Ovide, Episl. XVIII, 130 et lonius, I, v. 256.

suiv. , et Epist. , XIX , I "2 i et suiv. ; ( i) Tzetzès, loc. cit., Diodore, loc.

Valerius Flaccus, Air/. III, 7 ; Xéno- cit.

phoa,IV,//e//e/(.,p. l-i8;Wesseling, (5) Hypuus, Astr. Poel., II, 20.

Itinerar. Anlonin., o3i ; Pline , IV, (6) Lucien , de AstroL, et ci(a(.

1 1 ; Martian. Capella, IV, P. .V. , 2 17; flkd.; Pliilostrate , II , Im. XV ; S.

Hérodote, VII, 31 ; Isanc Vossius, ad Augustin, C. D., XVIII, 13 ; Stace,

Mêla , I, 1, p. 5.58 ; Hyginus, Astr. Ach ., I, 2i.

de la peinture , d'autre mérite que celui du dessin et du coloris. La fii-ure d'Hellé est remplie d'expression et de mouA'ement. Sa carnation est délicate, ses cheveux dénoués sont trempés par les flots; elle est vêtue d'une tunique verdàtre et d'un manteau jaune. On ne voit que la partie supérieure de son corps; le reste est caché par la mer. Sa Ijouche ouverte et son ])ras élevé vers celui de Phr\\us réclament du secours; Ton croit entendre les cris de désespoir et apercevoir les derniers efforts de la jeune fille qui se débat entre les, bras de la mort, Phr\xus a une carnation bronzée; la partie inférieure de son corps est cachée par une draperie d un rou2,e vif bordée d'un bleu très-clair. Son attitude est naturelle et très-animée. Il étend un de ses l)ras pour secourir sa sœur; il se retient avec l'autre au cou du béliei-. La laine de l'animal est blanche, et le peintre a méconnu en ceci l'autorité d'Apollonius (i), qui prétend que Mercure avait donné une toison d'or au célèbre bélier d'Hellé et de Plirvxus. Il a résolu d'une manière ingénieuse la question longtenqis débattue entre les érudits anciens, en représentant le bélier fuyant, les pattes de devant dans les airs et celles de derrière dans les flots.

Enfin, de chaque côté delà peinture, et dans le tbnil, des dauphins nagent à fleur d'eau.

Et circuni ai'gento clari delpliiiios in orI)oni ^^îquora verrebant cauilis, a'stunique secaliant ('2).

(1)11, 1117. (i>) Virgile, .£««■(/., VIll, 674.

l'EINTURKS

Peut-être ont-ils été placés ici pour indiquer le lieu de l'aventure : car les dauphins abondent dans le détroit des Dardanelles (i), et ils figurent sur les médailles des Byzantins.

jNIercure avait des ailes aux talons (a) et à la tète : Flavis crinibus usquequnque conspicuus ; et iiiter comas ejns aiireœ pinnulœ cognatione simili sociatœ prominebant (3). Cependant, dans la plupart des monuments antiques (4) qui nous ont transmis l'image de ce dieu, ses ailes ne tiennent pas à sa tète, entre ses cheveux, comme lèvent Apulée, et comme on le voit dans le tableau l'eproduit par cette planche; elles sont seulement attachées àsonpétasus.De quelque manière qu'il soit disposé, cet attribut est le plus caractéristique de tous ceux qu'on prête à Mercure, et il nen partage les honneurs qu'avec Zéthès et Calais, fils de Borée et d'Orithye (5), et Persée qui n'en est gratifié quelquefois que parce qu'il avait emprunté ses ailes au messager des dieux (G). La conclusion que nous devons tirer de ces faits, c'est qu'une des deux figures de ce tableau, celle qui a des ailes aux pieds et à la tète, devra représenter un des en-

(1) Pline, XXXIII, 1 1 ; Pliilos- (i) Montfaucon, t. p. I.pl. LVIII,

trate.I, l3;Begcius,7"/i./f/-.,p. 4S8. ii. .!, pi. LXX, n. 3, et LXXVI, n. \.

(2)Hyginus,/'o6.(Ji,etFulj,'Ciice, (.'.) Hyginus, lab. XIV et XIX.

I, 10. (<i) Hyginus, Aslron. Poel.,\\, 12.

