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DKUXflÈME SÉRIE.
Le plus admirable chant de l’Odyssée a fourni le sujet
de ce tableau (i). Pénélope s’entretient avec son Ulysse tant regretté, tant désiré, tant pleuré (Ô<W?]a TroOeu sa ), et dont 1 absence a flétri son pauvre coeur (tptXov jcacTaTvacogai YiTop); et pourtant elle ne le reconnaît pas : car Ulysse a pris l’apparence et le costume d’un mendiant cassé par l’âge et la fatigue d’une longue route :
Et quand Ulysse veut feindre, nul sentiment, quelque puissant qu’il soit dans son cœur, ne paraît sur son vi~
« Or Ulysse plaignait dans son cœur son épouse affligée; mais ses yeux restaient, comme de la corne ou du fer, immobiles dans ses paupières ; il retenait ses larmes à dessein. »
sage :
Aùxàp ’OoiktoteÙç
(i) Odyss., XIX.
l’EÏINTÜRËS. 1
Le peintre a parfaitement rendu cette feinte insen* sibilitë avec tant de motifs de douleur et de joie ; cette figure pleine d’une astuce qui n’est pas vulgaire ; ce re-^ gard fin et contenu à la fois, qui suppose de grandes pensées , mais qui ne les révèle pas : Ulysse enfin ! Dans ce tableau, le mendiant est bien les pieds nus* à peine revêtu d’une courte tunique blanche et d’un petit manteau jaunâtre ; il tient à la main le bâton qu’Eumée lui a donné : mais une seule circonstance, peu importante à la vérité, n’est point d’accord avec le récit d’Homère : le voyageur est assis sur un tronçon de colonne, et non sur l’escabeau bien poli et recouvert d’une peau :
Atcppov tuç'Eff-rov, xflù iit’auxw x&aç ».
que Pénélope a ordonné d’apporter, et qui se trouve mentionné deux fois de suite, suivant la coutume homérique. J’aimerais mieux l’escabeau.
Quant à Pénélope, il est impossible de rien imaginer de plus gracieux, de plus digne et de plus chaste à la fois, de plus semblable à ce type du poète, qui renferme Diane, Junon et la Vénus pudique, qui renferme plus encore, une prévision de l’épouse chrétienne. Elle arrive; elle fait un dernier pas, et elle s’arrête avec un regard charmant, avec un geste délicieux du bras droit, devant ces traits altérés qui sans doute lui disent quelque chose. Lepeintrea voulu indiquer que Pénélope va raconter au
DEUXIÈME SÉRIE
feint mendiant par quelle ruse digne de la femme d’Ulysse elle a longtemps retardé la réponse que sollicitaient ses prétendants, et cette toile, travail de ses journées, stratagème de ses nuits : pour être bien compris, le peintre lui a mis à la main deux fuseaux. L’idée est ingénieuse, et ne l’est cependant pas trop ; ce qui serait ici un défaut plus grave que l’absence même d’idée.
Combien de choses il me resterait à dire sur cette charmante composition, si l’espace ne me manquait pas! que de belles choses même! car je citerais volontiers le passage d’Homère tout entier. J’engage au moins les personnes qui jetteront ici un regard, à relire ce magnifique dix-neuvième chant. O nature! ô poésie! toit domestique! ravissements des époux ! larmes et tendresses du cœur ! vous êtes là.
Ce n’est pas faire un petit éloge de cette composition, que d’assurer qu’on pourra la regarder avec plaisir, comme je le fais en ce moment, après avoir relu Homère.
Je d ois dire un mot de l’esclave dont on aperçoit seulement la tête : c’est la fidèle Ëurynome, la seule des femmes de Pénélope qui la soutienne et l’encourage dans ses chastes résolutions; une de ces natures, inférieures en délicatesse peut-être, comme le peintre l’a bien senti, mais égales par leu r bonté à tout ce qu’il y a de plus grand. Ëurynome méritait une place dans cette composition.
J’oubliais d’avertir que la tunique sans manches de notre Pénélope est bleue, et que son manteau, jeté à très-beaux plis, est blanc.
2* Série. — Peintures.
PEINTURES
Les mythographes racontent qn Hercule, en revenant de combattre les Spartiates, s'arrêta chez Aléus, roi d’Arcadie : là, oubliant les lois de l’hospitalité, il séduisit Augé, fille de ce monarque, et partit en la laissant enceinte. Aléus, informé de la situation de sa fille, chargea un de ses affidés, nommé Nauplius, de la condnire hors de ses Etats, et de la faire périr, Lu route, Augé, surprise par les douleurs de l’enfantement, se déroba un moment à son escorte, et mit au monde un fils qu’elle laissa caché dans les bosquetsdu mont Parthénius. Une bichesurvint, qui allaita l’enfant, et bientôt des bergers du roi Corytus, émerveillés et touchés de ce prodige, portèrent au monarque lenourisson et la nourrice; carlabiche ne voulut point les quitter. Corytus recueillit l’enfant, et en souvenir de l’animal qui l’avait allaité, il le nomma Télèphe, TvfXefpoç, nom que les anciens regardaient comme formé de â'Xacpoç, cerf (2). La vie de Télèphe fut, comme sa naissance, aventureuse et pleine de malheurs. Pauvre, exilé, pauper et exsul (2), ses différentes fortunes devinrent le sujet favori des poètes et des auteurs tragiques, et le marbre et la toile consacrèrent souvent son image.
;i) Diotl, IV, 3.
(2) H o rat, de Art. poet.
