ACTE DEUXIÈME
Même dccor que prccédemnient
SCI^NE PREMIÈRE
LE CHŒUR
Triple Strophe I.
Toi que nous déplorons, ô Reine Péliade ! Demeure heureusement dans l'enceinte maussade Que révise Hadès dressant sur les orteils, Où la suie et la poix font des nuances claires,
D'où tous cochers stellaires
Déroutent leurs soleils !
Seigneur au noir pigment, époux de la Sikèle! J'interpelle avec toi l'infernale séquelle, Et le tnple molosse, et le nocher Caron
Poussant d'une godille et pilotant de l'autre, Et Sphyngc qui se vautre Aux douves d'Achéron!
Des femmes à milliers, la prude et la hautaine, Vers la sentine ombreuse ont glissé sous l'antenne Entre le mât caduc et les ais gémissants; Pas une n'étalait ni la vertu d'Alceste,
Xi ce brillant céleste
Où s'allument nos sens!
Triple Jntisiropbe I.
Tous Mystes favoris des Vierges-de-Mémoire D'une rivale ardeur s'en vont sonner ta gloire, Ici, battant les nerfs sur ce ceintre écailleux Que guindait la tortue aux pentes escarpées;
Là, taillant aux cépées
Le pipeau des aïeux!
Puis l'hymne rituel d'où la lyre est exclue, Où s'aheurient deux voix en la forme voulue, Courra les toits pourprins penchants vers l'Eurotas^ En la nuit carnéennc où sur Lacédémone
L'Astre qui gonfle donne
Par livides éclats !
Et le chœur musaïque, enfin, tordant sa chaîne Autour du simulacre ouvré d'un cœur de chêne, Tentera d'émouvoir l'œil fixe d'Athèna Qui verse aux murs voués sa splendeur irisée,
Qui dénonce à Thésée
Les fléaux d'Echidna î
Triple Strophe II.
Ah ! Que suive ce corps où cette âme l'incite, Je cours ravir ta Larve aux biefs du noir Cocyte; Mes yeux, brûlants vainqueurs des réseaux de la Nuit, Orientent sa route à l'infernale toue ;
La proue ouvre la boue
Et fend l'Hydre qui ruit!
Car toi, l'unique! Toi, des femmes la plus rare! Tu surmontais d'abord, pour descendre au Tartare, La laiblesse native où le sexe est enclin; Tes jours dorés servent rançons au Chef-du-Dème;
Je ferme un diadème
Sur ce bandeau de lin !
Que ma terre te soit gracieuse et légère ! Mais si la mer nous jette ici quelque étrangère Lascive, aux seins parés des charmes de Byblos,
Si notre Roi conquis et la joint et t'oublie, Je les prends: je les lie ; Je les élance aux flots !
Tripk Antistrophe IL
Sur le rebord moussu d'une frêle jonchée Un vol couplé d'oiseaux n;ourra pour sa nichée ; Et tes parents, ôRoi! tant flétris et cassés Vont marchandant, suivant quelque sénile envie,
Des scrupules de vie
A tes jours menacés I
Ils souffraient, pour durer et se tenir en joie, due du fruit de leurs flancs Hadès grossit sa proie; Ils dévouaient, au lieu de leurs crins blanchissants, Le flux plus opulent de tes boucles châtaines;
Et les Parques hautaines
Agréaient ces méchants
Comme Alceste, évoquant l'horrifique Déesse, Portant au trait fatal la fleur de sa jeunesse, Saintement délaissa cet époux racheté ; Que ne puis-je, escorté d'une femme pareille,
Ordonner sous ma treille
Les fardeaux de l'été!