(3) Apulée, Mélam., X.

fants de Borée, ou Persée, ou Mercure. La verge, qiiern caduceiim é-f virgula Mercurium indicahant (i),se rapporte plus partieulièrenieut au dernier des personnages que nous avons énuniérés; et l'on sait que le caducée, qui distinguait le messager des dieux, fut primitivement une verge, autour de laquelle on entortilla plus tard deux serpents. Il est vrai dédire aussi que l'épée semble placée assez mal à propos à son côté. Et si l'on ne ti-ouvaitdans les auteurs anciens que Mercure èTriysto; (a), ou yGovio:, ou vJyio; (3), c'est-à-dire le Mercure de la terre, des ténèbres, de la iuiit(4), est souvent confondu par eux avec la 3Iort (5); si Euripide ne nous avait montré ce dieu armé d'une épée et se disposant à couper le cheveu fatal de la tête d'Alceste :

'Ispô; yàp oCixoi; twv y-arà /Oovô; Gewv "Otqu tÔS' hciP^ xpaTÔç aYvîaEç Tpîj^a (6) ,

on aurait eu ])ien de la peine à établir un rapport quelconque entre Mercure et l'épée à poignée d'or posée à côté de lui sur le rocher où il est assis.

On lui a donné une carnation bronzée; sa draperie, ([ui descend sur son dos et cache une partie de sa cuisse

(1) Apulée, DIétam., X. Eusiathe, //. V, 73.

(2) Lycophron , v. (180; (7;/^/. {^) Escliyle, cit. loc, v. (i"20; Tzetzès. Spanhoim ad Callini., H. in Dian.,

(3) Eschyle, Chocp/i., v. 7-2o. v. (ilt, p. 77.

(i) Aristophane, Gren., v. Ii:.7, (<'•) Euripide, Alccsl., v. 75.

11G9 et 1175; ibid. les scoliastes ;

gauche, est ci'anioisie; ses cothurnes sont gris. Il soulève avec sa main gauche la draperie couleur de laque qui voilait la nudité d'une jeune femme assise près de lui. Elle s'appuie sur son épaule avec une expression d'amour et de langueur; elle a sur son front un diadème d'or, à son cou un collier de perles et à ses oreilles des boucles qui sont aussi de perles.

Les ornements de cette figure et la couleur delà draperie dentelle est vêtue rappellent aussitôt la Vénus d'Homère : 7p'jcw -/.ow.rOjîca (piVj|7.[z£i^/,5 À<ppo^t-/i (i) ; et la présence de Cypris sera d'autant plus naturelle ici que les philosophes païens se plaisaient à unir Mercure à \ énus : Venerem sine Mercurii prœsenda nihil unquam egissc (u); pour exprimer sans doute qu'il n'y a pas de volupté pai'faite, sans le plaisir et les charmes de la conversation (3). On peut encore se rappeler à ce propos que les poètes formaient de l'Amour, de Vénus et de Mercure une espèce de trinité (4), et quelepèie deCupidon, suivant certaines traditions, n'était autre ([ue Mercure (5).

Ce dieu avait eu aussi des relations amoureuses avec Proserpine, Mercurii ohscenius excitata natura traditur, quodaspectu Proserpinœ co?r/motus sit [(')), qui lui avait donné trois filles (7). Il serait donc possible encore que la femme assise ici à ses côtés fût Proserpine.

{\)Ht/mneà Vénus, \. SGetsiiiv. (5) Cicéron, de A'. D., lil ; Por-

(-2) Apulée, Jlet., VI. l'Iivre, dans Eusèbe, P. E., III, 1 1 .

(.■J) Plularque, Pr. Conj., t. II, ((>) Cicéron, loc. cit.

p. 1 3K. (7) Tzetzès sur Lycopliron, v. (i80. (i) Horace, I, Od., XXX.

t44 PEINTURES.

Eiilin, une nymphe du nom de Lara ou de Mania avant dévoilé à Junon les amours de Jupiter et de Juturne, son indiscrétion fut punie par le roi de l'Olympe, qui lui coupa la langue et chargea Mercui'e de la conduire aux enfers. Pendant le trajet, lé dieu assouvit sur la nympiie la brutalité de sa passion, et engendra les dieux Lares (i). La jeune femme figurée dans ce ta])leau pourra donc être la nymphe Lara ou ladée.sse .Mania.

