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PEINTURES
DEUXIÈME SÉRIE
Cette idée d’avoir représenté les trois enfants, extrêmement petits, placés dans un nid, et la mère jouant avec eux comme avec des oiseaux, est nouvelle et ne manque pas de grâce, quoiqu’on puisse 1 accuser d un peu de recherche. Tyndare ne semble ni étonné ni irrité du prodige du au cygne divin. Les autres personnages ont en général une attitude plus convenable aux circonstances prodigieuses dont ils sont témoins.
Thétis vient de plonger Achille dans le Styx, afin de le rendre invulnérable. La Fable raconte que pour faire cette opération la déesse tint son fils par le talon, et que cette partie seule resta exposée aux atteintes du fer. Le peintre parait avoir choisi un autre moment de la meme action, celui où l’héroïque enfant, sorti des ondes du fleuve et placé dans une position plus commode, sourit à sa mère. Deux autres nymphes, placées sur le bord de la source, admirent le courage de la mère et la grâce de l’enfant. Sur des rochers, une déesse ailée, le front ceint d’un nimbus, préside à toute l’action : c’est sans doute la déesse Styx, fille de l’Océan et de Téthys (TviOuç), qu’il ne faut pas confondre avec l’épouse dePélée, Thétis (©en;) (i). Styx était une espèce de Némésis; elle a des
(i) Hesiotl., Theog., 1 36 , 337 et a44.
ailes et une longue robe à manches, comme cette dernière déesse.
Ce tableau est beaucoup plus remarquable sous le rapport de la composition et du dessin que sous celui du coloris. L’attitude des quatre femmes est pleine de contrastes charmants; les lignes en sont pures; les raccourcis, et particulièrement celui du cou d’une des nymphes, sont rendus avec une grande habileté. C’est ce qui a porté quelques critiques à supposer que cette fresque était la copie d’un autre tableau, qui doit offrir un chef-d’œuvre complet et réunir en lui tous les genres de mérite : à la vérité, cet original n’a encore été vu nulle part.
Des deux Génies représentés dans la première partie de cette planche, l’un arrange sur sa tête une couronne de myrte, tandis que l’autre, couronné du même feuillage, dans.e en tenant à la main une tige de roseau fendue, qui faisait à peu près l’effet des castagnettes ou de la batte d’Arlequin. C’est un de ces instruments de percussion que l’on appelait génériquement crotale (i) : on s’en servait pour battre la mesure d’une danse fort indécente (2), comme le sont encore quelques-uns des pas que l’on accompagne avec les castagnettes.
(1) Schol. Aristopli., Nub,; Stiid. (a) Macrob., Saturn., II, 10.
in KpotaXov. #
DEUXIÈME SÉRIE
Dans le second cadre, un des enfants tient également un roseau fendu ; l’autre porte sur l’épaule gauche une longue lance, à la pointe de laquelle est fixé un fruit ou une boule : peut-être est-ce un balancier de danseur de corde. Delà main gauche, ce même Génie porte un anneau à sonnettes suspendu par un cordon, ou bien un de ces disques à poignée qu’on appelait haltères, àX-nipeç, et qu’on tenait à la main en se livrant à l’exercice du saut (i).
Tous ces Génies président aux arts dont ils portent les attributs. Nous avons groupé ici en une même série les personnifications des différents métiers : les anciens aimaient à les représenter, particulièrement dans les lieux destinés à l’exercice des professions dont ces Génies étaient pour ainsi dire les patrons.
Cette fresque est intéressante surtout en ce quelle nous donne l’idée d’une machine usuelle des anciens qu’aucune description n’a pu nous faire connaître. Vitruve (2), Pline (3), Caton (4), ne parlent que de pressoirs ( torcularia ) à vis ou à pesée, et encore le passage de ce dernier auteur est-il tellement confus, que
(1) Eustath.;Pausan.; Pott., Arch.
gf.yWy II.
(z) De Arclüt. ,VI, 9.
(3) Hist. nat.j XVIII, 3^
(4) De Re ruse., 18,
son commentateur Turnèbe et le savant Popma (i) ont dû renoncer à l’éclaircir.
