‹ Herculanum et Pompéi (volume 5)Chapitre 14 sur 28 · VT · texte numérisé non relu

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DEUXIÈME SERIE

que les anges de la gloire du saint Pierre du Titien, les

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les anciens n’ont point donné aux enfants cette sorte d’enflure, de bouffissure, que les Flamands affectionnent, et qui, convenablement traitée, a peut-être son mérite et son effet : c’est là une question de climats et de mœurs : les artistes grecs ne se sont point épris des formes indécises de la première enfance, qui vivait renfermée dans le gynécée ; ils ont demandé à un âge un peu plus avancé et plus intéressant pour eux, des membres et des articulations distinctes, des formes, sinon sveltes, du moins un peu dégagées, dégrossies, et renfermant en germe la souplesse et la grâce de l'adolescent.

La fable des Dioscures est venue sans doute du fond de l’Inde, où deux divinités pareilles sont adorées sous Je nom sanscrit d’AÇVINI, les Cavaliers. Elle est trop connue pour que nous la répétions ici tout entière : nous n’en rappellerons que quelqueseirconstances nécessaires pour l’intelligence de ce tableau. Selon la tradition rapportée par Apollodore et adoptée le plus communément, Pollux était fds de Jupiter, et Castor fils de Tyndare : le premier, en conséquence, était seul im-

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des cieux, ont été dessinés d’après l’antique. A la vérité,

PEINTURES

eut été tué par Idas (1), Pollux, ne voulant pas survivre à ce frère chéri, supplia Jupiter de rendre la vie à Castor ou de le délivrer lui-même de son immortalité : il obtint seulement que chacun des deux jumeaux passerait alternativement six mois parmi les morts et six autres mois dans les régions supérieures. Plus tard, touché de cette affection constante, le maître du tonnerre les plaça dans, le ciel, où, sous le nom des Gémeaux, ils formèrent deux constellations qui ne paraissent jamais ensemble sur l’horizon (2). Pour mieux parler, c’est précisément cette position des deux astres qui donna lieu à la fable.

Le destin merveilleux des deux fils de Léda nous paraît exprimé ici par la position de leurs lances, ambo hastile gerunt (3) : l’une, droite, représente la vie et peut-être l’immortalité; dans ce dernier cas, elle indique Pollux : l’autre, renversée, est l’emblème de la mort, peut-être momentanée seulement. Nous avons déjà vu, dans un tableau de Vénus et Adonis, des emblèmes qui se prêtent à une explication semblable (4).

Tous deux portent la royale chlamyde de pourpre qui couvre la poitrine et le dos, chlamydem in humeris insidentem utrisque (5); tous deux sont chaussés d’élégants cothurnes, et coiffés du bonnet lacédémonien (6), semiovoïde (7), au-dessus duquel brille une étoile; tous

(1) Apollod., III, 21. (4) Voy. pi. io5.

(2) Apollod., loc. citât.; Theocr., (5) Suid..in Aïo'axoupoi.

Jdjll. in Diosc. (6) Lucian., Dipsad.

(3) Stat., Thebaïd, , V, 4'ij). (7) Fest. Pomp. s. v. Vileum.

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deux enfin tiennent un cheval par la bride. Mais ils sont placés en regard, dans deux directions opposées, ce qui indique, non moins clairement que la position des lances, leur rôle alternatif.

On pourrait remarquer que le cheval ne convient pas aussi bien à Pollux l’athlète, qu’à son frère Castor le dompteur de coursiers (i). Mais il faut se rappeler que de tous les Grecs les Spartiates étaient les plus adonnés à l’exercice du cheval ; il faut se rappeler aussi que Junon donna un coursier à chacun des deux jumeaux, ce qui fait supposer que celui même qui s’armait habituellement du ceste ne dédaignait cependant point l’exercice favori de son frère. Enfin, la coutume générale des statuaires et des peintres de la Grèce a été de représenter ainsi les deux Dioscures (2) ; et l’on en voit un exemple remarquable sur l’escalier du Capitole. Peut-être les artistes ne consultaient-ils en cela que l’eurhythmie, la symétrie.

Cette f resque décorait le portique intérieur de l’édifice de Pompéi qui est appelé ordinairement le Panthéon, et dans lequel des critiques éclairés ont vu un temple de Sérapis.

(1) Horat. .W., I, et Carm. I, 1 1 . (a) Pausan., Lacort. et Corinth.