Un motif bien puissant nous décidera en faveur de cette dernière explication : c'est la nécessité d'établir un rapport entre le sujet du tableau et les deux têtes c[ue l'on voit sur une braiulie de l'arbre et sur un petit tronc peu élevé au-dessus de terre. Disons d'abord , le plus brièvement possible, toutes les discussions ettoutes les hypothèses qu'ont fait naître ces têtes, dont l'emploi est inusité dans l'art auti(jue. On y aurait vu des personnifications des .leux ou des Vents; mais aux uns comme aux autres, lorsfju'on les représente par des têtes séparées du corps, on donne toujours des ailes (a) :

Sivf tu mavis, Eryfina l'idens, (Juain Juciis circuiiivulat {',i).

Les songes, auxquels présidait ^lercure (4), se seraient volontiers présentés à l'esprit ; mais aucun momunent,

(I) Ovido, FiisL, II, .V)'.)ct suiv.; (3) Horace, I, Od., II.

Macrobp, .S«/. I, 17. (i)Yirgilo, IV, :2ii; Athénée,!,

(-2) Mont faucon, t. I, p. II, pi. 13, p. 10. CGX.XIV; 1. 1, p. 1, pi. GXVI.

aucun texte des poëtes anciens ne leur donne la forme qu'ils auraient ici. Au contraire Tibulle,

Fuscis circumdafus alis

Soninus, et iiicerto sui/inia vana pede (I),

et Stace (2) parlent de leurs pieds. Quant aux dieux Lares, ils se l'apportaient à la déesse Mania, au moins aussi bien que les Songes à Mercure ; mais ils ont été personnifiés bien souvent et toujours en pied. Il est difficile, comme on voit, de s'arrêtera aucune de ces explications; et nous croyons qu'il est prudent de les écarter. Reste à décider à présent si les deiw têtes de notre peinture sont réellement des têtes séparées de leur tronc, ou des oscilles, oscilla. A l'appui de la pi'emière hypothèse, on pourrait rapporter, il est vrai, un fait assez inconnu, dont la conclusion est ([u'uii peuple de la Grèce sacrifia à ^lercure , dans une circonstance bien peu célèbre, un jeune garçon et une jeune fille (3). On ne manquerait pas de faire valoir que l'épée trouverait dans ce sens une explication bien énergique ; mais il est trop évident que les deux têtes du^tableau"ne semblent pas du tout avoir été enlevées à des cadavres ; ensuite que l'attitude de Mercure et de Mania, ou de toute autre femme ou déesse, ne peut pas convenir à des statues, et encore moins à des divinités, devant lesquelles on vient de consonnner un sacrifice. Il vaut mieux croire que Mercure et

(1) Tibulle, II, El. I, 90. (.J) Tzetzùs, sur Lycophron , v.

(2) Tlieb., X, 131. G80.

T Série. — Peintures. 19

Mania, qui, dans le principe, exigeaient des mortels des sacrifices hnniains, ont l)ieii voulu se contenter de simulacres de tctes, d'oseilles, comme on les appelait. Cette modification sublime dans le culte des divinités avait été apportée en Italie par Hercule. Junius Brutus fut le premier qui priva jMania, la mère des Lares, du sang précieuxdonton arrosait sesautels. Au moyen sans doute de quelque interprétation forcée, de quelque jeu d'esprit que nous regrettons de ne pas connaître, il substitua aux têtes des jeunes Romains des têtes d'ail et de pavot (i). L'histoire ne dit pas que jMania ait protesté contre cette supercherie.

Enfin le nombre des Lares peut être l'approché de celui des oscilles de notre peinture; et comme l'on prétendait c]ue les Lares ou les Pénates n'étaient autres que Castor et Pollux,(lont l'un était mortel et l'autre immoi'tel, on conq^rendra pourquoi un des oscilles seulement a reçu les honneurs de la couronne (i). Il faut ajouter à cela que le lieu de la scène représentée ici est un de ceux que les dieux Lares affectionnaient. Les bois étaient leur séjour favori (a) , et on les appelait Lares qucrquetulani (o) , Lares via/es (4), etc.

