CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES INDOL'S. 1S
vement ses deux bras : « Avec ses bras coupés jusqu'à l'épaule, VJsiira (1), tout dégouttant de sang, ressemblait à une de ces montagnes qui, privées de \çnvs ailes par le dieu de la foudre (12), furent précipitées du haut du ciel. Le Daitya (3) plaça sur la terre sa mâchoire inférieure; il porta jusqu'au ciel la supérieure; et ouvrant une bouche profonde comme l'atmosphère, où s'agitait une langue redoutable , saisissant presque les trois mondes avec ses dents semblables à celles du dieu de la mort, le démon au corps monstrueusement énorme, qui dans sa course renversait les montagnes, et broyait sous ses pas la terre , comme eût fait en marchant le roi des monts, s'approcha du dieu de la foudre et l'engloutit avec sa monture, de môme qu'un immense reptile, doué d'une grande force vitale et d'une extrême vigueur, avale un éléphant... Mais, quoique englouti, Indra ne mourut pas, protégé par la force du mystérieux^-o^^rt (4) : fendant le ventre de XAsura avec sa foudre, le dieu puissant sortit (de sa prison) et trancha la tête de son ennemi, comme il eût abattu le sommet d'une montagne (5). »
Malgré les anachronismes amenés par le changement complet des mœurs et des idées, on aperçoit encore les
(1) Démon.
(2) ISous avons ici un exemple de la confusion de parvala (nuage) tt parvata (montagne).
(3) Démon.
(4) L'ascétisme indien.
(5) Bhâg., t. U, p 633.
i:>8 AI/IKH. DU MYTHK CHKZ LtS (lUKCS ET CHhZ l.KS INDOL'S.
traits principaux du raythe. Les trois têtes de Vùvarupa^ la description si frappante de Vrilra, la lutte du dieu contre le démon, le monstre privé de ses bras, particularité qui se rapporte à un passage du Rig que nous avons cité (1), toutes ces circonstances se retrouvent dans le récit moderne. Le fait que nous avons observé plusieurs fois se reproduit ici : le peuple change l'aspect général de sa mythologie, mais il en respecte le détail. Les révolutions qui transforment les religions, comme celles qui bouleversent les empires, renouvellent la face extérieure des choses, mais sont obligées de compter avec les croyances et les usages fondés sur une longue tradition, et, n'ayant pas le pouvoir de les détruire, elles les font entrer, tant bien que mal, dans le nouveau système qu'elles introduisent.
(1) V. plus haut, p. 94.