‹ Hercules et Cacus, étude de mythologie comparéeChapitre 17 sur 22 · CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES INDOLS · texte numérisé non relu

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES INDOLS

magiques, que le démon est le plus efficacement combattu. Dans le célèbre chapitre du Vendidad^ qui a pour sujet la tentation de Zoroastre, le prophète iranien repousse toutes les attaques des démons en leur présentant les pierres qui servent à exprimer le breuvage du sacrifice.

Mais c'est dans les Parduas , vastes compositions poétiques qui nous montrent la mythologie indienne arrivée à sa dernière périofie , qu'on trouve la métamorphose la plus singulière de la fable de l titra. Il n'y a plus, dans ces poèmes, aucune différence morale entre les dieux et les démons : les uns et les autres sont des êtres sans réalité, des manifestations de l'âme infinie et éternelle, de simples apparences. Ils le sav^ent bien : parfaitement instruits de la vanité de leur existence, ils parlent et agissent tous comme des adeptes de la doctrine du Yo^n : ils ne sont pas dupes de leurs sens; s'ils se combattent, c'est pour obéir ;) la volonté de Brahnta, la seule chose au monde qui ait une réalité; jnais ils ne prennent au sérieux ni les batailles qu'ils se livrent , ni les coups qu'ils reçoivent. Leur seule ambition, au milieu de ce tumulte extérieur, (jui ne les distrait pas du soin de leur salut, c'est de connaître la Loi et de s'unir, après leur mort, à l'Esprit. Au moment ou Vtitra, ([ui a déjà perdu un bras, a porté un coup furieux à Indra et Ta blessé à la mâchoire, comme celui-ci, couvei't do honte, n"ose pas recommencer la lutte :

154 ALIliRATION DU MYTHE

« Reprends ton arme, Hari (1), lui crie Iriira; Trappe ton ennemi : ce n'est pas le moment de se décourager. Le seul vainqueur est le maître de la naissance, de la destruction et de la mort, le Purusha (2) primitif, éternel et omniscient. L'homme doit être indifférent au plaisir ou à la peine que causent la gloire ou le déshonneur, la victoire ou la défaite , la vie ou la mort : celui-là n'est pas enchaîné qui connaît que l'esprit est spectateur au sein de la nature. Vois-moi, Cakia (3), vaincu dans le combat, le bras et les armes brisées, faisant tous mes efforts pour l'arracher la vie. Le combat est un jeu où la mise est la vie, où les dés sont nos llèches, et nos montures les sièges (4). »

Indra n'est pas moins détaché du monde que son adversaire : ayant entendu les paroles de Fritra^ Indra loua la générosité de son langage, et, reprenant sa foudre, il lui dit en rianl et sans orgueil : « Ah! Ddruwa! <( que tu es heureux d'avoir eu la pensée d'exprimer « ta dévotion profonde pour le souverain et l'ami de « l'univers, qui est l'Esprit ! Certes, c'est une grande '( merveille qu'un cœur comme le tien, dont la passion « est la nature, se soit si fermement attaché au bicn-

(1) Nom d'/nrf/fl.

Ci) L'âme du monde.

♦ (.<) Nom d'' Indra.

{4} K. Biinionr, Bhàgavula punina, I. VI, c. 12, l. H, p. &IS), edil. iii-lolio. Jiii resseric le discours de Vntra en supprimant un certain nombre de maximes.

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« heureux fàsudeva (1), qui est tout bonté.» C'est iiinsi que, s'entretenant avec le désir de connaître la loi, In<lra et Vrilra^ ces deux forts guerriers maîtres dans les batailles, reprirent le combat (2). »

On voit que le panthéisme brahmanique s'est emparé, non pas seulement de la fable, dont il a altéré l'esprit, mais des personnages eux-mêmes. Mais ce n'est pas tout : sous ce premier déguisement , s'en trouve un second. La vaste organisation théocra tique qui enveloppait l'Inde, au temps où furent composés \esPardnas, se. réfléchit dans la mise en scène de notre mythe : le combat de yiitid contre Indra est présenté comme un épisode de celte longue guerre des brahmanes contre les rois, dont le souvenir perce dans tant de légendes, et qui est le seul événement historique dont l'Inde ait conservé la mémoire. Dans un autre endroit du poëme (2>), on dit que la lutte d'Indra contre Vritra a eu pour cause une querelle qui s'est élevée entre le roi des dieux, Indra ^ et son précepteur spirituel Viçvarûpa (4). Le dieu irrité avait coupé au brahmane sa triple tête : mais, pour le venger, il naquit, du feu du sacritice, un géant terrible, qui ressemblait à une montagne noircie pai- le feu, et qui peiçait le ciel et la tei're do son javelot flamboyant. Sa bouche, pro-

(1) Nom de Krishna, qui est liii-niême idenlilit" avec Brahnw.

(2) Bhdgavata-piirdna , ibid.

(;>) L. ^ I, chap. 17 cl >q.; t. H, p. .81.

(4 c'est lin des noms de Vriira dans le» védas.

l..f. ALTKRATION DL MYTHK

londc comme une caverne, enj^'loutissail ralmosphèro el saisissait , pour les dévorer, les trois mondes (1), tandis que sa langue léchait les astres. Il reçut le nom de Vriim (qui enveloppej, parce qu'il enveloppait les mondes d'obscurité. Les dieux se précipitèrent contre lui et l'assaillirent d'une nuée de flèches : Vritra les absorba entièrement. Pour le combattre efficacement, il fallut qu'Indra fit aiguiser sa foudre par la prière et les austérités d'un célèbre pénitent (2). La bataille s'engage alors entre l'armée des dieux el celle des démons : Vritra et les siens font tomber sur les dieux une eréle de glaives et de flèches -, mais les dieux les coupent pendant leur course à travers le ciel. Voyant leurs armes brisées, les Asuras lancent des rochers, des arbres et des pierres; mais les dieux les tranchèrent encore. Alors les Asuras prirent la fuite et I ritnt resta seul pour tenir tète à Indra. Dans la lutte qui s'engage entre les deux adversaires, et que le Bhdgai'iita Purdna décrit avec éclat, le démon perd successi-

(1) Le ciel, l'air et la terre.

(2) Nous in»iiqiions seulement ici le sens général d'un épisode bizarre raconté au long dans le Bhâgavata-purdna. Indra demande au l'islii (sage) Dadhijanc de lui prêter ses membres, pour s'en servir comme d'une arme, contre les démons. Le pieux ascète y consent, s'abime dans la contemplation de Brahina et ne s'aperçoit même pas que son corps est parti. Indra tue. Vrilra avec la foudre qu'il se fait fabriquer avec les os du solitaire. Quelle est l'origine de ce conte? il vient uniquement dune fausse ctymologie du mot Dad/iyunc (au nominatif Dadya»^) qui a élé interprète comme sil se composait de dadlii (celui qui donne) et a)iga (membre^ L bistoire forgée d'après ce nom est ancienne; un liymne védique y fait déjà allusion. Rifj , I, f>k, \\\. rf. Mahdblirirrifa, Vcmn parva, t. î, p, b'-ii.

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