Cette peinture est d'un dessin très-correct. Les figures en sont gracieuses, et leurs attitudes bien senties. Le paysage et le ciel sont peints au naturel.

(1) Vossius, /dû/., I, 1 1 et M. (3) Vairon, | IV, cln L. L., p. I«.

(-2) Cicéron, H, de L. L. ('0 Servius, .-Eneid., III, v. 312-

.'ri/

AJB^uiJt^ ^itC ic-

A.dH .T,5Pio3

Dans riatérieur d'un appartement, deux femmes, vêtues et chaussées de blanc , nous apparaissent chacune dans luie attitude difTérente. Celle qui est debout s'appuie sur un piédestal , où ont été déposées des lîandelettes et des étoffes jaunes. L'autre est assise sur un lit couvert d'une di'aperie verte ; elle tient de sa main gauche un vase de métal , s'appuie sur son bras droit orné d'un bracelet d'or, et semble écouter les discours de la femme qui se tient debout devant elle. Il est très-possible que ce tableau soit la représentation d'une scène d'intérieur, qui se rattache à la vie de tous les jours chez les anciens, et doit être dénuée de toute importance mythologique et historique. Ce sera alors une jeune femme qui va se mettre à sa toilette (le vase de parfum, les bandelettes, et aussi la simplicité et le désordre de sa mise semblent le prouver) ; etiuie de ses esclaves, hz\7.iv^.hrr^ ■/.a>L\j[/.[xaé-lT-7,/.£(pa>?i (i), dont les cheveux sont retenus par nue coiffe blanche, lui parle avec feu d'un sujet qui l'intéresse , peut-être de son amant qu'elle va recevoir, et pour qtii elle doit parfumer son corps avec tout le raffinement du luxe que les femmes de ranti([uité employaient en semblables circonstances. (2).

(1) Pausanias, V, 10. lonius, III, 830; Properce, I, 2 et 3;

(-2) Lucien, Amor. , 39 et;^0; Apol- Athénée, XV, p. 688.

Cependant les faits de la Fable et de l'Histoire sont en si <^rand nombre et tellement variés, qu'il était impossible que la vue de cette peinture ne lappelât pas quelque souvenir. Axissi ou a pensé à Phèdre et à sa nourrice. Celle-ci vient de recevoir l'aveu de la passion criminelle qui consume sa maîtresse, et, après avoir essayé, mais en vain, de lui ouvrir les yeux sur les tristes couséquences d'une pareille intrigue, elle se décide à favoriser un amour auquel Phèdre tient plus qu'à la vie. La scène latine avait rendu la même situation, et Sénèque, dans sou llippolyte, montrait ainsi Phèdre assise sur son lit et refusant de se livrer à sa toilette.

Sed en patescunt rrgiif fastigia :

Reclinis ipsa srdis aurata- toio

Solitos amicius iwntc non sana abnuit (1).

Elle répondait aux instances de ses esclaves :

riomovetP, fanuilà', ]iurpuia atquo auro illilas

Vestes

Odore crinis sparsus A.-syrio varet [-2).

On aimera peut-être inieiix donner aux dvu\ femmes de cette peinture les noms de Pénélope et de son esclave Eiuynomé, qui lui conseille de baigner son corps et de parfumer ses joues :

KotXXeï us'v oî TrpwTS irpôiw-x tî xa/.à xâ'Jr.pev 'AuSpoirîw, ou.) -sp £iJcTÎcpo(vo; KuOip-ia

Xp;sTo<i(;î}.

(I) Sr-nèque, H/ppolijt., v. 384 et (2) M., ibid.

suiv.' (3) HonuM e, Odys. ,I.,\. 1 01,1 93.

rElNTL'UGS

a'^^Sént

IP®Ha1TÎFffiIÎS EGiœ

DEUXIÈME SÉRIK. 149

Lf mot xa>.7.o; dont se sert Homère est expli(|iié pinson seoliastepar la périphrase <jA^w TôîÀ-ppor^^Tv;;, Icparfiiin de Venus. On a prétendu à ee propos que les t'emmes employaient [;.upov, l'onguent, l'huile odoriférante, tandis que les jeunes filles ne se servaient pour leur toilette que del'D.aiov, l'huile simple (i).

