‹ Hercule, vainqueur de la mort; suivant l'Alceste d'Euripide par interprétation intégrale; tragédie en quatre parties, dont un prologueChapitre 8 sur 24 · ADMÈTE. LE CORPS D'ALCESTE. LE CHŒUR · texte numérisé non relu

ADMÈTE. LE CORPS D'ALCESTE. LE CHŒUR

EUMÉLOS. ANG.EA {personnage muel)

On a fait approcher les deux enfants.

EUMELOS

Mère ! ô Mère ! Hélas ! O jour de misère t Le gouffre d'enfer a saisi ma mère !

Mère ! me vois-tu ? Le dernier sommeil Forclôt de tes yeux les feux du soleil !... Toi qui me veillais, Larve infortunée!

Tu plonges! Ma vie est abandonnée!...

Père! O! cet œil fixe ! O! Ce poing crispé î Ce Spectre grandi, roidi, dédrapé !...

Daigne m'exaucer, moi qui te supplie, Moi qui te chéris, forme tant pâlie !

Au point que dessus ce front glacial J'oblige ma lèvre à chercher ton mal !

Cesse, ô mon Eumélos! d'interroger ta mère! Elle n'ouït plus rien ; elle ne te voit plus ! D'Alceste à nous, tous les liens sont résolus ; Le Malheur frappe ici comme un trait du tonnerre !

EUMÉLOS

Seul, faible et jeunet. Père vénéré !

Je reste inquiet du sort que j'aurai, Moi, tète orpheline, âme victiméeî Puis j'ai souci de cette sœur aimée Qui fait partie en mon triste destin... Toute union vise un terme lointain ; Car ce n'est point par fugue qu'on épouse ; Mais l'on s'abuse où la Moire jalouse Peut bien flétrir la fleur qui dut vieillir! Alceste, ainsi, se prit à défaillir Comme son pied touchait la rive ardue; C'était ma mère ; et la race est perdue!

Lli CHŒUR

Comme, en tout temps, la Mort a prodigué sa iaux Aux colî harmonieux des femmes excellentes, Tiens tous accords heureux pour créances sanglantes! Debout ! Royal Admète ! Et soutiens mieux tes maux !

ADMÈTE

Je ne fus point surpris; ressassant ces fortunes.

Assiégé dès longtemps de raisons importunes.

J'augurais que la joie aboutit aux tourments

Et que, pour un bonheur, on doit cent châtiments.

Mais il nous faut remplir nos devoirs funéraires!

Vieillard! Seconde-moi. Médite avec tes frères,

Tandis qu'aux lieux secrets je vais porter mes pas,

L'hymne pénible à ceux que l'on n'encense pas;

Pourtant, prenez ces mots de ma bouche insouillée:

Vous, Perrhœbes sur qui s'élève malignée!

Nobles de Phères! Civaliers Thessaliens!

Quittez vos longs cheveux de l'anneau des liens.

Puis les vouez au fer! Puis prêtez les épaules

A l'atrament plus noir que les parois des geôles!

Et vous, chets du quadrige ou dompteurs des coursiers,

Livrez au feu ces poils boutLmts que vous tressiez !

Et toi, flûtiste! et toi, gouverneur de la lyre!

Sachez tous deux que j'interdis en notre empire

Ou la lèvre, ou le plectre avant que Selènè

Sur le marais Magnète ait douze fois plané!

J'ai dit! Gardez ceci, vous qui tenez à vivre !

LK CHŒUR

Fais ton oeuvre ! Très volontiers, ils vont te suivre En t "épargnant l'obole et les pleureurs gagés ;

Car jamais, ici-bas, peuples tant affligés N'ont induit au bûcher personne mieux aimée. Lorsque Ares en fureur exerce ton armée, Nous volons au trépas ensuite de ta loi; Rien ne forçait x\lceste; elle est morte pour toi !

On emporte le corps d'Akeste, que suivent Admète, les enfants et les serviteurs. Le choeur, qui s'est éloigné jusqu'au parvis du palais, remonte en scène. Long silence.

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