Ce pressoir paraît formé de deux piliers perpendiculaires, fortement assujettis par des traverses horizontales à la base et à leur extrémité supérieure : dans ce cadre sont trois autres traverses, mais toutes mobiles et glissant peut-être le long de deux rainures taillées dans les piliers; la plus basse des trois traverses écrase les raisins, posés eux-mêmes sur la base solide du pressoir, le lit, le forum vinariurn (2), dans le milieu duquel est creusée une rigole. Entre les traverses mobiles se trouvent placés des coins de bois, trois coins pour chaque traverse, ayant alternativement leur extrémité la plus grosse les uns en dedans, les autres en dehors. Deux Génies, faisant les fonctions de deux aides vignerons, frappent à grands coups de maillet sur les têtes des coins, chacun ne s’occupant que de ceux qui ont leur tête du côté où il se trouve. On sent qu’à chaque coup de marteau, les coins avancent entre les traverses, qui peuvent être elles-mêmes taillées en biseau ; qu’en avançant ils y occupent plus de place, et que les grappes se trouvent ainsi pressées par une force considérable. Certes la machine est imparfaite et grossière; mais son effet paraît puissant et infaillible. On se sert encore aujourd’hui, dans les environs de Portici, d’un pressoir de vendange dont la construction est à peu près pareille,
(1) De lnstr. fund., XI.
(2) Van ., de Rerust., I, 54 .
DEUXIÈME SÉRIE
mais dans lequel les coins sont remplacés par des leviers de pression.
Le vin doux, mustiim, coule à grands flots dans un vaseque les Latinsappelaient/acw^(î). Delà, cetteliqueur est versée dans un autre vase, et placée sur un fourneau où un troisième Génie de la vendange la fait cuire, en l’agitant, pour l’empêcher de brûler, avec une spatule de bois appelée rutabulum ou spatha (2). On sait que les anciens faisaient un grand usage du vin cuit. Chez les Grecs, le vin des cinq collines |de Sparte, appelé enropov, fait seul exception (3). Pour imiter ceux de Cos, les Latins faisaient cuire leurs vins et y mêlaient un peu d’eau de mer (4). En réduisant le liquide des deux tiers, ils obtenaient la sapa ou Yhepsema (e^r^a) ; en le diminuant de moitié seulement, ils avaient le defrutum , et d’un tiers, le carcenurri (5). Dans cette opération, qui se faisait à petit feu, on employait des fruits et des herbes aromatiques pour donner au vin un goût particulier ; on y ajoutait des substances résineuses pour qu’il durât pluslongtemps.LesvinsduYésuveétaienttrès-estimés(6) : ceux de Pompéi ne s’amélioraient que jusqu’à la dixième année; ils donnaient des maux de tête, assure Pline, le lendemain du jour où l’on en avait bu : mais l’auteur
(1) Col uni., XII, 18.
(2) Id . , XII, 20, 23 et 41 2 3 4*
(3) Alcman., ap. Athen., I, 3i.
(4) Cat., rie Re rust ., 24 et io5.
(5) Plin., XIV, 9;Pallac!.,XI, 18.
(6) Strab. , V, p. 243; Mart., Epigr., IV, 44.
latin ne dit pas jusqu’à quelle dose on en pouvait user impunément (i)»
nies de cette profession ont un air un peu plus vulgaire que ceux des beaux-arts et même des occupations rustiques; et en cela le peintre a fait preuve de quelque talent d’observation. Assis sur un siège sans dossier, auprès d’un établi, le premier semble polir, rabattre une cou* ture ; l’autre plie une peau avec effort, comme pour l’assouplir et l’allonger, ce que les artisans de Rome faisaient quelquefois avec les dents :
Les bottiers ( caligdrii ) formèrent à Rome, sous Sévère, une corporation puissante (3) ; ils occupaient le viens Sandaliarius , dans la quatrième région (4).
Un instrument rond se trouve sur la table : c’est peutêtre un chausse-pied. Des chaussures terminées sont rangées sur une planche et dans une armoire, dont chacune des portes se plie en deux parties. On y voit aussi des formes, appelées par les Grecs (5), et par
(ï) Hist. nat., X IV, ï, et 6. (/,) Giid., Inscript.
(a) Martial., Epigr., IX, 5. (5)PolI., VII, ai; Galen., Therap.,
(3) Lamprid., Alex. Sev., 33. IX.
Voici maintenant une fabrique de chaussures : les Gé»
Deniibus antiquas solitus producere pelles (a).
PEINTURES
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