Le cadre est formé d'une bande intérieure noire, d'une extérieure rouge, et de deux filets blancs intermétiiaires.

Dans les deux guirlandes de la vignette, les feuilles sont vertes, les fleurs jaunes et rouges, et le fond blanc.

Il n'est personne qui ne saisisse à la première \ ne le sujet di' ce tableau. Cependant, si l'on étudie un instant les persoiuiages et leurs attributs , on s'aperçoit qu'ils s'écartent de la tradition commune à tel point que, poiueu donner une explication complète, il faut avoir recouis à de nombreuses recherches. Ces recherches, nous les avons faites, et nous espérons qu'elles seront de nature à satisfaire les esprits les plus exigeants.

11 existe plusieurs traditions sur les cyclopes. Enfants du Ciel et de laTerre, ils furent les premiers habitants de la Sicile, ou ils vivaient dans les montagnes, se nourris-

(1) AtliL'iiir, X\', p. ()S7 cl (iSS ; /'«//., I.") et l(i; Tliéoc-rile, /(/., Galien, Simpl. vip.d., II, :27; Spaii- XVIU, 23;Homère, Od., Z, 7!l ; ï, lii'iiii , //. in Appoll., '.i>< et :)i> in 171.

saut (les fruits spontanés de la terre (i); on Inen encore, rliari>és par les dieux d'une mission plus large, ils organisèrent les sociétés, fondèrent les villes, et construisirent des fortifications (u). Les poètes, d'après Homère (3), leur ont enlevé ce caractère d'utilité générale et ces droits à la reconnaissance des hommes, en les dépouillant de tout sentiment de justice et d'humanité et les montrant l)ra\aiit les dieux et dévorant les hommes. « Parmi (c les superbes cyclopes, dit Hésiode (4), on distinguait a lîrontès, Stérops, Argès, qui fabriquèrent le foudre « de Jupiter. » Cette première fiction donna naissance à celle des autres poètes , qui placèrent les cyclopes dans l'île de Vulcain, où ils aidaient ce dieu à forger les armes des divinités et des héros (j). Enfin leur mort a été attiibuée au courroux d'Apollon, (|ui, ne pou\ant se venger sur Jupiter de la mort d'Escidape, détruisit les cyclopes, (pii avaient fabriqué la foudre, instrument du trépas de son fils ((>).

^ oilà , en peu de mots, tout ce cpie Ion a dit des cyclo])es. Il nous importe à présent de découvrir parmi eux celui que l'on appelait Polvphème, et qui, nous avons tout lieu de le croire, est la figure principale de ce tableau.

Polyphènie, fils de Neptune et de la nymphe Thoosa (7),

(1) Cluver., Sic. Ant., II, lo; Bo- (5) \ iraWc , .lîneid., VIII, il(J et

chart, Chati. , I, .'W. suiv.

(-2) NiitalisConiPS, MijlhoL, IX, S. (0) Hyi,'inus,/ï"a&.,i9;.-l.sV/-., poel.,

(3) Od., IX, KC. II, in Sar/illa.

(i) Theofj., V. liu; Apollodoro, (7) Homère, Odyss., I. Bibl., I, 2.

OU d'Europe, fille de Tit\ us (i), fut le roi, et peut-être le père des cyclopes (a). Homère dans son Odyssée, et Euripide dans sa tragédie du Cyclope^ célèbrent ses aventures avec Ulysse , qui le rendit aveugle en enfonçant un tison dans son œil unique. Chez le tragique grec, Poix plième résume en lui seul le caractère d'impiété que tout à l'heure nous prêtions à la troupe des cyclopes. Il répond à Ulysse, qui lui rappelle les devoirs des hommes, et le respect qu'ils doivent avoir pour les dieux : « Le « dieu des sages est le dieu des richesses. Tous les au- «. très, misérable mortel, ne sont que des noms sans va- « leur. La foudre de Jupiter, je ne la crains pas. Je ne sais « pas même si Jupiter est plus puissant que moi. Et de « lui je ne prends ni ne prendrai jamais nul souci. Voici « pourquoi : si du haut du ciel il envoie sur la terre des « torrents de pluie, j "ai dans cette montagne un abri bien « couvert; j'y mange les fruits de mes génisses, ou quelce c[ue bête sauvage ; je bois du lait ; je me couche ensuite « tranquillement , et à ses tonneri'es je réponds par mes « tonnerres. Si Borée gèle les eaux des ruisseaux, je me « couvre de peauxde bêtes, et lorsque je suis près du feu, « que m'importe la neige? Qu'elle veuille ou ne veuille « pas, la terre produit toujours ses plantes, qui engrais- « sent nu's troupeaux. TjCs sacrifices m'inf[niètent peu. te Avant tout je sacrifie à moi-même, à mon ventre, qui

