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DEUXIÈME SÉRIE
exprimer le plus facilement , lui qui pouvait montrer la mer agitée et rougie, et des flots de sang qui découlent d’une large blessure.
Cette Ariane abandonnée offre plus d’un point de ressemblance avec celle que nous avons vue précédemment (i); mais les détails et les accessoires sont différents. Des deux côtés, la taille de la fille de Minos laisse apercevoir les suites de sa faute; car ce n’est point seulement une amante que le vainqueur du minotaure abandonne si lâchement, c’est une épouse et une mère. Ici, en outre, tous les odieux calculs du parjure sont révélés : le peintre admet la version des mythograplies, qui racontent que, pendant la route, Ariane étant surprise par les douleurs qui annoncent l’enfantement, et l’agita’ ion du vaisseau aggravant encore cette indisposition, Thésée saisit ce prétexte pour la faire débarquer, et pour la déposer sur une espèce de lit qu’il fit dresser sur le rivage : là elle s’endormit sans que les voyageurs eussent le temps de communiquer avec les habitants de l’ile, et cette circonstance favorisa la fuite de l’ingrat (2). Notre peinture montre, en effet, une espèce de fourrure teinte de pourpre, sur laquelle Ariane est
'1) pi. 106.
(a) Nonn., Dionys.,X, 22.
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PEINTURES
étendue, sorte de garniture de lit dont les anciens faisaient un grand usage (i); on voit, en outre, des coussins ou des draperies qui tiennent la place de coussins. Tous ces soins, qui ailleurs seraient des indices d’humanité, sont ici des preuves de préméditation qui rendent la perfidie plus odieuse.
L’Amour, ouleGénie d’Ariane, se tient debout devant elle; et, comme elle, il essuie ses yeux baignés de larmes : il tient en main un instrument qui, d’après les ornements du manche, n’est plus une feuille de nymphéa, comme dans beaucoup d’autres peintures, mais un éventail, auquel l’art a donné la forme de cette feuille.
Le personnage qui soutient Ariane, et qui lui montre le vaisseau fugitif, n’est plus ici l’Amour, mais un Génie menaçant et vengeur, sans doute Némésis (2), qui déclare la guerre au coupable, et annonce les châtiments qui lui sont réservés. Peut-être cette Messagère de la justice (3) fait-elle remarquer à la triste Ariane que les voiles noires n’ont pas été changées, et qu’une méprise terrible amènera le trépas d’Égée. Mais il 11e faut pas croire pour cela que Némésis, compagne de la pudeur, console la malheureuse , mais coupable Ariane, meurtrière de son frère, cause du désespoir d’une mère et
Marcell., XIV, i.
(3) Plat., Phœdr.} tom.lll, [>. 2^8; Pindar., Mjth., X. 68.
(t) Catull., ï!\ ; Homer.,
Jliad. , IX, 167; Senec., Epist., 87.
(2) Hesiod., ’Epy., 198; Amin.