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PEINTURES
DEUXIÈME SÉRIE
ques-unes. Un petit pocillateur vient renouveler laprovision de liquide placée sur la table à trois pieds. Le long de la muraille on voit, accrochés à une espèce de porte-manteau, des objets qui paraissent être différents comestibles ; et, comme il arrive ordinairement dans les cabarets , on aperçoit des caractères et des chiffres tracés sur le mur. Le style et l’execution de ce tableau , les mœurs qu’il représente, ne donnent pas une haute idée des habitués de la maison qui en était décorée : ce ne pouvait être qu’une pauvre taverne, où se réunissaient des personnes de la plus basse condition.
L’art d’apprêter les tissus de laine était une des industries les plus importantes chez les anciens, vu le grand usage qu’ils faisaient de ce genre d’étoffe. En effet, les Romains ne se servaient presque jamais de tissus de lin; et chez eux la soie brute s’échangeait contre l’or à poids égal. Aurelien défendit a son épousé de porter des vêtements de soie : ce luxe lui paraissait excessif, même pour une impératrice. De là cette étonnante perfection qu’avait acquise l’art de travailler la laine, et d’en faire ces tissus légers, flexibles et presque fluides, qui donnent tant de charmes aux draperies imitées par les peintres et les sculpteurs anciens. Les foulons, qui exerçaient une partie essentielle de cet art , 1 avaient
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PEINTURES
nécessairement conduite au même point de perfection où étaient arrivées toutes les autres. Alors, le perfectionnement des arts ne consistait pas, comme chez les modernes, dans l’invention de nouveaux procédés mécaniques de fabrication, mais seulement dans l’amélioration des produits : les moulins à marteaux n’existaient pas; et tontes les opérations du cardage , du dégraissage, du blanchissage, du foulage et de l’apprêt des draps se faisaient à bras d’hommes, à bras d’esclaves. C’était aux efforts individuels des ouvriers foulons qu’on demandait cette exquise blancheur dont les Romains faisaient tant de cas,' que, sur les rives du Galèse, on couvrait les agneaux d’une espèce de vêtement cousu sur leur toison, afin que celle-ci arrivât sans tache sur les fuseaux des fileuses.
Les ateliers de foulons étaient donc en Italie des établissements importants et fort étendus; et la ville de Pompéi en possédait un, placé dans les deux édifices appelés les Maisons des Fontaines, entre la rue de Mercure et celle de l’Arc triomphal. Selon la coutume que nous avons déjà signalée, ces ateliers étaient décorés de peintures représentant les diverses opérations de l’art qu’on y exerçait, peintures qui devaient être en certains cas un excellent moyen d’enseignement. Les deux fresques dont nous donnons ici le dessin étaient peintes entre les pilastres du péristyle , où se trouvait la fontaine. Files peuvent donner une idée des différentes opérations de l’art fullonique ( fullonica ) des anciens : des rensei-
DEUXIÈME SÊUIE.
gnements plus complets, mais moins saisissants pour l’esprit, se trouvent dans Pline, dans Varron , et dans la loi que Caius Flaminius et Lucius Æmilius ne craignirent point de consacrer au règlement de cette industrie. L’espace ne nous permet de citer ici ni ces passages intéressants, ni la curieuse inscription qui a été conservée par Fabretti, et qui fait mention des disputes élevées entre les fontainiers et les foulons sur la pureté de l’eau.
On remarque, dans la section supérieure, un ouvrier occupé à carder une étoffe blanche bordée d’une bandelette rouge qui serpente sur les bords: ce détail nous prouve que l’on cardait non-seulement le drap neuf, mais lestoges même, à chaque fois qu’on les lavait. Un autre ouvrier rapporte le mannequin d’osier sur lequel on étendait les étoffes pour les exposer à la vapeur du soufre. Cet ouvrier est couronné d’un rameau d’olivier, et sur l’ustensile qu’il porte est perché l’oiseau de Minerve, divinité tutélaire de tous ceux qui travaillaient les étoffes. Le collier, la résille d’or et les bracelets ornés d’émeraude de cette femme qui reçoit le travail d’une petite ouvrière, indiquent en elle la directrice de l’atelier, et peut-être la maîtresse de toute la manufacture. Les femmes ne jouaient donc pas toujours, chez les anciens, le rôle oisif et passif qu’on leur a trop généralement assigné.
Dans la partie inférieure de la planche, on voit des ouvriers qui, placés dans des espèces de niches sent-
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blables à celles qui existent dans une pièce de l’édifice, et enfoncés jusqu’aux genoux dans des cuves pleines d’eau, y foulent aux pieds les étoffes. Celui du milieu surtout, qui est plus élevé que les autres, rappelle la comparaison pittoresque faite par Sénèque (i), entre les mouvements des foulons et la danse des Saliens avec les boucliers sacrés.
Des trois principaux personnages de cette fresque, deux, un homme et une femme, ont la tête ornée d’une auréole, dans laquelle on a vu le nimbus , espèce de lueur qui, selon la croyance des anciens, ceignait le front des divinités (2), et qui entourait quelquefois tout leur corps (3). Cette auréole nous paraît différente de celle du commun des dieux : elle se compose de rayons, attributs spéciaux du soleil (4) et de la lune : c’est pourquoi nous n’hésitons pas à reconnaître Apollon et Diane. Cela établi, quel trait de la Fable le peintre a-t-il voulu représenter? Nous ne voyons que l’histoire de Calisto qui puisse expliquer cette composi-
(1) Senec., Epist. 1 5g; id., \i\ ; Arnob., VI;
(2) Serv., Æn., III, 616, et III, Macrob., 1, 19; Virg., Æn.,H\\y 162;