PEINTURES

Phrixus et Hellé (i), fuyant les fureurs d’Ino, se placèrent sur le dos d’un bélier à la toison d’or, et s’abandonnèrent avec lui aux flots de la mer Noire, afin de se réfugier auprès d’Eétès, roi de la Coleliide. Pendant le trajet, Hellé périt dans la mer à laquelle on donna le nom d’Hellespont; Phrixus, arrivé sain et sauf à Coichos, immola au dieu Mars le bélier dont la toison précieuse devait être l’objet de l’entreprise des Argonautes. On entrevoit facilement le fait enveloppé sous le voile de cette allégorie : l’art d’exploiter et de purifier l’or, apporté par des Grecs ou des Phrygiens à un peuple qui possédait des mines vierges, mines qui excitèrent plus tard la convoitise des Hellènes, et qui même furent pour quelque chose dans les motifs de la guerre de Troie. Car la navigation de la mer Noire est peut-être ce que l’on a désigné sous le nom d’Hélène (îx«v vviaç, prendre les vaisseaux). Quoi qu’il en soit, les Pompéiens, enrichis eux-mêmes par le commerce maritime, se sont plu à répéter dans la décoration de leurs demeures l’aventure de Phrixus.

Dans la peinture qui nous occupe, le frère d’Hellé est représenté dans une attitude pleine de grâce et de légèreté : le vent, qui gonfle la draperie jaune de son manteau, semble le soulever lui-même; et l’on ne s’étonne pas que sa monture ait pu le porter pendant un si long trajet. Près de lui, deux dauphins bondissent sur les flots

(i) Hygin., Fa b , 3.

DEUXIÈME SÉRIE

et semblent se réjouir de son arrivée au terme du voyage. Mais le rivage sur lequel le bélier merveilleux a déjà posé les pieds n’est point rendu avec le même talent que les figures, et sa position offre de singulières fautes de perspective : on pourrait croire que tout ce paysage a été ajouté après coup, et que l’intention primitive de l’artiste était de représenter l’homme et l’animal flottant à la surface des eaux. Un prétendu connaisseur, se disant protecteur des arts, fort de son argent et de son autorité municipale, aura voulu que l’on vît la Colehide; et ce Mécène aura été obéi.

Dans la vignette, voici un liou poursuivant deux chevaux; puis deux autres lions couchés, un arbre et deux sièges. On sait que les empereurs donnaient souvent dans le cirque des chasses de différents animaux (i). Mais les deux sièges indiquent certainement un lieu privé, tel qu’un jardin d’agrément, où se trouvent des lions apprivoisés, comme ceux que les Indiens employaient a la chasse (2), que les Perses avaient dans leurs maisons de plaisance (3), et qu’Héliogabâle admettait même à ses festins (4).

(1) Bouleng., de Ven. Cire., ?.i. i ; Plin., VIII,

(a)Ælian., XVII, 26. (4) Lamprid., Heliog., p. i63.

(3) Strab.jXIII; Xénopli. , Cyrop. ,

2e Série. — Peintures.

PEINTURES

La Fable avait peuplé le ciel, les bois et les plaines, les flots tumultueux de la mer, les eaux rapides des fleuves et le cristal jaillissant des fontaines. Dans les profondeurs de chaque source habitait la Naïade qui lui avait donné son nom (i); et quelquefois on la voyait sortir de son sanctuaire, attirée soit par les plaintes de Sapho (2), soit par la beauté d’Hylas (3).

Ici, la Naïade est au sein d’une verte campagne, à demi couchée sur des rochers, dont une draperie bleu céleste lui épargne le contact, et appuyée d’un côté sur son urne, tandis que son bras gauche se replie sur sa tête. Cette dernière particularité de l’attitude se retrouve dans l’Apollon de Florence : elle est pittoresque, et donne quelque chose d’original au repos de notre nymphe.

Dans les fragments de la vignette on voit, sur les tiges d’une fleur, un oiseau de proie, himantopode, un autre oiseau plus petit, une sauterelle, et un limaçon. Les anciens considéraient le limaçon comme un mets fort délicat (4).

(1) Tibull., Eleg.y IV, 6. (4) Plin., IX, 56; Varr., de B. B.,

(2) Ovid., Epist., a5. III, i/j; Aihen., II, p. 65.

(3) Id., Met II, 1 10.

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