‹ Hercule, vainqueur de la mort; suivant l'Alceste d'Euripide par interprétation intégrale; tragédie en quatre parties, dont un prologueChapitre 17 sur 24 · SCÈNE DEUXIEME HERCULE. LE SERVITEUR · texte numérisé non relu

SCÈNE DEUXIEME HERCULE. LE SERVITEUR

HERCULE

Eh! toi, l'homme ! Ouais! Que dit cet air rogue et sinistre?

C'est au patron qu'il sied de tirer sur le bistre !

L'esclave insoucieux, d'œil brillant, de teint frais,

Reste actif et béat, tel que je te voudrais.

Un hôte, un allié le plus sûr entre mille,

Joignant le cher Admète au sein de la famille,

Ne heurte en vos écarts que des sourcils froncés,

Des visages défaits de larmes tout tracés;

C'est bien là des façons pour un deuil d'étrangère !

Humph ! Viens ça ! Je te veux prouver qu'on exagère,

Puis, sous peu, te quitter moins simple, et de beducoup :

Sus, causons! Humph! As-tu songé,, face de loup!

Aux états et destins des espèces mortelles ?

Nenni? Je m'en doutais. Çà! mouchons tes chandelles.

Vu qu'à moisir en cave on reste un malappris.

Silence; suis-moi bien : Tous les morts sont pourris;

Tous les humains mourront, suivant l'expectative;

D'où tout sujet mortel pousse sa tâche active,

Suit l'étape et pâlit, songeant du lendemain.

Epouser la Fortune au cours de son chemin,

La suivre en cent détours jusqu'au point qu'elle cherche,

C'est braver le détroit sans godille et sans perche ;

L'art du pilote même échoue au cas pareil;

Sur ce dire, éclatant mieux qu"un rais du soleil,

Par ce don fructueux de cette langue experte,

Mon cher! sèche la coupe; engloutis la desserte;

Jouis au jour le jour; car de vivre à hasard,

De bifTer l'avenir, c'est un comble en notre art !

Ah! J'oubliais ! Vénère Aphrodite entre toutes!

La piquante Astarté nous convie à ses joutes

Où les passes d'amour tentent l'être de chair!

Tous autres éganiients sont bannis du bel air ;

Fuis-les donc; mais, sans plus, accueille mes idées!

A croire, enfin, que tes humeurs soient débridées.

Franchis ce seuil, et soupe, et fais masse avec moi !

L'astragale des fleurs y va crouler sur toi

Et le plus dur au monde entre les caractères

Y fond contre le crû flottant sur nos cratères !

Mortel! Reste conforme à cet état mortel!

Quand des gourmés, singeant la victime à l'autel, Obligés, d'habitude, à leurs semblants austères, Font et parfont la tâche en damnés volontaires, La vie, alors, n'est rien qu'un laps calamiteux !

LE SERVITEUR

Tout cela, je le sais; mais cet état piteux M'éloigne et des festins et du rire facile.

HERCULE

On loge une étrangère ; elle expire ; on exile

Sa dépouille; on s'en purifie, et la maison

Lui paie un pleur ou deux, autant que de raison.

L'instinct bonasse, ici, prend le change et dévie

Quand les maîtres du lieu sont saufs et pleins de vie.

LE SERVITEUR

Pleins de vie, eux, présentement ? Ne sais-tu pas Sur quel front précieux a posé le trépas ?

HERCULE

Admète aurait menti ?

LE SERVITEUR

Sa vertu singuhère Suit de près, de trop près, la règle hospitalière.

HERCULE

Pour cet objet vénal, rebut de l'étranger, Dut-on m'exclure, moi, du boire et du manger?

LE SERVITEUR

Objet vénal, non pas; femme étrangère, oui, certe; Et qui l'obtint pour telle en goûte mieux sa perte!

HERCULE

On s'est caché de moi!

LE SERVITEUR

Va ! Demeure jo5-eux Et me laisse poursuivre au péril de mes yeux!

HERCULE

Quel discours ! Devait-on s'exprimer de la sorte S'il s'agissait, sans plus, de l'étrangère morte?

LE SERVITEUR

Eh! qu'une chambrière eût fini son destin; Irais-) e, homme agréable! attrister ton festin?

HERCULE

Il est d'honnête aspect; sa douleur n'est point feinte; O mes hôtes! j'en suis pour quelque grave atteinte!

LE SERVITEUR

Un funeste devoir, quand tu t'es présenté, Suspendait tous les droits de l'hospitalité; Tu vins à contre-temps; le deuil public l'indique. Connais ces cheveux ras, cette noire tunique.

HERCULE

Qui donc est mort, ici? Quelqu'un des rejetons Ou Phérès, ce vieil homme?

LE SERVITEUR

Étranger! nous sortons Des lambris conjugaux la royale épousée.

HERCULE

Et la porte au passant ne fut point refusée?

LE SERVITEUR

C'est qu'Admète, ennemi des hôtes négligents. Répugnait, en sa cause, à refuser les gens.

HERCULE

Infortuné parent! Quelle perte subie!

LE SERVITEUR

C'est fait de nous ! Ma vie échappe après sa vie !

HERCULE

A contempler l'Admète, esclave! j'augurais Qu'un dommage impromptu l'affecta de très près; J'avais pesé ses pleurs, consulté son visage Quand, d'un propos flatteur réduisant mon présage, Il causa d'une tombe et d'un mort étranger. Mais, à goûter son brou, je humais un danger; Ses plats surfins fleuraient le cadavre; ma coupe

Semblait roussir du sang dont la Gorgone soupe, O misère! Et, pourtant, sous le myrte et le thym, J'abandonnai ma lèvre aux appâts du festin ! Tète obtuse! Crâne envoûté d'obsidienne!

Comme Hercule a manqué, la fliute reste tienne; Mais, si de mes soupçons tu veux te revancher, Désigne le sépulcre; où le puis-je chercher?

LE SERVITEUR

Au sortir du faubourg, près la route, à l'orée Vers Larisse, culmine une stèle marbrée.

Sort le serviteur.

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