CHEZ LKS GRECS ET CHEZ LES INDOUS
\o^{XQ, Sur le Silence des oracles [[), introduit un personnage qui fait du serpent Python un ancien tyran qui aurait été mis à mort par ses sujets et dont la chute serait encore fêtée à Delphes. Ailleurs (2), il cite une explication d'après laquelle la Chimère avait été un pirate lycien, appelé Chimarros, homme dur et cruel, dont la barque portait sur la proue l'image d'un lion, sur la poupe celle d'un dragon; il infestait la mer^ quand Beilérophon, monté sur le Pégase (probablement un navire), en débarrassa la Lycie (3). Suivant une autre version, la Chimère était une montagne qui renvoyait les rayons du soleil sur la plaine et la desséchait au point qu'elle y semblait lancer des flammes; Beilérophon la fit raser. Je cite ces interprétations, entre beaucoup d'autres, pour montrer jusqu'à que) point un peuple est amené à méconnaître ses premières conceptions, quand il a perdu le sentiment instinctif qui les lui faisait comprendre, et qu'il n'a pas encore les instruments scientifiques pour les analyser. Gomme dernier terme de cette décadence des mythes, on peut indiquer la locution grecque qui désignait les ventriloques sous le nom de Pythons^ par allusion à la faculté prophétique que la fa- .ble prêtait à tous les monstres personnifiant le nuage. Il y a un autre genre d'altération dont l'Inde et la Perse
(1) Cliap. \v.
(2) Sur les verdis des femmes, IX.
(3) Ibid.
152 ALTÉHATION Dl MYTIIK
offrent de nombreux exemples et dont le principe est l'inlerprétation Ihéologique. Le mythe de Vritra^ entre les mains des brahmanes et des mages, prend un aspect sacerdotal. On peut déjà observer celte transformation dans lesvédas : ainsi, dans les hymnes les plus récents, ce n'est pas avec la foudre ou la massue c\u Indra combat le démon, c'est avec la prière; au lieu des Maruts (les vents), il a pour alliés les prêtres et ceux qui pourvoient au sacrifice : « Lorsque, ô Indraï tu enveloppas de toutes paris les deux mondes de la puissance, tu dispersas ceux qui ne priaient pas avec le secours de ceux qui prient, le démon avec l'aide des prêtres (1). ))
D'autres fois, c'est avec le secours d'une certaine formule, avec un ustensile du sacrifice, avec un vers du Ri g ou avec le mètre employé dans un certain hymne, LY-V Indra, ou bien Briliaspafi (le dieu de la prière), qui le remplace, mettent Vritra en déroute. C'est ainsi que \ÇiPanc(n'inçati, commentaire sur le Sdtna-véda^ dit, en parlant d'une espèce particulière de rhythme : « Indra lança sa foudre contre J'rUra, mais celui-ci s'y enroula Kcize fois; alors il [Indra) aperçut ce padastobha (une ^orte de mètre) avec lequel il le fit prisonnier (2). » De même, en Perse, c'est avec les armes spirituelles, nvec la prière, les instrumenis du sacrifice, les formules
(0 iii'J; I, 33.
[1) Pancavinçali, XUï, o, 22; cité dan- les Indttche Studieii, I. iv.