(1) Apollonius, .'l/'i/OH., I;.Natalis Fab. ti. Cornes, MijlkoL, IX, X; llyginus, (2) NatalisConics, cîYn/. /oc.

1 52 pp:inïures.

« est le plus grand de tous les dieux. Mangei" et boire « tout le jour, ne s'attrister de rien, c'est là le vrai Jupi- <c ter, le Jupiter des hommes sages. Qu'il pleure, qu'il « s'afflige avec raison, l'inventeur des lois qui ontintro- « duit dans la vie humaine des changements si étrana ges (i). » Comme on le voit, l'insouciance et l'impiété de la philosophie épicurienne remontent à l^olyphème, qui aurait pu ajouter ici au tableau de son bonheur ses amours avec Galatée, si les amours du cyclope et de Galatée avaient été déjà répandues du temps d'Euripide (a). Il appartenait à Théocrite de les ccléi)icr, et de dévoiler l'inqwtience de la jeune femme et l'indifférence affectée de Polvphème, ([ui allinnait ainsi les désirs et la jalousie de son amante. Daphnis vient dii'c à Polvphème cpi'il a aperçu Galatée s'avancer gentille et coquette, et lancer des pommes à son troupeau et à ses chiens pour ([ne ceux-ci, Acnant à aboyer, éveillassent l'attention de leur gardien, et l'avertissent de sa présence : « Je l'ai vue, lui « répond Polvphème, et, malgré tout mon amour, je fais (c connue si je ne la vo\ais pas; car je lui dis que j'aime « luie autre femme; alors elle en prend jalousie; elle se « tourmente, elle souffre pour moi. Comme elle voit (pie « je ne prends d'elle aucun souci, elle m'enverra pcut- « être un messager, et moi je fermerai ma porte (S). » Ce messager d'amour (pi attendait Polyphème, l'ar-'

(1) Euripide, Cijclop., v. ;jl,%, et l'Idylle, VI, 7. suiv. (3) Idylle, YI.

(2) Le scoliaste de Théocrite sur

tiste la représenté ici, sur la loi du poète ; c'est un petit Génie qu'il fait arriver sur un dauphin choisi sans doute par Galatée, nymphe de la nier (i), entre les nombreux animaux qui vivent sous son empire. Il tient lui billet, dont la forme, celle des diptyqpes, était consacrée aux lettres d'amour (-2). 11 y a tlans le geste et dans la physionomie du cyclope une impatience et une anxiété qui prouvent tout l'intérêt qu'il attache au message de la chère Galatée.

Nous ne devons pas laisser ignorer pourtant que la plupart des poètes n'ont pas ainsi montré la jeune nymphe sensible à l'amour de PoUphème. Dans Ovide c'est le mépi'is le plus profond et l'horreur la plus énergique. Galatée, fille de Nérée et de Doris, déteste Polyphème plus encore qu'elle n'aime le jeune Acis ; et le cyclope outragé, blessé clans ses affections, donne la mort au rival qui lui est préféré (3). Aussi comment la nymphe de la mer aurait-elle pu donner son cœur à Polvphème,

Monstmm horrendum, Informe, ingens (4);

à ce colosse monstrueux qui se servait d'un tronc de pin pour aider sa marche et soutenir ses pas ,

Trunca maniim piiius régit, et vesligia firniat;

à un cyclope enfin qui avait si bien la conscience de sa

(l)PhiIostrate,liv.II.Amn7.,XYII; v..%; Ovide, .Imo/-..!; ^/<'r/.,Xm.i>7.

Scoliaste de Théocrite, Idij/., XI. (3) Uvidc, Métanu, XUI.