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PEINTURES
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Dans cette fresque, Hercule tient son fils sur ses genoux, et semble heureux de la conservation miraculeuse de l’enfant. La biche, joyeuse et caressante, vient sourire à son nourrisson, qui la flatte d’une main et qui de
nourrir à son tour. Le contraste de la conformation de ces trois êtres si divers, celui des sentiments dont ils sont animés, sans en excepter la pauvre biche elle-même, devaient donner à ce groupe beaucoup d’intérêt et de vie : malheureusement l’exécution mesquine et négligée ne répond ni à la beauté du sujet, ni même à l’invention et à la disposition du tableau.
La vignette représente le char de Diane, auquel étaient attachés un cerf et une biche, momentanément dételés : peut-être cependant les deux animaux sont-ils femelles, car on donnait des cornes aux biches de Diane (i), ainsi que nous l’avons vu, par exemple, dans le sacrifice d’Iphigénie. Ce char porte le carquois delà déesse et son diadème radié, que des critiques ont pris pour un cymbalum avec ses bandelettes.
Ce tableau, trouvé dans la maison du Questeur àPompéi, a fourni matière aux conjectures et aux discussions
(i) Callim., in Dian., ioo, et ibi comment.
l’autre lui présente un rameau vert comme s’il voulait la
des critiques. Exposons la situation des personnages avant de tenter l’explication du sujet. Unejeune femme, assise sur un trône doré avec un suppedaneum pareil, parée d’un diadème de perles, d’un collier et de bracelets d’or, vêtue d’une tunique blanche si transparente qu’elle laisse voir la couleur des chairs, et portant pardessus cette tunique un ample manteau de pourpre violette, abaisse ses regards, empreints de la plus profonde douleur, vers, son sein qu’elle semble en même temps découvrir et indiquer de la main. Ses supplications paraissent s’adresser à un jeune homme qui, debout devant elle, dans le costume héroïque, avec l’éphaptide, le parazonium et le sceptre, semble se préparer au départ, tout en faisant un geste de compassion et en jetant sur la jeune femme des regards pleins de regret et d’amour. Une seconde femme, dont la figure a été détruite par le temps, et qui est vêtue d’une tunique verte avec un manteau jaune, semble se porter comme médiatrice entre les deux, personnages : sa main paraît retenir le jeune homme.
Toutes ces circonstances ne peuvent s’appliquer, suivant nous, qu’à un seul sujet, le départ de Jason, qui, après avoir passé deux ans à Lemnos avec Hypsipyle, reine des Lemniennes, la laissa enceinte pour continuer son expédition. Le costume héroïque et le sceptre conviennent au chef des Argonautes : le diadème, la pourpre et le trône indiquent une reine qui gouverne par ellemême, et non pas seulement la femme ou la fille d’un roi. Enfin, et cela est tout à fait décisif, quelle divinité peut
DEUXIÈME SÉPdE.
représenter cette statuette qui pose sur imdes pieds du fauteuil, ou plutôt sur une petite colonnette ornée de fçuillages, dressée à côté du trône, et qui a la figure d’un homme vêtu d’une robe longue et portant comme un sceptre une branche de lotus avec sa fleur épanouie?' Cette divinité ne peut être qu’un Bacchus-Osiris. Or Hypsipyle, comme elle ledit elle-même (1), est la petite-fille de Baçchus et d’Ariane : il est naturel qu’on, trouve près de son trône l’image de son glorieux aïeul.
Hypsipyle désolée semble adresser à Jason un aveu, auquel il va répondre par ces paroles touchantes (2) :
Absjrahor, Hypsipyle; si dent modo fata recuçsutn,,
Vir tuns hinc abeo, vir tibi sernper ero.
Quod tamen e n.obis gravida çelatur in alvo,
Vivat : etejnsdem simus uterque païens.
« Le destin m’entraîne, ô Hypsipyle; mais s’il m'accorde lç retour, çomjnç. je pars ton époux, je léserai toujours. Quant au gage chéri que renferme ton sein, qu’il vive, et qu’en nous deux il trouve une famille. »
On a parlé de Phèdre et d’Hippolyte , de Canace et de Maearée.
Mais est-ce là le sauvage dédain du fils de Thésée? Partant pour la chasse, porterait-il un sceptre au lieu de javelot? Le geste de cette femme, attribué à Phèdre, ou qe signifierait rien, ou serait d’unesuprême inconvenance*
(1) Ovide, Epist.\ I, iik5.
(2) Id., ibicl.y 5g et sçqq^
PEINTURES
disons plus, d’une obscénité grossière. La petite idole serait le soleil sacré d’où Phèdre est descendue; je le veux bien : mais est-il dans l’esprit de l’antiquité que la femme d’un roi siège sur un trône, et qu’elle étale les images des dieux, ses ancêtres?
Les attributs royaux conviendraient encore moins à Canaceet Macarée, enfants d’Éole, d’un monarque, mais encore dans leur première jeunesse et bien loin d’être monarques eux-mêmes. Osiris, dira-t-on, époux et frère d Isis, pourrait indiquer un amour incestueux; mais on conviendra que cette explication serait tirée de bien plus loin que la notre.
Cette peinture est un monochrome, c’est-à-dire, que le clair-obscur en est indiqué par une seule couleur, commedans un simple dessin; et cette couleur est ie jaune. C’était, du reste, un des ornements du tablinum de la maison de Méléagre, dont toutes les fresques sont exécutées d’après le même procédé. Cléophas de Corinthe fut l’inventeur de ce genre, dans lequel se distinguèrent Hygiémone, Dinias, Carmade (i) et Philostrate (2). Ze uxis (3) et Apelles (4) ne dédaignèrent point de l’em-
(.1) Piin., XXXV, 2. (3) Plin., XXXVI, 2.
(1) Vit. A poil. Tyan tom. II. (4) Petron., 8/,.