(2)Scoliastede Juvénal, 5a/., IX, (i) Virgile, JEneid., III, y. C.j8.

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laideur, qu'il dit lui-inènie à Galatée : « Tout laid que je « suis, j'ai poui'tant mille brebis à t'of'fni" (i). » Après tout ceci, on se demandera pourquoi, dans son tiibleau, le peintre ne s'est pas conformé à la tradition commune, et surtout comment il a pu essayer de donner à Polyphème des formes aussi régulières, aussi nobles et aussi majestueuses. Une seule raison le justifie à nos yeux. Il n'a pu consentir à offenser le l)on goût de Galatée en la rendant amoiu'euse d'un objet qui n'aurait pu inspirer (pie du dégoût et de l'horreur, et nous lui en savons gré. Lucien avait, lui aussi, évité cet écueil. La jeune nymphe dit à Doris : « Ses formes agrestes et sauvages, à ce que tu prête tends, ont bien aussi leur beauté (2). 5>

On n'aura pas manqué non plus de s'étonner qu'un individu de la race de ces cyclopes, dont la taille rivalisait avec celle des cyprès et des chênes (3), ait été représenté ici d'une grandeur à peu près ordinaire. Mais cette violation de la Fable est justifiée par la bonne intention de l'artiste , qui a redouté le mauvais effet qu'aurait produit une grande disproportion entre la taille de sa figure principale et celle des autres figures, le dauphin et le petit Génie. D'ailleurs les cyclopes ont été souvent représentés dans des proportions ordinaires (4) , et on a parfoitement apprécié les raisons d'une pareille inexactitude.

^^oiis arrivons à présent à l'objection la plus sérieuse.

(1) Théocrite, IdijlL, XI, 31 et (3) Wv^Ae, .Eneid., III, *679. suiv. (i) Admir. Roman. Anliq. Ta-

(2) Lucien, Dhd., Dor. et Galal. buL, LXVI.

On s'est généralement accordé à ne donner qu'un œil aux cyclopes; comment se fait-il donc que, dans la peinture retracée dans cette planche , on ait pu en donner trois à Polyphème, dont l'aventure avec Ulysse repose tout entière sur un fait contredit ici d'une manière aussi manifeste? Nous n'avons qu'une chose à dire, c'est que l'auteur de cette peinture avait lu sans doute des livres que nous n'avons plus, qui sont perdus pour nous, mais dont Servius avait pris connaissance, lorsqu'il disait que la plupart des auteurs n'accordaient f[u'un œil à Polyphème, ifiais qu'on lui en donnait deux aussi , et quelquefois trois : M ulti Polyphcmum diciint uniwi habaisse oculum, alil duos , alii très (i). L'artiste aura traité son sujet sui- Aant la tradition la moins accréditée sans doute ; mais il aura choisi celle qui lui permettait d'indiquer un cyclope avec les traits les moins repoussants. C'était l'essentiel pour lui.

Quiii eliam, Polyphème, fera Galalea sub ^tna Ad tua rorantPS carmina tlexit equos (!2).

Polyphème avait recours à riiarmonie de sa voix et de son instrument pour charmer ses loisirs et exprimer son amour. Les poètes se sont tous accordés à célébrer la touchante mélodie de sa flûte. Ici, c'est une lyre qui doit xendre ses inspirations et attendrir le cœur de Galatée. La lyie est plus nol)le et plus puissante. Elle est ici une

(1) Aineid., III. (2) Properce, III. /:/.. II, 5.

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juste conséquence du système, paradoxal peut-être , qui a été suivi pour la réliahilitation des mérites de l'Iiorrible cvclope et la réfutation gracieuse du uionstrniu horrcni/ian de Virgile, l^ueien , chez qui l'anteurde ce tableau paraît avoir puisé ses inspirations, fait dire à Doris jalouse de Galatée : a Et puis , (pielle est sa lyre ? un crâne « de cerf dépouillé de ses chairs; aux cornes qui servent « de manches, il a ajusté une ti'averse qui tient les cor- <c des. ■» Cette description se rapporte assez à la forme grossière de 1 instrument de notre cyclope.

Au bas de cette planche, on a placé pour vignette uii petit motif qui représente quatre poissons divers.

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